ALLOCUTION DU PROVINCIAL JÉSUITE DU CANADA FRANÇAIS ET D'HAÏTI

 

ALLOCUTION DU PROVINCIAL JÉSUITE DU CANADA FRANÇAIS ET D'HAÏTI, DANIEL LEBLOND LORS DU LANCEMENT DU « CHANTIER 2006 »,

le vendredi, 6 janvier 2006

Ceux d'entre vous qui me connaissent davantage savent que j'ai une affection toute particulière pour les mages. Depuis toujours, cette fête des mages a marqué ma propre existence et depuis quinze ans j'ouvre grand les portes de mon atelier pour que les gens viennent de partout, ce jour-là, qu'ils viennent célébrer cette fête des mages, cette fête de ceux et celles qui cherchent, fête de ceux qui sont en marche.

Dans ma vie personnelle, le symbolisme de ce récit, de cet événement, prend une couleur bien particulière. Il m'aide aussi à mieux comprendre l'humanité, notre aventure humaine. Derrière chaque être humain, se cache une étoile. Chacun, chacune d'entre vous, chacun, chacune des personnes que nous connaissons est habitée de cette étoile, de cette lumière qui nous fait vibrer profondément, qui nous fait chercher constamment, qui nous fait avancer, sans jamais vouloir nous arrêter. Cette étoile, elle est là, et elle fait de notre vie une quête. Que ce soit dans une quête profonde de connaissance, que ce soit par une quête profonde de justice, de paix, une quête de bonté, de partage, de tendresse et d'accueil, une quête de vérité, une quête de beauté, nos vies se transforment lorsque nous prenons conscience de cette étoile qui nous habite, tous et toutes, en une longue route, sur un long chemin, qui nous mène quelque part : sans savoir précisément où nous irons, nous savons que nous avançons. Au fond, cette quête profonde qui nous habite tous, qui habite tous les êtres humains, c'est la quête d'amour.

Dans le récit du voyage des mages, nous voyons ces hommes partir de très loin - c'est souvent notre cas aussi : nous partons de très loin dans nos vies - tout comme beaucoup de nos contemporains partent de très loin, mais ils sont saisis par cette étoile, cette lumière qui brille et ils suivent cette étoile qui est bien haute dans le ciel, qui est souvent loin de leur quotidien : ils suivent pourtant cette étoile. Et un jour - et c'est ce que le récit nous raconte, c'est ce qui est merveilleux - un jour, ils font une rencontre. Le récit des mages, c'est l'histoire d'une rencontre, de cette étoile, de cette lumière qui nous habite, avec La lumière, avec ce Dieu qui se révèle Lumière. Et nous ne pouvons pas découvrir cela par nous-mêmes. Nous pouvons chercher sans arrêt avec honnêteté, avec générosité, avec amour, mais c'est Dieu qui se révèle à nous et qui se révèle à nous comme étant la vraie lumière. Et tout comme cela est arrivé pour les mages, à partir de ce moment, notre cour prend une toute autre allure. Cette rencontre du Dieu qui est LA lumière, de Dieu qui est amour, vient transformer, vient véritablement changer en profondeur la quête de tous et de toutes. Voilà ce que cette belle page d'évangile nous raconte.

Vous savez, cette rencontre a transformée bien des vies depuis toujours. Et elle a transformé aussi l'histoire du monde, l'histoire de l'humanité qui, elle aussi, est toujours à la recherche de la lumière. La Compagnie de Jésus est née parce que des hommes ont fait cette rencontre. Des hommes qui étaient profondément en recherche, au cour de leur histoire, portant la quête de leur époque. Des hommes qui cherchaient et qui suivaient cette lumière qui s'était éveillée en eux, qui la cherchaient avant tout et en toute chose. Et ces hommes, Ignace de Loyola, François Xavier, Pierre Favre, dont nous soulignons cette année - pour Ignace le décès, pour François Xavier et Pierre Favre la naissance - ces hommes ont fait cette rencontre fondamentale, une rencontre qui a transfiguré leur quête, qui a transfiguré leur vie et qui a transfiguré aussi la nôtre. Tout comme eux, encore aujourd'hui, nous sommes appelés nous aussi à la rencontre de ce Dieu-lumière. Une humanité toujours en marche, une quête toujours vivante, une quête qui se fait souffrance, qui se fait errance : un grand chantier est devant nous et s'ouvre à nous. Un grand chantier de tous ces hommes et de toutes ces femmes qui cherchent, et qui cherchent souvent au-delà de leurs forces, qui cherchent la lumière, qui cherchent le bonheur, qui cherchent l'amour. Vous êtes tous impliqués dans cette quête, que vous soyez du monde de l'éducation, du monde de la spiritualité, du monde social, du monde artistique, toutes ces quêtes sont là, elles définissent notre monde, elles définissent notre humanité.

