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Les jésuites au Canada anglais

BIBLIOTHÈQUE DE THÉOLOGIE

PORTRAIT

Le frère Louis-Joseph Tremblay
un homme authentique un religieux heureux

Un reportage de Pierre Bélanger, S.J.

Le BRIGAND vous présente de temps à autre le portrait d'un missionnaire. Comme les jésuites sont passablement différents les uns des autres, ce sont des visages bien variés que l'on découvre d'une fois à l'autre. Dans bien des cas cependant, la persévérance, la ténacité, la durée dans l'engagement ressortent comme qualités essentielles de la vie de ces missionnaires. Le portrait du frère Louis-Joseph Tremblay que nous dessinons aujourd'hui nous en fournit un autre exemple.

Le frère Tremblay a été au long des ans, depuis son entrée chez les jésuites à l'âge de 16 ans, un homme joyeux, un compagnon actif dans sa communauté, un travailleur infatigable et un homme qui, comme le dit le psaume, a trouvé en Dieu son refuge.

Nous vous le présentons dans son contexte actuel. Il vit dans la communauté de l'école jésuite « Sacred Heart », à Cebu, au sud des Philippines. Le F. Tremblay fait d'ailleurs partie de cette Province jésuite des Philippines, une Province jeune et dynamique, très impliquée dans le monde de l'éducation aussi bien dans des universités (appelées là-bas « Ateneos ») que dans des collèges comme celui au sein duquel le frère Louis-Joseph est intégré.

Ses 80 ans ne le ralentissent pas beaucoup : il n'a certainement pas pris sa retraite! Il continue d'avoir des responsabilités importantes au niveau de la supervision des bâtiments et terrains du collège. Ces responsabilités ont même augmenté depuis l'an dernier puisque l'école s'est installée sur un nouveau campus, au nord de la ville de Cebu, dans un quartier en croissance rapide.

Cebu est une ville relativement petite si on la compare à Manille. mais on y trouve tout de même près de 2 millions d'habitants! Les Philippins accordent beaucoup d'importance à l'éducation de leurs enfants. La possibilité de fréquenter une école d'une des grandes congrégations religieuses est vue comme une occasion très favorable pour ouvrir un avenir trop souvent bouché pour des millions de jeunes de ce pays en développement. Dans ce contexte, le F. Tremblay se donne entièrement, manifeste quotidiennement son intérêt et son amour pour les centaines de jeunes qui l'admirent et le considèrent comme un bon grand-papa ou un oncle bienveillant. À preuve : pendant les périodes de pauses ou de repas, à l'école, toute une ribambelle d'enfants et de jeunes, entre 5 et 16 ans, courent vers lui et lui témoignent leur affection.

Le frère Louis : un grand ami des élèves

I.  L'ITINÉRAIRE

Une enfance?

Louis-Joseph Tremblay a bien sûr été un enfant, mais on peut difficilement dire qu'il ait eu « une enfance »! Né en 1927, à une époque où la vie était difficile pour les familles québécoises et plus encore pour les colons qui défrichaient les terres des régions excentriques, le petit bonhomme a dû trimer dur dès que ses forces physiques le lui ont permis. Il était intelligent et curieux, il a vite aimé la lecture et en a fait une activité importante au cour de ses loisirs peu nombreux. Plus tard, l'amour de la lecture l'aidera dans sa croissance spirituelle. S'il n'a pas eu l'occasion de passer de nombreuses années sur les bancs d'école, il a su apprendre de toutes les expériences que la vie lui a présentées. Laissons-le raconter.

LJT : On était une famille de 15 enfants et j'étais le neuvième. La famille vivait à Chicoutimi mais, quand j'avais deux ans, mon père a accepté une de ces nouvelles terres à défricher, dans la forêt pratiquement, dans la paroisse de Notre-Dame-du-Rosaire. J'ai grandi dans le bois, comme Tarzan! On n'avait pas d'électricité, pas de radio; pendant l'hiver pas de route vraiment pour sortir de chez nous pendant presque six mois. Les enfants aidaient comme ils le pouvaient avec les travaux du défrichage, avec les animaux qu'on a eus peu à peu.

