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Les jésuites au Canada anglais

BIBLIOTHÈQUE DE THÉOLOGIE

Les parrainages continuent
au bureau des Missions jésuites


LE P. GOULET, ENTOURÉ DE NOMBREUX RÉFUGIÉS QUE LE BUREAU DES MISSIONS A PARRAINÉS.

Le contexte international actuel a tendance à se durcir et on constate une réticence de bien des pays industrialisés à manifester de la générosité envers les réfugiés. Pourtant, année après année, grâce à l'engagement indéfectible du père Louis-Joseph Goulet, directeur des Missions jésuites pour le Canada français et Haïti, des réfugiés sont accueillis au Canada dans le cadre d'une entente administrative avec le Ministère de l'immigration et des communautés culturelles du Québec. Pour esquisser un tableau de cette implication jésuite, nous avons réuni ici un extrait d'une lettre mensuelle que le père Goulet envoie aux missionnaires, un article proposé par le Service jésuite aux réfugiés (JRS) sur les craintes qui entourent trop souvent l'accueil des réfugiés et, enfin, le témoignage personnel d'un Éthiopien qui a pu refaire sa vie grâce à l'intervention généreuse de notre programme de parrainage. Bonne lecture!

Du directeur des Missions jésuites

Chers compagnons,
L'implication du bureau des missions dans le parrainage et l'accueil des réfugiés prend de plus en plus une dimension internationale. Au début d'avril dernier, j'ai été contacté par l'Association Pierre Claver, de Paris. C'est un organisme français qui s'occupe des immigrants et des réfugiés et qui est relié au Service des réfugiés de France et d'Europe. Il comprend un réseau de spécialistes et d'avocats pour l'aide juridique. Ce sont nos confrères jésuites Gérard Ngendahayo et Eugenijus Puzynia, qui étudiaient alors au centre universitaire jésuite de Paris, le Centre Sèvres, qui ont suggéré mon nom et mes coordonnées. On nous demandait d'accueillir un jeune Sénégalais, Oumar Séné, qui a été accepté par le Canada comme travailleur qualifié mais qui aurait besoin d'un accompagnateur ou d'un répondant. L'Association Pierre Claver l'appuierait financièrement. Les démarches sont en cours et ce réfugié devrait bientôt arriver à Montréal.


MILAD AWAD

Un autre cas intéressant m'a été soumis l'an dernier par les jésuites du Caire et de Damas. Il s'agit du fils unique d'un iman égyptien. Par sa recherche personnelle et des réflexions approfondies, en lisant les évangiles et les épitres de saint Paul aux Corinthiens, suite aussi à la maladie de sa mère qu'il a accompagnée durant plusieurs années, il a fait le passage de l'islam au christianisme. Il en est venu à cette décision après le décès de sa mère dans un hôpital du Caire, administré par des religieuses. C'est là qu'il avait eu des contacts avec des chrétiens. Son père, en l'apprenant, l'a renié comme son fils et l'a déshérité. Des groupes islamistes radicaux l'ont menacé de mort. C'est un jésuite, le P. Henri Boulad 1, qui l'a accompagné et l'a baptisé sous le nom de Milad, mot arabe qui signifie « la renaissance ». Devant les menaces qui pesaient sur lui, les jésuites du Caire ont jugé préférable de l'envoyer chez nos pères à Damas. On m'a contacté pour que j'accepte de parrainer Milad Awad. J'ai signé le parrainage sans hésiter et j'ai envoyé le récit de ce réfugié à Mme Daniela Geloso, responsable du bureau de l'Immigration du Québec, à Damas. Il se trouve que Mme Geloso, avant d'être promue au bureau de Damas, était responsable du secteur de l'immigration humanitaire à Montréal et qu'elle a entretenu avec nous d'excellentes relations. Elle a tout fait pour accélérer le processus de ce parrainage. Alors qu'il faut bien souvent près de trois ans avant qu'un parrainage aboutisse, Milad est arrivé au Québec moins d'un an après que j'aie signé les documents officiels. C'est la communauté égyptienne qui l'a pris à sa charge et qui l'accompagne dans son intégration.

