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Les jésuites au Canada anglais

BIBLIOTHÈQUE DE THÉOLOGIE

Des compagnons nous écrivent

Bethléem et Tambacounda

Tambacounda, le 1 er décembre 2007

Chers amis,

Dans quelques jours, ce sera la fête de Noël! Paix à tous et joie sur la terre aux hommes et femmes qui aiment l'enfant qui vient! Alors les bergers se dirent : Allons à Bethléem et voyons ce que le Seigneur nous a fait connaître.

Et nous-mêmes, aujourd'hui, allons donc à Bethléem. Élevons-nous sur cette colline, vers cette montagne d'où nous vient notre secours. Même si cette ascension implique un effort, ne laissons pas passer une si belle occasion de joie et de bonheur. «Joseph, lui aussi, quittant la ville de Nazareth, monta en Judée, à la ville de David, appelée Bethléem... afin de s'y faire inscrire avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte...». Le Roi éternel veut le recensement de toute la terre, chacun dans sa ville. À la veille de Noël nous pouvons nous poser cette question : et moi, où est mon Bethléem ?

Chacun doit déclarer avec sincérité quelle cité il choisit. Certains préfèrent Rome; d'autres choisissent Athènes. Certains adorent l'argent; d'autres préfèrent le pouvoir; d'autres n'ont pas le choix! Quatre milliards de personnes sur la planète ne choisissent plus, ils attendent, ils espèrent, ils survivent. En cette nuit de Noël, que choisir? La richesse, le pouvoir, l'intelligence? Ces villes ne sont pas pour moi. Je ne choisirai même pas Jérusalem, le lieu où Dieu manifeste sa gloire. En cette sainte nuit, je choisis d'être un homme de Bethléem; je choisis l'humilité et la pauvreté avec les pauvres de Tambacounda. Je choisis ceux qui n'ont plus de voix - plus de voie - pour crier leur misère, plus de larmes pour toucher les plus riches; je choisis, avec Marie, Joseph et Jésus, que mon nom soit inscrit dans la cité de Dieu, cité méprisée des hommes, mais si grande devant Dieu. Je choisis d'écrire en lettres de paix le mot amour, à la manière de Jésus.

En cette nuit où l'Emmanuel est avec nous, je vous propose de faire ce choix avec moi : choisir la vie, la fraternité, la paix, la charité et l'amour. Choisir Jésus et annoncer la Bonne Nouvelle : aujourd'hui, à Bethléem, à Montréal, à Dakar, à Bagdad, à Bombay et à Tambacounda nous est né un Sauveur. Dans une crèche, pauvre et petit, il est né pour nous donner la paix, l'amour et la fraternité. L'Emmanuel est avec nous !

Durant l'année qui s'achève, à Tambacounda, nous avons continué à annoncer ce message de paix, d'amour et de fraternité, toujours dans la simplicité et la pauvreté. Sans bruit, avec les sans-voix, nous avons prié, travaillé et parfois pleuré. Pour nous, la naissance de Jésus n'a pas été un lointain événement. Elle nous a charmés, par sa belle humanité. Avec vos prières fraternelles et vos dons généreux, nous avons pu vivre beaucoup d'événements qui ont fait grandir notre foi. Nous avons pu mettre un peu d'humanité dans ce monde de plus en plus déshumanisé, monde de peurs, de craintes, de mépris et d'enfermement. Monde cloisonné !

Le message de Noël n'est pas adressé à l'humanité en général. Il est adressé en particulier à chacun au cour de sa vie, dans son quotidien. Il atteint notre cour d'une manière unique et exceptionnelle. Quand je visite un jeune qui vient de tenter de se suicider, quand je vais donner à manger aux prisonniers où bien simplement lors du sacrement de réconciliation que je fais vivre à un pauvre, je touche à ce mystère de Noël dans sa pureté et dans sa profonde lumière de vérité. Cette année encore, les enfants de l' Éveil à la Vie ont eu la chance de vivre une belle année scolaire. Il y a toujours beaucoup de besoins à combler, de larmes à sécher ou de genoux à panser, dans cette humanité. Aujourd'hui, c'est Noël, et c'est à nous que cette joie est annoncée; c'est pour moi, et pour vous qu'un Sauveur est né. La nativité du Sauveur se rend visible lorsque nous vivons la fraternité, la paix et l'amour. Notre planète manque d'amour! Dieu, le Père, nous donne l'Amour aujourd'hui en cet enfant Jésus couché dans la crèche. Recevons ce don avec foi et reconnaissance.

