Pour nous joindre
siteglc@jesuites.org

Participez à notre LISTE d'ENVOIS pour être informés des nouveautés et des activités. Inscrivez votre adresse de courriel et cliquez le bouton inscription.

Votre adresse E-Mail :

Les jésuites au Canada anglais

BIBLIOTHÈQUE DE THÉOLOGIE

Pour des jeunes de Brébeuf

Pour des jeunes de Brébeuf
Connaître une autre réalité : celle du Honduras

Il y a deux ans, le BRIGAND avait fait écho à une expérience de coopération internationale au Sénégal animée par l'organisme d'origine jésuite MER ET MONDE avec des jeunes du Collège Jean-de-Brébeuf, de Montréal. Un autre groupe de Brébeuf nous fait part de son expérience, au Honduras cette fois. Eh oui ! ces jeunes étaient là durant le coup d'État qui a expulsé le président Manuel Zelaya, mais ça ne les a pas empêchés de vivre un temps de qualité avec des Honduriens. Nous remercions l'ensemble de l'équipe « Brébeuf-Honduras » et tout spécialement l'accompagnatrice du groupe, Caroline G. Murphy, pour leur collaboration empressée.

Devant la maison de Mer et Monde à Tegucigalpa. Ola, Émilie, Myriam, Rosalie, Catherine, Chloé, Claire et, en bas, Caroline.

Incursion en terre Catracha
Le sourire d'Elvia. Les couleurs vibrantes du marché, le vendredi après-midi. Les grands yeux du petit Miguel. Kenya et Kaybi dansant et riant en préparant les tortillas. La vue imprenable du haut du Picacho . Des mains tachées de peinture et des sourires heureux après une journée de travail. Le nombre incalculable de matches de fùtbol perdus aux mains de très talentueux enfants honduriens. La saveur des mangues fraîches et l'odeur du café.

De cet extraordinaire périple, chacune de nous rapporte quelque chose de différent. C'est un voyage en huit variations, à huit têtes. Car ce voyage, nous l'avons pensé, planifié, espéré, vécu en groupe , à huit. Et c'est ce qui a fait de ce stage de coopération internationale au Honduras quelque chose de marquant, de tout à fait indélébile. Huit têtes, en réalité sept jeunes étudiantes du Collège Jean-de-Brébeuf : Catherine Ran Ji, Rosalie Caillé-Lévesque, Chloé Landry, Myriam Tardif, Ola Pilatowski, Claire Gérin-Lajoie et moi-même, Émilie Archambault. Ainsi qu'une accompagnatrice, ancienne Brébovine elle aussi, ayant tout juste terminé des études en journalisme, Caroline G. Murphy. Huit jeunes femmes, donc, qui décidèrent de s'embarquer pour un stage de coopération internationale avec l'organisme québécois Mer et Monde pour une expérience de vie incomparable.

À Mer et Monde , on vit en communauté! Chacun fait sa part et participe à la vie de groupe.

Avant le grand départ
Minutieusement orchestrées par un dynamique et dévoué comité du Collège Jean-de-Brébeuf, se sont succédées, au cours de l'automne 2008, rencontres d'informations puis entrevues individuelles et de groupe. C'est par la suite que nous avons appris à nous connaître et à nous lier au fil des six mois qui nous avaient été accordés avant le départ pour la (fastidieuse !) préparation de ce stage.

D'un côté, nous mettions à profit nos talents, nos qualités et nos compétences individuelles pour amasser la somme nécessaire à l'achat des billets d'avion et du paiement des diverses dépenses liées au stage. Plusieurs idées ingénieuses ont d'ailleurs germé du fait de nos intérêts multiples et de nos concentrations scolaires différentes. Toutes mirent la main à la pâte pour donner son envol à notre projet. Certaines avaient l'âme davantage artistique, d'autres étaient plus pragmatiques et certaines très optimistes,

De l'autre, avec l'appui de Mer et Monde et de ses formateurs, nous en apprenions davantage sur le Honduras et sur les Honduriens, sur les pays en développement, sur l'économie et la politique, ainsi que sur l'aide internationale. Nous précisions aussi nos objectifs quant au stage. Il faut dire que nous avions cogné à la bonne porte : Mer et Monde est présent depuis près de dix ans au Honduras et adopte une approche de la coopération internationale qui ne peut qu'être profitable aux stagiaires comme aux partenaires locaux.