La vie de bûcherons, à Notre-Dame-du-Rosaire, dans les années 30

Il y avait une petite « école de rang », école primaire, avec un seul professeur pour tous les élèves du rang, à peu près à un mille de chez nous. Mon souvenir de l'école, c'est surtout l'attente de l'inspecteur qui venait chaque année nous distribuer des images. Sur notre terre, on vivait beaucoup de ce qu'on produisait : on n'avait pas d'argent et il n'y avait pratiquement rien à acheter. La vie était dure : même défricher suffisamment pour se faire un jardin avait été difficile. Heureusement, mon père n'était pas tout seul : il avait trois de ses frères qui travaillaient avec lui. Un moment donné, mon père a pu acheter des vaches, un cheval et d'autres animaux : c'était bien, mais ça voulait dire que pour nous, les enfants, il fallait travailler de plus en plus fort!

Le F. Tremblay, tel que présenté dans l'album de sa paroisse d'origine

Le centre de la paroisse, c'était l'église, bien sûr, qui était située, comme l'école, à un mille de notre maison. D'autres colons étaient arrivés avant nous et un prêtre avait été assigné à notre paroisse; il avait bâti une petite église et on allait à la messe en famille. Je me souviens que l'on attelait le chien pour aller à l'église. Comme tout le monde à cette époque, nous étions catholiques, mais on ne pourrait pas parler de nous comme d'une famille particulièrement fervente. Je me souviens tout de même que mon père avait fait une grosse croix qu'il avait plantée dans le jardin, avec une clôture autour. Pendant le mois de Marie, les gens des environs venaient dans notre cour pour dire le chapelet ensemble autour de cette croix.

On n'avait pas beaucoup de loisirs. Pendant l'été, avec mes deux frères les plus proches - l'un qui me précédait et l'autre qui me suivait - on allait dans la forêt le dimanche, pour s'éloigner du travail. Nos jeux étaient bien simples comme par exemple, sur les bords d'un lac, de jouer avec l'écho.

 

La vie religieuse, une évasion?

Dans un tel contexte, comment le jeune Louis-Joseph a-t-il été amené à songer à la vie religieuse? Il avait entendu parler des Martyrs canadiens; il savait que c'était des jésuites, mais avait l'impression qu'il n'y avait plus de jésuites puisqu'on semblait dire qu'ils avaient tous été martyrisés! Pourtant, peu à peu le garçon avait senti une attraction pour « la religion » et le curé de sa paroisse l'encourageait en lui donnant l'occasion de rencontrer les religieux de diverses congrégations qui passaient par là. Il s'est rendu compte un jour que, dans sa famille, il circulait des rumeurs selon lesquelles il serait prêtre un jour. Au début, il ne voyait pas beaucoup de fondement à ce plan puisqu'il ne se voyait pas faire de longues études. D'où venaient ces ouï-dire et où cela le mènerait-il?

L'église jésuite du Sacré-Cour, au centre-ville de Cebu

LJT : J'ai fini par savoir un jour qu'après son 8 e enfant, le médecin avait dit à ma mère que chaque nouvel enfant qu'elle aurait serait un risque grave pour sa santé. Mes parents ont consulté le curé qui leur a dit : « Vous êtes encore jeunes! Vous pouvez avoir d'autres enfants! » Alors mes parents ont dit : « Notre prochain enfant, il sera pour le Bon Dieu ». Quand j'ai été assez vieux pour comprendre tout ça, j'ai grandi avec cette idée. Et vers 14 ou 15 ans, j'ai commencé à vérifier si je pourrais me joindre à une congrégation. Un cousin était entré chez les Capucins à Montréal. J'ai écrit pour savoir s'ils voudraient de moi mais ils ont mis bien des conditions, en particulier du côté des études; ça m'a découragé. Par un autre cousin, j'ai entendu parler des Eudistes. J'ai pu être accepté comme frère chez eux, mais avant que j'arrive ils ont changé d'idée. Ils avaient entendu dire que je m'étais battu avec un gars de chez nous... et que je lui avais fait mal! Je connaissais de nom les Pères Blancs aussi, mais je ne sais pas trop si ce qui m'intéressait le plus chez eux c'était le voyage vers l'Afrique ou le travail en pays de missions!

