La collaboration jésuites-laïques

 

Martin Couture (Mer et Monde)

Bonjour à vous tous et à vous toutes. Je ne m'étendrai pas sur la présentation du travail accompli depuis 20 ans avec des jésuites mais je tiens à rappeler que ce travail s'est réalisé et se réalise encore principalement avec des jeunes, des gens en recherche et majoritairement des non chrétiens.

Je considère que l'apport de jésuites se situe à plusieurs niveaux qui se peuvent se résumer ainsi :
-audace, radicalité;
-engagement, durée;
-partage de la spiritualité ignatienne.

Les organismes dans lesquels j'ai travaillé et dans lesquels je travaille encore ont été fondés par des jésuites. Il s'agit d'organismes allant à contre courant par rapport aux valeurs dominantes de la société québécoise ou nord-américaine: Salut, le Monde!, Mer et Monde, Centre Berthe-Rousseau. La fondation de ces organismes a nécessité des doses d'audace et un désir de vivre la radicalité évangélique. Les jésuites ont une tradition de radicalité; elle était là déjà au temps de Saint Ignace et cela s'est vérifié tout au long de l'histoire de la Compagnie de Jésus. Le monde est à changer, à rendre plus beau. Il faut être ouvert aux signes des temps et y répondre, être prêts à prendre le bateau et à le construire, s'il le faut. Cette audace, nourrie par l'Évangile et la spiritualité ignatienne, est très féconde. Sans cet enracinement, les organismes que je connais et dans lesquels j'évolue n'auraient jamais existé. Des centaines de jeunes québécois(es) ont été touchés par cet appel à la radicalité, même sans référence directe à l'Évangile ou à l'Église.

Le témoignage d'un engagement à long terme ou à vie est très riche pour tous ceux et celles qui ont le privilège de côtoyer la personne qui vit cet engagement. Dans une société où presque tout se vit à court terme, le témoignage au quotidien d'un(e) religieux(se) en général, ou d'un jésuite dans ce cas-ci, est très précieux et laisse entrevoir la possibilité de s'engager soi-même, dans une cause, dans le mariage, dans l'Église. L'engagement du jésuite dans sa communauté (et dans l'Église) rend la durée possible et donne à la durée une valeur positive. Il est possible de s'engager à vie, de rester fidèle aux valeurs généreuses de sa jeunesse; mais pour cela, on a besoin d'exemples, de savoir que c'est possible. La radicalité de l'engagement dans la vie religieuse dans le contexte du Québec d'aujourd'hui donne encore plus de poids au témoignage d'un jésuite.

La transmission de l'universalité de la spiritualité ignatienne reste un des grands défis des jésuites. Presque tous les jésuites partagent leur vie quotidienne avec des non-chrétiens qui ne connaissent pas les traditions de l'Église, qui ne s'identifient pas comme des priants. Une grande partie des jeunes sont néanmoins en recherche, au moins ceux engagés dans des organismes de solidarité. Ils ont soif d'absolu. Ils veulent changer le monde. Ils veulent s'engager et nourrir leur engagement. Ils veulent être heureux, être heureux en profondeur.

Il y a plusieurs chemins qui mènent à la découverte du bonheur, plusieurs traditions. La tradition ignatienne en est une; il ne faut pas se gêner pour la proposer. La démarche de discernement des Exercices spirituels est universelle et peut s'adapter tant à l'orientation des organismes qu'à la vie personnelle.

La plus grande gloire de Dieu coïncide avec notre plus grand bonheur. C'est une conviction personnelle que je considère en accord avec la spiritualité ignatienne. Notre plus grand bonheur ne peut pas se contenter des choix faciles et confortables. Il faut souvent opter pour des élections déchirantes mais elles sont source de vraie paix, de vrai bonheur. Si on peut difficilement parler de Dieu et de sa gloire, on peut proposer la notion d'un bonheur aussi grand que nos rêves, un bonheur qui nourrit nos engagements et qui se nourrit de choix radicaux.

Pour conclure, j'estime que les Jésuites doivent apprendre à être pleinement qui ils sont dans un monde qui a tellement besoin de témoins et d'acteurs audacieux. Les Jésuites ne sont pas appelés à travailler entre eux. Ils sont appelés à aller vers les autres, à leur proposer la richesse de leur formation, leur refus de la médiocrité, leur engagement à contre-courant et surtout leur nourriture (ce qui les fait vivre eux-mêmes). Je vous remercie.

Martin Couture - Centre Berthe-Rousseau

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