| Devant la montée de la violence dans le pays, expression de la révolte de tant de gens qui souffrent de la faim à cause de la montée vertigineuse des prix, les jésuites qui vivent en Haïti ont préparé le communiqué suivant: |
La voix des Jésuites d'Haïti
Nous, Jésuites qui travaillons en Haïti dans divers domaines, nous sommes témoins du drame quotidien que vivent des millions de nos frères et sœurs haïtiens. Comme Yahvé dans le désert, nous voyons la misère de notre peuple et nous entendons ses cris : « Je suis Yahvé, ton Dieu. J'ai vu ta misère et entendu ton cri. Je connais tes angoisses. C'est la vie que je veux pour toi, et non la mort. Mais qui envoyer pour te libérer ? Dans le passé, Moïse a été mon messager pour libérer mon peuple et le sortir de l'esclavage d'Égypte. En mon Nom, il l'avait conduit dans une terre qui ruisselle de lait et de miel (Ex 3,7-12) ».
La misère de notre peuple aujourd'hui ce sont :
- Ces millions d'Haïtiens et d'Haïtiennes qui sont victimes de la hausse vertigineuse et incessante des prix des produits de première nécessité et qui sont incapables de subvenir à leurs besoins les plus essentiels, même la nourriture
- La baisse de la production nationale dans tous les secteurs de l'économie qui conduit à la famine et au dénuement le plus total
- La paupérisation honteuse et insupportable de nos populations urbaines et rurales
- La montée de l'insécurité, spécialement la réapparition en force du phénomène du kidnapping et le désespoir des jeunes
- Notre nation qui est plongée dans la honte et la désespérance avec sa souveraineté foulée aux pieds et la majeure partie de sa population qui vit dans des conditions inhumaines
La misère de notre peuple aujourd'hui ce sont également :
- L'incapacité totale de la majorité de nos gouvernants à faire face aux problèmes fondamentaux de la société
- L'absence totale d'une opposition politique constructive, susceptible de contrôler et de stimuler l'action gouvernementale au bénéfice de la nation
- L'annihilation totale de la fonction politique du Parlement au moyen de procédés malhonnêtes tels que les pots de vin, la corruption etc.
- L'irresponsabilité de la communauté internationale, notamment des pays dits amis d'Haïti, des institutions financières internationales ( la Banque mondiale, le Fonds Monétaire International, la Banque Interaméricaine de Développement etc.), qui n'ont pas tenu leur promesse vis-à-vis d'Haïti, assistant cyniquement à la descente aux enfers de la société haïtienne.
Le peuple haïtien, peuple courageux, s'il en est, n'en peut plus cette fois-ci. Tenaillé par la misère, il crie. Son cri devient appel.
Le cri du peuple aujourd'hui ce sont :
- Ces milliers de jeunes qui gagent les rues pour dire qu'il n'en peuvent plus et qui exigent des responsables politiques qu'ils assument leur responsabilité
- Ces millions de chômeurs, tenaillés par la faim, qui crient leur colère à travers les rues de Port-au-Prince et des villes de province.
- Ces pères et mères de famille qui passent plusieurs jours sans pouvoir se nourrir et qui sont en train de crier leur misère dans les manifestations de rue etc.