J'avais 15 ans ou presque 16 quand un père jésuite, le P. Alphonse Deguire, missionnaire ex currens basé à Chicoutimi, est venu dans la paroisse. Le curé me l'a fait rencontrer et le P. Deguire m'a invité à aller faire une retraite à la maison de retraites de Val Racine (Chicoutimi). Le père m'a donné de la lecture sur la vie des frères jésuites et ça m'a intéressé. C'est que, même si je réussissais bien à l'école, je n'avais pas beaucoup de goût pour ça et j'ai compris que la vie d'un frère - comme on la définissait à l'époque en tout cas - me conviendrait mieux.

Au noviciat du Sault-aux-Récollets, à Montréal, autour de 1945

C'est comme ça que le Père Gérard Goulet, maître des novices à cette époque, m'a accepté comme frère. Je n'étais pas gros - 120 livres - mais avec la vie dure que j'avais menée dans le bois, j'avais du caractère! Dans mon patelin, on m'appelait « le p'tit homme ». À 16 ans, comme ça, est-que ce sont les sentiments religieux qui m'ont mené à la vie religieuse ou est-ce que je voyais là une façon de m'évader du milieu où j'avais grandi? Pas si clair, mais le Bon Dieu se sert de ce qu'il veut pour nous emmener à lui.

 

Une formation d'une autre époque

Si aujourd'hui ceux qui entrent comme frères dans la Compagnie de Jésus ont une formation proche de celles de leurs confrères qui se préparent au sacerdoce, ça n'était pas le cas dans les années 40 et 50. Entré au postulat en 1944, puis au noviciat en 1945, Louis-Joseph Tremblay a connu cette époque où les frères vivaient passablement séparés des autres jésuites. À son arrivée au noviciat du Sault-au-Récollet, à Montréal, le choc avait été si fort que durant la première messe à laquelle il assistait comme aspirant jésuite, il a perdu connaissance! Il n'était pas toujours le novice ou le religieux parfait. Deux fois d'ailleurs il a été « retardé » : un an de postulat au lieu de six mois, puis deux ans et demi de noviciat avant de pouvoir faire ses voux. Il comprend maintenant que sa base, du point de vue chrétien, était bien ténue, qu'il n'avait pas véritablement conscience des exigences de la vie religieuse, comme les jeunes d'aujourd'hui peuvent l'avoir. Il se laissait porter par cette vocation que les supérieurs tentaient d'orienter. Il est encore aujourd'hui reconnaissant au père Goulet qui, dit-il, n'a jamais douté de lui et de sa vocation. Il lui a donné l'accès aux voux même s'il y avait eu quelques notes imparfaites à son dossier. Une anecdote peut-être?

Un frère peut bien sûr être ministre de la communion

LJT : Pendant mon noviciat, on m'a envoyé faire un stage au collège Saint-Marie. Il y a eu le festival entre les collèges de la région et j'ai demandé au supérieur d'aller avec les élèves au Forum pour ça. Mais un des numéros, c'était des filles qui faisaient du patinage artistique! Quand il a su ça, le P. Saint-Arnaud, qui était l'assistant du père Maître, est venu me chercher dès le lendemain matin et ça a raccourci mon séjour à Sainte-Marie! Quand j'ai parlé au P. Maître des patineuses et tout ça, il m'a dit : « Si tu ne vois pas pire que ça dans ta vie, tu seras bien chanceux! »

Il y avait des moments difficiles pour le petit gars de la campagne que j'étais. Et puis, il fallait entrer dans « le moule », ce qui ne m'était pas naturel. J'étais jeune, j'étais spontané, j'aimais rire. tout ça n'était pas très prisé. On me disait : « regarde un tel, suis son exemple ». Mais tous ceux qu'on m'a donnés en exemple ont quitté la Compagnie. Alors que bien des gens pensaient que je ne persévérerais pas mais, de fait, c'est moi qui suis resté! J'ajouterais qu'à cette époque, on comptait beaucoup sur la formation religieuse que les gens avaient supposément reçu avant d'entrer en religion. Nous les frères, en particulier, après nos voux, nous étions beaucoup laissés à nous-mêmes. Il y avait bien la retraite annuelle qui nous était prêchée, mais ça n'était pas beaucoup pour nourrir notre engagement religieux. J'ai dû, peu à peu et plus tard, reprendre le temps perdu, réapprendre à prier par exemple.

