Pour nous joindre
siteglc@jesuites.org

Participez à notre LISTE d'ENVOIS pour être informés des nouveautés et des activités. Inscrivez votre adresse de courriel et cliquez le bouton inscription.

Votre adresse E-Mail :

Les jésuites au Canada anglais

BIBLIOTHÈQUE DE THÉOLOGIE

Matteo Ricci, S.J. À l'occasion du 400e anniversaire de sa mort en Chine


Le père Matteo Ricci était un brillant jésuite du 17e siècle dont l'activité missionnaire en Chine a marqué les fondations permanentes de l'Église catholique dans ce pays – des fondations qui ont permis le développement graduel vers l'Église catholique chinoise d'aujourd'hui, forte de plus de 10 millions de membres et toujours en croissance.

Ironiquement, Matteo Ricci lui-même a fait bien peu de conversions à la foi catholique durant sa vie. Après son arrivée en Chine, il s'est vite rendu compte que les traditions religieuses propres à la Chine étaient profondément ancrées dans la société chinoise et qu'elles ne laisseraient pas facilement place à des enseignements de l'étranger, quels qu'ils soient.

Peu à peu, il a aussi pris conscience du profond respect que les Chinois avaient pour la connaissance, de leur faim de savoir. Plusieurs savants chinois ont vu Ricci comme leur fenêtre vers le monde extérieur et sont donc devenus ses amis, ses collègues ou ses élèves. À travers ces semailles d'échanges culturels, Ricci a pu non seulement partager certaines des inventions et découvertes récentes du monde, mais il a pu aussi partager sa propre foi et ses croyances religieuses.


Ricci a pénétré le monde scientifique chinois
d'abord par la géographie.

La maîtrise que Ricci avait des plus récents développements dans les sciences, les mathématiques, l'astronomie, la philosophie et les autres champs du savoir de la Renaissance européenne, lui a gagné de nombreux amis et élèves parmi les lettrés chinois. Ils sont venus nombreux pour examiner la version de la Carte du monde que Ricci avait apportée, une carte qui, pour la première fois, donnait aux Chinois l'occasion de réaliser l'étendue de leur empire et sa situation par rapport au reste du monde. Pour adoucir le choc de la découverte qu'un monde immense existait et qu'il y avait bien d'autres pays en dehors des frontières de la Chine, Ricci a adroitement retouché la carte européenne, en plaçant la Chine au centre de la carte et à la latitude « 0 », préservant ainsi la conviction chinoise que la Chine était « l'Empire du Milieu », au centre du monde.

Les instruments astronomiques aussi bien que l'horloge européenne ont aussi suscité un grand intérêt parmi les personnages importants et les savants. Ils ont éventuellement ouvert la voie à Ricci vers la Cité interdite, dans le cadre de sa tentative – demeurée sans succès – de rencontrer l'empereur de Chine.

Dans un pays où le succès dépendait des résultats aux examens impériaux, Ricci s'est aussi retrouvé dans une position enviable. Doté d'une mémoire phénoménale (probablement photographique) et habile en mnémotechniques – ce qui lui facilitait l'apprentissage et la mémorisation – Matteo Ricci émerveillait continuellement ses collègues. Il était capable de maîtriser la langue chinoise aussi bien écrite que parlée, à une époque où il n'existait pas de manuels dans les langues européennes. Plus encore, il était capable de mémoriser et de réciter de longs passages de la philosophie chinoise, à l'endroit comme à l'envers, après leur avoir jeté seulement un bref coup d'œil. Les savants qui visaient à assurer leur avenir par des brillants résultats aux examens impériaux se sont vite rapprochés de Ricci, espérant découvrir ses méthodes secrètes de mémorisation.

Ricci a vite commencé à écrire et à distribuer des textes en chinois dont certains – par exemple son Traité sur l'amitié – étaient basés sur des écrits latins bien connus; d'autres cherchaient plus directement à expliquer aux Chinois la foi catholique. Dans ce cas, Ricci prenait bien soin de souligner les aspects de la foi qui puissent être plus acceptables et plus faciles à comprendre par les Chinois, laissant dans l'ombre les aspects plus « étrangers » et difficiles pour plus tard. Il s'est aussi appliqué à faire des liens, à mettre en évidence des similarités entre la foi catholique et les traditions chinoises.


Ricci a proposé un « traité sur
l'amitié » et s'en est fait le
témoin dans son ministère.

