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Les jésuites au Canada anglais

BIBLIOTHÈQUE DE THÉOLOGIE

Histoire

Québec, terre de mission

Les célébrations des fêtes entourant le 400e anniversaire de la ville de Québec nous ont encouragés à avoir recours à l'un de nos très bons historiens, un homme d'ailleurs connu des lecteurs et lectrices du BRIGAND , le P. Gilles Chaussé. Quelles réflexions lui venaient à l'esprit, quels liens faisait-il entre cet anniversaire - qui ne concerne pas seulement une ville mais toute l'Amérique française - et l'histoire missionnaire jésuite ?

Notre confrère a choisi de souligner combien Québec a, dans un premier temps, reçu des missionnaires français pour l'évangélisation de la Nouvelle-France, puis est devenu ensuite, deux siècles plus tard et grâce à l'établissement du Bureau des missions jésuites dans cette même ville de Québec, un centre de rayonnement missionnaire vers des continents lointains.

Deux chapitres d'histoire marqués par l'engagement de missionnaires au service de la foi et du plein accomplissement des personnes que le Seigneur leur confiait.

Le P. Gilles Chaussé, historien

En guise d'introduction.

Qui n'a pas été témoin autrefois de « départs missionnaires » ? J'ai vécu cette expérience en 1950. Je revois encore l'un de mes anciens professeurs jésuites au Collège Sainte-Marie qui se destinait à la Mission de Chine. Il était là, debout, à la gare Windsor, à bord du train qui devait le conduire à Vancouver, et de là, par bateau, en Chine, saluant ses parents et amis qu'il ne reverrait peut-être plus jamais. Car, à cette époque, celui qui partait en mission ignorait s'il reviendrait un jour dans son pays d'origine. Les temps ont changé. Les départs de missionnaires sont aujourd'hui plus discrets et ces derniers reviennent à intervalles réguliers dans leur pays.

 

Un départ missionnaire réunissait famille, amis et confrères autour de celui ou de ceux qui partaient.

J'ai été moi-même missionnaire en Haïti pendant quelques années, encore que ce pays, longtemps désigné comme « la perle des Antilles », n'est plus considéré aujourd'hui comme territoire de mission, puisqu'on y trouve une communauté fervente, encadrée et dirigée par un épiscopat exclusivement haïtien. En Haïti, j'ai vu des hommes et des femmes de différentes nationalités, mais dont la grande majorité provenait du Québec, rivaliser de dévouement et de zèle dans des écoles, des dispensaires, des hôpitaux, comme l'hôpital pour les lépreux dirigé par les Soeurs du Christ-Roi, à Léogane. Ces hommes et ces femmes font l'admiration du peuple haïtien qui savait que ces derniers étaient venus en Haïti sans rechercher leur propre intérêt, mais pour accompagner le peuple haïtien dans sa quête spirituelle et répondre à l'invitation du Seigneur : « Comme le Père m'a envoyé, moi aussi, je vous envoie ; allez donc de toutes les nations faire des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » Des hommes et des femmes qui ont fait le choix de devenir haïtiens avec les Haïtiens, perpétuant ainsi la tradition missionnaire propre au Québec.

 

1ere période : Québec, centre missionnaire au 17e siècle

La saga missionnaire des jésuites en Nouvelle-France commence en 1611 avec les pères Pierre Biard et Ennemond Massé, venus fonder la Mission Saint-Sauveur , non loin de la colonie française de Port-Royal, sur la côte atlantique, dans l'État du Maine actuel. Cette mission n'aura toutefois qu'une durée éphémère de deux ans, la jeune colonie française ayant été dévastée par les Anglais, établis plus au Sud, en Virginie.

 

La ville de Québec : point de départ de l'aventure

La véritable évangélisation commence en fait en 1625, à Québec, alors que cinq jésuites français, Jean de Brébeuf, Charles Lalemant, Ennemond Massé, Gilbert Burel et François Charton, viennent prêter main forte aux Récollets, arrivés dix ans plus tôt. Seuls autorisés à revenir à Québec au moment du Traité de Saint-Germain-en-Laye en 1632, les jésuites seront pendant longtemps les seuls missionnaires en Nouvelle-France, alors que plus de 325 d'entre eux viendront exercer leur apostolat sur un territoire démesuré allant de Québec aux Rocheuses, et de la Baie d'Hudson jusqu'au Golfe du Mexique.

