Des compagnons nous écrivent
Quelques lettres que des compagnons nous ont écrites en décembre sont arrivées trop tard pour que nous puissions les publier dans le précédent numéro du Brigand . Mais elles conservent toujours un certain intérêt parce que leurs auteurs ne font pas que remercier leurs bienfaiteurs et bienfaitrices des soutiens qu'ils reçoivent, mais ils nous racontent aussi leurs préoccupations et leurs projets. Nous vous en présentons deux venues des extrémités orientales et occidentales de l'Afrique, l'Égypte et le Sénégal.

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| Le père Mounir Khouzan, S.J., en compagnie de son frère Pierre, et de son épouse, Gisèle (dernière rangée, à droite du père Mounir), en compagnie des éducateurs et des protégés dont s'occupe le père Mounir |
Armant el-Wabourât,
le 8 décembre 2005
Bien chers amis et bienfaiteurs,
Cher père Goulet,
Je vous souhaite un Joyeux Noël et une Sainte Année nouvelle. Actuellement, tous les enfants passent par une crise: épidémie de grippe. Mais c'est ainsi chaque hiver! Nous les amèneront bientôt à Assouan pour les vacances de mi-année.
Pour le moment, les plus grands du groupe travaillent à sculpter différents objets en bois et ils sont très fiers de leur travail. De plus, ce sont des objets très appréciés par les touristes qui admirent leur grande habilité. Cela peut leur offrir un débouché intéressant dès qu'ils quitteront l'orphelinat à 18 ans. En outre, certains apprennent la mécanique à l'école professionnelle de Don Bosco et acquièrent une compétence en trois mois. Deux ou trois apprennent l'art culinaire ou les techniques de base pour devenir peintres en bâtiment. Comme vous le voyez, différentes avenues s'ouvrent à eux; mais l'important c'est de leur donner un métier pour bâtir leur avenir. Merci pour tout ce que vous faites pour nous et surtout pour tout ce que votre aide nous permet de réaliser pour nos enfants.
À l'heure actuelle nous avons une vingtaine d'orphelins, accompagnés de dix responsables qui s'occupent d'eux. De plus, nous avons quelques jeunes comme apprentis sculpteurs. Mais, ce n'est pas tout! Il y a un groupe d'handicapés qui viennent à l'orphelinat, une fois par semaine; aussi, un nouveau jardin d'enfants, presque gratuit, pour le quartier voisin qui est dans une misère totale. Enfin, nous sommes à préparer un atelier de menuiserie qui se spécialisera dans la fabrication de meubles pour les jeunes mariés. Tout cela grâce à l'appui que vous m'apportez ainsi que de l'aide de quelques fondations canadiennes et européennes.
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| Un enfant de l'orphelinat |
Vous savez aussi que nous avons lancé, depuis un an, le projet des ''Enfants de la Vie''. Il s'agit de venir en aide à des enfants de la rue qui ont fui l'école et qui passent leurs journées dans la rue, exposés à tous les dangers. C'est un groupe de 20 à 30 enfants, élèves du cours primaire, qui ne sont pas orphelins, mais peuvent se laisser entraîner à mille déviations, surtout à l'approche de la liberté. Nous soutenons aussi quatre orphelins et une vingtaine d'étudiants qui poursuivent des études universitaires, grâce à la générosité de plusieurs d'entre vous.
Que le Seigneur, en ce temps de réjouissances, bénisse vos familles. Vos contributions, grandes ou petites, nous sont d'un grand secours pour continuer l'oeuvre que nous avons entreprise et qui ne demande qu'à grandir. Merci pour tout ce que vous nous permettez de réaliser au service du Seigneur, à travers ses amis, les pauvres et les démunis.
Mounir KHOUZAM, S.J.