De cette manière, Matteo Ricci a pu commencer le processus d'inculturation de la foi catholique en Chine – une approche missionnaire anciennement décrite comme « l'accommodement » ou « l'adaptation » de la religion à une culture. Aujourd'hui, c'est la contribution principale que l'Église catholique reconnaît au missionnaire jésuite, une manière de faire le travail missionnaire dans une approche à la fois respectueuse et efficace.

À cette époque, cependant, cette approche a été la source de bien des maux de tête et de revers pour Ricci. Ça n'était pas tous les missionnaires qui approuvaient ses efforts d'inculturation – spécialement quand ceux-ci laissaient la liberté aux nouveaux baptisés chinois de continuer à pratiquer les rituels honorant les ancêtres. Pour plusieurs, cela apparaissait l'équivalent de l'adoration des idoles; ce fut là une source de conflits et de controverses au sein de l'Église catholique chinoise. Les politiques de Ricci furent approuvées à Rome, puis rejetées, ensuite tolérées, enfin bannies jusqu'à ce que la « controverse des rites chinois » mène quasiment à la chute de la jeune Église en Chine. Les empereurs chinois n'étaient simplement pas prêts à voir leurs traditions révérées abolies ou ignorées par les fidèles d'une religion étrangère.

Des siècles plus tard, cette pratique a été tardivement approuvée par l'Église catholique et elle est maintenant intégrée à la liturgie chinoise, spécialement durant les grandes fêtes comme le Nouvel An chinois.

En faisant des efforts pour se faire un avec le peuple chinois et pour être reconnu comme un personnage religieux en plus d'un savant, Ricci a fait quelques erreurs au début à cause de son manque de familiarité avec la culture chinoise. La plus évidente fut sa décision, peu de temps après son arrivée en Chine, d'échanger sa soutane jésuite pour la robe des moines bouddhistes. Quelques années plus tard, cependant, il s'est rendu compte qu'il avait simplement créé de la confusion sur son rôle et que cela l'avait fait identifier avec un secteur relativement peu lettré de la société chinoise.


Le P. Jerry Martinson a personnifié
Matteo Ricci dans un film de Kuangchi
Program Service.
Ici,
dans les habits de moine bouddhiste.

C'est à ce moment que le père Ricci a adopté les vêtements bien distinctifs des savants de la dynastie Ming, ceux des mandarins, qui faisaient partie de l'élite. Cela a grandement amélioré son statut et sa capacité d'interagir avec les leaders de la société – en particulier les érudits de la cour – qui se révélèrent la clé à son acceptation en Chine et lui permirent d'aller résider dans la Cité impériale, à Pékin.

Alors que Ricci progressait lentement depuis Macao en traversant plusieurs villes du sud de la Chine, il a attiré l'attention d'un jeune érudit de Shanghai qui avait essayé sans succès de passer les examens impériaux. Il s'appelait Xu Guangqi. Xu a finalement pu passer ses examens et il fut reconnu comme un brillant savant et leader; il a même atteint la plus haute position, celle de Grand secrétaire de l'empereur.

Mais avant que tout cela n'arrive à Xu, alors qu'il préparait ses examens et qu'il supervisait des étudiants dans le sud, il eut vent d'un étranger remarquable ayant en sa possession une carte du monde dont on n'avait jamais entendu parler en Chine. Il apprit où était la carte mais ne pouvait trouver son auteur, Matteo Ricci, qui était déménagé à sa nouvelle résidence de Nankin. Entre-temps, Xu s'était lié d'amitié avec un autre missionnaire jésuite, le P. Lazaro Cattaneo, qui lui avait présenté la foi catholique. Doté d'une grande curiosité intellectuelle associée à son désir de voir la Chine progresser, Xu était donc attiré par cette religion étrangère, qu'il considérait supérieure aux autres qu'il avait étudiées et jugées insatisfaisantes.

En 1600, Xu fut enfin capable de retrouver l'auteur de la fameuse carte du monde, le P. Matteo Ricci, à l'église où il résidait à Nankin. Tous deux se sont rencontrés brièvement, mais ils ont rapidement établi un lien qui allait mener à une collaboration et à des développements importants aussi bien pour l'Église catholique que pour la Chine.

Lors d'une visite subséquente à Nankin, après que Ricci se soit déjà installé à Pékin, Xu fut baptisé par le P. Joao de Rocha et il reçut le prénom chrétien de Paul. Plus tard, Xu a gravi les échelons et s'est retrouvé lui aussi à Pékin où il peut rejoindre le P. Ricci. Ensemble ils ont mené une collaboration intense et remarquablement féconde qui a eu des conséquences significatives pour l'Église et pour le développement éducatif et intellectuel de la Chine. Xu a suggéré que Ricci collabore avec lui pour préparer la traduction chinoise de certains ouvrages scientifiques que le jésuite avait emportés d'Europe. Ayant étudié sous l'égide d'un mathématicien renommé, le P. Christophe Clavius, au Collège romain tenu par les jésuites, Ricci était versé en mathématiques. Avec Xu, il a commencé le processus long et exigeant de la traduction des six premiers tomes des Éléments d'Euclide.


