Pour que dans les régions les moins développées du monde, l'annonce de la Parole de Dieu rénove le coeur des personnes, en les encourageant à être protagonistes d'un progrès social authentique.
Parole de Dieu et service de charité
39. La diakonia – ou service de la charité – est une vocation de l'Église de Jésus-Christ, dans le domaine de la charité, et que le Verbe de Dieu a manifestée par ses mots et par ses œuvres.
La Parole de Dieu doit conduire à l'amour du prochain. Dans de nombreuses communautés, il est affirmé que la rencontre avec la Parole ne s'épuise ni dans l'écoute ni dans la célébration elle-même, mais qu'elle vise à devenir un engagement concret, personnel et communautaire, envers le monde des pauvres, en tant que signe de la présence du Seigneur.
[...]
Avec, à l'esprit, les nombreuses pages des Saintes Écritures qui non seulement recommandent, mais ordonnent même le respect de la justice envers le prochain (cf. Dt 24,14-15 ; Am 2,6-7 ; Je 22,13 ; Jc 5,4), on est fidèle à la Parole de Dieu lorsque la première forme de charité se réalise dans le respect des droits de la personne humaine, dans la défense des opprimés et de ceux qui souffrent. Pour ce faire, il faut avoir présent l'importance que revêtent les communautés de foi, formées aussi de pauvres et animées par la lecture de la Bible. Il est nécessaire d'apporter consolation et espérance aux pauvres du monde. Le Seigneur, qui aime la vie, entend, avec sa Parole, éclairer, guider et soutenir toute la vie des croyants, en toutes circonstances, dans le travail et dans la fête, dans la souffrance, dans les loisirs, dans les engagements familiaux et sociaux et à chaque moment de la vie, afin que tous puissent discerner toutes choses et retenir ce qui est bon (cf. 1 Th 5,21), en reconnaissant par là la volonté de Dieu, et la mettre en pratique (cf. Mt 7,21).
[...]
Parole de Dieu, levain des cultures modernes
57. Au cours des siècles, le livre de la Bible est entré dans les cultures, au point d'inspirer les différents domaines du savoir philosophique, pédagogique, scientifique, artistique, littéraire. La pensée biblique a tellement pénétré qu'elle devient synthèse et âme de la culture elle-même. Comme l'affirmait le Cardinal Ratzinger à l'époque, dans un commentaire à l'Encyclique Fides et Ratio : «Déjà dans la Bible même est élaboré un patrimoine de pensée religieuse et philosophique pluraliste dérivant de différents mondes culturels. La Parole de Dieu se développe dans le contexte d'une série de rencontres avec la recherche de l'homme d'une réponse à ses questions ultimes. Elle n'est pas tombée directement du ciel, mais elle est proprement une synthèse des cultures».[109] Les influences économiques et technologiques d'inspiration séculariste dont le potentiel est amplifié par les médias exigent un dialogue plus intense entre la Bible et la culture, un dialogue parfois dialectique, mais riche en potentialités pour l'annonce, du fait qu'il est riche en demandes de signification, qui trouvent une proposition libératrice dans la Parole du Seigneur.
Cela signifie que la Parole de Dieu demande à pénétrer dans un monde pluraliste et sécularisé pour en être le levain, dans les aréopages modernes, en apportant «la force de l'Évangile au cœur de la culture et des cultures»[110] pour les purifier, les élever et en faire des instruments du Royaume de Dieu. Pour ce faire, une inculturation de la Parole de Dieu est nécessaire : elle ne doit pas être réalisée d'une manière superficielle, mais avec une préparation adéquate pour la confrontation avec les positions d'autrui, de façon à ce que soient mises en évidence l'identité du mystère chrétien et son action bénéfique à l'égard de chaque personne. Dans ce contexte, il faut apporter un soin tout spécial à la recherche de ce qui est appelé «l'histoire des effets» (Wirkungsgeschichte) de la Bible dans la culture et dans l'ethos commun, raison pour laquelle elle est, avec justesse, appelée et évaluée comme « code fondamental », en particulier en Occident. Le Saint-Père Benoît XVI a affirmé : «Aujourd'hui plus que jamais, l'ouverture entre les cultures est un terrain privilégié pour le dialogue entre les hommes engagés dans la recherche d'un humanisme authentique, au-delà des divergences qui les séparent. Dans le domaine culturel également, le christianisme peut offrir à tous la force de renouveau et d'élévation, c'est-à-dire l'amour de Dieu qui se fait amour humain».[111] De tout cela se chargent, avec un grand engagement, les nombreux centres culturels catholiques de par le monde.
