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Les jésuites au Canada anglais

BIBLIOTHÈQUE DE THÉOLOGIE

Reportage

Éducation et communications se rencontrent

Le CEAFAX, ouvre jésuite originale en Équateur

L'Amérique du Sud est un continent où la vie fourmille. Les racines chrétiennes y sont bien implantées mais les défis pour l'Église catholique sont nombreux. Les disparités entre riches et pauvres ont, depuis des décennies, appelé les jésuites à être créatifs dans leur engagements pastoraux et sociaux.

On parle relativement peu souvent de l'Équateur dans l'actualité. C'est un pays d'environ 14 millions d'habitants; on y parle l'espagnol, mais aussi le quechua car une bonne proportion de la population est d'origine indigène. Comme dans bien des pays d'Amérique, les populations amérindiennes sont souvent parmi les plus pauvres du pays.

Notre reporter Pierre Bélanger a eu l'occasion de s'y rendre pour participer à un congrès de communicateurs catholiques. Il en a profité pour visiter une ouvre jésuite originale, le CEAFAX, ou Centre de communication Saint-François-Xavier de la Compagnie de Jésus. Il s'est entretenu avec le directeur, le P. Luis Chacón, et il a pu aller avec l'équipe visiter une communauté autochtone qui profite d'un des projets du CEAFAX.

Luis Chacón, S.J., directeur du CEAFAX

Entrevue avec le P. Luis Chacón Padilla, S.J.

PB : Père Luis, en quelques mots, présentez-vous le CEAFAX, l'organisation que vous dirigez, et expliquez-nous le chemin qui vous a conduit au ministère de la communication audiovisuelle.

LC : En premier lieu, j'aimerais profiter de l'occasion qui m'est offerte pour saluer cordialement les aimables lecteurs et lectrices du BRIGAND. Le CEAFAX est un petit organisme jésuite qui anime des projets en "éducommunication"1, des projets basés sur les fondations suivantes : la pédagogie des valeurs, le paradigme de la pédagogie ignatienne (connu comme le PPI dans notre milieu latino-américain), et les outils didactiques du multimédia. Actuellement et concrètement, nous menons quatre projets. Le plus important par son ampleur s'appelle FEVIDA  : c'est un projet de formation chrétienne des enfants et des adolescents des écoles primaires et des collèges catholiques en Équateur. Nous accompagnons par ce projet quelque 30 000 élèves, ce qui implique aussi un appui à environ 400 professeurs responsables de cette formation chrétienne, en les aidant dans leur tâche éducative comme dans l'utilisation optimale de notre projet. Un autre projet s'appelle SALMA; il a pour objectif d'offrir une formation aux valeurs liées à la santé et à l'environnement à quelque 6000 enfants indigènes, comme à leurs communautés et à leurs professeurs. Ces enfants sont de secteurs très pauvres et souvent bien mal servis du point de vue de l'éducation. Un troisième projet en est un de pastorale des jeunes: il s'appelle JEA (Jóvenes en Acción ) (Jeunes en action). On y invite les jeunes, adolescents ou jeunes adultes, à se former, par diverses expériences, pour exercer un leadership au service de notre société. Le quatrième projet, PUERTA ESPERANZA (La Porte Espérance), nous l'avons développé en alliance avec l'Institut de formation humaine intégrale de Montréal (IFHIM); le programme veut aider des personnes chez qui on a identifié un clair leadership social à devenir agent de développement humain et « ponts de paix » dans leur milieu.

Le palais présidentiel, à Quito, Équateur

En ce qui concerne le chemin qui m'a mené à servir dans le domaine des communications, il a ses origines dans mes études en sciences de l'éducation, à l'Université pontificale salésienne de Rome, où j'ai fouillé avec beaucoup d'intérêt la « communication éducative ». Ensuite, dans le cadre de mes activités d'enseignement à la Faculté de philosophie et de théologie de notre université, à Quito, j'ai eu la chance de centrer mon attention sur l'aspect communicationnel en catéchèse et en pastorale. À cause de tout ça, la Compagnie, par mon supérieur provincial, m'a chargé de la direction du CEAFAX, il y a sept ans maintenant.

PB : L'oeuvre que vous dirigez porte le nom du plus fameux missionnaire de la Compagnie de Jésus, François Xavier. Quelle est la dimension missionnaire de votre ouvre? Il m'apparaît clair que saint François Xavier n'a pas utilisé les moyens de communication électroniques!