Le message de Noël est un message d'enfance : «En vérité, je vous le dis, quiconque n'accueille pas le Royaume de Dieu en petit enfant n'y entrera pas». Dieu ne nous demande pas de renoncer à la connaissance et à la prudence, qualités nécessaires à l'accomplissement de nos tâches et responsabilités. Mais il veut que, dans nos rapports avec lui, nous revenions à la simplicité confiante de l'enfant. 

Les enfants de l' Éveil à la Vie , me font le plus beau des cadeaux, celui de garder intact mon cour d'enfant. Cet enfant en moi, dans ce monde difficile, a foi dans son père; il marche avec lui, la main dans la main; il sait que son père le conduit où il faut, il sait que son père le défendra, le nourrira, l'abritera; il se laisse mener par son père, les yeux fermés, sans aucune inquiétude. Quand il parle à son père, il ne cherche pas des formules compliquées. Il dit tout simplement et affectueusement ce qu'il a en tête. Mon cour est près de toi, Seigneur, je tiens mon âme en paix.

La fête de Noël et la fin de l'année sont aussi l'occasion de faire un bilan de notre vie. Sur la colline de notre Bethléem, je veux rendre grâce pour tous ce que le Seigneur a fait par vous, en vous et pour vous durant cette année. Grâce au don généreux d'un bienfaiteur nous avons pu réparer le toit de notre église. Très grand merci! Un autre nous a aidés à payer la pompe qui nous permet d'avoir de l'eau pour la communauté et pour quelques voisins pauvres. Grâce à cette pompe, le 1 er octobre dernier, nous avons éteint un incendie chez notre voisin. Nous avons sauvé sa maison. Grand merci! Une autre bienfaitrice nous a aidés à creuser un puits pour une veuve qui a 7 enfants. Et vous avez été nombreux à nous aider pour les scolarités et les fournitures scolaires des enfants. Tous ces petits gestes pour les plus pauvres sont des trésors d'amour qui vont inonder votre cour durant l'année nouvelle qui approche.

Naturellement, il y a toujours une part d'ombre à toute mission. Nous cherchons toujours à remplacer notre vieille voiture pour un véhicule tout terrain. Notre vieux « tacot » a plus de 6 ans, il nous rend encore de bons services, mais les réparations sont de plus en plus coûteuses. Nous cherchons également une cloche pour notre belle église. Je rêve du jour où dans le quartier, où nous avons maintenant 4 mosquées qui appellent les musulmans à la prière 5 fois par jour, il y ait une cloche qui appelle une fois par jour les chrétiens à la prière et qui annonce l'angelus. Peut-être que l'Enfant Jésus nous apportera cela pour 2008. et un véhicule qui nous permettra de faire notre ministère en toute sécurité. Et on continuera de soutenir les enfants qui ont besoin d'aide pour l'école. Cette année, toutes les écoles ont augmenté leurs frais d'inscription. Plusieurs parents ne peuvent plus envoyer leurs enfants à l'école. J'en prends bien en charge quelques-uns! Naturellement ce sont les plus pauvres, et surtout les petites filles, qui font les frais de ces hausses de scolarités. Quand des parents doivent choisir qui, entre le garçon ou la fille, ira à l'école, c'est toujours le petit garçon qui gagne.! Quelle misère !

Depuis le mois de septembre, nous sommes trois jésuites dans la communauté : Norbert Litoing Noug et Richard Dounia Chefl commencent leur régence pour deux années à Tambacounda. Norbert apportera son aide à la paroisse. Quant à Richard, il prend la responsabilité du Centre.