Au terme de notre préparation, quelques semaines avant notre départ, on nous a demandé de préciser nos attentes face au stage en terre hondurienne. Le consensus fut aisément établi : nous aimerions travailler avec les enfants. Et, si cela était possible, nous désirions mener d'autres petits projets dans les domaines du théâtre, de la musique, du sport et de la santé.

Miguel, 9 ans, et Cristofer, 6 ans, deux enfants de l'orphelinat du Proyecto SER .

Coup de pinceau, sac à dos et frijoles
Nos souhaits furent exaucés. Nos deux premières semaines passées dans la capitale, Tegucigalpa, furent remplies d'activités qui comblèrent nos attentes de façon étonnante, soigneusement préparées par l'équipe de coordonnateurs Mer et Monde de Tegucigalpa. Tous les matins, nous partions, sac à l'épaule, le bout du nez recouvert d'une généreuse couche de crème solaire, prenant un ou deux bus bondés vers un milieu de stage différent presque chaque jour. Nous avons eu la chance de partager avec un grand nombre de gens, de milieux très divers, aux idées et aux modes de vie multiples : des femmes de tête menant des micro-entreprises, d'autres, très braves, en processus de réinsertion sociale à la suite de violence conjugale, de petits orphelins aux sourires désarmants et d'autres enfants qui, eux, se remettaient du cancer.

Au terme de cette première quinzaine, nous avons eu la chance de découvrir une ville à quelques kilomètres à l'extérieur de la capitale, Cerro de Hula, et de nous y installer pour deux autres semaines. Nous résidions sur un immense terrain verdoyant, égaré parmi les nuages tant il est en altitude. Il appartient aux Oeuvres Sociales Vicentines de Tegucigalpa et abrite un orphelinat pour garçons ainsi qu'un camp de formation sociale pour les enfants de Tegucigalpa (on y aborde des sujets comme les questions de santé, drogues et alcool, bonnes valeurs citoyennes). Nous avons donc mis la main à la pâte dans ces établissements, mais nous avons surtout développé, au cours de ces quinze jours, des liens solides. Nous sommes rapidement devenues les partenaires de jeu favorites des petits garçons de l'orphelinat et avons développé une belle complicité avec les membres du personnel du camp avec qui nous collaborions dans la conception de matériel didactique. Au terme de ce séjour, nous avions mangé un nombre incalculable de tortillas et une quantité effarante de frijoles (ces fèves rouges qui font partie du menu traditionnel hondurien).

Des volontaires donnent un coup de main aux cuisinières; ici, Myriam et Catherine préparent des tortillas.

De ces moments passés avec des Honduriens, nous avons retiré énormément : un meilleur espagnol, bien entendu, mais aussi la conscience de l'autre, de la différence, de la beauté dans la diversité et dans le fait d'être solidaires. Ce sont ces moments, parfois durs, souvent heureux, à papoter tout en redonnant une couche de peinture, ou encore à bercer un minuscule enfant endormi, qui nous font comprendre la nécessité de tendre la main et de donner un coup de pouce. Non pas pour changer ou pour sauver un monde en péril, mais seulement pour mieux comprendre et mieux connaître ceux avec qui nous partageons cette planète.

Le président Zelaya en pyjama
Le stage devait alors se terminer quelques jours après par un séjour à Pueblo Nuevo, petit village situé à quelques heures de la capitale où nous devions travailler dans une école de village ainsi que dans les champs de café. Cependant, comme vous l'avez appris par les médias, un coup d'État a bouleversé gravement le Honduras au début du mois de juillet dernier, nous obligeant d'abord à être confinées à l'intérieur de la maison de Mer et Monde puis à être rapatriées quelques jours avant la date prévue de notre retour, après que le président Manuel Zelaya, vêtu d'un simple pyjama, ait été traîné de force au Costa Rica.