À la maison des Jésuites, à Sillery, on coordonnait l'activité missionnaire à partir de Québec.

Les missionnaires de la première évangélisation étaient des hommes d'une trempe peu ordinaire. Plusieurs comme les pères René Ménard, Claude Allouez, Charles Albanel, Gabriel Druillettes, Jacques Marquette, Pierre Aulneau, accompagnèrent les explorateurs français dans les régions de la Baie d'Hudson, des Grands Lacs, du Mississipi et de l'Ouest canadien, préparant ainsi le terrain à l'établissement des futures missions. Plusieurs moururent au cours de ces périples exténuants, comme le P. Marquette, mort dans la solitude, sur les bords d'une rivière qui porte aujourd'hui son nom, et dont l'historien Garneau a écrit : « Ainsi se termina dans le silence des forêts la vie d'un homme dont le nom retentit aujourd'hui plus souvent dans l'histoire que celui que celui de bien des personnages qui faisaient alors du bruit sur la scène du monde, et qui sont pour jamais oubliés. » D'autres s'illustrèrent dans plus d'une vingtaine de missions établies par les jésuites dans la vallée du Saint-Laurent, notamment à Tadoussac, Sillery, Trois-Rivières, Ville-Marie et Laprairie, et dans les régions des Grands Lacs et du Mississipi. La Mission de la Huronie sur les bords de la baie Georgienne, au lac Huron, constitue cependant le principal champ missionnaire des jésuites de 1625 à 1650. C'est là que Jean de Brébeuf, Gabriel Lalemant, Noël Chabanel, Antoine Daniel et Charles Garnier trouvèrent la mort en 1649, martyrisés par les Iroquois qui avaient fait subir précédemment le même sort à Isaac Jogues, René Goupil et Jean de La Lande. Ces huit martyrs jésuites seront canonisés en 1930, avant d'être reconnus comme patrons du Canada.

 

Des héros et des hommes de foi

François Roustang a écrit au sujet de ces premiers missionnaires « qu'il n'était pas douteux que les conditions de vie qui leur étaient imposées aient été parmi les plus rudes qu'aient jamais connues des missionnaires. On s'imagine mal comment des hommes qui ont été transplantés brusquement d'un climat à l'autre aient pu résister, en particulier, à un hiver plus rigoureux que celui de Sibérie et qui dure près de six mois. Comment ont-ils pu supporter ces voyages interminables durant des centaines de kilomètres par voies d'eau, avec les portages nécessaires d'une rivière à l'autre ; ou ces longues marches, raquettes aux pieds, sur la neige et dans les tourbillons de vent? Comment ne sont-ils pas morts d'épuisement, n'ayant pour s'abriter que le ciel ou de misérables cabanes et pour se nourrir qu'un peu de blé d'Inde, c'est-à-dire du maïs, et du poisson? Comment l'insupportable cohabitation avec les Indiens a-t-elle pu les trouver demeurant dans la patience ? La force physique n'a certes pu leur suffire ».

 

Carte des territoires parcourus par les jésuites au 17 e siècle

Une expérience d'inculturation intense

En demandant de venir en Nouvelle-France, ces premiers missionnaires étaient conscients qu'ils devaient chercher avant tout à s'imprégner des coutumes et de la culture autochtone. Ils s'employèrent au premier chef à maîtriser les langues indiennes, à rédiger des dictionnaires et des grammaires sur les langues huronne, iroquoise et algonquine. Ils cherchèrent aussi à regrouper de jeunes Indiens dans des séminaires pour mieux les instruire, comme à Québec en 1635, et à les sédentariser dans des villages, à l'image des célèbres Réductions du Paraguay, comme à Sillery en 1637. C'est ainsi que le P. Paul Le Jeune, le véritable fondateur de la Mission canadienne et l'initiateur des Relations des jésuites qui deviendront de 1632 à 1672 un organe de propagande extraordinaire, va se transformer en missionnaire-colonisateur, faisant des appels pressants dans les Relations pour que les Français s'établissent en Nouvelle-France et servent ainsi de modèles aux Indiens. Cette saga missionnaire se poursuivit pendant près de deux siècles et prit fin en mars 1800, avec le décès du dernier jésuite, le P. Jean-Joseph Casot, après que les autorités britanniques eurent interdit aux jésuites de recruter de nouveaux membres. C'était au lendemain de la Conquête de la Nouvelle-France par les Anglais. L'historien Georges Goyau a qualifié à juste titre cette saga missionnaire d'épopée mystique.