Après quelques années dans la maison du noviciat où je faisais divers travaux, j'ai été envoyé à Brébeuf. On doutait encore que je puisse persévérer comme jésuite, mais tout s'est bien passé. Et un bon jour, le recteur du collège m'a écrit une longue lettre - j'ai beaucoup apprécié car il aurait pu simplement me dire en quelques mots que j'étais muté ailleurs - me disant que ce serait bon pour moi d'aller à la maison du Troisième An de Mont-Laurier pour y être cuisinier.

À la maison de retraites, en banlieue de Cebu

 

Une porte s'ouvre vers les missions

Le frère Tremblay a donc appris à cuisiner; sa vie communautaire s'est enrichie durant son séjour à Mont-Laurier. Une année en particulier, il a eu plus de temps pour lire et s'est donc intéressé au travail des missionnaires dont il avait entendu parler. Il s'est alors offert pour Haïti, mission où ouvrait le père Goulet, qui avait été son premier supérieur. Si le frère Louis-Joseph avait douté de sa capacité à apprendre une langue nouvelle et que cela l'avait jusque alors retenu d'envisager une vie de missionnaire, le fait qu'on travaillait en français en Haïti lui avait donné du courage. Pourtant, son offre n'a pas été retenue mais quelques mois plus tard, une autre porte s'est ouverte. 

C'était en 1956 : le P. Jean Desautels commençait à Manille une école pour les Chinois qui avaient fui le régime communiste et il voulait un cuisinier canadien. Le frère Tremblay s'est offert et cette fois-ci, il s'est embarqué pour les Philippines, devenu depuis son pays d'adoption. À la cuisine, ça n'a pas trop marché, avoue-t-il. Il a dû aussi apprendre l'anglais (avec la méthode L'anglais sans peine et quelques cours) et il s'est vite débrouillé. Le contexte n'était pas facile car ces missionnaires de Chine qui avaient été expulsés du continent chinois ne pouvaient pas croire que le régime communiste resterait longtemps en place. Ils espéraient toujours d'une année à l'autre retourner en Chine. Investir dans l'éducation des jeunes « en exil » était une tâche supposément temporaire. Mais, peu à peu, on s'est rendu à l'évidence. Le Xavier School devait grandir pour recevoir plus d'élèves et on a demandé au frère Louis-Joseph de s'occuper de ces travaux. Durant une vingtaine d'années, il a vécu au Xavier School et a servi aussi bien la communauté jésuite internationale qui y vivait que l'institution elle-même grâce à ses nombreux talents. Et puis, un bon jour de 1977, il discerne avec ses supérieurs qu'il pourrait sans doute être plus utile au collège de Cebu, le Sacred Heart School . Il y est depuis 31 ans. Qu'a-t-il à dire sur sa vie à Cebu, au collège, avec les Philippins?

Entrée de l'école Sacred Heart

LJT : Mes responsabilités ont évolué au cours des ans et j'ai toujours eu des contacts très chaleureux avec tout le monde ici, les employés, les professeurs, les élèves peut-être surtout. Ça me touche beaucoup de voir l'attitude des gens à mon égard. Ils ont confiance en moi, ils viennent vers moi. J'aime les Philippines et j'aime le peuple philippin. Je me suis adapté - certains diraient que je me suis trop adapté : il n'y a pas tellement de discipline dans cette culture et ça me convient, apparemment! Tout est facile malgré ça : les gens sont avenants, charitables, leur sens chrétien est évident. Par exemple, bien des gens font leur signe de croix en passant devant une église.

Ça me rappelle une anecdote. J'ai demandé un jour à un employé ce qui le frappait dans ma manière de conduire la voiture. Je m'attendais à ce qu'il me parle de ma prudence, des clignotants, etc. mais il m'a dit : « j'ai remarqué que vous ne faites pas le signe de croix quand vous passez devant une église »!