Synode de Évêques
XIIème Assemblée Générale Ordinaire
Instrumentum Laboris
11 mai 2008
© Copyright - Secrétairerie Générale du Synode des Évêques et Libreria Editrice Vaticana
COMMENTAIRE PASTORAL
Voici que je renouvelle toutes choses (Ap 21,5)
L'intention de prière du Saint-Père pour le mois de septembre, - au cours duquel beaucoup d'Eglises célèbrent le mois de la Bible -, nous invite à placer la Parole de Dieu au centre. Le Saint-Père nous appelle à renouveler notre confiance dans la force transformatrice de la Parole, capable de rendre nouvelles toutes les choses, même dans les régions les moins développées du monde.
Comme la pluie et la neige descendent des cieux, et n'y retournent pas sans avoir irrigué la terre, sans l'avoir fécondée et fait germer, ainsi la parole de Dieu ne retournera-t-elle pas à Lui sans avoir produit ses fruits. (Is 55,10-11)
La Parole renouvelle l'espérance et pousse à l'action dans les situations de grande douleur, dans les régions en conflit ou dans celles qui souffrent d'une grande pauvreté:
Je ferai jaillir des fleuves sur les monts dénudés,
et des sources au milieu des vallées. (Is 41,18)
Voici que je crée des cieux nouveaux et une terre nouvelle.
On ne se souviendra plus des choses passées,
elles ne remonteront pas au coeur. (…)
Il n'y aura plus là de petit enfant vivant quelques jours,
ni de vieillard qui n'aura pas mis le comble à ses jours. (…)
Ils bâtiront des maisons et les habiteront ;
ils planteront des vignes et mangeront leurs fruits. (…)
Le loup et l'agneau paîtront ensemble,
le lion comme le boeuf mangera du fourrage,
et le serpent aura la poussière pour nourriture.
On ne fera pas le mal, on ne détruira pas
sur toute ma sainte montagne,
dit Yahvé. (Is 65, 17-25)
La Parole apporte le réconfort et la tendresse de Dieu:
Consolez, consolez mon peuple,
dit votre Dieu.
Parlez au coeur de Jérusalem
et criez-lui que son service est accompli. (…)
Voici le Seigneur Yahvé : il vient avec puissance,
et son bras lui donne le commandement. (…)
Comme un pasteur, il fait paître son troupeau,
de son bras il rassemble les agneaux,
dans son sein il les porte,
il conduit celles qui allaitent. (Is 40, 1-11)
La Parole de Dieu est fiable:
L'herbe sèche, la fleur se fane,
mais la parole de notre Dieu
demeure à jamais. (Is 40,8)
La formulation de l'intention du Pape exprime sa foi dans la potentialité de la Parole de Dieu d'engendrer « le progrès social authentique ». Cette Parole agit en nous et nous entraîne à donner réalité à l'annonce joyeuse du salut qui vient du Seigneur:
L'esprit du Seigneur Yahvé est sur moi,
parce que Yahvé m'a consacré par l'onction.
Il m'a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres,
panser les coeurs brisés,
annoncer aux captifs la libération, (…)
annoncer une année de faveur de la part de Yahvé. (Is 61, 1-2)
Ah! vous tous qui avez soif,
venez vers les eaux ;
même celui qui n'a pas d'argent, venez !
achetez et mangez… (Is 55,1)
Dieu intervient en faveur de ses pauvres, et il le fait en suscitant des prophètes qui annoncent et qui mènent à bien son oeuvre de salut:
J'anéantis les signes mensongers et rends fous les devins ; (…)
je confirme la parole de mon serviteur
et accomplis le projet de mes envoyés. (Is 44, 25-26)
Ainsi parle Yahvé.
Ceux d'Israël ont commis tant de crimes
que je ne manquerai pas de les punir :
parce qu'ils ont vendu le juste à prix d'argent
et l'indigent pour une paire de sandales;
parce qu'ils écrasent sur la poussière de la terre
la tête des malheureux
et font dévier la voie des pauvres. (Am 2, 6-7)
Que l'intention de ce mois renouvelle notre amour de la Parole et nous stimule à ouvrir fréquemment le Livre Saint. Que sa lecture assidue fasse de nous de nouveaux prophètes, engagés dans la naissance d'une nouvelle culture et d'un progrès social authentique.
Le Cardinal Josip Bozanic, envoyé spécial du Pape pour la célébration du XVIIe centenaire du martyre de l'évêque saint Quirin, exprimait ceci en Croatie : « Les persécuteurs n'ont jamais eu le dernier mot. […] Il ne peut pas exister de système politique ni de persécution qui parvienne à éliminer la force de la Parole de Dieu. » 09/06/2009
QUESTIONS DE REFLEXION INDIVIDUELLE
ET EN GROUPE
- Puis-je raconter quelque témoignage de la force transformatrice de la Parole de Dieu dans ma vie?