 

2e période : Québec, source missionnaire aux 19e et 20e siècles

Ce n'est que quarante ans plus tard, en 1842, que les jésuites devaient revenir au Québec. S'ils ont cette fois d'abord élu domicile à Montréal, vers la fin du siècle ils étaient de nouveau bien présents à Québec à l'église Notre-Dame-du-Chemin, à la première Villa Manrèse et à la Maison Dauphine. Mais un des traits marquants de cette deuxième époque fut de poursuivre l'action missionnaire qui avait caractérisé la période précédente. D'abord employés aux missions intérieures auprès des peuplades autochtones, - Mission Saint-François-Xavier à Kanawaké et Saint-François-Régis à  Akwesasne --, les jésuites, à l'instar de nombreuses autres communautés religieuses du Québec, entreprirent de répandre la Bonne Nouvelle à l'extérieur du Canada, d'abord en Alaska, de 1907 à 1912, puis en Asie, en Afrique, dans les Caraïbes et en Amérique du Sud. De centre missionnaire qu'il avait été au 17 e siècle, le Québec allait devenir pour les deux prochains siècles une source impressionnante de missionnaires répandus dans les cinq continents.

 

La Mission de Chine.

 

Un bon nombre de jésuites du Canada français ont ouvré à Süchow, en Chine.

La Chine constitue au 20 e siècle la première destination missionnaire hors Québec des jésuites québécois. C'est au mois d'août 1918 que partent le père Édouard Goulet et le scolastique Paul Gagnon pour la province du Jiangsu, à la demande de leurs confrères jésuites de la province de Paris, responsables de la Mission de Shanghai. Ils arrivent le 5 octobre 1918. D'autres les suivent en 1920. Puis, en 1924, ils se voient confier la mission du Xuzhou (Süchow), un territoire de 250 kilomètres de long et de 100 kilomètres de largeur, à mi-chemin entre Shanghai et Pékin. En 1931, treize pères et quatre frères constituent le personnel sur place. C'est à ce moment, le 13 juin 1931, qu'est érigée la Préfecture apostolique de Süchow, avec le père Georges Marin comme administrateur apostolique. La Préfecture compte alors dix-huit centres paroissiaux et plus de 50,000 baptisés, parsemés sur 15,000 kilomètres carrés. L'enthousiasme est manifeste chez les missionnaires dont l'un d'entre eux se fait le porte-parole : « Un morceau bien à nous, grand comme la main, mais presque aussi plein de Chinois - plus de six millions -- que le Canada est vide de Canadiens. Quand je vous le disais que Rome vient de nous donner un joli cadeau ! Car ils sont à nous ces Chinois et ils ne sont à nous que pour être menés à Dieu par nous. »

Dès lors, les jésuites canadiens se voient chargés officiellement de l'administration de ce vaste territoire qui sera érigé plus tard, le 18 juin 1935, en Vicariat apostolique, avec le père Philippe Côté comme vicaire apostolique, avant d'être érigé en diocèse en 1946. La guerre sino-japonaise en 1937, suivie de la débâcle et de l'occupation japonaise, vaudra à trois jésuites canadiens d'être assassinés par les Japonais en mars 1943, et à trente-sept autres d'être internés jusqu'en 1945. Puis, la victoire des communistes en 1949 marque la fin de la mission canadienne, alors qu'un grand nombre de jésuites sont emprisonnés, avant d'être expulsés à partir de 1951, le dernier l'étant en octobre 1955. De 1918 à 1954, quatre-vingt-trois jésuites canadiens furent affectés à la mission de Süchow. Ils consacrèrent principalement leurs efforts au ministère paroissial et à l'éducation, procédant à la fondation de plusieurs écoles primaires et secondaires pour garçons et filles, - 509 écoles existaient en 1940 --, d'une école normale, d'une école de métiers, et d'un collège préparatoire à l'Université. Ils furent appuyés dans cette action par les Sours missionnaires de l'Immaculée-Conception, arrivées à leur demande à Süchow en 1934. En 1942, l'on comptait 84,000 baptisés et 24,000 catéchumènes, encadrés par trente-neuf prêtres jésuites, dix frères coadjuteurs et quinze scolastiques.

