Éditorial
Un autre service à l'Église d'Haïti
Je fais deux ou trois séjours chaque année en Haïti. J'en profite à chaque fois pour mieux connaître les ouvres jésuites et pour donner, quand cela convient, une courte session en communications. Mais j'y vais surtout pour appuyer un projet de l'Église d'Haïti : le Réseau ÉTOILE, le réseau des radios catholiques diocésaines.
Dans le dernier numéro du BRIGAND , le P. Godefroy Midy soulignait combien la Compagnie de Jésus prend au sérieux les demandes d'appui qui nous viennent des évêques haïtiens comme des communautés religieuses présentes dans le pays. S'il est bon que les jésuites animent des ouvres propres et identifiées à eux en Haïti, il est aussi nécessaire que la Compagnie ne fasse pas cavalier seul et se mette donc résolument au service de l'Église nationale.
C'est dans un tel esprit que j'apporte ma collaboration à chacun des neuf diocèses haïtiens qui opèrent une station de radio. C'est là, pour l'Église, une des manières les plus efficaces, de nos jours, de se faire présente au monde, d'accompagner les fidèles dans leur marche vers un avenir meilleur. En tant que professionnel de la radio, je visite les stations et prodigue des conseils après avoir écouté les émissions et échangé avec les artisans. Je le fais à la suite d'une demande d'aide que les évêques d'Haïti avaient d'abord adressée à la Conférence des évêques catholiques des États-Unis. Le Bureau pour l'Amérique latine de la Conférence, devant la difficulté que représentait l'offre de services en français, s'était tourné vers notre Bureau des missions , à Montréal. C'est comme ça qu'on m'avait demandé de donner un coup de main ponctuel.
Les relations se sont tissées avec les responsables de ces stations de radio souvent précaires dans un pays où l'électricité tout comme les ressources humaines et financières se font rares. J'ai offert moi-même quelques sessions de formation et j'en ai organisé d'autres, selon les besoins que le groupe des directeurs identifiait. J'ai travaillé avec ceux-ci à former une association, puis ce qu'on appelle un « réseau ». Nous n'avons pas les moyens d'avoir un véritable réseau avec des tours de retransmissions entre les régions, mais nous avons favorisé l'échange d'émissions d'abord sur cassettes, ensuite sur CD et maintenant par internet. Une de mes responsabilités principales, c'est de faire le lien entre ce réseau et des bailleurs de fonds. Il n'est malheureusement pas toujours facile de convaincre les gens de faire des dons pour un pays où l'instabilité et la désorganisation ont régné depuis longtemps!
Les progrès sont évidents. À Radio Soleil de Port-au-Prince tout d'abord, qui a refait sa place dans l'univers radiophonique de la capitale haïtienne avec des émissions très écoutées. Un radioroman diffusé sur toutes les stations du Réseau ÉTOILE - pour lequel j'ai pu trouver des subsides spécifiques depuis trois ans - a grandement contribué à attirer de nouveaux auditeurs. Même les stations qui ont connu les affres des ouragans savent se remettre sur pied; elles contribuent à ce que les gens de leurs régions gardent le moral. Les valeurs évangéliques du partage, de la solidarité, de l'attention aux petits, de l'éducation et de l'engagement sont donc diffusées, en même temps que la dévotion et la prière sont soutenues par des émissions spécifiquement religieuses.
Voilà donc une autre manière discrète pour la Compagnie de Jésus d'appuyer l'Église d'Haïti dans un domaine qui lui permet de vibrer au diapason de son peuple, dans un environnement culturel et religieux propre au 21 e siècle.
Pierre Bélanger, S.J.
Directeur