Nous étions environ 265 personnes à prendre part, en partie ou en totalité, à l'expérience du pèlerinage ignatien 2006 qui s'est tenu du 18 au 20 août dernier à Québec. Ce pèlerinage nous invitait à marcher sur les pas des trois premiers compagnons : Ignace de Loyola, François Xavier et Pierre Favre dont nous célébrons les anniversaires en cette année jubilaire. Notre objectif était de « rassembler les différents mouvements de la famille ignatienne et leurs amis, jeunes et adultes, pour vivre une expérience de pèlerinage à Québec. ».

 

«Amis et Pèlerins, marchons sur les pas des premiers compagnons», tel était notre slogan, lors du lancement de l'invitation au pèlerinage. Tout a commencé par un rêve de quelques membres du comité de formation de la Communauté de Vie Chrétienne (CVX)... Nous voulions organiser une activité spéciale à l'occasion des anniversaires ignatiens : une retraite ignatienne?. une marche-retraite?... et pourquoi pas : un pèlerinage ignatien! Petit à petit, les quelques rêveurs ont réussi à en attirer d'autres pour former un comité organisateur. et progressivement, le rêve prit forme pour devenir réalité. Ce qui n'était qu'une vague idée, née d'un désir commun et profond de célébrer la vie des trois premiers compagnons, devint un projet d'équipe, une collaboration de plusieurs familles igantiennes (CVX, Xavières, Jésuites, et le Mouvement Eucharistique des Jeunes) pour aboutir enfin en un partenariat avec le Diocèse de Québec.

Une préparation sous la mouvance de l'Esprit

Durant plusieurs mois, le comité organisateur s'est réuni pour prier, réfléchir, partager et discerner ensemble ce que Dieu nous invitait à vivre à travers ce projet. Pendant ce temps de gestation, comme un fotus qui se forme doucement dans le sein de sa mère, le projet du pèlerinage se développait, grandissait, et ses détails se précisaient davantage.

Devant les multiples grâces que nous recevions, nous nous sentions confirmés dans nos choix et poussés en avant! Devant les défis qui se présentaient, nous réalisions nos limites, et devant les doutes et incertitudes, nous ne trouvions qu'une seule réponse : avancer au large et faire confiance!

Grâce à ce parcours, nous avons pu vivre ensemble des moments forts qui ont fait grandir notre amitié et notre communion dans le Christ qui nous accompagnait. Notre démarche de préparation nous a permis d'approfondir l'amitié des trois compagnons et de découvrir les richesses de leurs vies qui peuvent nourrir les nôtres aujourd'hui. Nous avons travaillé une pédagogie sur trois temps, permettant aux participants, tant à ceux d'une journée qu'à ceux des trois jours, de s'enrichir spirituellement. Nous avons proposé différents parcours, avec des temps de marche, de prière, de contemplation, et de partage, adaptés aux différents âges et capacités de marche, permettant au plus grand nombre de se ressourcer, de s'ouvrir à d'autres et de repartir avec un nouvel élan et une nouvelle espérance.

Cette aventure n'aurait été possible sans le dévouement de chacun, particulièrement les membres du comité organisateur : Monique Larochelle (CVX), Lucille Madore (CVX-Centre Manrèse), Thérèse de Villette (Xavières-CVX), Wim Dombret sj (Jésuites), et Rafik Salama (CVX); leurs collaborateurs : Anne Laure Gomas (Xavières-CVX), Josée Therrien (MEJ), Jean-Bernard Rousseau (Diocèse de Québec); et l'équipe logistique : Pierre Bélanger sj, Marc Rizetto sj, et Roch Lapalme sj. Sans oublier les nombreux artistes, techniciens, fournisseurs d'équipements, traiteurs, responsables de service d'autobus et d'hébergement, etc. Le soutien de la communauté des jésuites a été le catalyseur du succès de ce pèlerinage. Je souligne ici notre reconnaissance pour l'appui précieux et l'amitié du supérieur provincial Daniel LeBlond sj. De plus, nous remercions les nombreuses communautés et organisations qui ont soutenus moralement et financièrement ce projet (voir ci-bas). Finalement, le partenariat et la collaboration avec le Diocèse de Québec, facilité par l'appui de l'abbé Jean Tailleur, et la coordination de Jean-Bernard Rousseau avec l'équipe de la Pastorale Jeunesse du Diocèse, ont fait de ce pèlerinage un temps fort dans notre histoire comme corps de l'Église du Québec.

 

Un retour aux sources

Le choix d'organiser le pèlerinage à Québec, n'était pas aléatoire. Si cette ville s'est vue accorder le titre de berceau de l'Église catholique en Nouvelle France, c'est en partie grâce aux premiers aventuriers jésuites qui ont osé quitter leur pays, sacrifiant leur confort et leur sécurité, pour venir évangéliser le continent nord américain. La maison des jésuites de Sillery demeure un témoin vivant de cette époque où s'est fondée l'Église d'ici. La valeur patrimoniale de la maison de Sillery réside tant dans sa qualité de lieu historique et archéologique que du fait qu'elle est le lieu de naissance de la première communauté chrétienne autochtone en Amérique du nord. En tant que membre de la CVX, ce symbole est particulièrement touchant. D'où la décision de débuter le pèlerinage le vendredi dans le petit jardin à l'arrière de la maison de Sillery.