C'est de la province jésuite du Canada français que provenaient le personnel missionnaire et l'appui financier. A cet effet, un ancien missionnaire de Chine, le père Louis Lavoie, revenu au Québec en 1930, fondait la même année dans la ville de Québec ce qui s'est longuement appelé la Procure des Missions et la revue Le Brigand, chargées de recueillir des fonds d'abord et avant tout pour cette mission de Chine. L'année suivante et toujours à Québec, le P. Lavoie fondait le Musée chinois, d'excellente réputation. Le Brigand se présente aujourd'hui comme la revue missionnaire des jésuites du Québec au service de l'apostolat international ; elle est éditée au Bureau des Missions jésuites de la Province du Canada français et d'Haïti. Le Musée chinois des jésuites est toujours à Québec ; les Missions jésuites l'ont offert au Musée de la civilisation de Québec, ce qui permet à de très nombreux visiteurs d'en profiter.

 

Missions de Hong Kong et des Philippines.

Kuangchi Program Service , à Taipei : production audiovisuelle en mandarin

Contraints par les autorités communistes de quitter la Chine au cours des années cinquante, les jésuites canadiens poursuivent leur apostolat à Hong Kong où ils fondent une revue, China Missionary , et un Institut de recherche, Weisin, du nom du premier jésuite chinois au 17 e siècle, Emmanuel Cheng-Wei-hsin, puis aux Philippines, à Taiwan et au Vietnam. Aux Philippines, ils procèdent en 1949 à la réouverture de la Maison Chabanel , une maison d'étude de la langue chinoise, située auparavant à Pékin, à l'intention des futurs missionnaires jésuites. Puis ils assument la responsabilité de plusieurs paroisses chinoises et fondent à Cébu, au sud du pays, en 1952, un collège, le Collège du Sacré-Cour. Quatre ans plus tard est ouverte à Manille, une école chinoise, Kuang Chi, qui allait bientôt recevoir un millier d'étudiants. En décembre 1977, vingt-sept jésuites canadiens avaient ouvré aux Philippines depuis leur arrivée en 1949.

 

Missions de Taiwan et du Vietnam.

C'est en mars 1952 qu'arrivent les deux premiers jésuites canadiens à Taiwan en provenance de Chine. L'archevêque de Taipei leur confie alors le district de Kuanhsi, une région accidentée sur le versant nord-ouest de l'île, et le district de Suao, où ils fondent paroisses et missions. A Taipei, d'autres jésuites canadiens collaborent au Collège Saint-Ignace et à l'Université Fu-Jen . De 1952 à 1977, trente-neuf jésuites canadiens oeuvrent à Taiwan.

En 1958, les premiers jésuites canadiens arrivent au Vietnam. On les retrouve principalement au Séminaire pontifical de Dalat, le Séminaire Saint-Pie X , comme professeurs et accompagnateurs spirituels, et à Saigon, au Foyer d'étudiants Alexandre de Rhodes, jusqu'à leur expulsion par les communistes en 1975. Un certain nombre reviendront par la suite.

Étudiants et étudiantes du Centre Alexandre-de-Rhodes, à Saigon, fondé par le P. Jean Desautels

 

Mission d'Éthiopie.

La Mission d'Éthiopie est très particulière. C'est à l'invitation de l'empereur Haïlé Sélassié, soucieux de mettre en place dans son pays un système complet d'éducation, du primaire à l'université, notamment à Addis-Abeba, qu'une équipe de jésuites canadiens se rend en Éthiopie au mois d'août 1945. L'Empereur avait fait savoir l'année précédente aux autorités de la Compagnie à Rome qu'il souhaitait avoir des jésuites canadiens et francophones pour son réseau d'enseignement. Dans l'esprit de l'Empereur, les jésuites devaient s'abstenir de tout prosélytisme et d'action missionnaire, porter des vêtements civils, et n'agir en aucune façon comme propagateurs d'une influence étrangère.