Avec le directeur de l'école, le P. Ernesto Javier, SJ

Je suis très heureux ici, comme religieux, car c'est vrai que les religieux sont appréciés. C'est bien différent du Canada, d'après ce que je comprends et ce que j'ai constaté lors de mes visites là-bas. Les gens ici sont totalement spontanés du point de vue religieux et ils parlent facilement du Bon Dieu. Les enfants aussi sont ouverts de ce côté-là. Quand on me demande pourquoi je ne suis pas marié, je réponds que c'est parce que le Bon Dieu a voulu que je sois ici. Si j'étais marié, je n'aurais pas eu le bonheur de connaître tous ces gens. C'est ce que je dis aux enfants aussi. De fait, les enfants philippins sont ma plus grande joie : ils viennent dans ma vie comme des enfants du Bon Dieu. Ils sont confiants, souriants. ils sont comme des anges pour moi. J'ai eu la chance d'être parfois mêlé aux activités sportives et ça m'a rapproché d'eux. Par exemple, je m'étais offert pour m'occuper du vestiaire des équipes de soccer, mais finalement, parce qu'il manquait un instructeur, je suis devenu moi-même  «  coach » d'une des équipes et nous avons eu du succès!

Si je peux me permettre, je pense à une autre anecdote qui illustre mes bons liens avec les élèves. Au collège, lors d'un gala annuel, on remet une plaque aux membres du personnel qui ont travaillé 5, 10, 15 ans et plus au collège. L'année de mes 25 ans de service ici, alors qu'approchait le moment où on allait honorer le jubilaire que j'étais - j'étais le seul de ma « catégorie » - il y a eu un mouvement de foule. Quand on a annoncé mon nom, tout le monde, des plus petits aux plus grands, s'est levé et les jeunes ont même monté sur leurs chaises pour applaudir. Le recteur n'était pas trop content, mais moi, j'avais envie de pleurer devant ce témoignage d'appréciation.

À l'occasion de son 50 e anniversaire de vie religieuse

Quant à mon travail, il s'est élargi avec le temps non pas parce que j'avais des diplômes, mais parce qu'on peut dire que j'ai appris en observant beaucoup. Et puis, ça travaille toujours dans ma tête. À chaque fois qu'il y a un problème sur le campus, je cherche à proposer une solution. Si elle n'est pas acceptée, je ne me décourage pas, j'essaie de trouver autre chose. De fait, un peu tout le monde à commencer par le directeur, le P. Javier, me fait venir quand ils rencontrent des difficultés et ils ont confiance en ce que je propose. Par exemple, sur notre nouveau campus tout neuf, il y a malheureusement eu bien des vices de construction et au cours de l'été qui vient de s'achever, j'ai dirigé des travaux de réfection de certains escaliers et de planchers. Mais on a de bons résultats et les gens apprécient.

J'ai fait des propositions pour améliorer les locaux et la cour de la maternelle - parce que notre collège jésuite reçoit les enfants de la maternelle à la fin du secondaire : 2600 élèves en tout! Le directeur a été très heureux de mes idées et m'a même dit de faire plus, de penser plus grand encore. J'ai aussi dirigé des travaux à Liloan, pas très loin au nord de Cebu, où nous avons une maison de retraites sur le bord de la mer.

Devant le chantier du gymnase du nouveau collège de Cebu

Mais, bien sincèrement, je n'ai jamais mis mon nom sur quoi que ce soit; je ne me glorifie pas, je ne cours pas après les compliments. Il y a des choses que j'ai faites et qui ont été attribuées à d'autres, mais je n'ai jamais fait de remarques et je n'en souffre pas. Je sais que j'ai fait mon devoir; j'étais heureux de ce que j'avais fait et je remercie le Bon Dieu d'avoir pu le faire. Ça me fait penser que, quand j'ai reçu les questions qui m'ont été envoyées pour cette interview, je me suis demandé un moment ce que je pourrais dire de ma vie si simple. Puis, le lendemain durant ma prière, j'ai éprouvé un sentiment de reconnaissance extraordinaire pour l'ensemble de ma vie, depuis mon enfance jusqu'à aujourd'hui.

 

II. L'ENGAGEMENT

Un religieux joyeux et généreux

Cet état d'esprit, cette joie intérieure, permet au frère Tremblay de considérer que les difficultés au cours de sa vie jésuite n'ont pas été si grandes. Bien sûr, il n'a pas toujours été compris par tel ou tel supérieur, il a été irrité par la mauvaise qualité du travail des entrepreneurs au nouveau campus du Sacred Heart School , il a pu souffrir du caractère de tel ou tel compagnon jésuite, mais son lien avec celui qu'il appelle le Bon Dieu lui a permis de garder sa sérénité.