Ainsi, nous étions réunis pour découvrir la richesse de son histoire qui est aussi la nôtre, l'histoire de notre Église d'aujourd'hui. Nous étions environ 150 personnes, de tous âges, origines, et cultures et nous représentions une quarantaine de mouvements et de communautés de Montréal et de Québec. Certains amis, de passage au Québec, provenaient de France et d'Égypte, d'autres sont venus spécialement de Toronto et des Etats-Unis!

Grâce à nos artistes Suzy Tremblay et Christian Grondin, nous avons pu plonger dans l'histoire de la mission Saint-Joseph à Sillery. Une histoire touchante mettant en vedette deux personnages : Anya, une jeune amérindienne vivante et dynamique, et Paul Lejeune, missionnaire jésuite et directeur de la mission de Sillery il y a plus de 350 ans! Une rencontre de deux cultures qui s'interpellent et s'enrichissent grâce à l'ouverture et aux échanges. L'animation théâtrale était rehaussée de chants et de danses par la talentueuse Suzy Tremblay.

Le film « AMDG : un monde ne suffit pas » présenté par Pierre Bélanger sj co-producteur, nous ramèna aux origines de la Compagnie de Jésus avec la rencontre des trois amis: Ignace, Pierre et François Xavier. De leur amitié est née la compagnie de Jésus dont le charisme façonna et continue de façonner une grande partie de la société et de l'Église un peu partout dans le monde.

La soirée fut agrémentée par les chants des jeunes du Mouvement Eucharistique des Jeunes (MEJ) accompagnés par une troupe d'artistes congolais sous la direction de Louis-Martin Lanthier, artiste et animateur du MEJ. Devant l'enthousiasme des jeunes, qui chantaient et dansaient sur des rythmes joyeux, le public n'est pas resté insensible. La contagion fut rapide! En peu de temps, la foule chantait, dansait et priait avec eux, et les barrières de l'âge et de la culture furent rapidement dépassées. Nous resterons longtemps impressionnés par l'élan de dynamisme que nous ont transmis ces jeunes, et qui témoigne de leur engagement au sein d'un mouvement ignatien présent et actif dans l'Église du Québec.

La soirée se termina avec « la prière d'alliance » animée par le provincial des Jésuites du Canada français, Daniel LeBlond sj, et Thérèse de Villette, xavière et responsable de formation dans la CVX. Cette prière ignatienne, nous a permis de relire notre journée, en trois mouvements: de toi à moi : « merci », de moi à toi : « pardon », et ensemble : « demain ... »

 

 

Une journée de marche à la suite des premiers compagnons

Le journée de marche du Samedi débuta par un rassemblement à l'Église Saint-Michel de Sillery, sous un ciel bleu et devant le magnifique fleuve Saint Laurent et les statues des Martyrs Canadiens qui brillaient sous un soleil radieux. Dans l'Église, nous avons eu la joie d'accueillir le Cardinal Marc Ouellet venu se joindre à nous et lancer la marche. Après les mots d'accueil, nous nous sommes répartis en quelques 24 équipes de marche. Dans chaque équipe, se trouvaient mêlés des membres de différents mouvements et communautés de Québec, de Montréal ou d'ailleurs, des gens de tous âges et de toutes origines et cultures.

Sur les sentiers des Caps de Charlevoix ou ceux du Cap Tourmente, entourés d'une merveilleuse nature et d'un décor enchanteur, nous avons marché en compagnie des trois amis :

Ignace, François et Pierre. Chaque personnage nous offrait une facette particulière du charisme qui a soutenu leur amitié, une amitié enracinée dans les Exercices Spirituels. Tandis qu'Ignace nous invitait à chercher Dieu en toutes choses et à nous laisser regarder et aimer par Dieu; Pierre nous invitait à découvrir l'Ami qui fait de nous des amis et à prendre conscience de notre manière de regarder les autres; et enfin, François nous posait la question : comment notre amitié dans le Christ peut-elle nous aider à participer à la construction d'un monde d'amour, de vérité, de justice et de paix?

Le feuillet de marche nous proposait des pistes de réflexion avec des textes bibliques et des questions. La marche était entrecoupée et rythmée par les moments de silence, de pause, de contemplation, de partage et de prière. Progressivement, les cours s'ouvraient et les liens d'amitié se tissaient. Les gestes d'entraide, le pain partagé, les moments de fatigue, les expressions de joie et les sentiments de fraternité ont donné à cette journée une saveur et une couleur qui ont marqué chacune et chacun.

Une bonne façon de terminer la journée fut la soirée festive organisée sous le chapiteau dressé dans le jardin du Collège Jésus Marie! Après une bonne marche, le souper barbecue fut un moment de régal apprécié par tous! L'allocution du Cardinal Ouellet et un moment d'échange, animé par Marc Rizetto sj, nous ont permis de faire un retour sur les fruits de la journée. Les partages étaient riches en profondeur et en diversité. Tous ont souligné leur appréciation de cette expérience de ressourcement, d'ouverture aux autres et d'amitié dans le Christ.