J'aimerais pouvoir relater comment il a été passionnant et exaltant d'assister à un tel évènement, mais ce n'est pas le cas. Non seulement étions-nous complètement à l'abri des tensions et peu conscientes des évènements réels, mais cela n'a rien eu d'un évènement passionnant ou exaltant. Durant ce mois passé aux côtés de Honduriens qui consacrent tout leur temps à rendre leur pays meilleur malgré des problèmes sociaux importants, malgré des catastrophes passées (pensons à l'ouragan Mitch, en 1998) et malgré des ressources souvent limitées, nous avons compris l'absolue nécessité que des gens comme ceux-là entretiennent l'espoir et le désir d'un Honduras meilleur. Ces turbulences politiques récentes plongent les Honduriens dans une grande incertitude et, comprenant alors mieux ce que c'est que d'être Hondurien, nous étions moins peinées de devoir rentrer à la maison que de penser à ces gens que nous avons rencontrés, qui sont devenus nos amis et qui vivent actuellement des temps très difficiles.

Coup de main aux femmes de la micro-entreprise Calidad de Vida ; on apprend l'art de préparer le papier à piñata.

On peut faire un constat cependant. Nous aurait-il été possible de comprendre ce que vivent les Honduriens par les temps qui courent si nous n'avions pas eu la chance de les côtoyer durant un mois, et surtout d'échanger avec eux? Nous avons pu tendre une perche vers l'autre, mieux comprendre la différence, l'interpréter. Ce qui a fait de ce voyage une réussite complète, et ce, malgré un imprévu de taille. Et des imprévus, ce pays en est le carrefour, croyez-moi!!

Émilie Archambault

Tegucigalpa

Vue d'ensemble de la capitale du Honduras, Tegucigalpa.

Nous sommes sur le point d'atterrir. Assise dans l'avion, je regarde par le hublot le paysage montagneux qui se dessine devant moi et pour la première fois, j'aperçois Tegucigalpa, la montagne d'or, qui s'étend à des kilomètres à la ronde. La ville est bordée de part et d'autre de montagnes et les maisons pullulent sur celles-ci comme des champignons. L'avion touche le sol en vrombissant et quelques minutes plus tard nous sortons de l'aéroport. Dehors, une vague de chaleur m'envahit et la vue de la ville m'étourdit : partout de petites maisons s'empilent les unes sur les autres et la ville fourmille d'habitants affairés à leurs tâches quotidiennes. Chaque parcelle d'espace semble prendre vie.

Nous montons dans notre «  busito  », une mini-fourgonnette qui assure nos déplacements, et partons en direction de la maison de «  Mer et Monde  ». Durant le trajet, toutes les filles ont les yeux rivés aux fenêtres, tentant de capturer les premières images de notre pays d'accueil, le Honduras. Autour de nous, dans les rues, les voitures s'élancent, manquant parfois de renverser des piétons, et on peut entendre le cri des «  cobradores  » accrochés aux portes des autobus jaunes, tentant d'attirer de nouveaux clients. Nous arrivons à la maison de   Mer et Monde . Malgré la fatigue, les bruits de la ville nous tiennent bien éveillées : cris de vendeurs, klaxons d'automobiles et passants animés d'une rage de bavardage.

Le lendemain, nous nous levons tôt, car nous partons à la découverte de Tegucigalpa. La première chose que nous apprenons est de rester vigilantes et d'observer où nous marchons, car le sol est parsemé de trous, énormes cratères où un pied peut facilement rester coincé. Les fils électriques pendent des poteaux en effleurant le sol, comme les lianes d'un arbre tropical. Pour nous, la ville semble être un réel chaos urbain : des piles de détritus trônent dans les rues que les chiens affamés fouillent dans le but de trouver les restes d'un dîner; partout l'on peut voir - et entendre ! - des vendeurs ambulants offrir leurs produits.