Autres évènements joyeux de notre mission. En cette même année que la 35 ème Congrégation générale des jésuites, qui se tiendra à Rome en début de 2008, la paroisse Saint-Pierre-Claver de Tambacounda célébrera son 25 ème anniversaire. En effet, c'est au mois d'octobre 1983 qu'elle fut fondée. Nous aurons sûrement l'occasion de revenir sur cet heureux évènement. Autre occasion heureuse pour la paroisse cette année, c'est l'entrée au noviciat d'un jeune de la paroisse : Pierre Yera Boubane a commencé son noviciat au Cameroun le 4 octobre dernier. Je le confie à vos prières, ainsi que deux autres jeunes de la paroisse qui cheminent sur la même voie. Je vous invite à prier pour toutes ces intentions, afin que le Seigneur nous prodigue ses grâces et qu'il continue à faire grandir son ouvre en nous accordant les dons spirituels et humains dont nous avons besoin. Invitation également à prier pour que nous soyons guidés par un amour sincère pour les pauvres et les petits et un profond désir de travailler et de vivre pour la justice, la fraternité, l'amour et la paix. Que notre présence discrète, à la manière de l'Enfant Jésus, porte ses fruits!

Comme à chaque année et comme tout enfant, je demande au Père Noël de nous apporter une cloche et une voiture.et qui sait peut-être que sa hotte sera assez grande cette année ! Mais par-dessus tout, je demande au Seigneur de vous donner la santé, la paix et de vivre dans la fraternité et l'amour durant la nouvelle année. Norbert et Richard se joignent à moi pour vous faire les mêmes voux.

À tous un beau temps de Noël sur la colline de votre Bethléem. Recevez la paix, l'amour et la fraternité d'un missionnaire qui ne cherche qu'une chose, celle de dire que Dieu le Père aime chacun et chacune d'un amour fou et sans partage. Que l'Enfant Jésus vous apporte joie et santé.

André GAGNON, S.J.


 

Bangkok, août 2007

Cher Louis-Joseph et chers amis du Brigand,

Il s'agit presque d'un revenant ! Voilà bien longtemps que je n'ai pas donné de mes nouvelles. Non par manque de bonne volonté ou par négligence. Les derniers mois ont été bien occupés. Depuis plusieurs mois des amis me poussaient pour que j'aille faire un tour en France, afin de régler le problème de ma prothèse. J'y étais très réticent mais finalement je me suis décidé. J'étais réticent pour plusieurs raisons, la première étant que les soins en Thaïlande sont au moins à la même hauteur que ceux donnés en France. Il est vrai qu'on avait fait cinq prothèses ici et que toutes me faisaient très mal; je ne pouvais marcher sans l'aide de cannes anglaises, alors que les médecins m'avaient conseillé l'amputation en me disant que je retrouverais toute mon autonomie. La seconde raison était que toute prothè se demande des remises à jour. et lorsque le magasin est à 10,000 km, il n'est pas très facile de procéder à des mises au point. Je suis donc parti le 22 avril pour Paris. Mes amis avaient pris des rendez-vous à l'hôpital des Invalides, dès le 26 j'étais entre les mains des médecins. D'abord, l'hôpital des Invalides est une splendeur artistique, construit à la grande époque classique, il a gardé toute son architecture extérieure et est très moderne à l'intérieur. Bref, c'était presqu'un plaisir que d'être malade! Très rapidement la confection de la prothèse a commencé.

Premier choc, les techniciens m'ont annoncé qu'ils auraient besoin de trois mois pour la réaliser! J'ai opiné du bonnet en leur disant que je comprenais parfaitement leurs obligations, mais qu'ils devaient faire un effort pour comprendre les miennes et que je ne leur donnerais que deux mois. J'ai bien vu dans leurs regards que je ne mesurais pas l'audace de mes propos, mais même leurs regards désapprobateurs ne me faisant pas changer d'opinion, j'ai eu droit à des soupirs tout aussi désapprobateurs. J'ai profité de mon séjour aux Invalides pour me faire enlever les broches toujours présentes dans mon épaule et qui me faisaient bien mal car, de temps en temps, elles sautaient de leur emplacement et me perçaient la peau. Je ne suis resté qu'une huitaine de jours à l'hôpital. Première ébauche pour la prothèse et sortie de l'hôpital pour des essais de huit jours. Il faut ajuster, réajuster et revenir sans cesse. Entre deux rendez-vous je tâchais de m'échapper pour aller voir famille et amis. Ce n'était pas toujours facile. Cela m'a quand même permis de rassurer bien des gens et de leur montrer que même avec une seule jambe il est très possible de continuer à vivre sans trop de problèmes.