Le P. Roland Turenne, le dernier jésuite canadien encore en service en Éthiopie

Le 12 août 1945, le pape Pie XII demandait officiellement à la Compagnie de Jésus d'entreprendre cette ouvre d'éducation et selon les conditions formulées par l'Empereur. Puis, le 19 janvier 1945, le supérieur général des jésuites enjoignait le Provincial de la Province du Canada français de désigner quatre jésuites pour le début de l'année scolaire. Fidèles à leur vou spécial d'obéissance au pape, ceux-ci arrivent en Éthiopie au mois d'août 1945. Ils se voient aussitôt confier l'École Tafari Makonnen , une école primaire de plus de cinq cents étudiants qui allait bientôt en recevoir mille. Par la suite, les jésuites furent chargés par l'Empereur de fonder une école secondaire, puis une école professionnelle, et un collège universitaire, University College of Addis Abeba , devenue en 1962 The Haile Selassie University , que les jésuites dirigeront jusqu'en 1961. Plus tôt, en 1957, les jésuites y avaient fondé un observatoire de géophysique. En 1968, les jésuites étaient au nombre de vingt-trois en Éthiopie. Au terme de leur contrat avec le gouvernement quatre ans plus tard, ils quittent l'administration de l'École Tafari Makonnen, alors qu'un certain nombre d'entre eux continuent d'y être présents à titre individuel.

Ce retrait permet aux jésuites de diversifier leur apostolat et d'entreprendre de nouvelles tâches pastorales auprès du monde paysan et des milieux défavorisés. Ainsi furent fondés le Village de l'espoir pour reloger des familles des bidonvilles de Dire-Dawa, et un centre de spiritualité, le Centre spirituel Galilée . De 1945 à 1995, soixante et un jésuites oeuvrèrent en Éthiopie. En 1987, de concert avec des jésuites éthiopiens et d'autres parties de l'Afrique, ils participent aux activités du Service jésuite aux réfugiés, alors que d'autres vont seconder leurs confrères en Tanzanie et au Kenya.

 

Mission du Sénégal.

La bibliothèque du Centre culturel Saint-Pierre-Claver, à Tambacounda, Sénégal, animé par le P. André Gagnon

C'est en octobre 1973 que les jésuites canadiens, au nombre de six, se rendent à Ziguinchor, en Casamance, au Sud du Sénégal, pour assurer la direction et l'administration du collège diocésain, Saint-Charles Lwanga , à la demande de l'évêque du lieu, Mgr Sagna. Auparavant, de 1959 à 1972, quelques-uns d'entre eux avaient ouvré à Dakar et au petit Séminaire de Zinguinchor. Le 12 août 1983, les jésuites remettaient la direction du Collège au clergé diocésain, quittant Ziguinchor pour le Sénégal oriental, à Tambacounda, où ils assumèrent la direction de la paroisse Saint-Pierre-Claver et du Centre socio-culturel adjacent. Les jésuites furent près d'une quinzaine à ouvrer au Sénégal au cours de ces années ; un de nos confrères, André Gagnon, y est toujours.

 

Mission d'Haïti.

C'est au mois d'août 1953 qu'arrivent les premiers jésuites à Port-au-Prince, en Haïti, pour prendre la direction du Grand Séminaire interdiocésain, à la demande du Saint-Siège. Ils sont alors au nombre de cinq. Outre l'enseignement et la direction du Grand Séminaire, les jésuites sont bientôt chargés en septembre 1956 de la paroisse de Quartier-Morin, dans le diocèse de Cap Haïtien, au nord d'Haïti. La même année, à Port-au-Prince, ils entreprennent la construction, à proximité du Grand Séminaire, d'une maison de retraites de plus de soixante-dix chambres, la Villa Manrèse , qui sera inaugurée en octobre 1959. C'est là qu'ils fondent en octobre 1961 un poste de radio, Radio Manrèse , voué à l'éducation populaire et à l'alphabétisation des masses, et qui sera à l'origine des tracas qu'ils vont bientôt rencontrer de la part des autorités gouvernementales, inquiets de l'influence grandissante exercée par les jésuites.

