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Mission nouvelle

par le père Émile Fortin, s.j.

"Pour que dans les missions, les fidèles laïcs ressentent la nécessité de servir leur propre pays, notamment en s'engageant davantage dans la vie politique et sociale."

Dans le service de la famille humaine, l'Église s'adresse à tous les hommes et à toutes les femmes sans distinction, s'efforçant de construire avec eux une civilisation de l'amour, fondée sur les valeurs universelles de paix, de justice, de solidarité et de liberté, qui trouvent leur pleine achèvement dans le Christ. Comme l'a affirmé Vatican II, "les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de notre temps, des pauvres surtout et des affligés de tout genre, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n'est rien de vraiment humain qui ne trouve de résonance dans leur coeur." Ainsi donc, l'Église, avec sa multitude de pauvres et d'opprimés, est appelée à vivre une communion de vie qui manifeste de façon particulière le service d'amour qu'elle rend aux pauvres et aux personnes sans défense.

Si, dans les derniers temps, le Magistère de l'Église a insisté toujours plus sur la nécessité de promouvoir le développement authentique et intégral de la personne humaine, c'est pour répondre à la situation réelle des peuples du monde, ainsi qu'à la conscience croissante que, non seulement les actions des individus, mais aussi les structures de la vie sociale, politique et économique, sont souvent des ennemis du bien-être humain. Les déséquilibres liés à la divergence croissante entre ceux qui profitent de l'augmentation de la capacité du monde à produire la richesse et ceux qui restent en marge du progrès requièrent un changement radical tant des mentalités que des structures en faveur de la personne humaine. Le grand défi moral lancé aux nations et à la communauté internationale concernant le développement est d'avoir le courage d'une nouvelle solidarité, capable de réaliser des avancées créatives et efficaces pour dépasser le sous-développement déshumanisant et le "sur-développement" qui tend à réduire la personne à une unité économique dans un réseau consumériste toujours plus oppressant. Tout en cherchant à promouvoir ce changement, "l'Église n'a pas de solutions techniques à offrir", mais "elle apporte sa première contribution à la solution du problème urgent du développement quand elle proclame la vérité sur le Christ, sur elle-même et sur l'homme, en l'appliquant à une situation concrète". En définitive, le développement humain n'est jamais une question purement technique ou économique; il est fondamentalement une question humaine et morale.

La doctrine sociale de l'Église, qui propose un ensemble de principes de réflexion, de critères pour le jugement et de directives pour l'action, s'adresse tout d'abord aux membres de l'Église. Il est essentiel que les fidèles engagés dans la promotion humaine aient une solide compréhension de ce précieux corpus d'enseignements et le considèrent comme partie intégrante de leur mission évangélisatrice. Les responsables chrétiens dans l'Église et dans la société, spécialement les laïcs hommes et femmes ayant une responsabilité dans la vie publique, ont besoin d'être bien formés à cet enseignement, de sorte qu'ils puissent inspirer et animer la société civile et ses structures avec le levain de l'Évangile.

(Jean Paul II)

(Tiré ou inspiré de Prier et Servir, juillet-décembre 2005)