Jour de marché à Tegucigalpa, jour de couleurs et d'odeurs.

Le Centro , centre-ville de Tegucigalpa, est le point de vente des petites boutiques de babioles et l'on peut y manger de délicieux balleadas ( mets hondurien typique). Le midi, il est envahi par une horde d'écoliers affamés et les Honduriens se prélassent dans les parcs à l'ombre des arbres pour se rafraîchir. Un peu plus loin, nous entrons dans Comayaguela, la section pauvre de Tegucigalpa. Nous marchons d'un pas rapide où de part et d'autre de la rue s'alignent de petits étals d'aliments ou de disques piratés. Autour de nous s'élève une série de bâtiments et de maisonnettes délabrés : on entend par les fenêtres le son incessant des téléviseurs qui présentent des telenovelas (téléromans latinos) bien populaires. Dans les rues, on aperçoit partout des enfants, certains tenant fermement la main de leurs parents et d'autres, armés de leur panier de provisions à vendre, tentant de se faire un maigre revenu. L'après-midi, nous rentrons chez nous à bord d'un autobus jaune, ancien véhicule scolaire Nord-Américain usé et envoyé au Honduras, revivant notre première expérience hondurienne. Ma perception de Tegucigalpa est toujours celle que j'ai eue au premier jour : une ville chaotique envahie d'odeurs - comme le parfum de tortillas de maïs cuisant sur le four à bois - envahie aussi de sons, de rires d'enfants et où la vie anime chaque recoin de l'espace urbain.

Rosalie Caillé-Lévesque

Misionera de la Caridad

L'objectif premier de Mer et Monde est « d'être avec ». Être avec, c'est entrer en contact avec une autre culture, observer et apprendre. Nous avons rapidement compris l'importance du « être avec » lors de l'un de nos premiers projets au Honduras ; passer deux jours à Misionera de la caridad . Les sours de la Charité s'occupent d'un orphelinat, mais aussi d'une maison pour personnes âgées et d'une autre pour mères adolescentes. Nous y avons rencontré bien des gens, mais nous avons surtout accompagné les enfants.

Stagiaires et enfants de l'orphelinat réunis pour une photo de départ.

L'orphelinat accueille une cinquantaine d'enfants de 0 à 18 ans ; y vivent aussi quelques sours et une cuisinière. Les sours accomplissent un travail époustouflant, mais elles sont débordées. Avec la préparation des repas, l'attention à donner aux plus jeunes et la discipline, les tâches s'accumulent. Après avoir passé seulement deux jours à les aider, nous ne pouvons que respecter et admirer ces femmes qui, tous les jours, consacrent leur vie à améliorer leur monde.

Deux journées de rencontres
Dès que nous avons franchi la porte, des dizaines d'yeux se sont tournés vers nous. Les enfants n'ont eu besoin que de quelques secondes pour nous tendre les bras. Avant d'arriver à l'orphelinat, j'étais un peu anxieuse de ne pas avoir d'expérience avec les enfants. J'avais peur qu'ils nous rejettent, qu'ils n'acceptent pas notre présence. Pourtant, à peine une minute après mon arrivée, je tenais un enfant dans mes bras et lui faisais faire le tour de la cour en courant. Et puis la journée a passé, tranquillement. Nous étions là, simplement. Eux, étant des enfants, ils voulaient s'amuser et c'est ce qu'on a fait. On a couru, on a fait semblant de manger des galettes de terre, on a poussé des balançoires. Tout ça dans une petite cour clôturée, recouverte de ciment, avec quelques mobiles (parfois brisés), sous le soleil tapant du Honduras.

Les stagiaires s'apprêtent à aller passer du temps avec les enfants de l'orphelinat Misionera de la Caridad .