La soirée a continué dans une ambiance de fête familiale grâce à la famille Dion/Roberge, et leurs amis musiciens, qui nous ont fait danser et chanter sur des rythmes joyeux. Cette famille, composée de deux parents et quatre jeunes filles artistes, musiciens et musiciennes, nous a non seulement impressionnés par son talent exceptionnel, mais nous a profondément touchés par son témoignage, vivant et dynamique, d'un amour du Christ transmis d'une génération à l'autre sur une note de joie et d'harmonie.

Pour finir, Marc Rizetto sj, nous a amené à faire la relecture de la journée en contemplant un diaporama des photos de la marche projeté sur le toit du chapiteau. La taille, la clarté des images et la beauté de la musique qui les accompagnait, nous ont replongés dans les évènements de la journée. Nous avons ainsi pu admirer et rendre grâce durant le temps de silence et de prière animé par la famille Dion/Roberge.

 

Célébration de la famille ignatienne et envoi

Dimanche matin, nous nous sommes retrouvés à nouveau rassemblés sous le chapiteau dans le jardin du Collège Jésus Marie, pour la foire ignatienne. C'était l'occasion de découvrir ensemble les différents visages de cette grande famille ignatienne présente au Québec aujourd'hui. Après la présentation des différents mouvements, ouvres et communautés, nous avons eu le plaisir de visiter les kiosques répartis au pourtour du chapiteau. C'était une expérience d'apprentissage pleine de découvertes. Chaque mouvement et communauté avait préparé son kiosque avec des panneaux, affiches, revues et dépliants pour expliquer ses activités. Nous nous sommes rendus compte de la grande richesse que représente la contribution de ces mouvements à la construction de la société et de l'Église aujourd'hui.

La matinée se termina avec la célébration eucharistique présidée par le Supérieur Provincial Daniel LeBlond sj, concélébrée par Monseigneur Pierre-André Fournier, Évêque auxiliaire à Québec, et plusieurs prêtres et jésuites. Une célébration vécue dans la joie et l'action de grâce par près de 200 personnes dont un nombre d'invités et de visiteurs en plus des pèlerins. La célébration commença avec la procession de délégués des différents mouvements et communautés igantiennes portant les symboles de leurs mouvements. Durant la messe, des représentants des différents groupes de marche o nt présenté leurs offrandes à partir des fruits recueillis, sous la forme d'objets, de paroles ou de chants. Les témoignages étaient d'une grande diversité et originalité, reflétant l'authenticité des expériences vécues. L'apport des jeunes a spécialement marqué les esprits. Le sermon de Daniel LeBlond sj, la profondeur des moments de prière et de recueillement, la beauté des chants, par l'Ensemble Vocal Épiphanie de Montréal, ont contribué à faire de cette célébration une expérience extraordinairement riche et profonde.

Après la messe, un dîner pique-nique avec un mini-concert par l'Ensemble Vocal Épiphanie, nous a permis de continuer dans cette ambiance de joie et d'amitié. Notre pèlerinage s'est terminé avec des visites guidées de la Maison des Jésuites de Sillery et de la Maison Dauphine, deux lieux qui marquent l'histoire de la présence jésuite à Québec. Si la Maison de Sillery a marqué le commencement de la mission des jésuites, Dauphine témoigne de la continuation de cette mission dans notre société actuelle.

En effet, Michel Boisvert sj, avec une équipe de personnes, lança en 1992 le projet de réaffectation de la résidence historique de Dauphine en centre pour les jeunes de la rue. C'était un projet audacieux qui n'a pas manqué de soulever des polémiques, plusieurs s'opposaient à l'idée de faire de ce lieu, situé en plein cour de la ville historique et touristique, un centre de réadaptation pour des jeunes délinquants dont on voulait plutôt se débarrasser.

Lors de notre visite à la maison Dauphine nous avons été impressionnés par le travail fantastique qui se fait dans ce centre, à partir de l'accueil des jeunes dans un sous sol aux allures « punk », aux services fournis par des intervenants sociaux, infirmières, médecins, et avocats, jusqu'à l'école de la rue et des classes bien organisées pour aider les jeunes décrocheurs à obtenir leurs diplômes.

Michel Boisvert sj nous a quitté quelque temps avant le pèlerinage, nous avions espéré qu'il soit encore là pour nous présenter le centre, mais malgré son décès, l'ouvre qu'il a commencée continue à sauver des dizaines de jeunes en leur donnant une nouvelle chance pour réussir dans la vie.

Nous avons terminé notre pèlerinage ignatien sur un nouvel élan, un désir de continuer notre cheminement chacun dans son milieu d'engagement, et avec une conscience plus forte de ne pas être seuls dans notre démarche: nous formons une grande famille en mission dans l'Église d'aujourd'hui, une famille où il fait bon vivre, mais surtout une famille qui nous ouvre sur le monde et qui nous invite à marcher ensemble comme de vrais amis dans le Seigneur.

 


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