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BIBLIOTHÈQUE DE THÉOLOGIE

Haïti

Les étudiants jésuites haïtiens
à Santo Domingo

Le groupe de nos cinq scolastiques Haïtiens en République dominicaine

Après le noviciat, les jésuites en formation passent quelques années aux études. La philosophie a une importance particulière à cette étape, mais, selon la préparation académique de chacun, on peut aussi faire des études en langues, en histoire ou en sciences sociales. Plusieurs des scolastiques haïtiens, pour cette première étape d'études jésuites, vont au centre d'études de la Compagnie situé à Santo Domingo, l'Institut Pedro Francisco Bonó. En 2009, cinq de nos confrères haïtiens étudiaient là-bas; ils étaient aussi membres de la plus grande communauté de scolastiques jésuites de Santo Domingo, sous la responsabilité de la Province jésuite des Antilles. Notre reporter Pierre Bélanger a eu un échange avec eux.

 

Brillaire DÉLICES, S.J.
Né au Trou-du-Nord (Nord-Est d'Haïti), 30 ans.
A prononcé ses voux en août 2005. Étudiant en philosophie.
Responsabilités pastorales dans un collège polytechnique de la Compagnie pour l'aide aux élèves en difficulté.
Paul-Fils BELOTTE, S.J.
Né à Mombin Crochu (Nord-Est d'Haïti), 28 ans.
A prononcé ses voux le 15 août 2006. Étudiant en philosophie.
Engagement apostolique dans un projet d'accompagnement des enfants de la rue.
Maxon PLAISIMOND, S.J.
Né à Arniquet (Sud d'Haïti), 31 ans.
A prononcé ses voux le 15 août 2006. Étudiant en philosophie.
Impliqué dans le Service jésuite pour les réfugiés et migrants; donne des cours d'espagnol aux immigrants haïtiens en République dominicaine.
Amos ESTINOR, S.J.
Né à Gros-Morne (dans l'Artibonite, au centre d'Haïti), 24 ans.
A prononcé ses voux le 7 août 2008. Étudiant aux humanités.
Engagé auprès des adolescents dominicains et haïtiens d'un quartier pauvre de Santo Domingo.
Germain CLERVEAU, S.J.
Né à Port-Salut (Sud d'Haïti), 26 ans.
A prononcé ses voux le 7 août 2008. Étudiant aux humanités.
En pastorale, apporte le message de l'évangile par le sport à des jeunes en difficulté.
   

 

Germain, devant le Centre Bonó des jésuites à Santo Domingo : philosophie et sciences sociales

PB : Brillaire Délices, Maxon Plaisimond, Paul-Fils Belotte, Germain Clerveau et Amos Estinor, vous êtes aux études ici, à Santo Domingo. Qu'est-ce qui retient votre attention, qu'est-ce qui vous intéresse surtout dans vos études ou dans ce qui les entoure, qu'est-ce qui vous frappe dans votre expérience dominicaine?

Brillaire Délices : Après mes deux ans de noviciat à Port-au-Prince, mes supérieurs m'ont envoyé en République dominicaine pour faire des études en philosophie. Mais en arrivant ici, je me suis aperçu qu'outre la philosophie, on étudie d'autres choses comme l'histoire universelle, l'histoire du pays qui nous accueille et aussi l'histoire de toute l'Amérique Latine. On fait aussi de la littérature. Ces études nous donnent une ouverture au monde. Avec tout ce bagage, on comprend mieux le fonctionnement du monde dans lequel nous vivons, ses crises, la crise morale, la crise de la foi aussi. Ça nous prépare pour les tâches pastorales que nous aurons un jour.

Maxon Plaisimond : Après le noviciat, j'ai été envoyé ici pour des études en philosophie. Ça a été un peu difficile au début, ce régime intensif des études parce qu'on vient d'une étape qui était pas mal différente : on avait appris plus à prier qu'à étudier! La première année ici a donc été un peu difficile pour moi. Mais avec le temps, j'y suis arrivé. Je pense que les études que je fais me préparent pour le travail pastoral que je ferai en Haïti.

Un autre aspect : Haïti et la République dominicaine n'ont pas de forts liens d'amitié même s'ils partagent la même île. C'est bon pour nous d'étudier l'histoire de la République dominicaine : ça peut nous aider à comprendre ce qui s'est passé et cela peut contribuer à guérir des blessures. On peut faire tomber des mythes, des choses qui ne sont pas vraiment fondées. En plus, on fait aussi d'autres études et moi, personnellement, j'ai un intérêt spécial pour l'anthropologie et la sociologie. Ça m'aide vraiment pour ce que je ferai plus tard.