- Ces enfants décharnés des bidonvilles et des campagnes qui crient chaque jour parce qu'ils ne trouvent rien à manger et qui sont sans avenir
Appelle, crie, ne baisse jamais les bras, ô toi, peuple, courage ! C'est à toi de m'aider à t'aider. Avec toi je peux faire beaucoup. Sans toi je ne réussirai pas. Tu as besoin de moi, je le sais. Je suis ton Allié irremplaçable. Mais j'ai aussi besoin de toi, de tes cris, de ton unité, de ton expérience de peuple souffrant, de ton courage. Allons, travaillons ensemble. La victoire sera de notre côté car nous luttons pour une cause juste. Tu connais mon nom : JE SUIS LE DIEU DE LA VIE ET NON DE LA MORT. Tu connais mon Projet. Jésus de Nazareth l'a bien exprimé dans le Quatrième Évangile: « Moi, je suis venu pour qu'on ait la vie et qu'on l'ait surabondante » (Jn 10,10)
Nous sommes fortement interpellés par cette situation intolérable et révoltante qui menace de faire sombrer notre pays dans de nouveaux drames; nous nous sentons profondément unis à ce peuple souffrant et sincèrement solidaires de ceux qui sont les plus victimes. C'est pourquoi, au nom de notre foi chrétienne et de notre engagement comme religieux jésuite, nous exhortons avec force:
Les responsables politiques :
-Le Président de la République à prendre rapidement les décisions politiques qui s'imposent pour rétablir la confiance et la paix;à engager une réforme en profondeur des institutions publiques pour mettre enfin le pays sur la voie du développement
- Les Hauts responsables de l'Etat (Premier Ministre, Ministres, Secrétaires d'Etat et Directeurs généraux, les Sénateurs, les Députés etc.) sur le court terme , à élaborer et à mettre en œuvre, dans le plus bref délai, un programme d'urgence (réel et efficace) pour alléger les souffrances de la population, sur le long terme à utiliser les ressources intellectuelles et les savoir faire tant nationaux qu'étrangers en vue d'élaborer et de mettre en œuvre un vrai plan de développement national.
Les partis et organisations politiques à assumer leur responsabilité de critique et de contrôle de l'action gouvernementale, à aider dans la recherche de solutions adaptées au drame que vit notre société, à participer effectivement à la réforme de l'Etat pour sortir enfin notre pays de la honte et du marasme.
Les commerçants, les industriels, les importateurs, les banquiers et autres forces vives de la nation à apporter leur contribution à l'allégement des souffrances de nos concitoyens (concitoyennes), à prendre conscience de la nécessité d'œuvrer ensemble pour aider Haïti à se mettre debout.
Toutes les composantes de la société civile : cadres religieux, éducateurs, étudiants, responsables et membres d'associations, syndicalistes et ouvriers, artisans, petits commerçants, agriculteurs etc. à nous mettre debout, à chercher ensemble les solutions aux problèmes de notre peuple.
La communauté internationale, notamment les pays dits amis d'Haïti, les institutions financières internationales etc. à respecter leurs engagements vis-à-vis d'Haïti, notamment leurs nombreuses promesses de coopération et à aider effectivement le pays à sortir de ce bourbier.
O Peuple haïtien ! Continue d'appeler, de crier et de convoquer ceux et celles que tu avais choisis pour te servir. Ta force sera la non-violence organisée et soutenue. La violence n'est jamais efficace. Tu m'appelles. Oui, je serai avec toi et en toi par la puissance de mon Esprit.
Pour les Jésuites d'Haïti :
P. Pérard Monestime, sj
P. Derino Sainfariste sj
P. Kawas François, sj
P. André Charbonneau,sj
P. Miller Lamothe, sj
P. Claude Souffrant, sj
P. Ramiro Pampols, sj
P. Kénel Sénatus, sj
P. Gilles Beauchemin, sj
P. Gontrand Décoste sj
Frère Mathurin Charlot sj
Thomas Dabady, sj
P. Godefroy Midy sj
A envoyer :
Aux médias de la capitale et des provinces (radio, journaux, presse électronique)
Aux grandes agences de presse internationales (AFP, Reuters etc.)
Aux ong's et organisations de défenses des droits humains
Aux agances de l'Eglise catholique (CEH, CHR etc.)
Aux médias dominicains
A la CPAL (voir les adresses de la CPAL etc.)
Dans cette section, qui sera augmentée peu à peu au cours de l'année 2008, on trouvera
- des documents sur l'histoire de la présence jésuite en Haïti
- des nouvelles de la vie de la Compagnie de Jésus dans ce pays
- les archives des pages web consacrées à des événements jésuites en Haïti
- une galerie de photos
En guise d'introduction
Quelques photos de la vie jésuite en Haïti :
L'histoire de la Compagnie de Jésus en Haïti :
une histoire brève, mais mouvementée
(par Kawas François, S.J.)