Louis-Joseph Goulet, S.J.

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La peur de l'étranger influe sur les politiques relatives aux réfugiés.

«Il est extrêmement inquiétant de voir que les pays les plus riches continuent à refuser de mettre en ouvre les responsabilités qui leur incombent par rapport aux réfugiés. Au lieu d'accueillir les personnes qui sont forcées de quitter leur pays pour cause de misère et de violence, ils leur claquent la porte au nez . Ce faisant, ils mettent en danger le système mondial de protection internationale», déclare le père Peter Balleis, S.J., directeur international du Service jésuite aux réfugiés (JRS).

Le 20 juin dernier, à l'occasion de la Journée mondiale des réfugiés , le JRS a demandé aux gouvernements de respecter leurs obligations en matière de droits humains et de créer l'environnement nécessaire à l'intégration des migrants et des réfugiés. Le JRS a aussi rappelé aux citoyens qu'ils ne sont pas impuissants ; les gouvernements ne peuvent agir qu'avec leur consentement. Si les citoyens se montrent prêts à soutenir les personnes déplacées de force, les gouvernements devront améliorer leurs politiques.

Les États développés sont les premiers à mettre en ouvre des politiques et des lois qui empêchent les réfugiés d'entrer et de demeurer sur leur territoire national. Le gouvernement italien renvoie en toute illégalité des réfugiés vers la Libye sans prendre la peine de déterminer s'ils ont besoin de la protection internationale. Les autorités américaines empêchent toute arrivée de bateaux chargés d'Haïtiens fuyant la misère et les violations des droits humains. En Grèce, les conditions exigées aux demandeurs d'asile sont si terribles que certains pays européens ne considèrent plus la Grèce comme un lieu dans lequel on peut chercher refuge.


CLÔTURE ÉRIGÉE PAR LES ÉTATS-UNIS
À LA FRONTIÈRE MEXICAINE
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Les politiciens et les médias ont tendance à diaboliser les étrangers qui sont présentés comme une menace à la sécurité publique ou à une soi-disant identité culturelle. On fait trop souvent abstraction des contributions positives apportées par les réfugiés et les migrants à l'économie et au bien-être culturel des pays d'accueil. Nul ne reconnaît que les réfugiés n'ont eu d'autre choix que de quitter leurs maisons, qu'ils ont été déplacés de force. De ce fait, les pays en voie de développement doivent accueillir 80 % de la population mondiale des réfugiés.

La politique des portes ouvertes, pratiquée un temps par les États développés, s'est rapidement arrêtée.  Le message impliquant qu'i l n'y a pas de place pour les réfugiés chez eux a été reçu cinq sur cinq par de nombreux États en voie de développement. Ainsi le Cambodge, le Kenya, le Panama et la Thaïlande ont adopté de plus en plus de mesures restrictives à l'encontre des populations déplacées. « Ces pays voient que les États développés, sous l'impulsion de la peur des étrangers, ne sont plus prêts à partager la responsabilité de la protection internationale», a déclaré le père Balleis.

Et pourtant, de nombreux États surpeuplés ont fait la preuve qu'il est possible d'accepter de nouveaux réfugiés sur leur territoire. En mars dernier, le gouvernement équatorien a commencé à régulariser la situation de plus de 50 000 réfugiés non reconnus jusqu'à ce jour. Un mois plus tard, l'Afrique du Sud a annoncé l'adoption des procédures visant l'octroi de la protection temporaire à plus d'un million de Zimbabwéens ayant fui leurs maisons et une situation intenable chez eux.

Plus d'une décennie de politiques répressives à l'égard des migrants n'a pas réussi à réduire le nombre de réfugiés dans le monde; pire, elles n'ont fait qu'augmenter la souffrance des plus vulnérables. Ignorer les réfugiés compromet les principes de justice et de solidarité qui sont les fondements de toute société libre. Ouvrir nos cours aux souffrances de nos semblables nous oblige à accueillir l'étranger.

