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Les jésuites au Canada anglais

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La Compagnie de Jésus à Cuba

À l'occasion d'une activité professionnelle qui l'a conduit à La Havane, notre reporter Pierre Bélanger est allé visiter les jésuites et en particulier le supérieur régional de Cuba, le père Benjamín González Buelta . Tous deux se connaissaient bien puisque le Père Benjam ín a déjà été Provincial de la Province des Antilles, une Province à laquelle collabore Pierre Bélanger depuis de nombreuses années en soutenant le travail des stations de radio dirigées par les jésuites en République dominicaine 1.
Cuba est considérée, dans la Compagnie de Jésus, comme une « région indépendante » unie de cour comme par ses membres à la Province des Antilles. Depuis quelques années - peut-être en particulier depuis la visite du pape Jean-Paul II à Cuba en 1998 - il a été plus facile aux jésuites de la région de voyager entre Cuba et la République dominicaine, comme entre Cuba et d'autres pays d'Amérique latine. Cela a contribué à l'essor et au renforcement de l'apostolat de la Compagnie dans la plus grande île des Antilles.
Il reste que le régime politique cubain, officiellement communiste, crée un cadre où les congrégations religieuses, tout en ayant droit de cité, voient leur marge de manouvre restreinte : la prudence est de mise, dans les paroles comme dans l'action, pour assurer des relations harmonieuses avec les autorités du pays. Dans ce contexte, le père Gonz ález Buelta a considéré préférable de ne pas accorder une "entrevue" au Brigand ; il a plutôt choisi de nous faire parvenir un bref tableau de la situation de la Compagnie de Jésus à Cuba, à partir du poste d'animation qu'il occupe. On lira avec intérêt la description qu'il nous fait et on pourra aussi comprendre, entre les lignes parfois, certains aspects de la complexité ou du défi que représentent pour les jésuites la vie et l'action apostolique à Cuba.

L'église de la compagnie, à la Havane, souvent appelée "Église de la Reina", de l'ancien nom de la rue sur laquelle elle est située.

Quels jésuites vivent à Cuba?

Il y a actuellement 25 jésuites qui résident à Cuba. Cette île allongée, toujours verte, a la forme d'un caïman ; elle est située à l'entrée du Golfe du Mexique. C'est une terre où l'on fait l'expérience de l'universalité de la Compagnie de Jésus: 12 des compagnons sont cubains; les 13 autres, nous sommes des étrangers arrivés de diverses Provinces, de divers pays : l'Argentine, l'Équateur, le Pérou, la République dominicaine et l'Espagne. Certains d'entre nous, qui venons de pays étrangers, avons déjà été missionnaires dans d'autres pays avant d'être envoyés à Cuba. Ici, nous faisons l'expérience d'un aspect fondamental de notre vocation: nous sommes nés dans l'Église pour pouvoir parcourir le monde avec agilité ; nous sommes disposés à être envoyés là où on peut attendre un meilleur service de Dieu, notre Seigneur, par la construction de son Règne. Cette caractéristique de notre mission fut particulièrement évidente dès les tout débuts de la Compagnie au 16 e siècle. Les premiers compagnons se déplaçaient rapidement et avec un grand sens de l'adaptation entre les divers pays européens. Saint François Xavier est parvenu jusqu'aux confins du monde à une époque où le monde devenait justement de plus en plus grand et où les noms de terres inexplorées s'ajoutaient sans cesse aux cartes et aux manuels de géographie.

L'action de la Compagnie - avant et après la révolution cubaine

Le travail des jésuites à Cuba jusqu'en 1959 - alors qu'a triomphé la révolution qui a transformé Cuba en un pays socialiste - ressemblait à celui des jésuites dans la grande majorité des pays à l'époque : collèges, maisons de retraites où l'on faisait les Exercices spirituels, résidences, paroisses, centres sociaux, animation des congrégations mariales, etc. Une caractéristique particulière peut être mentionnée : à cause de l'estime de la Compagnie pour les sciences, il y avait au collège de Belén de La Havane, un observatoire météorologique qui se dédiait à la préservation de la santé et de l'intégrité physique des Cubains ; c'était un point de référence national, aussi bien pour la météo de la vie quotidienne que pour l'observation du tracé des cyclones qui chaque année traversaient l'île avec des effets dévastateurs.

Le supérieur régional de Cuba, à son bureau, à la communauté du Sagrado corazon de Jesus.

La vie apostolique de la Compagnie fut passablement réduite, durant les premières décennies de la révolution, à deux champs d'activité : du travail paroissial et de la formation pour les religieuses et les séminaristes - les futurs prêtres - des diocèses de Santiago de Cuba et de La Havane. Les activités éducatives, culturelles et sociales furent alors considérées comme de la compétence exclusive du gouvernement. Par ailleurs, nous avons toujours pu continuer à faire de l'accompagnement spirituel et à offrir discrètement les Exercices spirituels, mais de manière limitée.

Plus récemment ce travail dans le domaine de la spiritualité s'est accru: il y a quelques mois nous avons ouvert le Centre de spiritualité Pedro Arrupe (CEPA), situé géographiquement et stratégiquement au cour même de La Havane. Dans ce centre, nous proposons l'expérience de Dieu telle qu'elle est suggérée par les Exercices de saint Ignace de Loyola.

Le père Benjamin Gonzalez, à droite, avec le supérieur de la maison principale de la Havane, le P. Alberto Garcia.
Le drapeau cubain flotte fièrement partout, signe d'une présence visible et forte de l'état.

Le contexte social et religieux

On note qu'à Cuba, comme dans le reste du monde occidental d'ailleurs, nous faisons l'expérience - bien qu'avec des nuances particulières - des effets de la sécularisation qui contribuent à effacer les symboles et signes religieux de la vie publique et qui provoque l'érosion des croyances religieuses des individus. Comme le disait de manière prophétique le théologien jésuite Karl Rahner, le chrétien de l'avenir ou bien sera un mystique ou bien ne sera pas chrétien !