Il y a un autre aspect de son engagement dont il ne parle pas volontiers mais qui est bien représentatif de son attention pour les petits : l'aide financière qu'il apporte à des enfants et à des jeunes pour qu'ils puissent poursuivre leurs études. Ici encore c'est sa vie spirituelle qui l'anime. Laissons-lui la parole une dernière fois.

Le bonheur du F. Tremblay : la joie des petits qui viennent à lui

LJT : Je rencontrais beaucoup d'enfants dans les rues, surtout autour de notre ancien campus en ville. Plusieurs venaient me visiter à l'école et j'ai pensé à en aider certains pour qu'ils puissent aller à l'école. Au début, c'était amateur, ma méthode, et je n'ai pas eu trop de succès. Plusieurs abandonnaient au bout d'un moment. Mais avec l'aide d'une dame, ici, membre de l'équipe de l'administration, Amalia Ceniza, j'ai pu mieux organiser un système de bourses. Je leur offre les fonds pour les frais de scolarité, les livres et les cahiers, parfois un peu d'argent pour manger. Pour 5000 à 6000 $, je peux aider une vingtaine de jeunes. Et j'aide chacun à aller au bout de ses études, y compris à l'université s'ils vont aussi loin. Actuellement c'est moins facile car je recevais une aide de la fondation Bombardier jusqu'à l'an dernier, mais ça a été coupé. Je vais tout de même continuer à faire pour le mieux. J'ai aussi aidé des jeunes qui étaient dans des situations d'abus à s'en sortir. Avec Amy (madame Ceniza), nous pouvons faire un bon suivi.

Je suis bien fier aussi que le collège ait offert des cours du soir en formation professionnelle pour des jeunes ou des jeunes adultes qui n'ont pas eu les moyens d'aller à l'école. Ici, sur le nouveau campus, nous sommes à construire tout un pavillon pour ça - nous travaillons dans ce domaine en collaboration avec les salésiens.

Quand je regarde tout ça, je ressens encore de la reconnaissance. Même quand ça a été difficile, le Bon Dieu a été là. Je me rappelle que dans la communauté à Manille, il y avait un père Hongrois que je trouvais bien difficile. Je suis allé en parler au P. Desautels, le supérieur, en lui disant que je ne pouvais pas vivre avec cet homme. Et le P. Desautels m'a demandé : « Avez-vous prié pour lui? » Ça m'a un peu déconcerté et j'ai dit : « Je peux bien essayer. » J'ai prié et puis j'ai pu vivre avec lui durant 21 ans. et il est même devenu mon confesseur!

Ma prière, de fait, est devenue plus simple avec les ans. Je ne savais pas trop comment prier mais maintenant, je vais à la chapelle, j'y passe de bons moments. Je ne parle pas beaucoup à Dieu. Les saints, le Bon Dieu et la Sainte Vierge n'ont pas besoin d'être tourmentés par nos prières : ils savent de quoi on a besoin. Alors ma prière c'est d'être là avec eux. Comme disait le curé d'Ars en parlant de Jésus : « Je le regarde et il me regarde! »

Est-ce que je suis devenu contemplatif? Je ne sais pas, mais je me souviens que quand je suis arrivé à Cebu en 1977, le P. Josef Krahl - un autre Hongrois - a dit la messe qui comprenait une lecture de l'épître de saint Pierre. J'ai gardé ce texte dans mon missel depuis ce temps-là. En résumé il dit : « mettez-vous dans les mains du Bon Dieu et laissez-vous faire ». C'est ce que j'ai essayé de faire depuis. Quand c'est difficile, je vais à la chapelle, je m'en remets à Dieu, et j'en ressors serein.

C'est donc encore l'action de grâce qui me vient au cour et j'en profite aussi pour remercier tous les bienfaiteurs qui ont soutenu « nos enfants » au cours des années. Quant à l'avenir, je me dis que comme je suis parti là, je suis prêt à faire un autre 10 ans, si ça m'est accordé. Même si j'ai mal ici ou là, je me sens assez en forme pour continuer à servir.

On peut rejoindre le F. Tremblay
par le Bureau des Missions jésuites

courriel Missions Jésuites

 
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