Tambacounda, le 3 décembre 2005
En la fête de saint François Xavier
Chers bienfaiteurs et chères bienfaitrices,
Le temps de l'Avent est l'occasion pour moi de revenir vous dire merci pour l'année qui s'achève. Merci à tous et à toutes pour les dons reçus, dons qui m'ont permis d'apporter une aide à plusieurs enfants de ma paroisse, jeunes et moins jeunes. Les besoins sont énormes: il y aura toujours des pauvres parmi nous. Merci de votre aide pour soulager un peu leurs souffrances. Merci aussi de l'aide pour payer les frais de scolarité, les fournitures scolaires. Les enfants et les jeunes de ma paroisse rêvent d'un monde meilleur, ils espèrent en l'avenir, l'école les prépare à cet avenir; en leur nom merci ! Je viens également pour me confier à vos prières pour la nouvelle année. Enfin, je vous confie tous à l'Enfant de la Crèche afin qu'il vous garde en santé du cour et du corps. Que le Verbe incarné vous apporte la paix, qu'Il vous donne l'espérance en un monde plus beau et plus juste!
Cette année 2005 a été pour moi, encore une fois, une grande année. Dieu est bon envers son humble serviteur ! D'abord, ma santé est bonne, mon cour est en paix, mon esprit reste à l'écoute de l'Esprit pour discerner comment être présent dans ce milieu et réaliser ce qu'il faut faire, comment agir pour dire l'Amour de Dieu ici, à Tambacounda. Le milieu est pauvre, mais tellement riche en humanité. Cette proximité de la pauvreté fait ma richesse et j'en rends grâce à Dieu et à vous qui me permettez par vos prières et votre aide de continuer à être en Afrique une présence du Dieu qui est Amour. L'Afrique qui en a tellement besoin.
Encore une fois, la proximité avec les plus pauvres parmi les pauvres, avec les enfants de l' Éveil à la Vie et avec mes paroissiens et mes paroissiennes m'a rempli de joie et d'espérance. Tout n'est pas facile, loin de là. Il m'arrive parfois de sentir mon impuissance devant tant de pauvretés et de souffrances. Cependant, chaque jour, quand les enfants viennent me dire bonjour avant de commencer leur journée à l' Éveil à la Vie , quand une maman vient me rencontrer le matin avant d'aller aux champs pour recevoir le pardon de Dieu ou qu'un jeune vient me demander de prier pour lui car il doit passer un examen à l'école, je touche, là, à cet instant précis, le Mystère de l'Amour. La proximité de notre humanité souffrante, mais pleine d'espérance! Alors mon cour de pasteur est dans la joie.
L' Éveil à la Vie est une petite école de 35 enfants de 4 à 6 ans (nous avons même deux petits de 3 ans). Elle en est à sa deuxième année. Cette école maternelle est pour les plus pauvres parmi les pauvres de la paroisse. Nous arrivons à la faire fonctionner grâce à vos dons. Elle ne deviendra jamais une grande école, mais je suis de plus en plus convaincu que c'est dans les petites choses que nous arrivons à avancer et à faire de grandes choses aux yeux de Dieu. Pour ces enfants, c'est une grande fierté de venir à la paroisse pour jouer et apprendre à vivre ensemble. Cette année, l'école compte 21 musulmans et 14 chrétiens. Naturellement, nous avons toujours des besoins. Les frais de scolarité payés par les parents ne couvrent que le salaire des deux monitrices. Pour le reste, je compte sur vos dons : la collation des enfants (plusieurs arrivent sans avoir pris de petit déjeuner), l'achat de fournitures scolaires. Cette année, nous voulons aménager une aire de jeux extérieurs, si nos moyens nous le permettent.
La paroisse est toujours une source de joie. Le travail est loin d'être facile, car la pauvreté n'est pas que matérielle, mais également intellectuelle, affective et humaine. Mais la richesse de la rencontre et de la proximité dans les joies comme dans les peines est pour moi plus importante que tout le reste. Mes paroissiens et mes paroissiennes sont beaux dans leur humanité, leur générosité. Quand Fidèle , petit garçon malade de 13 ans et trisomique, joue du tam-tam à la messe du dimanche, je suis heureux et je ne demande rien de plus. Fidèle parle très difficilement, mais ses yeux disent mille fois plus sa joie de vivre. Simplement !