Germain Clerveau : C'est vrai; je crois que ces études sont très importantes. Après avoir laissé le noviciat, je suis conscient que nous sommes ici pour nous préparer à l'avenir. En même temps, ça n'a pas été toujours facile, notre vie ici. On vit dans une autre langue, l'espagnol, et il faut prendre le temps de comprendre bien des choses de la culture dans laquelle nous vivons. Il faut s'adapter; ça m'a pris quelques mois! En même temps, je suis certain que cette ouverture à une culture différente de la mienne est quelque chose de très important; ça nous encourage même à vérifier les valeurs de notre propre culture d'origine, y compris celles qui reflètent les images de Dieu. Et puis, j'ai pris conscience que nous sommes ici pour étudier, pour nous former, mais non pas pour notre gloire à nous ou pour être plus brillants, mais pour la gloire de Dieu. Dans ce contexte, ce que nous pouvons trouver ici au Centre Bonó, ça nous aide aussi à mieux comprendre notre histoire, à nous améliorer, à chercher chaque jour ce qui nous nourrit davantage, et, ultimement, à trouver comment mieux faire la volonté de Dieu.

Paul-Fils Belotte : Après le noviciat, j'ai donc commencé mes études en République dominicaine et pour moi non plus, la situation n'était pas facile. J'ai senti la différence entre les cultures, mais en fin de compte, je me suis bien acclimaté. Je trouve intéressant de pouvoir affronter cela au début de mes études. C'est l'occasion, en vivant dans une autre culture que la mienne, de saisir que la Compagnie de Jésus est une Compagnie universelle à laquelle je dois me donner entièrement.

Amos Estinor : Après avoir passé deux ans en Haïti, on m'a envoyé ici pour faire des études d'humanités, en particulier des études philosophiques. Je n'aimerais pas que mes études m'éloignent trop de mon expérience de noviciat car, en laissant le noviciat, je suis venu avec l'objectif de découvrir la volonté de Dieu dans ma vie à travers les études. Comme saint Ignace l'a dit à propos de sa propre expérience, les études sont faites pour, ultimement, « être utile aux âmes ». C'est une invitation à donner le même sens à mes propres études.

En plus des études, j'ai appris ici à connaître la culture dominicaine. Au début, j'avais pas mal de difficulté avec la langue espagnole, mais je fais tout ce qui dépend de moi pour avancer et profiter de ce qu'on m'offre ici.

PB : Vous avez mentionné que vous vivez dans une culture différente de la vôtre, même si, de fait, vous vivez sur la même île. Parlez-nous des relations entre Dominicains et Haïtiens. Et d'abord ici, dans votre communauté jésuite, comment ça se passe?

Paul-Fils : On peut noter d'abord que notre situation est différente de celle de nos concitoyens haïtiens qui vivent en Dominicanie. À cause de notre statut de religieux, les gens nous voient avec un oil favorable. Et dans la communauté, nous partageons notre culture avec les étudiants jésuites dominicains sans qu'il y ait de problèmes entre nous. Nous multiplions les efforts personnels afin de pouvoir nous sentir unis, dans la Compagnie, comme compagnons de Jésus, chaque jour.

PB : Vous me dites que cet esprit communautaire n'est sans doute pas ce que vivent tous les Haïtiens qui vivent en République dominicaine. En un sens, vous êtes privilégiés.

Brillaire avec des jeunes de l' Instituto politécnico Loyola, de San Cristobal

Germain  : On ne peut pas nier la réalité, l'histoire surtout qui a séparé nos deux peuples. Mais nous, nous vivons dans un autre contexte, nous avons choisi de nous unir. Nous devons oublier certaines choses du passé, les dépasser, car nous devons travailler ensemble, membres du corps de la Compagnie universelle. Il y a des efforts des deux côtés, par les étudiants jésuites dominicains comme par nous, les Haïtiens, et je pense que ça marche.

Brillaire : Ça fait quatre ans que je vis en République dominicaine et j'ai pu observer l'évolution de la réaction face aux Haïtiens dans ce pays. La fréquentation des universités de République dominicaine par des Haïtiens favorise un renversement de la situation discriminatoire qui existe ici depuis longtemps. Souvent les étudiants dominicains et haïtiens partagent leurs préoccupations académiques; parfois ils se font amis. Il reste qu'il y a des irrégularités mais, tout de même, on peut vraiment espérer qu'avec le temps, d'ici dix ou quinze ans, les relations soient meilleures entre Haïtiens et Dominicains.