Une fois que tout semblait bien aller sur l'ébauche, on est passé à la réalisation de la prothèse finale. Je l'ai eue le 22 juin et le 23 juin j'étais dans l'avion ne ramenant à Bangkok. Il me faudra revenir en France un peu plus tard, car normalement la livraison comprend deux prothèses l'une servant de roue de secours en cas d'accident, pour le moment je fais des voux en espérant que celle que j'utilise actuellement tiendra le coup pendant plusieurs mois. Comme je suis encore novice dans ce genre de sport , il y a bien des choses que j'ignore et qu'il me faut découvrir peu à peu. Ce que je sais c'est que cette prothèse me permet de marcher presque normalement, j'utilise encore une canne surtout pour les escaliers. Ma précipitation dans sa réalisation a fait que les tech niciens n'ont pu peaufiner leur travail! C'est de ma faute, mais grosso modo je me débrouille et je pense que lors de mon prochain séjour nous pourrons mettre les choses au point.

Je n'ai pas été bien patient, mais je ne regrette pas. L'accueil des prisonniers lorsque je suis revenu m'a enlevé le peu de scrupules que je traînais avec moi. Ils avaient tellement peur que je n'abandonne mon travail que lorsqu'ils ont vu que je revenais « définitivement » ce fut la fête. Je commence une collection de cannes qui me sont offertes par les uns et par les autres, je mets des étiquettes sur chacune pour pouvoir l'employer lorsque je vais visiter la prison du donateur ! Je pense qu'à Noël ma collection s'augmentera pas mal. J'ai repris la conduite de la voiture, mon s upérieur mettant une opposition formelle à la moto. Je comprends sa position tout en la regrettant, car la circulation de Bangkok est tellement mauvaise que seule une moto peut vous permettre de vous déplacer dans des temps normaux. J'ai cherché une voiture avec une boîte automatique, pour éviter d'avoir à embrayer et débrayer mais il paraît que cela n'existe pas sur le modèle que je veux. Il me faut un véhicule semi-utilitaire, pour pouvoir transporter toutes les affaires dans les prisons. Je me débrouillerai donc av ec un embrayage ordinaire. Voilà pour ma petite personne et pour les nouvelles de ma santé. J 'espère n'avoir pas été trop long.

