ÉTHIOPIE
Une maison de retraites.
comme les autres et pas comme les autres
En décembre 2005, les abonnés du BRIGAND avaient eu l'occasion de mieux connaître le P. Roland Turenne. Celui-ci s'était en effet confié dans une entrevue et il avait dessiné le paysage de ses engagements missionnaires en Éthiopie, au cours des ans. L'occasion qui nous était donnée de passer dans ce pays nous a permis d'aller rencontrer le père Turenne dans le lieu même de son engagement apostolique actuel : le Centre Galilée, maison de retraites des jésuites à Debre Zeit. Si le travail spirituel à ce centre constitue l'essentiel de ses affectations officielles, nous avons pu découvrir que sa présence auprès des gens du voisinage était digne de mention (voir l'article en p. 9).
Pour compléter le tableau de l'apostolat du Centre Galilée, nous avons aussi parlé à son directeur actuel, le P. Joseph Pullicino, un jésuite maltais.
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| Le P. Turenne avec un groupe de religieuses en retraite |
Mais écoutons d'abord le père Turenne nous parler du Centre Galilée.
Pierre Bélanger : Alors, P. Turenne, est-ce que vous pourriez nous rappeler brièvement l'histoire du Centre Galilée où nous sommes maintenant?
Roland Turenne : C'est un centre de spiritualité qui a d'abord été commencé par le P. Jérôme Gagnier, qui est maintenant à Rome. Il n'y avait que 2 ou 3 chambres au début et il l'appelait « La Maison de prière ». Il avait commencé par l'appeler « La Maison de repos et de prière », mais le connaissant, on comprend qu'il ait finalement décidé de l'appeler « La Maison de prière ». Il a commencé ça dans les années 75, 76 déjà. Il est parti en 84 et à ce moment-là, la propriété avait été requise pour y loger des Cubains qui étaient venus assister le gouvernement socialiste et communiste de l'époque. On nous avait demandé de leur prêter l'endroit. On m'avait appelé au gouvernement, dirigé par le très communiste Menghestu, et de manière très gentille, on m'avait demandé le centre pour une période de trois mois. « Parole d'honneur », m'ont-ils juré! Ils l'ont remis 15 mois plus tard. et sitôt remis, sitôt repris. Ils ont mis les sceaux et ils l'ont remis aux Cubains. Ils en faisaient une sorte de centre de formation des paysans. une bonne idée de fait.
Quand les Cubains sont partis, on a demandé au Gouvernement de nous remettre la propriété. Et c'est grâce à une religieuse indienne, une franciscaine, qui était directrice d'école et qui avait parmi ses élèves la fille d'un grand général de Menghestu, qu'on a pu récupérer le terrain; c'était en 1989. Je me suis alors mis à construire.
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| Le jardinier, toujours en service après nombre d'années |
PB: Vous vouliez en faire un centre spirituel un peu plus grand?
RT : Oui, et à mesure qu'on ajoutait des chambres, il y avait de plus en plus de religieuses, de religieux et de prêtres qui venaient. Ils venaient pour faire leur retraite annuelle de huit jours, mais ensuite les communautés religieuses ont commencé à venir pour faire leurs rencontres annuelles de congrégation. Et puis un jour il s'est présenté des luthériens, en majorité des Éthiopiens mais il y avait des expatriés avec eux aussi, qui nous ont demandé s'ils pouvaient faire une rencontre ici. Alors on les a reçus en se disant « pourquoi pas »?
PB: Ça a été le début de la mission ocuménique du Centre Galilée.
RT : Oui, et ça a été suivi par des anglicans; des prêtres anglicans sont d'ailleurs venus encore récemment. Et même des évêques anglicans, avec leur épouse. ce qui est normal dans leur tradition. Et comme ça on s'est ouvert à l'ocuménisme. Un jour, je les voyais prier dans la salle de cours; je leur ai dit, « vous savez, on a une chapelle ». Ils m'ont dit « On n'osait pas aller dans votre chapelle, n'étant pas catholiques ». Mais de fait, les anglicans célèbrent l'Eucharistie, tout comme nous. Alors, ils se sont sentis davantage chez eux et chaleureusement reçus.
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| La beauté du paysage contribue au climat de paix et de prière. |
Q. : Décrivez-nous un peu les lieux; en quoi est-ce un endroit favorable pour la prière, ce centre?
RT : C'est beau, c'est paisible. Il y a le beau lac, surtout le matin quand c'est calme, la montage devant nous et, tout le tour du lac, une végétation magnifique. Sur le terrain, plusieurs espèces d'arbres fleurissent, comme le jacaranda. Il y a beaucoup d'oiseaux : on a identifié cent espèces d'oiseaux. C'est une religieuse qui a fait ça; elle est venue faire sa retraite en apportant ses jumelles et elle a pris la majeure partie de son temps à écouter et regarder les oiseaux pour les identifier. C'était une bonne retraite! Elle avait un livre d'ornithologie pour l'aider à faire les identifications. Elle en a trouvé une quinzaine d'autres qu'elle n'a pas pu identifier. En somme, c'est un endroit favorable à la méditation et à la prière.
Je reviens à l'histoire. En 89 ou 90 donc, après avoir récupéré notre centre et y avoir bâti un certain nombre de chambres, un jour qu'on était ensemble, des jésuites et quelques habitués, dans la véranda, on s'est demandé quel nom on devrait donner à notre centre. Le père Jérôme l'avait appelé « La Maison de prière », mais ça n'était pas vraiment un nom, plutôt une description de sa vocation. Une religieuse qui était là a suggéré qu'à cause du lac, on pourrait l'appeler « Centre Tibériade ». J'ai répondu que plutôt que de prendre l'appellation grecque du lac dont il est question dans les évangiles, autant l'appeler « Galilée » - les évangélistes parlent aussi du Lac de Galilée - puisque c'est un nom très connu ici, un nom de femme assez répandu. C'est de là que vient le nom du centre.
PB: La chapelle, elle, n'était pas là dès cette époque; quand a-t-elle été construite?
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| La chapelle, construite par le P. Turenne |
RT : Non, au début nous n'avions qu'une toute petite chapelle. Lorsque les Cubains ont pris la place, on nous avait permis, à nous les jésuites, de louer une petite maison sur un terrain voisin. Je me souviens être allé les voir alors qu'ils étaient en train de nettoyer la chapelle. J'ai dit à un des Cubains : « Vous savez, c'était la chapelle, ici. » Et il m'a répondu, à partir du crédo marxiste qui animait ces gens : « On n'a pas besoin de chapelle puisqu'il n'y a pas de Dieu! ». Et là, j'ai immédiatement répliqué, malgré mon espagnol fragile: « Qu'est-ce que dirait votre mère de ce que vous venez de me dire? » Alors il s'est mis en colère et m'a chassé. j'ai dû presque partir à la course. J'ai bien vu que je l'avais touché au cour par ma question.
Quand nous avons repris les lieux - mais remarquez que le terrain, ici en Éthiopie, demeure toujours la propriété de l'État - on a demandé au gouvernement si on pouvait construire une nouvelle chapelle. La réponse a été, et plusieurs fois, négative. Et à force d'insistance on a fini par me dire « oui, sans doute ». Ça nous a pris près de cinq ans pour avoir une permission écrite. Nous avons donc commencé à la construire en 1994 et lorsque le P. Kolvenbach est venu en 1995 pour célébrer avec nous le 50 e anniversaire du retour des jésuites en Éthiopie - les jésuites du Canada français avaient été demandés par l'empereur Hailé Sélassié en 1945 - je me souviens qu'on a célébré la messe dans notre nouvelle chapelle qui n'était pas tout à fait terminée.
Q. : Cela a amélioré la qualité du service qu'offrait le centre spirituel.
RT : Oui, certainement; les gens qui viennent au centre se rendent à la chapelle et peuvent y prier en tout temps, très tôt le matin par exemple. Ce qui n'était pas possible quand on faisait toutes les activités dans une salle à fonctions multiples. Le soir, il y a toujours une heure d'adoration. La chapelle est devenue le cour de notre centre de spiritualité.
PB: Dites-nous ce que vous apportez personnellement à ce centre. Vous n'en n'êtes plus le directeur, mais quelle est votre collaboration?
RT : Quand j'ai cessé d'être directeur ici, les gens de la nouvelle équipe voulaient avoir le champ libre, alors j'ai quitté les lieux en me retirant comme aumônier dans un hôpital catholique qui comprenait aussi une excellente école d'infirmières; il y avait 90 élèves. J'ai été leur aumônier durant cinq ans.
Et après ça, quand on a eu vent que le P. Rodrigo Mejía, alors directeur, pourrait devenir évêque, on m'a rappelé ici et on m'a dit que je pouvais m'installer dans mes anciens quartiers. Je n'avais rien à voir avec l'administration du centre, ce qui faisait bien mon affaire, car je commençais à prendre de l'âge.
Alors, je suis ici, je donne des retraites, j'assure la messe quotidienne et je reçois aussi beaucoup de gens qui viennent me consulter. En particulier j'aime recevoir des prêtres. Les prêtres semblent aimer venir causer avec moi et recevoir le sacrement de la réconciliation. Je pense que c'est mon travail, mon ministère. Un beau ministère pour mon âge, un ministère consolant et satisfaisant.
PB: Le Centre Galilée a-t-il d'autres objectifs, d'autres activités que celle des retraites?
RT : Il n'y a pas que des retraites ici; vous pourrez en parler avec le directeur actuel, le P. Pullicino. C'était déjà vrai au temps où j'étais directeur. Il y avait et il y a des réunions de développement social. On parle de développement intégral qui inclut le social, la santé, l'éducation. On a eu l'aide de fondations catholiques allemandes pour ce type de travail, en particulier Misereor. Le centre doit beaucoup aussi à Église en détresse (de l'Allemagne également), en particulier pour la chapelle.
Mais l'essentiel des activités sont des activités spirituelles et je suis heureux d'apporter ma contribution et de faire partie de l'équipe.
PB: Merci beaucoup de votre témoignage; les abonnés du BRIGAND vont certainement porter votre mission dans leur prière.
Entretien avec le P. Joseph Pullicino,
directeur actuel du Centre Galilée
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| Le P. Joseph Pullicino, S.J., directeur actuel du Centre Galilée |
Pierre Bélanger : Père Pullicino, qu'est-ce que le Centre Galilée offre, ici en Éthiopie? Qu'est-ce qui le caractérise si on le compare à d'autres maisons de retraites jésuites?
Joseph Pullicino: Ce nous offrons de spécifique, en premier lieu, ce sont les retraites de fin de semaine, puisque par ailleurs nous offrons des retraites d'une semaine comme partout ailleurs. C'est une formule que j'ai connue durant mon séjour au centre de Guelph, en Ontario. Nous offrons ces retraites de fin de semaine en particulier aux séminaristes : c'est nouveau, au moins ici dans le pays. Nous proposons aussi des retraites d'une semaine et des retraites accompagnées à tous les séminaristes du pays qui sont en théologie; ils sont environ 70. Et pour la deuxième fois, nous offrons cette même possibilité d'une retraite accompagnée pour tous ceux et celles qui sont en formation dans les congrégations religieuses.
Un autre programme, dont je ne sais pas s'il est spécifique à notre centre, c'est une série de cours pour les accompagnateurs spirituels. Il nous manque beaucoup d'accompagnateurs dans le pays, alors nous avons mis sur pied un programme de dix fins de semaine. Ceux et celles qui le suivent pourront nous aider au centre même, pour les retraites que nous offrons, mais ces gens pourront aussi offrir de l'accompagnement spirituel en dehors du centre.
Une autre caractéristique de notre centre, c'est sa dimension ocuménique. Nous proposons notre domaine à la communauté anglicane une fois par année pour un week-end de prière durant l'avent; les anglicans viennent aussi de réserver chez nous pour une retraite de six jours avec leurs séminaristes et leurs diacres. Les luthériens d'Éthiopie viennent aussi de même que d'autres groupes chrétiens éthiopiens comme Mekane Jesus, une Église pentecôtiste éthiopienne. Pour la première fois cette année, un groupe de méditation de tradition bouddhiste est venu - il était d'ailleurs animé par un Canadien - et ils ont été très heureux de leur expérience. Il y a même des catholiques qui ont participé à cette session puisque, proposant une méthode de prière, elle était ouverte aussi bien aux chrétiens qu'aux non-chrétiens.
PB : Ce centre spirituel a été fondé par des jésuites du Canada français? Comment voyez-vous les bases qu'ont posées vos prédécesseurs?
JP : Quand le P. Jérôme Gagnier a lancé ce type d'activité dans les années 70, je dirais qu'il a été courageux dans son entreprise et surtout qu'il a su repérer les besoins des gens. Il n'y avait qu'une petite communauté catholique à l'époque, il y avait très peu de vocations et la majorité des catholiques étaient des étrangers ou des missionnaires. Alors Jérôme Gagnier a commencé tout simplement, avec quatre chambres je crois, en répondant au besoin de ces gens plongés dans l'action qui sentaient la nécessité de moments de prière, de repos; il leur a offert des retraites accompagnées. Ce travail a pu continuer jusqu'en 1984, alors que durant la révolution socialiste de cette époque nos terrains ont été réquisitionnés pour accommoder des Cubains qui venaient appuyer la révolution.
Dès que le P. Turenne a pu récupérer le terrain du gouvernement en 1989, il a beaucoup amélioré le domaine qu'il a retrouvé en bien mauvais état. Il a planté beaucoup d'arbres et a fait construire des chambres dans ce bel environnement qui est le nôtre. Il a fait beaucoup même s'il n'a pas organisé un programme de retraites puisqu'il travaillait en même temps à temps plein pour le Service jésuite aux réfugiés et dans divers programmes de développement. Mais il a accueilli bien des groupes, en particulier de la Conférence des supérieurs majeurs d'Éthiopie (hommes et femmes) pour leurs retraites annuelles et pour des sessions de formation. Il a donné quelques retraites mais sa contribution principale a été celle des infrastructures du centre. Il a été directeur ici jusqu'en 2000.
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| Le P. Pullicino donne une session à des religieuses en formation. |
PB : Dans un pays comme celui-ci, où la population catholique est très peu nombreuse, pourquoi un centre spirituel est-il une priorité? Ne serait-il pas mieux de servir directement les pauvres qui sont si nombreux et qui, en grande majorité, ne sont pas catholiques?
JP : Il y a un grand nombre de religieux et religieuses, y compris de congrégations éthiopiennes, qui travaillent dans le domaine du développement humain : elles dirigent des cliniques, des écoles, s'occupent directement de nourrir les pauvres dans les moments de famine - c'est ce que font par exemple les Missionnaires de la Charité (de Mère Teresa). Il y a de beaux engagements dans le domaine de la promotion des femmes aussi. La contribution spécifique des jésuites est d'aider tous ces gens qui sont « sur le terrain » à s'arrêter, de leur fournir un endroit où ils puissent retrouver le Seigneur pour mieux s'engager ensuite. Ceux et celles qui viennent chez nous disent que dès qu'ils mettent le pied au Centre Galilée ils se sentent mieux, qu'ils y trouvent le Seigneur, qu'ils y prennent des forces. Ce sont les commentaires que je reçois. Et bien des gens disent que c'est le seul endroit où il y a des prêtres résidents qui peuvent les recevoir pour l'accompagnement spirituel ou pour des retraites dirigées durant toute l'année. Je dirais donc que notre contribution spécifique est d'aider les personnes engagées à se souvenir qu'elles ne sont pas seulement des travailleurs, mais des amis du Seigneur, des bien-aimés du Christ.
En somme, je considère le centre comme un "espace sacré", où les gens qui y viennent se sentent chez eux, même s'ils ne sont pas catholiques, parce qu'ils y trouvent un environnement de beauté qui mène à la prière : c'est une bénédiction !
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| Le centre est un endroit favorable à la réflexion et à la méditation. |
PB: Comme directeur, quelle est votre propre contribution au Centre Galilée?
JP: Je ne suis ici que depuis deux ans, mais j'ai tout au moins lancé les retraites de fin de semaine. C'était quelque chose de nouveau dans le pays et nous ne savions pas si ça marcherait. Mais le Seigneur nous a comblés de ses grâces et même si nous marchions en terrain inconnu, ça a bien fonctionné. J'y vois trois bénéfices : d'abord, c'est une occasion pour les séminaristes et les jeunes en formation de venir apprendre à prier de manière plus personnelle. Ils ont l'habitude de prier avec le bréviaire, le chapelet, le chemin de croix. Mais ce type de prière personnelle, en dialogue avec le Seigneur, est très nouveau pour eux.
Les responsables de formation et le recteur du séminaire me disent qu'ils constatent une grande différence non seulement pour la vie de prière mais aussi pour la vie académique. Donc, ce type de prière proposé durant nos retraites de fin de semaine a beaucoup aidé.
Deuxièmement, avec l'aide en particulier d'un Frère des écoles chrétiennes originaire de la Nouvelle-Angleterre, le F. Vincent Pelletier, nous avons pu offrir de la formation non seulement aux séminaristes mais aux recteurs et autres formateurs, de sorte qu'ils puissent initier beaucoup de jeunes en cheminement vocationnel à la prière dialogale. Ils peuvent le faire par exemple avec ceux et celles qui sont aux premières étapes de la vie religieuse. Nous faisons d'une pierre deux coups puisque nous ne faisons pas qu'aider les séminaristes avec notre méthode mais aussi les responsables de formation en leur permettant de s'ouvrir aux possibilités qu'offre notre tradition spirituelle.
Troisième bénéfice : de cette expérience des retraites de fin de semaine naît souvent le désir, chez plusieurs, de demander d'avoir un accompagnement spirituel régulier par la suite : ça aussi, c'est une bénédiction.
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| Travail de groupe, durant une session de formation |
Une autre contribution que j'ai pu faire - et là encore j'ai eu l'appui du frère Vincent - ça a été l'offre d'un cours de dix fins de semaine pour les accompagnatrices et accompagnateurs spirituels. De fait, il est bien difficile de trouver des gens compétents dans ce domaine et donc nous avons pensé offrir cette formation. C'est une initiation, à très bas coût, que nous proposons à partir de la formation que j'ai reçue à Guelph et grâce aux publications qu'une de nos bonnes amies de Montréal, Jeanne Belair, nous envoie. Je dirais que c'est là un de mes « apports » au Centre Galilée.
Enfin, je me fais le promoteur des retraites de huit jours. Grâce à l'initiation offerte durant les fins de semaine, je peux faire grandir le désir d'une retraite plus longue. Peu à peu, les gens voient l'intérêt de ce type de retraite qui ne fait pas partie des traditions dans le pays. À partir de là, on peut aussi faire entrer dans la dynamique de l'accompagnement individuel régulier. On n'a plus peur de ce type de cheminement spirituel.
PB : Quelle importance a le Centre Galilée parmi les activités apostoliques des jésuites en Éthiopie?
JP : Les jésuites sont bien peu nombreux en Éthiopie et nos implications - après la période où des jésuites canadiens soient venus établir les bases d'institutions d'enseignement de qualité au temps de l'empereur Hailé Sélassié - ont été dans la ligne du développement, par exemple avec le travail du P. Turenne durant des années, avec le Service jésuite aux réfugiés. Mais nous avons aussi contribué à la formation académique du clergé au séminaire et dans les instituts religieux; nous continuons à être présents dans l'éducation surtout par nos quelques jeunes jésuites en régence qui enseignent dans des écoles secondaires. Le travail du Centre Galilée est donc un complément important : c'est prioritaire pour nous d'être non seulement impliqués dans la formation académique des jeunes, mais aussi dans la formation spirituelle des séminaristes, du clergé, des religieux par l'apostolat des retraites, en partageant notre spiritualité et non seulement en offrant de la formation théologique. C'est un complément qui s'intègre bien au reste.
PB : Comment voyez-vous l'avenir du Centre Galilée, quels sont vos rêves?
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| Vierge éthiopienne, à la chapelle |
JP : Mon premier rêve, c'est celui de créer une équipe, non seulement avec des jésuites mais avec d'autres. Je suis bien heureux que nous ayons quelques jésuites éthiopiens qui se consacrent en partie du moins à ce travail d'accompagnement spirituel - en plus du P. Turenne qui nous aide par l'accompagnement individuel et en célébrant la messe régulièrement ici, au centre. Avec les accompagnateurs et accompagnatrices que nous formons, l'équipe sera bientôt plus forte. Mon rêve, c'est de n'être pas seul mais membre d'une véritable équipe, ce qui impliquerait pour moi un travail de supervision et de formation continue.
Un autre rêve, c'est de promouvoir largement cette tradition de la spiritualité ignatienne que sont les retraites accompagnées (plutôt que les retraites prêchées). Je vois le Seigneur à l'ouvre dans cette voie. J'aimerais que tous les prêtres, religieux et religieuses s'initient à ce type de retraite. C'est déjà bien commencé puisque la formule est maintenant proposée à tous les prêtres de certains diocèses. J'espère que cela pourra se développer car j'entends plusieurs de ceux et celles qui l'expérimentent dire combien le type de prière auquel nous les convions les aide dans l'ensemble de leur vie.
Mon autre rêve, c'est de pouvoir rejoindre les laïques. Si, actuellement, il y a environ 1600 personnes qui passent par le Centre Galilée chaque année, la grande majorité d'entre eux sont des religieux et des prêtres. J'ai tenté de baisser les tarifs pour que ce soit plus accessible aux laïques, mais ça n'a pas fonctionné. Ça ne fait pas partie des traditions pour les laïques de faire une retraite. Je cherche des avenues. peut-être en commençant avec les membres des Communautés de vie chrétienne ou avec les membres des conseils paroissiaux. Je voudrais que nous puissions servir l'ensemble de l'Église et donc aussi les laïques. C'est un défi, c'est mon rêve, celui de donner à chacun et chacune la chance de découvrir notre spiritualité.
On peut rejoindre le P. Pullicino par courriel à