Quel est ce chantier auquel nous sommes invités depuis toujours et dans lequel nous continuerons de nous impliquer toujours? Ce chantier, c'est d'accompagner tous les chercheurs, de les accueillir tels qu'ils sont, de les aimer tels qu'ils sont. De les accueillir en accueillant l'expression de la quête qui est la leur, leurs mots, leur expérience : voilà notre défi, celui de la Compagnie et de la Province du Canada français et d'Haïti. Chercher, avec ceux et celles qui cherchent la lumière, les accueillir et avec eux avancer sur cette route d'humanité qui nous mène vers plus en plus de lumière, qui peut transformer le monde. La vraie question au cour de ce chantier ici au Québec, au Canada ou en Haïti, n'est pas de savoir si nous arriverons à accompagner toute cette recherche, cette quête. Oui, nous y arriverons. La vraie question, c'est de se demander si nous voulons véritablement nous remettre en question et véritablement accompagner tous ces hommes et toutes ces femmes qui constituent notre humanité. Une autre question importante, c'est de savoir si nous voulons le faire ensemble, nous tous qui sommes ici et tous ceux qui constituent aussi cette Province jésuite du Canada français et d'Haïti. Voulons-nous le faire ensemble? C'est-à-dire en accueillant nos différences, en accueillant nos différents charismes, nos sensibilités diverses, nos connaissances variées, en accueillant tout ce que nous avons reçu pour pouvoir le partager ensemble avec les autres. Est-ce que nous avons aussi cette attitude des mages qui est essentielle pour vivre la rencontre qui transforme notre quête, cette attitude de tout remettre dans les mains de l'enfant, de tout remettre dans les mains de Dieu, de s'agenouiller et de reconnaître que notre quête peut prendre un sens en autant qu'elle soit accompagnée par Dieu qui est lumière?

Oui, nous avons à ouvrer ensemble, nous avons à ouvrer dans cet esprit d'humilité, d'abandon, de disponibilité qu'ont eu les mages. Cet esprit qui nous fait espérer et reconnaître dans l'autre la présence de ce Dieu lumière qui peut nous faire avancer, ensemble. Les mages ont rencontré un Dieu bien particulier, un enfant, dans les bras de sa mère. Le Dieu de la fragilité. Et cette question reste toujours présente au cour de ce grand chantier qui est le nôtre. Quel est ce Dieu que nous cherchons? Quel est ce Dieu que nous désirons? Quel est ce Dieu que nous accueillons dans nos vies? Est-ce ce Dieu des fragilités, ce Dieu de l'Incarnation qui derrière tous nos actions, derrières toutes nos fragilités, derrière aussi nos forces, est présent et vivant. Pour nous, jésuites, vous le savez, nous sommes profondément convaincus que Dieu habite notre terre, notre matière, notre humanité. Dieu est vivant, il est vivant ici au Québec, il est vivant en Haïti, il est vivant au Canada. C'est à nous, au cour de nos quêtes, au cour de nos combats pour la justice, la paix, l'amour, la vérité, la beauté, c'est à nous de l'accueillir, de le laisser s'épanouir. Mais ce Dieu que nous rencontrons, que nous sommes appelés à fréquenter encore davantage, c'est un Dieu incarné, c'est un Dieu de la fragilité, c'est un Dieu qui est toujours présent dans ce que nous faisons, vivant, et il s'offre à nous pour la Parole. Sommes-nous capable comme groupe, comme Province, de vivre cette union profonde au Dieu de la fragilité? Ce Dieu qui est puissant parce qu'il aime. et l'amour rend fragile, parce que l'amour accueille l'autre. Ce Dieu que nous rencontrons, il peut tout parce qu'il aime et qu'il est au coeur de nos fragilités, au cour de notre quotidien, au cour de chacune de nos vies mais aussi de chacune des vies de ceux et celles que nous accompagnons aujourd'hui. Amen.