La paroisse, ce sont aussi les jeunes. Avec eux je touche parfois mon impuissance. Ils sont bons et beaux, pleins de bonnes intentions et, en même temps, leur avenir est tellement compromis par tout ce qui se passe dans le monde. Mon travail consiste souvent à les encourager dans leurs études, à les aider à penser leur avenir de façon plus positive. Beaucoup de ces jeunes rêvent de quitter leur pays pour aller soit en Europe, soit en Amérique pour travailler et avoir une vie meilleure. C'est parfois très difficile de travailler avec eux. Il faut réaliser dans quelles conditions ils vivent. Avec tous les problèmes des jeunes d'aujourd'hui : drogues, violences, boissons, sida, etc. Il y a tant à faire!
Ma vie ne se limite pas à la paroisse. Il y a aussi le Centre Culturel Saint-Pierre-Claver . Heureusement, cette année j'ai avec moi un jeune jésuite camerounais, Narcisse Takong Tamdjo , qui prend la responsabilité de l'animation et des activités du Centre . Il y a toujours autant de jeunes que par les années passées qui viennent à la bibliothèque et aux activités scolaires : cours de mathématiques, de philosophie, etc. Le Centre nous permet de travailler avec les musulmans. Ils sont majoritaires à venir au Centre . C'est un travail de rencontre, parfois difficile avec une autre religion, mais qui nous fait toucher du doigt, encore plus, notre humanité commune, notre foi en un Dieu Unique, créateur et miséricordieux. C'est aussi un travail de semeur de la Parole. La récolte sera pour les autres. Nous sommes là, avec eux, une présence du Christ , anonyme, silencieux, mais agissant dans les cours. Mystère de Dieu, amour des hommes pour notre monde multiculturel et multireligieux.
Mon ministère, ce sont aussi les retraites. Cette année, j'ai donné sept retraites de huit jours aux jeunes novices du Sénégal, à des religieux et à des religieuses. J'ai aussi donné deux fois les Trente jours de saint Ignace à des religieuses qui préparaient leur engagement définitif dans la vie religieuse. Le ministère des retraites me permet de sentir l'action de Dieu dans le coeur des personnes. C'est aussi l'occasion de découvrir que la vie religieuse au Sénégal va bien, mais qu'elle rencontre aussi des problèmes, surtout pour la formation.
Depuis quelques mois, la Province de l'Afrique de l'Ouest est propriétaire d'un terrain dans le diocèse de Dakar pour une future implantation. On me demande de plus en plus de fonder un Centre Spirituel , qui serait à la fois un centre de rencontres et de formation, et centre de retraite en même temps. Après cinq ans déjà au Sénégal, je réalise que les besoins dans ces domaines sont très grands. Chaque année je donne une dizaine de retraites, des Trente jours, des sessions de formation sur les voux, sur l'accompagnement, sur le discernement, etc. Le besoin d'un Centre spirituel se fait de plus en plus sentir. Je confie à vos prières ce projet pour les années à venir.
En terminant, je voudrais confier à vos prières l'année jubilaire qui commence aujourd'hui. Avec Narcisse , j'en ai souligné le début par une messe solennelle, présidée par Mgr Jean-Noël Diouf , évêque du diocèse. Que saint Ignace , saint François Xavier et le bienheureux Pierre Favre , vous aident à chercher Dieu dans votre vie. Ce sont eux que nous célébrons: Ignace est décédé il y a 450 ans, tandis que les deux autres sont nés il y a 500 ans. Qu'ils intercèdent pour vous auprès de Dieu afin que le Christ soit votre Chemin vers le Père. Et que par Marie, notre Mère, qui nous donne le Fils de Dieu, vous trouviez dans votre cour, en vivant ce temps de Noël, la proximité avec les plus pauvres, la présence de Celui qui est PAIX, AMOUR, et JOIE.
Que Dieu vous bénisse et vous garde sous sa constante protection durant l'année 2006 !
André GAGNON, S.J.
gagnonsj@yahoo.fr