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BIBLIOTHÈQUE DE THÉOLOGIE

Des compagnons nous écrivent

Georges-Étienne Beauregard, s.j.

Le père Paul-Étienne Beauregard
inspire une poète.

À l'automne 2005, Le BRIGAND avait eu l'occasion de présenter une entrevue en profondeur avec le doyen de nos missionnaires, le P. Paul-Étienne Beauregard, en poste comme curé de paroisse à Nanao depuis plus de 40 ans. Nanao est une communauté côtière située à 150 km de Taipei, la capitale. Le père Beauregard nous a écrit récemment, nous racontant une rencontre sympathique et inattendue faite dans son milieu où il était jusqu'alors le seul étranger. Il y évoque indirectement un des épisodes marquants de sa vie, celui de son emprisonnement en République populaire de Chine en 1953. Laissons-le nous raconter.

Au mois de novembre dernier, j'ai rencontré au bureau de poste une Américaine grisonnante, nouvelle professeur d'anglais à l'école voisine de chez moi; elle s'appelle Marilyn Hodgin. Je me croyais le seul étranger vivant à Nanao. Alors nous nous sommes présentés l'un à l'autre; on lui avait dit qu'il y avait au village un Canadien, curé ici depuis une quarantaine d'années!  On lui avait aussi mentionné que j'étais venu de la grande Chine, après un stage en prison communiste à Shanghai. Elle était fort intéressée, disait-elle, d'en savoir plus sur moi.

Je venais de sortir de mon casier postal quelques lettres, des cartes de Noël, le journal local et le USA Today . Devinant qu'elle s'ennuyait fort de son pays et de sa famille, je lui ai offert ce journal. J'ai provoqué chez elle un large sourire, surtout quand j'ai ajouté que comme j'étais le seul à le lire, c'était libre à elle de venir le chercher au presbytère, chaque semaine. Le dimanche donc, elle est bien ponctuelle à venir chercher le journal étatsunien et à prendre un café avec moi. Comme elle ne parle pas chinois, elle est aussi bien heureuse de pouvoir se délier la langue!

À sa seconde visite, elle me tendit une poésie, après me l'avoir lue elle-même. J'ai été fort étonné de remarquer que sans avoir pris de notes sur mon récit, elle en avait bien capté tous les détails. Bien qu'elle ne soit pas catholique, j'ai été bien édifié qu'elle avait bien deviné mes sentiments religieux.

À propos des deux « officiels » auxquels le poème fait allusion, je rappelle qu'il s'agit de Lester Pearson, alors ministre des affaires extérieures du Canada, et de Chou En lai, son vis-à-vis chinois, qui s'étaient rencontrés à Genève. Alors que le dirigeant chinois demandait à Pearson pourquoi le Canada ne transférait pas son ambassade de Taipei à Pékin, notre ministre avait répondu qu'il n'était pas convenable de faire ce transfert alors que des ressortissants canadiens croupissaient dans des prisons de son pays. Si Mgr Côté venait d'être libéré, le P. Eugène Lauzon était encore en prison à Suchow et je l'étais moi-même dans une prison militaire à Shanghai. Quelques autres Canadiens étaient aussi « prisonniers » à leur domicile. C'est dans ce contexte, que j'ai pu éclaircir plus tard, que j'ai été libéré1.

Je vous envoie donc la « version poétique » de mon récit par madame Marilyn Hodgin. (La version française a été faite par la rédaction.)

Remember

Freedom - free to do, to be - until
Confinement - unplanned, untimely
Retreat - from the world
From friendly faces, from a kind world

God, this was not what I thought the plan was
My life was to serve You - and now...
In a room full of men, full of disease,
Full of refuse, full of stench

Six years - my sentence - for what?
Everything taken away - my plans,
My belongings, my privacy
At times, even my hope

Hopelessness - using silk string
To end a life - unsuccessful attempt
The prisoner brought back in hand cuffs
Forced to eat like an animal

Everything taken away - even our dignity
Offering help to the prisoner in cuffs
Human kindness - resulted in punishment
Not allowed to assist another man

Lunch time, one day - a message from the guard
Get my things? I'm leaving?
Will it be to another prison?
I pack my bags

A smiling face - eyes aimed in my direction
It is true, I am being set free
My body is so weak, my heart is so weary
Buy hope springs anew

A meeting between two officials
Five minutes in time
Brought my confinement to an abrupt end
I was once again free

Freedom - help me to remember -
You came to set the captives free, Jesus
You are the One Who restores my hope
Only You are worthy of our praise

Se souvenir

Liberté - de faire, d'être - jusqu'à.
La réclusion - inattendue, inopportune
Le retrait du monde
Des visages d'amitié, du monde bon

Mon Dieu, ça n'était pas mon plan
Ma vie, c'était de vous servir - et là
Dans une salle pleine de gens, de maladies
Pleine d'ordures, de puanteur

Six ans - ma sentence - pour quoi?
Tout m'est enlevé, mes plans,
Mes biens, mon intimité
Parfois même mon espoir

Le désespoir - l'usage de cordes de soie pour terminer une vie - une tentative infructueuse qui ramène le prisonnier menotté
Forcé de manger comme un animal.

Tout nous est pris, même notre dignité
Aider un autre prisonnier menotté
Simple attention humaine - menait à la répression
Même pas permis d'aider les autres

Heure du repas un jour - un message du gardien
Je prends mes affaires? Je pars?
Vers une autre prison?
Je ramasse mon sac

Un sourire - des yeux qui me regardent
C'est vrai, je suis libéré
Mon corps est si faible, mon cour si lourd
Mais l'espoir renaît

Une rencontre entre deux officiels
Cinq minutes seulement
A fait cesser brusquement ma captivité
J'étais à nouveau libre

Liberté - aide-moi à me souvenir -
Tu es venu libérer les captifs, Jésus
Tu es Celui qui me redonne espoir
Toi seul est digne de notre louange

 

1 On peut lire le récit de la libération du P. Beauregard dans le numéro 483 du Brigand (juillet-août-septembre 2005) ou sur le site internet des jésuites à l'adresse suivante : www.jesuites.org/Brigand11/beauregard4.htm

 
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