L'enveloppe - Ce travail n'est pas scientifique . Il s'efforce pourtant d'être cohérent avec les acquis des diverses sciences bibliques . Le langage s'inspire en partie de la Bible Chouraqui1. Nous nous excusons de ne pas suivre tous les raffinements de l' écriture traduite qu'André Chouraqui promeut. Car, n'étant pas scientifique, notre travail se permet des libertés même linguistiques au service de la création littéraire.

Le contenu - Il s'agit de textes qui tentent de recréer les expériences que des hommes et des femmes ont vécues au long de chemins historiques difficiles, souvent transfigurés par la foi. La Bible, jointe à des savoirs bibliques complémentaires, nous en apprend assez sur ces personnes pour nous permettre de revivre et savourer l'aventure de leur vie. En ce sens, il s'agit d'une transcription littéraire d'expériences que l'anthropologie biblique phénoménologique nous a permis d'approcher et d'admirer.


Nos contes se présentent en pièces détachées - expression empruntée au dramaturge québécois Michel Tremblay. Ce qui veut dire, dans ce cas-ci, que chaque conte doit se suffire en lui-même, sans devoir référer à un conte antérieur ou à venir. En d'autres mots, chaque conte contient les données suffisantes pour être intelligible et complet: comme s'il était le seul à exister! C'est pourquoi, lorsqu'il s'agit de mêmes personnages ou de mêmes circonstances, d'un conte à l'autre, on trouvera certaines répétitions d'informations que nous tentons toutefois de formuler un peu différemment. C'est aussi pourquoi - et cela peut dérouter à première vue - nous ne suivons pas l'ordre chronologique correspondant aux personnages et événements évoqués: partant normalement du plus lointain, dans l'Ancien Testament, pour aboutir au plus récent dans le Nouveau. Chaque conte est indépendant et constitue un tout en soi.


Voici, brièvement, le long "conte de mes contes". Entre 1965 et 1970, j'eus à relever un défi de taille: enseigner la religion (en cours obligatoire, s'il vous plaît!) à des étudiants de 18 ans qui n'en voulaient pas. Après des tâtonnements inévitables et des apprivoisements long à réaliser, jaillit en moi l'intuition de présenter une anthropologie "phénoménologique" ( versus " thématique") de l'expérience religieuse et culturelle du peuple de la Bible. Ce fut, inopinément pour moi, le début d'une longue incursion dans les savoirs bibliques, et celui d'une lecture renouvelée de la Bible - incursion et relecture qui durent encore au moment où j'écris ces lignes...

Durant plus de trente ans, j'ai inventorié la trame historique de l'expérience exceptionnelle des personnages bibliques. À même mon cheminement de vie, à même les expériences courantes de mon travail et de ses surcharges, un fruit mûrissait en moi que je ne soupçonnais pas. Au bout de ces années de gestation, j'ai compris le grand conte de mes contes. En effet, en terminant la préparation d'une nouvelle édition - à publier en espagnol - des notes d'anthropologie déjà publiées dans un Supplément des Cahiers de spiritualité ignatienne (nº 37)2, les personnages étudiés commencèrent à vivre en moi, à parler, à poser des questions, à évoluer dans leur expérience intime, à se rencontrer et à dialoguer entre eux. J'ai vu les hauts et les bas d'un peuple au destin mystérieux. J'ai vu les souffrances, les cicatrices, les espérances tenaces ou renouvelées des individus et des groupes. J'ai vu beaucoup de personnages dans le cours trépidant de leur vie. C'étaient Jean et Jésus, adolescents, qui se colletaient entre eux et qui suspendaient leurs jeux pour partager leur inquiétude devant l'avenir qui les interrogeait. J'ai vu la fière allure de la belle Rébecca qui organisait tout selon ses intuitions, sans savoir qu'elle avait des intuitions prophétiques, créatrices d'histoire. J'ai vu Joseph et Marie rêver d'un rêve incomparable qu'ils ont mis en commun, un jour, celui de témoigner de Dieu dans l'histoire sacrée d'Israël. J'ai vu le petit roi Josias, issu du gouffre des corruptions royales, parler d'amour à son peuple fatigué. J'ai vu Josué, tellement sûr de Dieu qu'il était prêt à l'impossible pour réaliser le rêve du chef Moïse. J'ai vu le jeune Marc, à peine ado, qui courait sautillant d'un pied sur l'autre en suivant partout le groupe des disciples; il avait tellement l'air insouciant que l'on ne souciait pas de lui, alors qu'il enregistrait tout dans sa mémoire curieuse. Au terme, j'ai vu Jésus qui réalise les "promesses"' de la longue suite des siècles. Et Paul, le ravi en Dieu, en constante prière, qui transmet une intelligence exceptionnelle du mystère de l'Israël de Dieu ; un mystère dont il voit la réalisation se profiler toute large dans le monde de son temps et sur le vaste horizon des peuples accueillis en Jésus de Nazareth. Et cela a donné mes contes bibliques.

Lecteurs et lectrices, puissent ces "contes bibliques" vous aider à goûter et expérimenter ce que la Bible nous transmet du vécu de ses personnages exceptionnels .

 

1 La traduction française de la Bible (Ancien et Nouveau Testament), par André Chouraqui, a été éditée en un volume format poche, en 1995 (2,432 pages).

2 L'édition québécoise des notes d'anthropologie biblique titre " Chemins de Dieu en terres humaines", et l'édition espagnole, révisée et amplifiée, s'intitule "La formación de un pueblo y de su cultura en torno a una experiencia religiosa".