Scène 2
| (Le domestique vient à la chambre d'Íñigo.) | |
| Domestique: | Monsieur, vous m'avez appelé? |
| Íñigo: | Oui, garçon, voudrais-tu aller porter cette lettre à la chambre de Maître Pierre Favre, qui était ici l'autre jour? C'est pour son compagnon de chambre. |
| Domestique: | Quel est cet étrange nom, François Zavier? Savier? Shavier? Comment prononcez-vous cette lettre X? |
| Íñigo: | Shavier est presque correct. Les Portugais sont les seuls à bien la prononcer, même si ce François est, comme moi, d'Espagne. |
| Domestique: | Et quelle sera ma récompense pour faire cette commission, Monsieur? |
| Íñigo: | Je vais t'enseigner le Je vous salue Marie . |
| Domestique: | Je vais me passer de la récompense. |
| (Le domestique sort et ferme la porte. Íñigo va à la table près de son lit et prend un livre. Il s'assoit sur une chaise et commence à en tourner les pages lentement.) | |
| Íñigo: | Voyons où je l'ai laissé la dernière fois - « Livre Deux, Chapitre Huitième: De l'amitié intime avec Jésus. » Comme ce chapitre ne manque jamais de m'émouvoir! Jésus, vous êtes vraiment mon ami intime. |
| (Les yeux d'Íñigo semblent être fixés sur quelque chose en haut. Il est silencieux pendant quelque temps. On frappe à la porte. Íñigo sort d'une sorte d'extase.) | |
| Íñigo: | Entrez, je vous prie! |
| Francisco: | Señor Íñigo de Loyola? |
| Íñigo: | Oui. . |
| Francisco: | Je suis Francés do Yasu y Xavier. |
| Íñigo: | Entre, je t'en prie! |
| Francisco: | J'imagine que je vous dérange? |
| Íñigo: | Non, j'étais juste en train de lire ce petit livre, L'Imitation de Jésus-Christ . Tu le connais? |
| Francisco: | Y a-t-il quelqu'un qui n'en ait pas entendu parler? |
| Íñigo: | J'imagine que non. Mais le connaître, c'est bien autre chose. Il y a des chapitres en entier que j'ai presque appris par cour. (Il met le livre sur la table.) Je te remercie de venir me voir. |
| Francisco: | Je ne pouvais pas refuser l'invitation d'un compatriote, n'est-ce pas? Mais telle n'est pas la raison de ma visite. |
| Íñigo: | Je ne vois pas. |
| Francisco: | Non. Jusqu'ici je vous ai évité, Se ñ or. Mais votre lettre était si simple et si directe qu'elle a touché quelque chose en moi que l'éloquence ne pouvait pas toucher - et me voici! |
| Íñigo: | Ah, oui! Un Basque entêté en confronte un autre! Nous sommes tous les deux taillés dans le même tissu, n'est-ce pas? |
| Francisco: | C'est vrai, mais nous avons servi des rois différents, vous et moi! |
| Íñigo: | Maintenant, je ne sers que le Christ-Roi. |
| Francisco: | Si j'avais été assez vieux pour prendre les armes au siège de Pampelune, nous aurions pu nous affronter l'un l'autre aux fortifications. |
| Íñigo: | Quel âge avais-tu alors? |
| Francisco: | Quinze ans. Et vous? |
| Íñigo: | Presque deux fois ton âge. |
| Francisco: | Et maintenant nous sommes face à face ici à Paris. |
| Íñigo: | Neuf ans plus tard. |
| Francisco: | Oui, vous et moi, ensemble enfin - mais encore loin l'un de l'autre! |
| Íñigo: | Comment cela? |
| Francisco: | Me voici avec ma détermination à devenir un homme de lettres et un Maître dans une grande université, et vous, avec votre projet insensé d'aller à Jérusalem pour conquérir les Maures! Pierre m'a parlé de vos plans! |
| Íñigo | Non pas conquérir par la force des armes - j'ai suspendu mon épée et ma lance il y a longtemps à l'Abbaye de Montserrat. |
| Francisco: | Alors comment? |
| Íñigo: | Je veux conquérir des âmes, non pas des pays étrangers ni des cités fortifiées. Et les conquérir par la seule épée de la Parole de Dieu ! |
| Francisco: | Je laisserais plutôt ce travail à un autre Francisco - Il Poverello d'Assise. Les Frères sont déjà en Terre Sainte, sans besoin de vous ni de moi. |
| Íñigo: | Vrai. Mais je suis allé à Jérusalem, et j'ai été rempli d'amour pour ses pierres même! |
| Francisco: | Psaume 102, verset 14. |
| Íñigo: | Tu connais les Écritures mieux que moi. Mais je parle du pays - du pays où Jésus a vécu et travaillé et marché. Ses pieds et ses mains ont sanctifié tout ce qu'il a touché. Vivre et travailler et mourir où il a vécu et où il est mort pour moi - est-ce que cela ne vous remplit pas du désir de faire de même? |
| Francisco: | C'est une vie pour les autres, non pour moi. Après avoir passé tant d'années à l'étude de la logique et de la rhétorique, de la philosophie et de la théologie, pour devenir un professeur, et puis tout jeter dehors pour la poursuite d'un saint Graal - voilà qui donne une claque à ces contes fabuleux et romantiques, n'est-ce pas? |