LC : C'est vrai, saint François Xavier est le patron de notre organisme et il exerce très bien son patronage puisque, tout d'abord, nous voyons bien que par son intercession Dieu nous offre abondance de bénédictions. Notre option est missionnaire « ad intra ». C'est-à-dire que dans tous nos projets il y a une intention évangélisatrice. C'est vrai tout d'abord dans FEVIDA, mais aussi dans le projet SALMA et les autres entreprises que nous portons puisque, dans tout ce que nous faisons, nous proposons les valeurs qui, d'une manière ou d'une autre, viennent de l'évangile de Jésus. En ce sens, nous nous sentons liés et proches de saint François Xavier, un missionnaire qui n'avait pas besoin de grands moyens pour assurer son ouvre évangélisatrice même si, il est vrai, il souligne qu'il aurait voulu avoir plus de bras pour baptiser tous les nouveaux chrétiens convertis par sa prédication. 

Le CEAFAX, bien identifié à la Compagnie de Jésus

PB: Arrêtons-nous un moment au projet SALMA; comment s'élabore-t-il, concrètement?

LC: Quand on entend le mot "projet", on court le risque de penser à un dossier, une liste d'idées, de données, un budget. Durant la visite que nous avons faite ensemble aux communautés de Colta2 - un des réseaux éducatifs qui participent à SALMA - nous avons pu apprécier comment ce "projet" se traduit en rencontres d'amitié et de solidarité, en rencontres entre personnes concrètes avec lesquelles nous échangeons poignées de mains sincères, des gens qui expriment à haute voix la joie de la rencontre et l'espoir de pouvoir surpasser ensemble les faiblesses qui nous préoccupent.

Dans chacune des cinq provinces de l'Équateur où SALMA est offert, nous avons des liens avec un ou plusieurs réseaux éducatifs et des liens fréquents nous unissent aux leaders de ces réseaux. Ces gens organisent les rencontres de professeurs et coordonnent avec nous le programme pour que nous puissions apporter la formation et le matériel scolaire aussi bien aux enseignants qu'aux enfants. Le jour où nous sommes allés à Colta, une session sur les droits des enfants a été offerte aux professeurs, puis nous avons fait la distribution du matériel scolaire pour cette année scolaire qui commençait.

Au debut, nous avons aussi visité toutes les communautés qui ont accepté que leurs écoles adoptent le projet; nous y avons rencontré professeurs et élèves. Alors ensuite, bien que notre contact se limite principalement aux professeurs, nous atteignons de fait les communautés; ainsi espérons-nous faire passer un message à plusieurs niveaux, un message proposant des valeurs liées à la santé et à l'environnement.

Je crois que, malgré un voyage assez long, vous avez pu faire une expérience bien positive au cours de cette visite que nous avons faite ensemble à ce petit coin des Andes, à Colta. Je me rapelle la confiance que vous avez réussi à éveiller chez les enfants qui étaient si heureux que vous les preniez en photo!

Une des nombreuses publications du projet SALMA

PB: Voyez-vous votre travail comme une contribution à la mission de l'Église équatorienne?

LC: Effectivement, nous sommes préoccupés par le désir d'améliorer la qualité de vie de notre pays, nous voulons contribuer à former des personnes qui ont des valeurs, des croyants plus éclairés par l'évangile. À ce sujet il faut dire que notre travail n'est pas fait de manière isolée: chaque fois que nous entreprenons un projet, nous incluons un temps de recherche et de dialogue avec les personnes et les institutions qui sont « sur le terrain » : des élèves ou des étudiants, des professeurs, des parents ou des familles. Nous dialoguons aussi avec la Conférence épiscopale, avec d'autres organismes de la Compagnie de Jésus, avec d'autres ONG.

PB: Il y a une bonne part de vos activités qu'on pourrait situer dans le champ de l'apostolat social : comment s'unissent le pastoral et le social, au CEAFAX?

LC: En fait, nous ne voulons pas séparer nos projets selon ces catégories-là. Nous souhaitons travailler dans une perspective intégratrice, et nous croyons que cette intégration est possible en mettant de l'avant les valeurs humaines, des valeurs que nous cherchons à cultiver dans le cadre pastoral comme plus largement dans le cadre social. En réalité, toute intervention pastorale doit impliquer, doit inclure la dimension sociale de l'être humain.

Chour d'enfants quechuas

PG: Parlons un peu de votre pays, l'Équateur. Même si c'est trop brièvement, pouvez-vous nous nous dessiner la situation sociale et religieuse de l'Équateur? Entre autres choses, parle-t-on ici d'un pays pauvre?