L'aventure historique des hommes de saint Ignace de Loyola (les Jésuites) sur la terre haïtienne est passionnante. Elle est marquée par deux courtes périodes d'intenses activités apostoliques, terminée chacune par une expulsion. La période (1704-1763) des Jésuites français, dans le nord d'Haïti, jadis colonie française de Saint-Domingue jusqu'en janvier 1804) et celle des Jésuites du Canada français (1953-1964). Leur rétablissement dans ce pays est donc récent, seulement à la fin du siècle dernier, plus précisément en 1986. Une nouvelle aventure apostolique vient donc de commencer
I.- Les Jésuites français à Saint-Domingue au XVIlle siècle Uuillet 1704novembre 1763)
Une Lettre Patente du roi de France, Louis XIV, en date du 29 novembre 1704, autorisa les Jésuites français à remplacer les Capucins dans le nord d'Haïti, alors colonie française de Saint-Domingue. Le premier Jésuite français, le Père Jean Girard, S.J., arriva au Cap-Français (aujourd'hui Cap-Haïtien et deuxième ville d'Haïti), le 18 juillet 1704. Il sera suivi quelques semaines plus tard, le 24 août 1704 par le Père Jean-Baptiste Le Pers, S.J., de la Province de Flandres. Quatre autres Jésuites viendront se joindre à eux en 1705: les P.P. Olivier, Le Breton, Laval et Boutin. En 1706, il y avait donc 6 Jésuites dans le nord. Ce nombre allait augmenter progressivement; 11 en 1710, 12 en 1711, 16 en 1721, 18 en 1728, 16 en 1746, 14 en 1753, 17 en 1755 et 12 en 1758. Ils étaient au nombre de 8 au moment de leur expulsion de la colonie, le 24 novembre 1763.
Les Jésuites exerçaient des ministères d'une très grande variété avec une forte présence auprès des esclaves noirs. La pastorale auprès de ces derniers, spécialement l'institution de la «Cure des Nègres », connut un essor extraordinaire. Les Jésuites ont fondé plus d'une douzaine de paroisses, presque la totalité des principales paroisses de l'actuel archidiocèse du Cap-Haïtien et du diocèse de Fort-Liberté: Plaisance, Limbé, Trou du Nord, Dondon, Limonade, Quartier-Morin, Terrier-Rouge, Gros-Morne, Fort-Liberté etc. Un grand nombre d'églises a donc été réaménagé et construit dans les anciennes paroisses héritées des Capucins et dans les nouvelles qu'ils avaient fondées. Le Père Pierre-Louis Boutin construisit l'église du Cap -la première construite en maçonnerie dans cette ville; elle fut inaugurée le 22 décembre 1718. Les Jésuites s'adonnaient également à la pastorale de la santé. Dès le début, le Père Boutin construisit un hôpital au Cap qui portait d'ailleurs son nom « l'Hôpital Boutin ». Certains, dont le Père Jean-Baptiste Le Pers, S.J., pratiquaient la recherche en Histoire et en Botanique. En effet, ce furent ses Mémoires qui avaient servi de source principale au P. François Xavier de Charlevoix, S.J., pour son ouvrage en deux tomes intitulé Histoire de lIsle de Saint-Domingue, le premier livre d'histoire d'Haïti.
Vers la fin de la première moitié du XVIlle siècle, les conflits entre les Jésuites et le pouvoir politique colonial allaient être de plus en plus nombreux. Une Ordonnance du roi de France en date du 21 juillet 1763, suivie par l'Arrêt définitif du Conseil Supérieur du Cap-Français, le 24 novembre 1763, ordonnèrent l'expulsion de tous les jésuites de la colonie de Saint-Domingue. Cette décision arriva donc 10 ans avant la suppression générale de l'Ordre des Jésuites par le Bref Dominus ac Redentor du Pape Clément XIV, le 16 aoùt 1773, sous la pression des États colonialistes européens.