- Quelles difficultés les chrétiens trouvent-ils dans la lecture personnelle de la Bible ?
- Comment pouvons-nous apprendre davantage de la Bible pour mieux la comprendre et l'aimer davantage ?
TEXTES BIBLIQUES POUR LA CELEBRATION
- Is 29,17-24 Encore un peu, et le Liban redeviendra un verger
- Is 41,13-20 moi, Yahvé, Dieu d'Israël, je ne les abandonnerai pas
- Jr 30,8 je briserai le joug et je romprai les liens de mon peuple
- He 1,1 Dieu a parlé jadis à nos pères à maintes reprises et de bien des manières
- 1Jn 1,1- 4 ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et touché de nos mains concernant le Verbe de vie
- Jn 1,14 Et le Verbe s'est fait chair
- Mc 2,27 le sabbat a été fait pour l'homme, et non l'homme pour le sabbat
Pour qu'en ouvrant le coeur à l'amour, l'on mette fin aux si nombreuses guerres et aux conflits qui ensanglantent encore le monde.
[…]
En considérant la situation politique dans les différents continents, nous trouvons encore des motifs de préoccupation et d'espérance. Nous constatons en premier lieu que la paix est bien souvent fragile et même bafouée. Nous ne pouvons pas oublier le Continent africain. Le drame du Darfour se poursuit et s'étend aux régions frontalières du Tchad et de la République centrafricaine. La communauté internationale semble impuissante depuis bientôt quatre ans, malgré les initiatives destinées à soulager les populations en détresse et à apporter une solution politique. C'est seulement par une collaboration active entre les Nations unies, l'Union Africaine, les gouvernements en cause et d'autres protagonistes que ces moyens pourront devenir efficaces. Je les invite tous à agir avec détermination : nous ne pouvons pas accepter que tant d'innocents continuent à souffrir et à mourir ainsi.
La situation dans la Corne de l'Afrique s'est récemment aggravée, avec la reprise des hostilités et l'internationalisation du conflit. En appelant toutes les parties à l'abandon des armes et à la négociation, qu'il me soit permis d'évoquer la mémoire de Sœur Leonella Sgorbati qui a donné sa vie au service des plus défavorisés, invoquant le pardon pour ses meurtriers. Que son exemple et son témoignage inspirent tous ceux qui cherchent réellement le bien de la Somalie.
En Ouganda, il faut souhaiter les progrès des négociations entre les parties, en vue de la fin d'un conflit cruel qui voit même l'enrôlement de nombreux enfants contraints de se faire soldats. Cela permettra aux nombreux déplacés de revenir chez eux et de retrouver une vie digne. La contribution des chefs religieux et la récente désignation d'un Représentant du Secrétaire général des Nations unies sont de bonne augure. Je le redis: n'oublions pas l'Afrique et ses nombreuses situations de guerre et de tension. Il faut se rappeler que seules les négociations entre les différents protagonistes peuvent ouvrir la voie à un règlement juste des conflits et faire entrevoir des progrès vers la consolidation de la paix.
La Région des Grands Lacs a été ensanglantée depuis des années par des guerres sans merci. C'est avec intérêt et espérance qu'il convient d'accueillir les développements positifs récents, en particulier la conclusion de la phase de transition politique au Burundi et plus récemment en République démocratique du Congo. Il est cependant urgent que les pays s'attachent à un retour au fonctionnement des institutions de l'état de droit, pour endiguer tous les arbitraires et pour permettre le développement social. Au Rwanda, je souhaite que le long processus de réconciliation nationale après le génocide trouve son aboutissement dans la justice, mais aussi dans la vérité et le pardon. La Conférence internationale sur la Région des Grands Lacs, avec la participation d'une délégation du Saint-Siège et des représentants de nombreuses conférences épiscopales nationales et régionales de l'Afrique centrale et orientale, laisse entrevoir de nouvelles espérances. Enfin, je voudrais mentionner la Côte d'Ivoire, exhortant les parties en présence à créer un climat de confiance réciproque qui puisse conduire au désarmement et à la pacification, et d'autre part l'Afrique Australe: dans ces pays, des millions de personnes sont réduites à une situation de grande vulnérabilité, qui exige l'attention et l'appui de la communauté internationale.
