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Les jésuites au Canada anglais

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SOLIDARITE FWONTALYE

Un pari audacieux pour l'avenir d'Haïti

Solidarite Fwontalye, c'est le nom créole de Solidarité frontalière , l'organisme jésuite qui ouvre auprès et au service des Haïtiens migrants à la frontière nord d'Haïti avec la République dominicaine. Le BRIGAND a déjà eu l'occasion de faire écho au travail de cette ouvre impliquée dans le champ des droits de la personne comme de l'activité caritative et éducative. Smith Augustin, un jeune jésuite haïtien qui y fait sa « régence » - ces années de « stage » ou d'activité apostolique entre deux programmes d'études universitaires - nous offre son témoignage.

Smith Augustin, S.J., responsable des communications à Solidarite Fwontalye

Ça fait maintenant huit mois que j'ai commencé ma régence à Ouanaminthe. Je travaille au sein de l'institution Solidarite Fwontalye/Service Jésuite aux Refugiés et Migrants comme responsable des communications. C'est le premier texte que j'écris pour les lecteurs du Brigand et j'y souhaite bien laisser une idée assez claire sur ce que nous pensons, ce que nous faisons et ce que nous cherchons comme jésuites qui vivons à la frontière haïtiano-dominicaine. Faire cela, il faut le dire aussi, est pour moi à la fois un plaisir et un devoir.

En effet, deux ouvres définissent notre identité ici à Ouanaminthe: Premièrement, Solidarite Fwontalye/SJRM où nous touchons principalement la problématique de la migration irrégulière des Haïtiens pauvres vers la République dominicaine et celle, plus large du développement communautaire; et deuxièmement, le Centre éducatif Saint Ignace de Loyola , lié aussi à Foi et Joie d'Haïti, qui a déjà les structures bien établies d'un préscolaire, qui fonctionne parfaitement comme tel, et qui commence à se développer pour devenir dans quelques années une véritable école primaire.

De fait, si cette petite école, projet nouveau, est un immense espoir pour la petite localité de Bédoue tout-à-fait abandonnée à elle-même et située à 7 km au sud de Ouanaminthe, Solidarite Fwontalye/SJRM , en est à la pleine célébration de ses dix ans d'existence et, disons-le sans fausse modestie, elle est déjà toute une tradition. Si j'ai choisi de parler de cette institution seulement, c'est parce que j'y suis impliqué personnellement.

Pour en parler, je ne crois pas du tout nécessaire que je présente à nouveau les fondements de cette ouvre aux lecteurs et lectrices du Brigand. Solidarite Fwontalye a déjà été objet de plusieurs articles, témoignages et entretiens dans quelques numéros récents. On peut mentionner en particulier ? 484 (octobre-novembre-décembre 2005) qui rapportait entre autres un long entretien du père Pérard Monestime, actuellement directeur de Solidarite Fwontalye depuis juillet 2006.

L'entrée des locaux de Solidarite Fwontalye

Que puis-je donc ajouter? Premièrement, Solidarite Fwontalye/SJRM est restée aujourd'hui encore fidèle à son esprit d'origine. Avec ses axes de travail prioritaires, l'organisme continue de toucher les trois grandes problématiques du département du Nord-Est: premièrement, le flux de la migration irrégulière des Haïtiens vers la République dominicaine et tout ses enjeux liés surtout à la question de la traite et du trafic de personnes, deuxièmement, l'organisation et le développement communautaire comme stratégie d'éradication du premier problème; et troisièmement, la réalité frontalière en soi comme défi de construire de bonnes et de justes relations interculturelles entre les deux peuples concernés.

La première problématique qu'assume le secteur de la Migration est très délicate. Pour la quantité de rapatriés qui arrivent à Ouanaminthe, nous n'avons ni un espace aménagé pour les accueillir ni des moyens suffisants pour les aider tous à rentrer dignement chez eux ou chez leurs parents. En réalité, nous n'arrivons à assister que très peu d'entre eux; et pour cela, à peine débarqués, beaucoup de « trafiquants » de Ouanaminthe, spécialisés en voyages clandestins, nous les enlèvent pour les impliquer, immédiatement et au péril de leur vie, dans d'autres tentatives de migration irrégulière.

D'autre part, on constate que l'espoir qui a été promis par le gouvernement actuel d'Haïti, en place et dirigé par le président actuel, René Préval, depuis plus de trois ans, ne s'est jamais concrétisé. En conséquence, les vieilles promesses démagogiques du gouvernement ne se concrétisant pas, cela ne fait qu'alimenter le désespoir des gens.

