La collaboration jésuites-laïques

 

Manon Girard (Maison Dauphine pour les jeunes )

Bonjour. Tout d'abord, je tiens à vous remercier de m'inviter à parler de mon expérience comme laïque oeuvrant à l'intérieur d'une mission jésuite.

Je me présente: Manon Girard, coordonnatrice de l'intervention à la Maison Dauphine pour les jeunes - et je crois en Dieu ... Je suis très croyante mais pas tellement pratiquante; c'est pourquoi, il y a un peu plus de 9 ans, j'ai demandé à Dieu de me guider, de m'aider à trouver une façon de pratiquer ma religion... Une façon qui me ressemble. Il m'a conduit à la Maison Dauphine et ce fut le coup de foudre. Coup de foudre pour ces jeunes pleins de colère, de souffrances et de talents, des jeunes ayant un immense besoin d'être écoutés et aimés. Ça tombait bien, car de l'amour j'en avais à ne plus savoir à qui le donner. Coup de foudre aussi pour l'organisme, moi qui avais connu les centres d'accueil où je n'avais pas le droit d'être moi-même, où les règlements et les apparences étaient plus importants que le bien-être du jeune.

J'ai vraiment eu l'impression d'avoir trouvé ma place en arrivant à la Maison Dauphine... Je pouvais demeurer moi-même. Enfin un organisme où professionnalisme et amour de l'être humain vont de pair. J'avais le droit et même le devoir d'aimer ces jeunes (garçons et filles) qui en avaient tous besoin.

Dauphine, ce n'est pas pareil. Allez chez Pop's à Montréal qui est sensiblement le même genre d'organisme et on ne sent pas la même chaleur, la même humanité. Le père Pop's n'est plus là et ça se sent ... Dauphine a un coeur, Dauphine a une âme... Dieu y est présent et on sent sa présence. Dauphine est protégé, c'est évident elle est « pluggé » direct avec le grand boss en haut. Je sais pertinemment que nous n'arriverions pas au même résultat sans l'aide du ciel...; je suis convaincue que je ne suis pas toute seule... Dieu m'a démontré à plusieurs reprises qu'il était à mes côtés, qu'il m'aidait a aider mes jeunes, car seule je n'y arriverais pas... Je l'ai souvent appelé à l'aide et il a toujours répondu; et, lorsque je suis assaillie par le doute et le questionnement face au bien fondé de mon travail, à chaque fois, il m'a envoyé un(e) jeune pour me répondre et me réconforter, pour me donner la force de continuer.

De plus, ayant fait partie du groupe de communauté de vie de la Maison Dauphine, je me suis rapprochée de Dieu et j'ai tissé des liens plus significatifs avec des consoeurs et confrères de travail. Ça m'a fait énormément de bien, c'est bon de pouvoir partager et vivre sa spiritualité... Ça m'a aidé à surmonter une grosse épreuve car j'étais appuyée, supportée, je n'étais pas seule... Nous avons aussi prié ensemble et ça m'a permis de mieux passer au travers cet orage... Je ne suis pas sûre que je m'en serais sortie aussi forte sans le soutien des membres de mon groupe...

Dauphine est le seul emploi ou j'ai le droit d'aller me recueillir dans la chapelle sur les heures de travail, ou encore de venir travailler à pied et pouvoir prendre le temps de prier en marchant, avant de commencer ma journée. Ça aussi ça aide énormément car, étant toujours dans l'émotion, dans la souffrance, la violence et trop souvent dans l'impuissance, on a besoin de prendre des temps d'arrêt, de se ressourcer si on veut être capable de bien remplir notre mandat.

Dauphine c'est une mission... Il faut, je pense, avoir une âme missionnaire pour y être heureux. Le don de soi prend vraiment tout son sens... L'accueil inconditionnel, c'est extraordinaire comme philosophie mais ce n'est pas toujours facile à appliquer. De plus, les Jésuites sont loin d'être paresseux, donc on travaille très fort pour répondre le plus possible aux besoins des jeunes. C'est dur, c'est très exigeant car même si on est missionnaire dans l'âme, on ne l'est pas toujours dans la vie... On a une vie, en dehors du travail, des enfants, un conjoint etc. et il faut se garder de bonnes énergies pour s'en occuper... On se doit donc d'être très vigilant ... Car ça goûte bon le don de soi, on a le sentiment d'être vraiment utile, de faire une différence, de servir à quelque chose... C'est valorisant et c'est excellent pour l'estime de soi... Mais il faut apprendre à doser, à prendre soin de soi-même si on veut être capable de prendre soin des autres. Car c'est reconnu, l'intervention auprès de cette catégorie de clientèle, est un domaine où le burn-out est très fréquent.

Un autre avantage de travailler pour une mission jésuite, c'est de pouvoir côtoyer un prêtre à tous les jours. Comme on se voit au quotidien, c'est plus facile, on s'apprivoise et on n'a pas besoin de provoquer, de céduler nos discussions qui m'aident à continuer d'évoluer spirituellement. C'est important pour moi de pouvoir échanger sur l'Église, sur ma foi, et les valeurs humaines. De nos jours, les seuls moments où l'Église fait des pas vers nous, c'est pour nous demander de l'argent.

Bref, tout ça pour dire que travailler avec les Jésuites auprès des jeunes de la rue, c'est très exigeant mais vraiment très passionnant. Après un an de bénévolat et plus de 8 ans de travail, je suis toujours aussi amoureuse de mon travail, j'y suis très heureuse. Pas un jour ne se passe sans que quelqu'un me dise "je t'aime" ... je me trouve bénie de Dieu. La grosse différence entre la Dauphine et les autres organismes, c'est l'amour inconditionnel de l'être humain.... C'est aussi la où j'ai rencontré l'homme qui partage ma vie et avec qui j'ai eu deux merveilleuses filles. Merci Dauphine! .... Merci mon Dieu!.

Manon Girard

www.maisondauphine.org