Des signes positifs pour l'Afrique viennent également de la volonté exprimée par la communauté internationale de maintenir ce continent au centre de son attention, et aussi du renforcement des institutions continentales et régionales, qui témoignent de l'intention des pays concernés de devenir toujours davantage responsables de leur propre destin. De même, il faut louer l'attitude digne des personnes, qui chaque jour, sur le terrain, s'engagent avec détermination pour promouvoir des projets qui contribuent au développement et à l'organisation de la vie économique et sociale.
Benoît XVI
Discours pour les voeux au Corps Diplomatique accrédité près le Saint-Siège
8 janvier 2007
© Copyright 2007 - Libreria Editrice Vaticana
Voir aussi:
COMMENTAIRE PASTORAL
Le désir ardent de paix est en tous. Le désir d'oeuvrer pour la paix est en beaucoup de personnes ; l'action pour la paix, en peu d'entre elles. Pour y parvenir, il ne suffit pas de ne pas faire la guerre. La paix se forge à travers l'engagement de sa vie et à travers des actions décidées, contraires à la logique de la guerre et de la violence.
« Bienheureux les artisans de paix, car ils seront appelés enfants de Dieu » nous enseigne Jésus (Mt 5, 9).
Par conséquent, la paix est une construction, le résultat d'actions concrètes. La paix est le fruit d'oeuvres, d'oeuvres de justice et de réconciliation. La paix est le fruit du respect des personnes, du dialogue patient, de la persévérance, de l'humilité. Elle requerra très souvent un grand courage, car ceux qui proposent des actions de paix seront persécutés par ceux qui tirent profit de l'injustice.
« Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, car le Royaume des cieux est à eux » (Mt 5, 10).
Nous savons que beaucoup d'intérêts personnels et de grands bénéfices économiques se jouent dans l'industrie de guerre multimillionnaire. Le fait que les principales industries d'armements se trouvent dans les pays riches, alors qu'actuellement, toutes les guerres se livrent dans les pays pauvres, attire notre attention. Dans de nombreux cas, il suffit de se demander s'il y a de la part des premiers une véritable volonté d'atteindre la paix ou bien si prévalent de grands intérêts contractuels, qui maintiennent actives des guerres dans les pays pauvres.
Le site web italien Conflits oubliés (Les guerres oubliées) fait ressortir 22 zones de crises dans le monde, qui ont été ou qui sont maintenant en conflit. Sept d'entre elles se trouvent en Afrique : Algérie, Burundi, Ouganda, Rwanda, R. D. du Congo et Soudan ; six autres en Asie : Inde (Cachemire), Népal, Philippines, Myanmar (ex-Birmanie), Sri Lanka et Pakistan ; quatre au Moyen-Orient : Irak, Afghanistan, Israël-Palestine et Turquie ; trois autres sur le continent américain : Colombie, Salvador et Pérou ; deux, pour finir, en Europe : Russie (Tchétchénie) et Géorgie. De notre part, nous pouvons ajouter la Somalie à la liste. Heureusement, aujourd'hui, quelques-uns de ces conflits ont cessé, comme la guerre civile au Salvador et la guérilla au Pérou.
Depuis les années 90 - continue la même source – 57 guerres ont été combattues sur le sol de 45 pays. Si nous incluons la période entre 1945-1999, l'on enregistre 25 guerres entre Etats, qui ont fait environ 3,3 millions de morts au combat. Pendant la même période, 127 guerres civiles ont eu lieu, qui ont laissé 16, 2 millions de morts. Les dommages causés par la guerre perdurent souvent très longtemps après la fin officielle du conflit, étant donné les milliers de mines antipersonnelles qui restent actives durant de nombreuses années, mutilant ou tuant principalement la population civile.
L'Eglise n'a jamais cessé d'appuyer activement les initiatives mondiales de paix, notamment relatives, ces derniers temps, aux traités de non-prolifération nucléaire. La voix de l'Eglise a constamment dénoncé le fait que la guerre n'apporte jamais la solution des problèmes, et constaté qu'au contraire, elle les aggrave. Le Pape exprime fréquemment sa douleur devant les conflits et il se prononce avec insistance pour la paix en ces endroits du monde qui saignent aujourd'hui à cause des guerres. Prions intensément ce mois-ci avec le Saint-Père pour la fin des guerres qui causent d'indicibles souffrances.
Citation se trouvant sur un monument dans le jardin
du siège des Nations-Unies à New York :
Yahvé jugera entre les nations
et se prononcera sur des peuples innombrables.
Ils forgeront leurs épées en socs de charrue
et leurs lances en faucilles.
Les peuples n'élèveront pas l'épée l'un contre l'autre
et ils n'apprendront plus la guerre.
(Is 2, 4 ainsi que Mi 4, 3)
Voir aussi: