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Les jésuites au Canada anglais

BIBLIOTHÈQUE DE THÉOLOGIE

ÉTHIOPIE

Roland Turenne, « travailleur social ».

Le P. Turenne, dans le bel environnement de Debre Zeit

Par un après-midi radieux, comme la région de Debre-Zeit en offre généreusement à ses habitants comme à ses visiteurs, le père Roland Turenne m'a invité à faire une petite tournée de familles et de personnes qu'il assistait d'une manière ou d'une autre. Depuis bien longtemps, plusieurs jésuites venus en Éthiopie ajoutaient à leurs tâches officielles une forme ou l'autre de travail social auprès de gens pauvres qu'ils avaient peu à peu connus et auxquels ils avaient offert non seulement de l'aide matérielle, mais de l'amitié. Le P. Turenne souligne que les pères Despatie et Gagnon, en particulier, ont aussi été de cette école.

Le P. Roland cherche à offrir des occasions d'éducation pour les enfants du voisinage.

Ainsi donc, avec en main des friandises reçues d'une bienfaitrice québécoise, nous nous sommes dirigés vers le petit lopin de terre d'une famille nombreuse où nous avons été accueillis chaleureusement par six jeunes filles - de six à seize ans environ. La mère de famille, Desu, était là aussi, assise sur le porche, appréciant l'attention que le voisin jésuite accordait à ses enfants. Son mari Bacha est décédé il y a quelques années, la laissant avec la charge des onze enfants. Un mouton, deux chèvres, chats et chiens déambulaient sur le petit terrain. La joie rayonnait. Entre les rires et durant la séance de photos, le père Turenne prodiguait ses encouragements aux plus âgées des filles pour qu'elles continuent d'aller à l'école et qu'elles y accordent l'importance nécessaire en vue d'élargir leurs horizons et de s'assurer un avenir meilleur. Malheureusement, il n'est pas évident, selon le père Turenne, que les écoles du coin offrent la qualité nécessaire pour permettre aux jeunes de véritablement progresser. Pour palier à ces faiblesses et pour offrir à cette famille, comme à d'autres familles des environs, une activité valable durant le congé estival, il est justement en train de mettre sur pied une école d'été, avec l'aide d'un missionnaire belge.

À la ferme d'élevage de poulets de son ami Samson et de sa sour Hewit.

Un deuxième arrêt nous a menés au domaine (le mot est probablement trop ambitieux) d'une autre famille qui, grâce à l'appui financier apporté par le jésuite canadien, a pu se lancer en affaires. Si le responsable du projet, Samson, était absent, sa sour et adjointe, Hewit, nous a reçus avec enthousiasme. Nous sommes arrivés deux jours trop tard pour pouvoir faire des photos parlantes de la petite entreprise familiale : en effet, on venait tout juste de tuer et d'envoyer au marché les 400 poulets qu'on avait nourris durant les trois semaines précédentes. En résumé, la famille achète quelques centaines de poulets à la naissance et elle s'occupe de les nourrir et d'en prendre soin durant trois semaines. Une équipe de dames du voisinage vient alors durant une journée pour les tuer et les préparer à la vente au marché. On prend ensuite quelques jours pour nettoyer le bâtiment - construit avec l'aide financière recueillie par le P. Turenne - et on recommence avec un nouveau lot de poulets. On saisit tout de suite, de par l'attention apportée à l'environnement de la maison et du jardin, le sens des responsabilités de cette petite famille qui poursuit des projets concrets pour améliorer son sort. Plus encore, si Samson a commencé ce projet il y a quelques mois, c'est pour en faire une sorte de « projet pilote » que d'autres familles de Debre Zeit pourraient imiter.

À la ferme d'élevage de poulets de son ami Samson et de sa sour Hewit.

La prochaine visite nous a conduits à une autre « entreprise » dont le fonds de commerce a été fourni par Roland Turenne. Il s'agit d'un « dépanneur ». quoique pas vraiment l'équivalent d'un Couche-Tard québécois. Menem, abandonnée par son mari, vivotait avec sa fille Nardos. Elle devait travailler pour presque rien à plusieurs kilomètres de chez elle. Le P. Turenne l'a « partie en affaires » pourrait-on dire en lui permettant de monter les stocks de son mini commerce. En la quittant, Roland Turenne remarquait combien son visage avait changé, combien elle était en meilleure santé aussi depuis qu'il l'avait aidée à sortir de la misère.

On retournait à la maison quand un adolescent de 14 ou 15 ans s'est approché du père Turenne en lui montrant son oil malade. Tesfay - un nom passablement répandu en Éthiopie - lui demandait s'il pouvait l'aider. Sans hésitation, Roland Turenne lui a dit de prendre un rendez-vous avec un ophtalmologiste qui tient une clinique de temps à autre à Debre Zeit et qui devait justement passer au cours de la semaine suivante. Le jésuite a promis au jeune homme qu'il l'accompagnerait. ce qui impliquait qu'il s'engageait pratiquement à assumer les coûts du traitement.

Grâce au courriel, Roland Turenne reste en contact avec ses bienfaiteurs.

Voilà! Une heure à peine et plusieurs occasions de voir naître des sourires reconnaissants dans l'entourage de ce « vieux missionnaire » qui, s'il est d'abord et avant tout un prêtre, prédicateur de retraites et conseiller spirituel, se garde quotidiennement en contact avec la vie simple des gens pauvres au milieu desquels il vit. À sa manière, selon sa personnalité, Roland Turenne est témoin de Celui qui l'anime.

Pierre Bélanger, S.J.

On peut rejoindre le P. Turenne par courriel à
courriel Turenne

 
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