LC: L'Équateur est un pays traditionnellement catholique mais dont l'évangélisation a été superficielle. Les gens, ici, mettent beaucoup d'emphase sur certaines pratiques de piété, comme les célébrations de Noël, de la Semaine Sainte et des fêtes patronales, mais il y a toujours - s'accroît peut-être même - le fossé entre le petit nombre de riches et la multitude des pauvres. Beaucoup de gens ont dû émigrer pour chercher du travail en Amérique du Nord et en Europe : cela a laissé des blessures douloureuses dans les familles ainsi désintégrées, en particulier chez les enfants et les jeunes qui doivent grandir sans leur père, parfois sans leurs deux parents. L'Équateur a beaucoup de richesses naturelles, mais nous ne parvenons pas à les exploiter au profit de tous. Les bénéficiaires de ces richesses ne sont toujours qu'un tout petit groupe: cette situation crée un cadre social bien pénible pour une grande majorité de familles qui doivent vivre avec moins d'un dollar par jour, pour une large population d'enfants qui traînent dans les rues sans possibilité d'aller à l'école, pour beaucoup d'indigènes qui ne peuvent que regarder tomber les miettes de pain de la table des quelques potentats.

Les Équatoriens sont en majorité indigènes ou métis

PB : Qu'est-ce que vous pouvez faire, vous au CEAFAX, pour aider les populations indigènes et rurales?

LC: En tant qu'éducateurs et communicateurs (ou éducommunicateurs), nous pourrions apporter beaucoup au niveau du travail social, mais nous sommes bien limités par la carence de moyens financiers. Toutefois, dépassant quelque peu cette difficulté, nous tentons d'appuyer un changement d'attitudes dans les familles, chez les professeurs et les élèves du secteur indigène, d'abord en s'attaquant à la faible estime de soi qui leur fait perdre toute motivation devant les défis, les perspectives de dépassement. Nous leur offrons de la formation pour les aider à mieux utiliser des méthodes d'enseignement et d'apprentissage qui incluent les moyens audiovisuels modernes, mais aussi de la formation pour la culture de la terre et l'élevage dans une perspective écologique et organique.

C'est ainsi que nous appuyons près de 6000 enfants indigènes et leurs quelque 400 instituteurs et institutrices, dans 120 écoles, avec une formation aux questions de santé, de saine nutrition, de culture organique des aliments, d'élevage d'animaux autochtone. Nous enseignons aussi diverses formes de protection de l'environnement: c'est ça, le projet SALMA que j'ai déjà mentionné. Ce projet existe depuis six ans; durant les trois premières années, nous avons reçu l'appui du gouvernement de la Belgique, mais depuis trois ans nous devons soutenir SALMA avec nos propres fonds. Malheureusement, il nous semble que nous devrons nous arrêter bientôt car nous ne serons sans doute plus capables de le financer. Pour éviter ça, nous nous adressons actuellement à des institutions internationales qui s'intéressent à ce type de service social qui peut beaucoup aider des gens pauvres. Nous estimons que c'est une avancée importante d'avoir pris contact avec tant de communautés indigènes comme avec leurs écoles et nous ne voudrions pas perdre cette base. pourtant, nous somme au point de devoir admettre que l'aspect économique est incontournable. C'est pourquoi j'ose inviter les lecteurs et lectrices du BRIGAND , sensibles à la situation de nos populations indigènes, à appuyer le projet SALMA 3.

Groupe d'enfants rejoints par le projet SALMA

PB: En terminant cette entrevue et comme message final aux abonnés de notre revue missionnaire, dites-nous ce que vous considérez être l'âme de votre engagement et, plus encore, quels sont les espoirs que vous portez pour l'avenir?

LC: Je veux d'abord remercier l'équipe du BRIGAND pour la chance qu'elle nous donne d'entrer en contact avec tant de gens de chez vous qui gardent ouverts leurs yeux et leurs oreilles aux joies et aux peines du monde, au-delà de leur foyer et de leur milieu.

Enfin, mon message ultime, qui révèle ce qui nous anime, c'est une louange, une action de grâce à Dieu qui sème dans le cour des humains la vocation à la mission. Je crois que chaque fois qu'un être humain sort de lui-même pour aller à la rencontre du nécessiteux, un véritable miracle survient. Et cela m'amène à féliciter tous ces hommes et ces femmes qui se font donc missionnaires simplement en partageant cette manière de voir : vous êtes l'objet de ce miracle. qui est toujours un miracle de l'amour.

 

1 L'éducommunication est un domaine où l'on apprend aussi bien le fonctionnement et le langage des médias que comment vivre de manière pleinement humaine dans le monde actuel, marqué par les médias électroniques de toutes sortes.

2 Voir le reportage-photo en pp. 13-15

3 Pour plus de détails on peut visiter le site www.ceafax.org . Le site est en espagnol.

André Charbonneau, S.J.

 
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