Amos : Pour revenir à la question sur notre communauté jésuite, je dirais que j'ai été bien accueilli ici dans la communauté. L'ambiance qui règne chez nous jusqu'à maintenant peut nous aider à grandir, peut contribuer à abaisser certaines barrières dans les relations entre Dominicains et Haïtiens. Il est vrai qu'on peut hésiter parfois à s'exprimer, qu'on peut avoir de la difficulté à tout dire ce qu'on ressent, mais, somme toute, je peux dire qu'il y a une bonne ambiance entre nous, jésuites haïtiens et dominicains.

Maxon : Oui, ça va bien entre nous dans la communauté et il n'y a pas de conflits. Mais quand même, il ne faut pas nier qu'il y a des petites choses qui dérangent ou des questions d'anicroches culturelles. Moi, personnellement, je dirais qu'on sent que le contexte jésuite exige que nous ayons ces bonnes relations.

PB : Si je comprends bien, le contexte jésuite vous oblige à une certaine qualité de relations qui n'existerait pas si vous n'étiez pas jésuites.

Haïtiens et Dominicains font bon ménage à la communauté des scolastiques de Santo Domingo.

Paul-Fils : Oui, c'est ça. On sent des différences, des sensibilités culturelles diverses, même entre jésuites bien sûr, mais, sans cacher les choses, on est assez intelligents pour ne pas insister là-dessus et, en fin de compte, dans la communauté, il n'y a pas de confrontations.

PB : Avez-vous des contacts avec d'autres Haïtiens ici dans le pays?

Brillaire : Quand je suis arrivé ici, j'ai eu la chance de travailler pour la paroisse San Martín de Porres, dans la pastorale haïtienne. C'est une pastorale mise sur pied par un scolastique jésuite haïtien qui était venu ici avant moi et j'ai assuré le suivi. J'y ai connu un groupe de familles haïtiennes et j'ai pu saisir le problème des Haïtiens qui traversent la frontière pour venir chercher du travail, pour venir chercher une vie meilleure. Parfois, ce qu'ils trouvent ici n'est pas à la hauteur de ce qu'ils avaient espéré. Ils viennent parfois aux rencontres pastorales organisées par la paroisse et ils partagent leur expérience difficile du fait de leur statut « d'illégaux ». Notre travail, c'est d'abord de les écouter, d'échanger avec eux, puis de leur offrir une évangélisation. Ils ont une connaissance de base de leur religion, mais pas beaucoup plus. Ces contacts nous donnent une idée partielle de leur réalité.

Amos : À moi aussi la pastorale haïtienne de la paroisse a donné l'occasion de rencontrer pas mal d'Haïtiens. Leur situation est souvent compliquée, chaotique; il y a une certaine humiliation chez eux. On sait aussi qu'ils subissent une certaine exploitation, car ils savent que beaucoup de gens voudraient qu'ils soient renvoyés en Haïti. Parce qu'ils n'ont pas de papiers, ils sont vraiment fragiles, facilement exploitables, et donc humiliés.

Le curé de la paroisse, le père Javier, qui est Dominicain, a un amour certain pour les Haïtiens. Donc, son but en nous intégrant à cette pastorale, c'est d'une part pour nous aider à vivre notre foi comme Haïtiens, à la garder active, en même temps que ça nous permet de rassembler des Haïtiens pour les aider à se sentir accueillis. C'est une expérience qui a été très positive pour moi.

Germain : Dans ce contexte, j'ai rencontré un père de famille qui est sans-papiers et ses enfants non plus n'ont pas de statut légal. En un sens, ils ne sont ni Dominicains, ni Haïtiens. Ils ne peuvent donc pas aller à l'école : ils sont bloqués.

.Maxon : Depuis mon arrivée ici, dans tout ce que je fais, il y a toujours plus d'Haïtiens que de Dominicains. C'était vrai dans la pastorale haïtienne, évidemment, mais c'est aussi vrai dans le travail que je fais avec le Service jésuite pour les réfugiés et migrants . Évidemment, le plus grand nombre d'immigrants en République dominicaine, ce sont les Haïtiens. En travaillant avec eux, ça m'a beaucoup aidé. C'est vrai que je les aide, mais ils m'ont aidé dans le sens où ils me donnent des leçons de courage. Je vois que je suis privilégié, protégé. Ces Haïtiens luttent pour vivre, pour réussir leur vie, par exemple dans le cas des étudiants universitaires. Il n'est pas facile de vivre ici quand on sent que les gens autour de soi ont une opinion négative sur soi. Si ça n'attaque pas directement mon identité, ça me blesse quand même.