Bien sûr, c'est déchirant de voir des enfants sales, parfois blessés ou malades. C'est déchirant de savoir que certains resteront à l'orphelinat jusqu'à leur majorité sans que leur avenir soit vraiment assuré, ni tellement prometteur. Pourtant, je ne suis pas partie de l'orphelinat triste ou déprimée. Car il m'a semblé que, l'espace d'un instant, ces enfants qui ont grandi trop vite sont redevenus des enfants avec nous. Leurs sourires et leur joie étaient sincères, leurs conversations et leurs jeux, enfantins. Je me rappellerai toujours leurs airs à la fois espiègles et doux, Ou ce petit garçon qui s'est endormi sur mes genoux, qui m'a fait confiance. Celui-là même que j'avais vu un peu à l'écart et qui, malgré mes facéties, refusait de quitter cet air fermé. Quel bonheur quand il a fini par me laisser entendre son rire !

Nous n'avons pas pu prendre de photos avec les enfants, par respect pour eux. Nous ne pouvons alors pas vous partager leurs jolis minois, mais j'espère qu'à travers la lecture de ces lignes, vous imaginerez non seulement leurs difficultés, mais aussi leurs sourires, leurs rires et leurs espoirs.

Myriam Tardif

Deux semaines à Cerro de Hula

Rester au même endroit pour un certain temps est synonyme de rencontres, de liens, d'attachements. C'est ce que nous avons vécu lors de nos deux semaines passées au village Cerro de Hula, situé à environ une heure au sud de Tegucigalpa. Nous avons été accueillies sur le terrain du Proyecto SER (Projet ÊTRE), un projet des Oeuvres Sociales Vincentines de Tegucigalpa.

Le Proyecto SER se développe depuis bientôt huit ans grâce aux efforts et à la persévérance de David et Kenia, le couple responsable du lieu. Son but premier est de sensibiliser les écoliers honduriens aux sujets tabous comme les drogues, la sexualité, les ITS et le VIH-SIDA, grâce à des ateliers éducatifs se déroulant sur deux jours et demi. Ces ateliers sont animés par Allan, Maira, Kenia et David, de façon interactive, à l'aide de jeux, de films et de discussions.

Ce projet est innovateur et unique en son genre. Il permet aux enfants de bénéficier d'une information précieuse qu'il leur est difficile de trouver à leur école ou dans leur entourage, surtout lorsqu'ils proviennent de milieux défavorisés. Un bon exemple est le constat qu'on met souvent du café dans les biberons des bébés car c'est moins cher que le lait, et parce qu'on ne connaît pas les effets néfastes de cette pratique sur la santé des enfants. Si on extrapole un peu, on comprend l'ampleur des conséquences que peut entraîner le manque d'éducation sur une population. C'est là qu'entre en jeu le Proyecto SER , qui arrive comme un vent frais !

Myriam et Ola présentent fièrement un exemple de matériel didactique réalisé pour le Proyecto SER .

En plus d'avoir été grandement impressionnée par le Projet, je dois avouer que notre passage à Cerro de Hula a été mon coup de cour du voyage, en majeure partie à cause des orphelins qui cohabitaient sur le même terrain que nous. L'orphelinat, sous la responsabilité de la congrégation des Missionnaires de la Charité de Mère Teresa, accueille sous son toit onze garçons de six à treize ans, qui se sont rapidement habitués à notre présence. J'ai adoré accompagner les plus jeunes à l'école le matin, et aller les chercher à la fin des cours le midi. Je me souviens de ces moments où nous marchions avec les garçons, des liens se tissaient silencieusement. Lorsque nous passions dans le village, tous les habitants nous saluaient avec politesse, ce qui nous faisait chaud au cour, car nous nous sentions acceptées chez eux.

Des écolières de Cerro de Hula à la sortie de l'école. Au Honduras, l'uniforme est obligatoire, sous peine d'être renvoyé chez soi!