Maintenant, des nouvelles du travail et des prisonniers. Les choses ne sont pas très faciles. Depuis juillet 2006, la Thaïlande vit sous le pouvoir militaire suite à un coup d'État. Normalement , une constitution sera proposée prochainement aux électeurs, je me demande ce qu'ils pourront en comprendre ! Les membres de l'opposition ont été invités à se rendre en prison la semaine dernière, suite à des manifestations avec violence. Un coup d'État n'est-il pas une forme de violence en lui-même ? Bref l'autorité militaire prédomine et cela se ressent dans l'administration. À la prison de Bangkwang, nous avons dû refondre tout notre programme de visites, il ne convenait plus aux nouvelles normes. Je ne me plaindrai pas, car je fais partie de privilégiés qui ont le droit de pouvoir encore visiter les détenus. Le règlement accorde ce droit uniquement aux proches (père, mère, frères et sours). Beaucoup de visiteurs qui se disaient « missionnaires » ont dû plier bagages, car ils ne rentraient pas dans les normes des visiteurs. J'ai pu montrer les papiers délivrés par les autorités thaïes accordant aux j ésuites la permissio n de travailler en Thaïlande; parmi l es ouvres reconnues, les prisons sont expressément mentionnées . Nous avons beaucoup de demandes que je ne peux que mettre sur la liste d'attente. Nous sommes actuellement 6 dans l'équipe des visiteurs; personnellement je vais un peu moins que les autres dans les prisons, car avec 1,500 prisonniers visités chaque mois, il y a pas mal de travail administratif à faire, ne serait-ce que pour obtenir les permissions chaque mois. Un birman qui travaillait avec nous est parti la semaine dernière, il espère pouvoir entrer dans un camp de réfugiés et obtenir une entrevue du Haut Commissariat pour les réfugiés pour aller aux États-Unis. Une jeune femme thaïe prend sa place, une autre jeune femme, birmane, nous a rejoints; elle parle le chinois mandarin et nous avons beaucoup de chinois d'un peu partout, ceux qui viennent de Chine ne parlent que le chinois, ceux de Singapour, Malaisie, Taiwan, Hong-Kong parlent anglais. Avec 46 nationalités différentes, nous avons souvent des problèmes de communication. J'ai repris le travail à l'immigration, là aussi ce n'est pas facile. Jusqu'à maintenant, la Thaïlande n'a jamais accepté d'accueillir définitivement un réfugié sur son territoire. La condition posée auprès de l'ONU était que la Thaïlande ne serait qu'un pays de transit et que tous les frais seraient payés par la communauté internationale. Il semble que la politique actuelle serait de dénoncer ce geste humanitaire. Le Haut Commissariat pour les réfugiés n'est pas autorisé actuellement à accorder des entrevues au centre de l'immigration.

Les nouveaux règlements au centre de l'immigration, font que nous ne sommes plus autorisés à aller voir les détenus tout au long de la journée. Il y a des heures de visites, même si notre bureau est dans le centre, il faut tout prévoir entre 9 h 30 et 11h pour tous les dossiers; si quelque chose manque il faut attendre entre 13 h 30 et 14 h 30 ou le lendemain matin. Même chose pour les infirmières et pour la distribution de la nourriture supplémentaires pour les enfants et les malades. Rendre la vie difficile ! Elle l'est aussi pour nous ! Mais il nous faut accepter, car faire des vagues n'apporterait rien, si ce n'est notre mise à la porte. Il faut s'incliner en n'oubliant pas que nous sommes en Thaïlande et que tout peut changer assez rapidement. Le ciel ne peut être toujours gris. Dans d'autres prisons au contraire, les portes s'ouvrent plus facilement. D'où l'avantage de visiter plusieurs endroits, car souvent lorsqu'à un endroit ça coince, dans un autre ça se débloque, et vous pouvez ainsi garder le moral et dire aux prisonniers: patientez ça durera moins que les impôts ! Dans la prison de Bangkwang , où j'ai du refaire tout le programme des visites, nous avons été autorisés à donner aux détenus que nous visitons des produits de toilette que nous ne pouvions pas leur remettre jusqu'à présent. Ils sont tout contents d'avoir tous les mois du dentifrice, du savon, du shampoing, des rasoirs etc.

La prison des femmes reste la plus difficile à visiter! Rien n'est fait pour que les choses soient simples et efficaces. Nous passons des heures à attendre avant de pouvoir rencontrer celles que nous appelons. Les conditions de visites sont pénibles, un bruit de poulailler, des espèces de p etites cases dans lesquelles on se glisse, comme dans une cabine téléphonique, mais qui ne sont pas assez hautes, je me tape régulièrement la tête, le micro est à gauche et le haut parleur à droite, vous passez votre temps à bouger votre tête de droite à gauche comme si vous regardiez un match de tennis à la télévision ! Vous avez 20 minutes pour votre visite. Nous n'avons pas le droit d'apporter quoi que ce soit, il faut tout acheter à la boutique de la prison pour des raisons de sécurité. Nous visitons 150 femmes et malgré les nombreuses demandes, je ne veux pas augmenter le nombre tant que les conditions seront aussi difficiles. Voilà le dernier aperçu de notre travail. Rien de bien nouveau, mais j'étais heureux de passer du temps avec l es lecteurs du Brigand en pensant à vous tous. Je vous assure de mes prières et de mon amitié fidèle.

Olivier Morin , S.J.

 
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