Actuellement, nous concentrons nos efforts sur la formation chrétienne de laïques en proposant une expérience de Dieu solide qui permette de vivre sa foi au cour de ce monde que Dieu aime sans mesure, bien au-delà de ce que nous pouvons penser ou imaginer. Nous constatons que bien des catholiques ont été bien formés par des études catéchétiques ou théologiques, qu'ils ont participé à des ateliers de croissance personnelle, qu'ils connaissent les éléments de la planification apostolique, mais que bien souvent ils n'ont pas eu la possibilité de faire une expérience de Dieu ou encore de l'approfondir. C'est là une voie qui peut vraiment les aider à croître dans toutes les dimensions de leur personne et à vivre toutes les facettes de la vie évangélique.

La véritable expérience spirituelle

Se joignent constamment à nos communautés et groupes divers des personnes qui désirent vraiment faire partie de la communauté chrétienne : dans toutes les paroisses, il y a des groupes de catéchèse pour les adultes qui cherchent la rencontre avec Dieu. Si elles ne trouvent dans nos enseignements que des normes morales et des rites religieux sans faire la rencontre du Dieu vivant de Jésus, alors, peu à peu, elles vont se détacher de la communauté comme des feuilles mortes et desséchées ; elles seront désenchantées. Nous tous, en tant que personnes humaines, sommes faits pour la rencontre d'un Autre, inépuisable, et notre cour ne peut cesser de chercher tant qu'il n'a pas fait l'expérience de la proximité de cet Autre. Dans le même esprit, nous disons à Dieu, comme Job, « Je ne te connaissais que par ouï-dire ; maintenant, je t'ai vu de mes propres yeux ! ».

C'est un vaste travail que fait ici l'Église dans tous les diocèses, un travail qui produit un résultat étonnant: plus que les nécessités de la nourriture, du transport et des autres aspects essentiels de la vie quotidienne, les catholiques cubains mentionnent la spiritualité comme leur besoin le plus important. Dans notre service du Règne de Dieu au cour de l'Église de Cuba, nous assumons pleinement le « Plan national de pastorale 2006-2010 » qui présente la spiritualité comme la priorité numéro un de ce plan.

Entrée de l'église. Les cubains sont plus nombreux à participer aux célébrations liturgiques depuis la venue du pape Jean-Paul II chez eux en 1998.

Les jésuites sont présents aux quatre coins du pays

À Cuba, les jésuites forment six communautés. À Santiago, sur la côte sud-est du pays, nous dirigeons le Séminaire San Carlos qui offre les études philosophiques. Au centre de Cuba, à Camaguey, Matanzas et Cienfuegos, nous avons charge de paroisses. À La Havane, nous sommes regroupés en trois communautés: celle qui anime le Centre de spiritualité, une communauté apostolique dans le quartier de Mañana, et la communauté de l'église du Sagrado Corazón (Sacré-Cour de Jésus), située sur l'une des rues les plus animées de la ville. C'est dans cette maison qu'est logée la curie du Supérieur régional.

Réflexion personnelle

Personnellement, je puis dire que Cuba ne faisait pas partie de mes horizons apostoliques. Quand j'ai terminé mon service comme Provincial de la Province des Antilles, en République dominicaine, le Père général m'a proposé de venir à Cuba comme supérieur de cette région indépendante. Je n'ai pas hésité à répondre positivement au souhait du Père Kolvenbach. Ça n'était pas la première fois que Cuba serait au cour de ma vie. Je suis entré chez les jésuites au noviciat de Salamanque, en Espagne, en septembre 1958. Trois mois plus tard, on m'a proposé d'aller au noviciat de Cuba pour renforcer en nombre la communauté des novices. En février 1959 donc, j'atterrissais à l'aéroport de La Havane. C'est dans ce noviciat cubain que j'ai fait mes voux en septembre 1960. J'ai continué mes études dans la Compagnie au Vénézuéla, en Espagne et en Belgique. Entre 1965 et 2002, j'ai surtout vécu en République dominicaine. Mon travail dans les quartiers populaires de Santo Domingo puis comme Maître des novices à Santiago de los Caballeros m'ont aidé à connaître l'âme d'un peuple qui m'est devenu très cher. Revenir à Cuba, c'est en un sens revenir à mes origines missionnaires dans les Antilles. Il est bien possible que, d'ici quelques années, Cuba fasse de nouveau partie de la Province des Antilles.

Le gouvernement cubain est fier de son système d'éducation : Cuba est le seul pays d'amérique latine ou on ne trouve pas d'"enfants de la rue".

Nous, les jésuites de Cuba, nous vivons notre vocation avec espérance et joie. Le Règne de Dieu a été semé et il croît partout et en toute personne. Il faut savoir regarder la réalité avec les yeux de Dieu pour découvrir les bourgeons du futur chez les gens ordinaires et au cour de la vie quotidienne. Les divisions que nous avons tracées sur terre tout comme les diverses manières de comprendre la société et de construire l'avenir n'empêchent pas de voir l'action de Dieu qui nous surprend toujours avec sa nouveauté inépuisable. Chaque jour, et au coeur de chaque défi que la vie nous propose, nous tentons de vivre cette nouveauté. La créativité sans limites de Dieu inspire constamment notre propre créativité.

Benjamín González Buelta S.J.
Supérieur régional - Cuba

1On peut lire à ce sujet l'article intitulé Radio Santa Mar ía - À 50 ans : une cure de rajeunissement , dans Le Brigand ? 488, octobre-novembre-décembre 2007, pp. 18-22.

 
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