Paul-Fils : Même si mon travail pastoral, quant à moi, ne se fait pas surtout avec des Haïtiens, j'en ai rencontré plusieurs qui m'ont raconté leur situation en Dominicanie. J'ai été, dans les premiers temps, en contact avec un groupe d'adolescents dominicains et haïtiens. Je devrais plutôt parler de jeunes Dominicains nés de parents haïtiens : ils m'ont raconté combien la situation de leurs parents a été difficile. De manière générale, l'Haïtien se meurt en Dominicanie au sens où il a l'impression de perdre son identité. Il ressent que, pour le peuple au milieu duquel il vit, l'élément haïtien a toujours été ressenti comme « un problème » : ça n'aide pas à se sentir fier de ses origines.

Amos, au milieu de son groupe sportif à la Pastorale haïtienne de la paroisse

Amos : J'ajouterais quelque chose. À la pastorale haïtienne, les gens se plaignent beaucoup du fait que ceux qui sont nés ici, on n'a pas voulu déclarer leur naissance. Alors ils ont une grande frustration car c'est très difficile d'envoyer des enfants à l'école s'ils n'ont pas une identité civique reconnue; on peut les refuser à l'école primaire. Il y a aussi des professeurs qui donnent une image négative des Haïtiens.

Brillaire : Pour préciser ce qu'Amos vient de dire : un des problèmes importants des familles haïtiennes ici c'est que, quand elles ont un enfant, l'État refuse de reconnaître ces enfants comme citoyens dominicains. Ces nouveaux-nés n'ont donc pas d'acte de naissance. Ils ne peuvent pas aller à l'école, mais plus encore, ils ne peuvent être baptisés à l'église catholique car, pour pouvoir accepter de baptiser un enfant, le prêtre doit voir son acte de naissance. Dans ces circonstances, bien des gens se dirigent alors vers des sectes protestantes.

Maxon  : En lien avec ça, je dirais que ce qui m'a le plus blessé ici, en effet, c'est que j'ai constaté de la discrimination contre les Haïtiens parfois dans l'Église aussi. Cette idée que, pour baptiser un enfant, il faut avoir son acte de naissance, ça n'est pas juste. Les autorités de l'Église disent que, de leur point de vue, cette exigence veut pousser l'État à délivrer des certificats de naissance à tous les bébés nés ici; mais ce n'est pas ça qui se passe. C'est une situation vraiment difficile à vivre.

PB : Parlez-moi maintenant un peu de la Province des Antilles, dans laquelle vous vivez maintenant. C'est la première Province jésuite, en dehors de la vôtre - celle du Canada français et d'Haïti - que vous connaissez de proche. Qu'est-ce que vous y vivez?

Brillaire : Je dirais d'abord que la Province des Antilles est une Province pleine d'espoir. C'est une Province qui, en termes de ressources, a des raisons d'espérer. Il y a une présence jésuite dans presque toutes les sphères de la société ici : dans l'Église hiérarchique, dans l'État tout comme auprès du peuple. Les jésuites sont présents et engagés dans presque tous les domaines : l'éducation, la pastorale familiale, la paroisse, les retraites, les médias; je pense que c'est une contribution assez fructueuse. Un accent est donné à la pastorale sociale, aussi bien sur le terrain qu'à l'université où des jésuites donnent des cours ou publient des travaux. Ici même, au Centre Bonó, il y a des débats sur les questions sociales. En somme, il y a un engagement fort des jésuites sur le plan social, en République dominicaine.

Maxon, qui donne cours d'espagnol aux jeunes immigrants haïtiens.

Maxon : La présence jésuite se fait sentir ici. Quand on parle des jésuites ou de la Compagnie de Jésus, tout le monde sait de quoi il s'agit. Il y a beaucoup de gens qui collaborent avec les jésuites, qui sont d'ailleurs passablement nombreux, environ 130 dans le pays. En Haïti, il n'y a qu'une vingtaine de jésuites.

Moi, personnellement, ce que j'aime chez les jésuites d'ici, c'est la fraternité vraie qu'il y a entre eux. Je vois que je peux apprendre des jésuites là-dessus.

Paul-Fils : Moi, ce qui me frappe, c'est que la Province des Antilles est en pleine croissance, au point de pouvoir créer des ouvres année après année. Elle s'engage fortement dans l'apostolat social et dans l'apostolat intellectuel. Ce que je constate de meilleur ici, c'est la capacité des jésuites de pouvoir travailler ensemble afin de donner corps à leur Province.

Amos : Je suis relativement nouveau dans cette Province et je ne peux pas trop me prononcer. Mais ce que j'ai remarqué, c'est que c'est une Province en pleine croissance, qui a la responsabilité de beaucoup d'ouvres. Et puis, ils veulent vraiment aider les plus pauvres et relever les défis dans cette veine. C'est une de leurs grandes qualités, je pense, et ça a attiré mon attention.