James Stapleton
Bureau international du
Service jésuite aux réfugiés (JRS)
Rome

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Témoignage : la qualité d'accueil de mes parrains


SAMUEL MULATU, SON ÉPOUSE ET SON GARÇON

Immigrer pour un réfugié, c'est à la fois quelque chose qui relève de l'obligation et de l'acceptation volontaire d'une nouvelle situation. Ça n'est pas facile de comprendre ce par quoi passe un réfugié qui immigre dans un pays d'accueil. Je suis obligé d'émigrer dans un autre pays parce que je ne peux plus vivre en paix chez moi, et je suis volontaire pour demeurer dans mon pays d'accueil. Je ne voudrais pas vous ennuyer en vous parlant de la guerre et de la misère de mon pays d'origine, l'Éthiopie ; je veux plutôt m'exprimer sur mes pays d'accueil, l'Italie et le Canada.

À mon avis, l'Italie a 30 ans de retard sur le Canada en ce qui concerne l'immigration. Mon passage de quatre ans en Italie fut une grande déception. Il y a très peu de ressources pour aider les immigrants. L'Église catholique et quelques organismes communautaires travaillent d'arrache-pied pour leur venir en aide. Une grande partie du peuple italien ne tolère pas les immigrants. Devant les problèmes de la société, bien des médias jettent le blâme sur les immigrants au lieu de condamner le gouvernement italien pour l'absence de politiques d'immigration.

Quelques mots sur la difficulté à trouver un emploi. J'achetais le journal pour consulter les offres d'emploi. Dès que je trouvais des emplois qui m'intéressaient, au bas de chaque annonce je trouvais la note : « immigrants s'abstenir ». Je me sentais alors profondément lésé. En somme, dans une société comme l'Italie, il faut des nerfs d'acier pour survivre.

Après deux crises de dépression mineure, j'ai décidé de quitter l'Italie. Avec l'aide de sour Paulina, une religieuse hollandaise qui aidait les immigrants, j'ai pu avoir un travail d'agent de sécurité au Collège Saint-Norbert, à Rome. Mais cette religieuse m'a surtout mis en contact avec mon parrain, le père Goulet, au Canada, qui a accepté de me parrainer. Si je n'avais pas trouvé ces deux personnes sur mon chemin, je serais tombé dans une dépression majeure, comme beaucoup de mes amis en Italie. Je n'ai pas l'intention de blâmer qui que ce soit, je voudrais seulement que mon témoignage serve à améliorer le sort des immigrants en Italie.

Après deux longues années d'attente, je suis arrivé au Québec le 20 octobre 1999. À mon arrivée, qui était là pour m'accueillir? Nul autre que mon parrain, le père Goulet. Il m'a amené dans un petit hôtel au centre-ville de Montréal. Deux jours après mon arrivée, il m'a fait rencontrer deux travailleurs sociaux compétents qui m'ont dirigé vers différentes ressources selon mes besoins. Ils m'ont trouvé un appartement ainsi que des meubles. Ça, c'est un bon départ ; ça m'a comblé : on s'est vraiment occupé de l'immigrant que j'étais. Aujourd'hui, dix ans après mon installation ici, grâce à ma marraine, sour Paulina, et à mon parrain, le père Goulet, je suis un bon père de famille. J'essaie continuellement d'être utile à mon pays d'accueil, d'aider le père Goulet pour l'accueil des réfugiés et d'aider les autres personnes qui sont dans le besoin, surtout les nouveaux arrivants, sans distinction de provenance, de culture, de race ou de religion. C'est l'enseignement que j'ai reçu de mon parrain et que je tente de mettre en pratique.

Je vous remercie de l'attention que vous porterez à mon témoignage et, surtout, de la compréhension dont vous savez et saurez témoigner envers les immigrants.

Samuel Mulatu
samuelmoges@live.com

1 Le P. Boulad est ce jésuite égyptien dont on présente une entrevue en profondeur aux pages 9 à 12 du présent numéro.

 
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