Le P. Origène Grenier, à Quartier-Morin, visite une famille avant l'expulsion d'Haïti en 1964.

Accusés à tort par le président Duvalier, « Papa Doc », d'attenter à la sécurité de l'État et de préparer un plan de subversion pour renverser le gouvernement haïtien, les dix-huit jésuites présents en Haïti étaient expulsés le 12 février 1964. Le Provincial des jésuites à l'époque, le P. Jean-d'Auteuil Richard, écrivait : « Que réserve l'avenir? Si jamais, au jour connu de la Providence, on nous redemande en Haïti, nous répondrons sans aigreur, nous répondrons avec enthousiasme raisonné que nous sommes prêts à reprendre en Haïti notre apostolat brutalement interrompu par les événements de février 1964. » Depuis leur arrivée en 1953 jusqu'à leur expulsion en 1964, ils avaient été trente-quatre jésuites à travailler en Haïti.

Le décret d'expulsion des jésuites d'Haïti devait être révoqué vingt-deux ans plus tard, le 31 mars 1986, sous le gouvernement du général Namphy. Rétablis dans tous leurs droits, les jésuites reviennent à Port-au-Prince la même année. Quelques jésuites haïtiens dans l'intervalle avaient travaillé dans une semi-clandestinité. Depuis leur retour en 1986, les jésuites ont fondé à Port-au-Prince deux résidences, Canapé-Vert et Biassou, et établi en septembre 2001, à Dulagon, en Artibonite, un noviciat. Au même moment, ils entreprenaient à proximité de la capitale, à Cazeau, la construction d'un vaste bâtiment, destiné à loger le noviciat et le Centre de spiritualité. L'inauguration eut lieu le 21 avril 2002.

Chaque année des jésuites haïtiens sont ordonnés prêtres et se mettent au service de leurs concitoyens

L'activité des jésuites en Haïti est à la fois pastorale, éducative et sociale. Au plan pastoral, il faut signaler la fondation à Port-au-Prince en 1995 d'un centre de spiritualité, le Centre Pedro-Arrupe , relocalisé à Cazeau en avril 2002. Ajoutons au plan éducatif, la fondation à Croix-des-Bouquets, en banlieue de Port-au-Prince, d'une école secondaire, l'École Saint-Ignace , et d'un Centre de formation continue pour les enseignants. Au plan social, la mise sur pied de différents organismes, tels le CRI, Centre de réflexion et de recherches interdisciplinaires, à Port-au-Prince  ; PARA, Projet d'animation rurale et agricole , à Dulagon, au Centre du pays ; GADRU, Groupe d'appui au développement rural , à Port-au-Prince. Les jésuites ont également établi récemment un réseau d'écoles élémentaires en milieux populaires, rattachées au mouvement Fe y Alegria , fondé par les jésuites au Vénézuéla, il y a une cinquantaine d'années. Depuis 2001, en outre, à Ouanaminthe, au nord-est du pays, les jésuites ont créé un organisme pour venir en aide aux réfugiés haïtiens, expulsés de la République Dominicaine , Solidarite Fwontalye , rattaché au Service jésuite des réfugiés et migrants , présent dans plusieurs pays d'Amérique, d'Afrique et d'Asie. En 2008, le territoire d'Haïti, dépendant de la Province jésuite du Canada français, compte deux Québécois et trente-six Haïtiens, dont quatorze aux études à l'extérieur du pays.

 

Conclusion .

La tradition missionnaire, constante au Québec depuis le 17 e siècle, se maintient toujours en 2008, alors qu'une vingtaine de Canadiens continuent d'être présents comme missionnaires dans dix pays : six à Taiwan, quatre aux Philippines, un au Japon, un en Indonésie, un aux Indes, un en Thaïlande, un en Éthiopie, un au Sénégal, et trois au Brésil. A ce nombre, s'ajoutent les jésuites du territoire d'Haïti.

L'apostolat international des jésuites du Québec est toujours au cour des préoccupations des quelques cent-soixante-quinze jésuites que compte aujourd'hui la Province jésuite du Canada français, et dont Le Brigand se fait toujours le fidèle interprète.

Gilles Chaussé, S.J.

courriel Gilles Chaussé

 

 
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