Quand je pense à Cerro de Hula, ce sont tout d'abord les instants partagés avec les gens qui me reviennent à l'esprit. Je me souviens de la première soirée de jeux avec les orphelins alors que nous leur avons appris des jeux de mimes, des soirées culturelles où nous avons montré des photos du Québec aux jeunes écoliers, des tortillas échappées par terre lorsque nous tentions tant bien que mal d'aider à la cuisine. Une multitude d'autres scènes marquantes défilent dans ma tête et me font sourire, et je comprends alors toute la beauté de l'expérience que nous avons vécue et partagée.

Catherine Ji

Un après-midi à l'hôpital 

Nos deux premières semaines de stage ont vraiment été celles de la découverte. Du tour de la ville de Tegucigalpa jusqu'à l'adaptation à la cuisine hondurienne, en passant bien sûr par la mise à l'épreuve ardue de nos connaissances de l'espagnol. Tout était nouveau, et tout était merveilleux, comme le disait si bien Myriam, enchantée qu'elle était par tant de découvertes.

Ces deux semaines ont également été pour nous une vraie initiation à la coopération internationale. Comme nous avions averti Mer et Monde que nous étions huit filles avec des intérêts très variés, Isabelle, notre coordonnatrice, nous avait préparé un horaire bien rempli. Nous avons donc rencontré des dizaines de personnes durant ces quatorze premiers jours. Autant d'expériences pour nous faire comprendre que la coopération, ça repose sur des rencontres. Et c'est d'une rencontre particulièrement marquante dont j'ai envie de vous parler.

Devant la murale réalisée à la maison des mères adolescentes des Missionnaires de la Charité.

Vers le début de la deuxième semaine de stage, nous sommes allées passer quelques heures avec des enfants sous traitement à l'hôpital, des enfants atteints de leucémie. Je me souviens des paroles toutes simples d'Isabelle avant d'entrer : «  Rappelez-vous, ce sont des enfants. Ils ont envie de se changer les idées, tout simplement.  »

Puis nous sommes entrées. Et comme nous sommes toutes humaines, avec notre bagage personnel et nos qualités différentes; nos réactions ont été diverses. Certaines se sont immédiatement senties à l'aise avec ces enfants, d'autres ont cherché leur place pendant quelques instants. Je dois avouer que j'étais de celles qui cherchaient leur place.

J'ai commencé par tenter de changer les idées d'un garçon d'environ huit ans, seul dans le fond de la salle. Il déclinait toutes mes offres de jeux, de bricolage ou de dessin, et ne répondait à mes questions seulement que par des petits mouvements de tête. Après quelques minutes, je ne savais plus quoi faire ni quoi dire. J'ai donc décidé d'aller voir comment les autres stagiaires se débrouillaient.

Je sentais pourtant que le petit bonhomme me suivait des yeux. Je suis donc revenue vers lui : « Tu es certain que tu ne veux pas un petit maquillage? » Il me fit signe que non de la tête. « Tu aimes bien la solitude, n'est-ce pas? » Cette fois, j'eus droit à un oui . « Alors est-ce que tu veux que je te laisse seul à nouveau ? » Il me fit alors signe que non .

Je suis donc restée assise à ses côtés jusqu'à la fin de l'après-midi. J'ai dessiné tant bien que mal le chandail de la sélection nationale de soccer du Honduras, que je lui ai laissé. Nous avons à peine échangé quelques phrases. Et puis 16 h est arrivé, et j'ai dû partir. Il a lentement soulevé sa petite main pour me dire au revoir.

Je suis sortie bouleversée de l'hôpital, ne sachant pas si j'avais adopté la bonne attitude, si j'avais fait la bonne chose avec ce petit garçon. Aujourd'hui, je crois que oui. Parce que, finalement, c'est peut-être juste ça, le fameux « être avec » de Mer et Monde . Car trouver le jeu intéressant, la parole appropriée, faire les bons gestes au bon moment, ce n'était pas le plus important. Ce que nous faisions concrètement avec ces enfants, cela n'avait pas tant d'importance, c'était un prétexte pour être avec eux, simplement.

Nous n'avons certainement pas changé le monde cet après-midi-là, mais nous avons été là, présentes avec ces enfants.

Caroline G. Murphy

 

 
Sommaire