L'historien français Charles Frostin résume, de la manière suivante, les principaux griefs mis de l'avant par les autorités politiques pour justifier l'expulsion des Jésuites: « On leur reproche de prêcher et d'attrouper Les Nègres et d'obliger en même temps les planteurs à retarder la marche des travaux; de pousser les Nègres et négresses vivant concubinement à se marier légitimement, ce qui ôte au maître la faculté de diviser les esclaves, nuit au droit de propriété et compromet la soumission nécessaire; d'instruire de la religion des Noirs hors de la présence des Blancs et de les instruire très particulièrement en leur révélant le sublime de leur être, la majesté de l'homme et ses espérances, au risque d'éveiller chez eux des idées subversives d'égalité. On va même jusqu'à incriminer certains jésuites de favoriser le marronnage et de protéger des esclaves coupables d'empoisonnement. Mais surtout ces moines orgueilleux sont accusés de vouloir ruiner l'autorité domestique des maîtres sur les esclaves pour substituer Leur domination personnelle en cherchant à organiser les Nègres en un corps de fidèles distincts avec ses propres chantres, bedeaux et marguilliers élus, et avec ses propres catéchistes, hommes de confiance chargés de relayer l'action missionnaire. En effet, s'attaquer à l'autorité domestique, entendue l'autorité sans partage du maître sur l'esclave, principe sacré aux yeux des propriétaires qui voient en lui le plus sûr garant de l'ordre esclavagiste. C'est bien là le grief majeur, maintes fois formulé contre la mission jésuite depuis son installation dans le Nord de la Colonie en 1704 ».
II.- Le retour des Jésuites en Haïti au milieu du XXe siècle (septembre 1953) et leur expulsion par le Président François Duvalier, le 12 février 1964.
Il a fallu attendre environ deux siècles (1763-1953) pour voir, après plusieurs tentatives sans succès, le retour des Jésuites en Haïti. Cette fois-ci, ce furent les Jésuites de la Province du Canada français qui prirent le relais, sur la demande du Pape Pie XII et sous le Généralat du Père Jean-Baptiste Jansens, S.J. Ils arrivèrent à Port-au-Prince, dans l'archidiocèse de Port-au-Prince, en septembre 1953. Comme pour la période coloniale, leur travail pastoral allait être fort diversifié: formation des prêtres au Grand-Séminaire Notre Dame, alphabétisation et formation civique par la radio, Exercices spirituels, ministère paroissial etc.
Durant leur bref séjour à la tête du Grand Séminaire.interdiocésain de Port-au-Prince, le nombre de prêtres haïtiens, est passé de 54 à 101. En 1959, ils fondèrent à Port-au-Prince dans le quartier de Haut Turgeau, la Villa Manrèse, une splendide et spacieuse maison de retraite fermée. En 4 ans, de 1959 à février 1964, les Jésuites y ont donné des retraites à plus de 12.000 personnes (prêtres, religieux, religieuses, étudiants, professionnels, militaires, cadres d'associations de l'Eglise catholique etc.), soit une moyenne de 3000 par an et 250 par mois. Ce fut dans cette maison, qu'ils fondèrent en 1961 la Radio Manrèse et ses écoles radiophoniques destinées à l'éducation dans les domaines de l'alphabétisation, la santé, l'engagement social etc. Des milliers d'appareils récepteurs à transistors ont été distribués dans les secteurs pauvres de la population. Ils prendront également en 1956, sur la demande de Mgr Albert François Cousineau, évêque du diocèse du Cap-Haïtien d'alors, la responsabilité de la petite paroisse de Quartier-Morin, située dans le nord, à quelques kilomètres à l'est de la ville du Cap-Haïtien. Ils y ont réaménagé le presbytère et construit une école primaire au bénéfice de plusieurs centaines d'enfants.
Par un décret en date du 12 février 1964, le gouvernement de François Duvalier expulsa les 18 Jésuites canadiens qui travaillaient en Haïti. Le dictateur leur reprocha de ne pas respecter les institutions haïtiennes et les autorités établies, de jeter par leur comportement le trouble et la confusion dans le pays, d'attenter à l'honneur du Gouvernement et du Peuple d'Haïti, de discréditer le pays à l'étranger et de mener une vaste opération de subversion contre son gouvernement. En réalité, cette action politique de Duvalier à l'encontre des Jésuites se situait dans le cadre d'un plan de contrôle de toutes les institutions du pays, notamment de l'Eglise catholique, pour asseoir les bases de sa dictature qui allait durer d'ailleurs plus de trente ans.