Christophe Clavius, grand
professeur de mathématiques.

Pour ceux qui ont étudié la géométrie au secondaire, cela peut apparaître relativement simple, mais c'était une tâche monumentale. L'éducation et le système de pensée chinois étaient basés sur l'art et la littérature plutôt que sur la logique, comme en Occident. Il y avait une grande résistance à l'apprentissage occidental chez les Chinois et une inaptitude largement répandue à comprendre la valeur de la logique qui venait d'Europe. Xu a été l'un des rares érudits de l'époque qui ait reconnu cette valeur, et qui ait été capable de la maîtriser, grâce au tutorat de Matteo Ricci. De nos jours, ironiquement, les étudiants chinois surpassent fréquemment leurs condisciples occidentaux dans les champs des mathématiques et des sciences.

Xu Guangqi en vint même à être un défenseur courageux des jésuites en Chine. Chaque fois que les jésuites ont été faussement accusés par leurs ennemis, Xu utilisa son prestige pour présenter à l'empereur une note qui les défendait. Plus encore, il a offert d'être soumis aux mêmes châtiments que les jésuites s'ils étaient trouvés coupables des offenses dont on les accusait. Considérant le type de punitions dont on usait dans l'empire chinois à cette époque, cette offre héroïque de Xu n'était rien de moins que l'acceptation du martyre. Heureusement, pour lui comme pour les jésuites, à chaque occasion les jésuites furent trouvés innocents.


Carte de Chine identifiant les étapes
de la vie de Paul Xu (ou Hsu Kuangchi)

Paul Xu est donc connu comme un des piliers de l'Église catholique en Chine. Ses parents et descendants contribuèrent au développement de l'Église en Chine, spécialement dans la région de Shanghai. Là, Xu est révéré aussi bien par l'Église que par la société civile. Le nom d'un des districts prospères de la ville, Xujaihui, réfère à lui et à sa famille. Près de la cathédrale catholique, les visiteurs peuvent vénérer sa tombe et apprécier le musée Xu Guangqi.

Au cours des 35 dernières années, j'ai travaillé dans un centre de production télévisuelle de Taipei qui tire son nom de Xu Guangqi. En utilisant une romanisation antérieure, notre centre s'appelle Kuangchi Program Service. Nous essayons, comme le P. Ricci et Xu Guangqi, de pénétrer la société chinoise par la culture populaire, dans notre cas par la télévision. Kuangchi a produit des émissions éducatives, culturelles et religieuses pour des auditoires de Taïwan et de la Chine depuis plus de 50 ans! Cela fut le premier studio de télévision de Taïwan.

En 1982, l'Église de Taïwan a célébré le 400 e anniversaire de l'arrivée de Matteo Ricci en Chine. Je fus choisi pour jouer le rôle de Ricci dans une émission spéciale produite par KPS pour célébrer l'évènement. Cette expérience m'a donné une connaissance nouvelle et plus profonde de la vie de ce grand missionnaire. Aujourd'hui, j e suis reconnaissant d'avoir eu cette occasion.


La représentation traditionnelle la plus
connue du père Matteo Ricci, S.J.

Et maintenant, en 2010, toute l'Église aussi bien que le monde chinois commémorent le 400 e anniversaire de la mort de Matteo Ricci. Récemment, Kuangchi Program Service a collaboré avec Jiangsu Broadcasting Corporation à Nankin – la ville où Ricci et Xu se sont rencontrés pour la première fois en 1600 – pour produire un documentaire pour la télé en 4 épisodes sur ces deux personnages : Paul Xu Guangqi – China's Man for All Seasons (L'homme de la Chine pour toutes les époques). Cette série a été diffusée plusieurs fois dans toute la Chine sur les réseaux principaux; elle célèbre la collaboration de deux peuples, le peuple chinois et le peuple italien, qui, en partageant foi, engagement et sacrifice, ont construit un pont durable d'amitié entre l'Orient et l'Occident, faisant la preuve que ces deux mondes ne sont pas si éloignés l'un de l'autre et démontrant que tous les gens peuvent véritablement devenir frères et sœurs, selon le dessein de Dieu.

 

Jerry Martinson, S.J.
Taipei, Taiwan
jerry@kuangchi.com

 
Sommaire