| Íñigo: | J'ai déjà aimé ces contes - j'ai vécu ces contes! |
| Francisco: | Vraiment? |
| Íñigo: | Toute ma vie a tourné autour d'un rêve de gestes héroïques pour gagner le cour d'une belle princesse - une vraie princesse! |
| Francisco: | Qui était-elle? |
| Íñigo: | Je ne révélerai pas son nom. Je dirai seulement qu'elle était jeune et très belle - la plus belle femme que j'aie eu le bonheur de regarder. |
| Francisco: | Bon, voilà! Un rêveur! Un amant idéaliste! Un chevalier à l'armure brillante! Comment est-ce que je peux vous prendre au sérieux? |
| Íñigo: | Tu as raison. Je fus un jour toutes ces choses. J'étais fou d'amour et d'honneur et de gloire. Moi aussi, j'avais d'autres plans. |
| Francisco: | Quelle sorte de plans? |
| Íñigo: | Au début, c'était simplement un désir d'accomplir un noble service. |
| Francisco: | C'est aussi mon désir. |
| Íñigo: | Oui, mais j'ai grandi comme un courtisan du Gran Contador de Castille, à Arévalo. J'étais entouré de nobles seigneurs et de dames. J'ai appris les manières raffinées et le langage élégant - un excellent castillan. J'ai appris à composer des vers en une fine écriture italique - ce dont j'étais fier de façon démesurée - et tout cela me préparait à servir à la cour royale. |
| Francisco: | Et c'était vraiment admirable! |
| Íñigo: | Je me suis aussi engagé dans des pratiques dont je n'étais pas si fier: j'ai joué et aux cartes et aux dés, j'ai couru les femmes et me suis battu en duel. Alors vint le siège de Pampelune, où, pour l'honneur de mon Roi, j'ai résisté aux Français. |
| Francisco: | Et au Roi de Navarre! |
| Íñigo: | Mais je n'ai pu éviter un boulet de canon qui m'a rendu boiteux. |
| Francisco: | Alors je vois. Je me demandais pourquoi vous portiez une seule alpargata - une seule stupide sandale à semelle de corde. |
| Íñigo: | Oui, une jambe est un peu plus courte que l'autre. J'ai souffert tout cela avec joie pour le Roi d'Aragon. Mais maintenant je sers un autre Roi qui a souffert beaucoup plus pour moi, et je m'efforce de le faire connaître, tout comme j'essaie de faire réparation pour ma vie passée. |
| Francisco: | Alors pourquoi êtes-vous venu à Paris? Pourquoi n'êtes-vous pas resté à Jérusalem, pour être près de votre Roi? |
| Íñigo: | Je suis allé à Jérusalem comme pèlerin, et j'aurais bien aimé y rester, mais ce ne me fut pas permis par ceux qui étaient en autorité. Depuis lors, mon pèlerinage m'a conduit à plusieurs endroits - même en prison l |
| Francisco: | Ah, oui! L'Inquisition vous suit, vous et vos plans! |
| Íñigo: | Je n'ai aucun plan. Je ne cherche qu'à gagner des âmes au Christ, à le faire mieux connaître et à le faire aimer davantage. |
| Francisco: | Et comment faites-vous cela? |
| Íñigo: | Au moyen de simples conversations - et à l'aide de ce que j'appelle les "e xercices spirituels ". |
| Francisco: | Exercices spirituels? Êtes-vous un alumbrado ? Un illuminatus ? Un charlatan charismatique? Un pieux imposteur qui vend des indulgences? Il n'est pas surprenant que l'Inquisition vous aie battu en prison! |
| Íñigo: | Non, je ne suis rien de toutes ces choses. Mais c'est pourquoi je suis venu à l'Université de Paris : pour acquérir assez de théologie pour qu'on me permette de parler aux gens ordinaires des questions spirituelles - au sujet de Dieu, du péché, et surtout au sujet de la prière. |
| Francisco: | Eh bien, mon ami, ce sont de belles aspirations, mais elles ne sont pas les miennes. Et je ne crois qu'elles soient celles de Pierre non plus. |
| Íñigo: | Pierre a accepté de faire mes e xercices spirituels quand il pourra trouver le temps de s'éloigner pour un mois. |
| Francisco: | Ainsi vous avez commencé à le gagner! |
| Íñigo: | C'est le Seigneur qui le gagne. Et il va te gagner tout autant, un jour, j'en suis sûr. |
| Francisco: | Nous allons voir ce que nous allons voir. |
| Íñigo: | Si nous devons nous quitter, que ce ne soit pas en ennemis. |
| Francisco: | Non, pas en ennemis, mais. pas tout à fait en amis. |
| Íñigo: | Pas encore des amis, peut-être, mais nous serons des amis - des amis dans le Seigneur. Dieu aille avec toi. |
| Francisco: | Et avec vous. |
(Comme Francisco quitte nous entendons Íñigo fredonnant la chanson latine familière.)
Hmm - mm - mm - mm - mm;
F3 C3 D3 C3 F2Hmm - mm - mm - mm - mm;
F3 E3 F3 G3 A3Hmm - mm - mm - mm - mm.
A3 G3 F3 E3 F3