PB : Est-ce que ça vous donne des idées pour l'avenir de la Compagnie en Haïti?

 Paul-Fils  : Ça m'inspire : ça me donne de la force afin d'être capable de faire face aux défis qui m'attendent en Haïti en tant que jeune jésuite. Je ne suis qu'un jeune étudiant en philosophie, mais je sais que je suis appelé à m'engager pleinement plus tard, dans mon pays, en pastorale sociale ou peut-être en pastorale intellectuelle.

Germain  : À voir vivre et agir certains jésuites ici, on peut dire que nous sommes témoins du magis ignatien. Et on peut alors se demander comment on pourra vivre le magis ignatien dans le contexte haïtien.

Même s'il y a parfois des difficultés, des frictions entre les ouvres, je pense qu'il existe une fraternité réelle dans la Province des Antilles. Avec cette base de fraternité, les ouvres peuvent mieux collaborer. Je ne verrais pas pourquoi, en Haïti, les jeunes jésuites ne pourraient pas travailler ensemble, car on favorise une bonne fraternité entre nous aussi. C'est la fraternité qui engendre la collaboration au niveau de l'activité apostolique. On peut garder ça en tête pour Haïti.

Brillaire : Je pense que c'est une des qualités qu'un jésuite doit avoir aujourd'hui, la capacité de travailler en équipe, de travailler ensemble pour faire avancer une ouvre, pour que le peuple de Dieu progresse.

L'activité apostolique de Germain l'amène à côtoyer les jeunes de la communauté de Los Guandules .

Germain : Je sens qu'entre les jeunes jésuites qui sont aux études actuellement, il y a cet intérêt pour travailler ensemble.

PB : Voulez-vous ajouter autre chose, en terminant, sur l'avenir de la Compagnie de Jésus en Haïti?

Amos : En lien avec la Compagnie de Jésus en République dominicaine, s'il ne faut pas nier des différences culturelles et même si on doit admettre que la Compagnie est bien jeune en Haïti, je crois que, s'il y a collaboration et des relations plus étroites entre les deux territoires, on pourra arriver à faire pas mal de choses, pas mal de progrès. Par exemple, je crois qu'il y a une certaine contribution à la formation spirituelle qui peut venir d'Haïti. Notre formation spirituelle est de grande qualité et j'espère qu'elle va l'être toujours. Alors, je pense qu'on peut contribuer de ce côté-là. En général, la formation est bien importante : en tant que jeunes jésuites, il y a pas mal de défis à relever dans ce monde d'aujourd'hui et, pour ça, il faut être bien formé.

PB : Voyez-vous un avenir de collaboration plus large entre les deux Provinces, celle des Antilles et la nôtre?

Maxon : Je dirais oui, mais pas d'abord en considérant la République dominicaine comme lieu d'études pour les Haïtiens. Je pense par ailleurs qu'on pourrait faire la régence ici et que c'est souvent dans le cadre de la régence - ces années d'expérience de travail apostolique - qu'on pourrait collaborer avec profit.

Brillaire : Dans ce contexte, la collaboration pourrait aussi être conçue dans le cadre du « projet Caraïbes » que la Compagnie, avec l'encouragement du père Général, est en train de développer.

PB : Un dernier message, en conclusion, pour les lecteurs et les lectrices de notre revue, Le BRIGAND ?

Brillaire : Je pense m'adresser en notre nom à tous les abonnés du Brigand en les encourageant à persévérer dans leur intérêt pour nous. Qu'ils continuent à persévérer dans la prière, au cour de leurs activités quotidiennes, parce que nous avons besoin de nous rapprocher, de nous sentir proches les uns des autres. Et ainsi, je souhaite que Le Brigand les aide à rester proches de nous.

Paul-Fils  : Je voudrais aussi remercier les lecteurs du Brigand parce qu'ils nous auront donné la chance de nous exprimer sur notre vie d'étudiants jésuites ici, à Santo Domingo. Sans la revue - et sans ses lecteurs et ses lectrices - nous serions demeurés sans voix!

Amos  : Et moi, j'aimerais simplement souligner que ce qu'on trouve dans la revue Le Brigand, ce sont des expériences qui nous apprennent beaucoup de choses, des réalités qu'on ne connaîtrait pas autrement. Si c'est vrai pour nous; c'est vrai pour les abonnés aussi. Ça nous parle de beaucoup de projets et d'initiatives qui valent la peine d'être encouragés.

PB : Merci à vous cinq. Et bonne chance dans vos études comme dans vos projets apostoliques!

 

 
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