La collaboration jésuites-laïques

 

Louis-Martin Cloutier, s.j. (Collège Saint-Charles-Garnier)

1. Dans cet exposé, je vais traiter du sujet des relations entre les jésuites et les laïques à partir de mon expérience au Collège Saint-Charles-Garnier de Québec. C'est dans ce milieu que j'ai établi une bonne et une longue relation avec des laïques au travail. Ma plus grande expérience du travail. Mais, avant de commencer, je veux préciser que je regroupe dans la réalité des laïques autant les croyants que les non-croyants. Je veux dire aussi que j'ai collaboré dans une institution d'enseignement qui n'est pas une ouvre de la Compagnie de Jésus, mais qui a été fondée par les jésuites. Elle reste marquée par l'esprit de la Compagnie et elle lui fait une place dans son projet éducatif.

2. Voici qu'elle était ma situation au Collège. J'étais en régence, selon l'expression jésuite. J'apprenais à travailler comme jésuite. J'ai collaboré trois ans au Collège. J'ai ouvré spécialement auprès des élèves de première et de deuxième secondaire. Ma fonction était celle d'être leur tuteur. Mon devoir était d'aider les élèves à vivre harmonieusement avec les différentes composantes de la vie du Collège. Cela m'amenait à rencontrer des élèves qui éprouvaient des difficultés, soit d'ordre social, académique ou comportemental. J'étais en lien avec tous les membres du personnel: les enseignants, les surveillants, les secrétaires, les directeurs, les gens de l'entretien et les animateurs de divers services. Je rencontrais aussi quelques fois les parents d'élèves.

3. Tous les membres du personnel du Collège travaillaient ensemble dans le but d'aider les élèves à se développer dans tout leur être : corps, âme et esprit. Ce qui nous rassemblait tous était, à la base, le bien des élèves. Dans le Collège, nous témoignions de valeurs semblables comme le respect des personnes et de l'environnement, etc. J'étais un éducateur parmi les autres, mais un éducateur jésuite. Mon état de religieux jésuite me différenciait par rapport à la majorité laïque.

4. Les laïques comme les jésuites (Michel Lessard et moi) apportaient un témoignage de vie avec des accents différents et complémentaires. Je crois que nos différences, dû à notre état, nous ont enrichis dans la charité. J'ai vécu mes relations avec les laïques comme un échange de dons. Nous nous sommes aidés mutuellement les uns les autres.

5. Je suis encore très reconnaissant envers tous les éducateurs du Collège. J'ai beaucoup appris d'eux, en particulier, leur souci du bien des élèves. Ils manifestaient ce souci de multiples façons : que ce soit par un sourire à l'accueil le matin ou par des leçons d'appoint après les classes. J'étais émerveillé de voir ces diverses manières d'aider les élèves. Cela me rendait aussi conscient de mes propres limites, mais j'ai été bien soutenu par plusieurs personnes. Je n'ai pas perdu courage, et, en les fréquentant, j'ai pu développer ce talent que je considérais comme primordial dans l'exercice de mes fonctions au Collège et dans ma vocation dans la Compagnie de Jésus. Je crois que leur état d'hommes et de femmes mariés, pères et mères d'enfants, en font de bons modèles d'éducateurs (trices). Ils et elles ont l'expérience d'apporter mille et un soins à leurs propres enfants. C'est le témoignage le plus important que j'ai reçu des laïques du Collège.

6. Pour ma part, ce que j'ai apporté de particulier au Collège, c'est une certaine manière de rendre témoignage de l'Évangile : celle de la spiritualité ignatienne. Ce témoignage s'est souvent transmis par ma foi au Dieu de Jésus-Christ et par les trois voux de religion. Je me souviens d'avoir eu quelques bonnes discussions avec des adultes et des élèves. Avec les jeunes, les discussions commençaient par un interrogatoire en règle. Presque invariablement, ils me questionnaient ainsi :

  • « As-tu la télé? » « Peux-tu aller au cinéma » et autres questions du genre.
  • « Peux-tu avoir une blonde? » Et autres questions du genre.
  • Après, on me demandait : « pourquoi es-tu jésuite? »

Sans le savoir, ils m'interrogeaient sur les trois voux, de pauvreté, de chasteté et d'obéissance. Je crois que j'en ai fait réfléchir quelques-uns en leur disant que plusieurs de mes choix de vie venaient de mon attachement à Dieu. Parfois, je me sentais comme un agent provocateur face aux idéaux de notre société . quelques fois malgré moi. Aussi, parce que j'étais jésuite, je me sentais avoir un rôle de représentant de la foi, comme je me sentais le représentant des valeurs et des règles (!) prônées au Collège parce que j'y étais éducateur. On me posait des questions sur des positions morales de l'Église. J'étais plus à l'aise sur des questions concernant la prière, par exemple.

7. Après cette relecture de mon expérience, je voudrais dire, pour terminer, que la spiritualité ignatienne peut parfaitement nous unir, jésuites et laïques, par de solides liens d'amitié et d'échanges fraternels. Car, tous, nous pouvons servir ceux et celles qui sont dans le besoin pour la plus grande gloire de Dieu selon notre état et avec nos talents propres.

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