L'équipe « Transformation sociale » de SF

Des campagnes d'incidence publique menées par des institutions comme Solidarite Fwontalye qui sont engagées dans la promotion et la défense des droits humains pour démasquer les fausses solutions de la migration irrégulière, n'atteignent pas les résultats escomptés. Par exemple, selon les données de Solidarite Fwontalye/SJRM , pendant que l'État dominicain déportait, seulement à Ouanaminthe et au cours du premier trimestre de l'année 2009, 645 Haïtiens qui vivaient déjà en grande majorité en situation irrégulière sur le territoire de la République dominicaine, le même État, par son Service de Migration et son unité militaire spécialisée dans la sécurité frontalière (CESFRONT), a dû arrêter et ensuite refouler 4915 Haïtiens qui essayaient de s'infiltrer illégalement sur son territoire.

Par conséquent, vu la situation exaspérante d'Haïti et le mieux-être en Dominicanie, la réalité de la migration irrégulière devient de plus en plus complexe et difficile à circonscrire. Ainsi, d'innombrables réseaux de trafiquants, constitués d'Haïtiens et de Dominicains, profitent impitoyablement du sentiment de démoralisation des Haïtiens. Le pire c'est qu'ils sont tolérés, voire directement protégés par de puissantes autorités civiles, militaires et politiques. Par exemple, des Dominicains notoires condamnent publiquement la migration irrégulière des Haïtiens, répétant sans cesse qu'il faut absolument en finir avec ce fléau. Pourtant, ce sont les mêmes cercles de gens qui sont les plus grands employeurs des immigrants illégaux dont la présence s'avère encore incontournable dans les champs, dans les hôtels et surtout actuellement dans les riches entreprises de construction.

Alors que faire ?
Solidarite Fwontalye élabore une stratégie qu'elle considère comme une manière de s'attaquer à la source mère du dilemme de la migration. Elle veut favoriser des changements dans les conditions socio-économiques de vie des paysans haïtiens du Nord-Est qui, dans les conditions actuelles de pauvreté où ils vivent, sont pour la plupart de véritables migrants illégaux en puissance. À travers son programme de « Transformation sociale », Solidarite Fwontalye offre donc de sérieuses alternatives mettant à la disposition des gens des possibilités de travail qui les retiennent chez eux et leur redonnent confiance en leur propre capacité de faire des choses belles et utiles non seulement sur place mais aussi à partir de leur propre imagination.

L'équipe « Migration » ; 1 ère rang ée : Smith(SJ) et Leonard. À l'arrière: Kenel (SJ), Firdwiss, Me Ibreus

En effet, ce programme de « Transformation sociale » accompagne actuellement 46 organisations communautaires de base et touche plus de trois mille familles dispersées dans quatre communes du département du Nord-Est. Pour plus de détails, disons que de ces 46 organisations, 14 sont des organisations de femmes qui développent un programme d'économie solidaire de type microcrédit. Puis 14 autres sont des organisations mixtes d'hommes et de femmes qui développent aussi un programme communautaire de microprojets. Dans ces zones, deux petites écoles s'autofinancent à partir de deux microprojets de stockage de denrées agricoles. Deux autres organisations dirigent de grandes fermes pilotes d'agro-écologie dans les localités de Bajar et de Courjole. Ajoutons que l'équipe de la « Transformation sociale », à travers son programme de formation, offre annuellement plus d'une quarantaine d'ateliers en gestion et protection de l'environnement, en équité des genres, en gestion et renforcement organisationnels, en promotion des coopératives, en développement communautaire participatif, etc.

Voilà donc le type d'initiatives qu'il faudra multiplier pour redonner espoir à Haïti. Car ce serait bien difficile de traiter le problème de la migration en lui-même, sans voir plus large. Et en ce sens, nous prévoyons déjà réaliser des reportages et des documentaires sur ces travaux d'organisation et de développement communautaire pour ensuite les présenter dans les médias.

Pour qu'il ne s'éteigne pas, notre feu est condamné à allumer d'autres feux, selon l'intuition du saint jésuite chilien Alberto Hurtado et les décrets de la dernière Congrégation générale des jésuites. Car, comme aimait le répéter Dom Helder Camara, un héros pour notre Église latino-américaine qui cherchait toujours à guider les pauvres dans leurs luttes difficiles mais nécessaires : « Quand nous sommes plusieurs à faire le même rêve, c'est déjà plus qu'un rêve, c'est la réalité qui commence ».

Cette réalité commencée, pour pouvoir se maintenir et progresser, devra proposer une grande résistance au pessimisme - jusqu'à le vaincre - malgré la gravité que la situation haïtienne pourrait toujours nous imposer. Mais, comme le suggèrerait le poète haïtien René Depestre, si malheureusement notre optimisme ne peut être ni profondément enraciné ni tout-à-fait permanent, peut-être pourrait-il être tout au moins « un pessimisme vaincu tous les matins ». C'est notre souhait pour Solidarite Fwontalye , c'est notre souhait pour la petite Haïti-chérie !

Smith Augustin S.J.
courriel Smith Augustin S.J.

 

 
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