Après la chute de Jean-Claude Duvalier, le 7 février 1986, un décret du Conseil National de Gouvernement (CNG), datée du 31 mars 1986, rétablit la Compagnie de Jésus en Haïti. Aujourd'hui plus d'une dizaine de Jésuites -Haïtiens et Canadiens travaillent dans des domaines divers, tels que la recherche et la réflexion sociales, l'enseignement universitaire, les Exercices Spirituels, l'accompagnement des paysans, le service aux réfugiés haïtiens sur la Frontière entre Haïti et la République Dominicaine. A la suite de Jésus Christ, crucifié pour la libération de l'homme et sur les pas dIgnace de Loyola, leur fondateur, les Jésuites sont en train d'écrire lentement aujourd'hui une nouvelle page de leur histoire sur la terre d'Haïti.
BREVE INFORMATIONS SUR LES JESUITES EN HAÏTI
LA COMPAGNIE DE JESUS (JESUITES) EST UN ORDRE RELIGIEUX DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE ROMAINE, FONDE PAR L'ESPAGNOL IGNACE DE LOYOLA A ROME EN 1540.
| date |
EVENEMENTS |
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| Juillet 1704 |
Arrivée des Jésuites français dans le nord de Saint-Domingue sur la demande du Roi Louis XIV.
Expulsion des Jésuites de la colonie de Saint-Domingue par les autorités politiques coloniales |
| 24 Novembre 1763 |
- raison officielle: trop grand engagement en faveur de la cause des esclaves. Danger pour la sécurité intérieure de la colonie. |
| Septembre 1953 |
Retour des Jésuites en Haïti sous le Gouvernement du Général Paul E. Magloire. Cette fois-ci, ce furent les Jésuites du Canada français (Québec) |
| Octobre 1953 |
Les Jésuites prennent la direction du Grand Séminaire
Interdiocésain Notre Dame à Port-au-Prince, pour la formation des prêtres haïtiens. |
| 1956 |
Les Jésuites retournent dans le Nord. Ils assurent l'animation pastorale de la paroisse de Quartier-Morin, dans le Diocèse du Cap-Haïtien. |
| 21 novembre 1958 |
Convention signée à Port-au-Prince entre l'Etat haïtien et les Jésuites |
| Octobre 1959 |
Inauguration de la Villa Manrèse dans le Quartier de HautTurgeau, Port-au-Prince. |
| 1961 |
Inauguration de la « Radio Manrèse » à la Villa Manrèse, Portau-Prince |
| 12 février 1964 |
Expulsion des Jésuites Canadiens d'Haïti par François Duvalier |
| 1972 |
- raison officielle : les Jésuites trament un complot pour renverser le gouvernement de François Duvalier
Les Jésuites commencent à entrer en Haïti de façon clandestine (sans reconnaissance officielle de lEtat) comme professeurs au Grand Séminaire Notre Dame de Port-auPrince : Fritz Wolff, Godefroy Midy, Paul Lachance, Luigi D'Appolonia, Mathurin Charlot etc. |
| 31 mars 1986 |
Le Conseil National de Gouvernement annule le décret d'expulsion du 12 février 1964 de François Duvalier et rétablit la Convention du 21 novembre 1958 entre les Jésuites et l'Etat haïtien. |
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Sur l'histoire plus contemporaine et en particulier sur la présence jésuite depuis leur retour en 1986, on lire l'article suivant, préparé par les pères Bernard Bélair et Gilles Chaussé.
Aujourd'hui les Jésuites d'Haïti sont au nombre d'environ 35 dont 2 frères et une quinzaine de prêtres ordonnés. Les autres sont aux études, en préparation pour l'ordination ou sont novices.
Ils sont engagés dans diverses activités: la recherche et la réflexion sociales l'enseignement secondaire et universitaire l'accompagnement spirituel (retraite basée sur les Exercices Spirituels de Saint Ignace) l'accompagnement des paysans dans le domaine du développement communautaire, l'appui aux réfugiés et aux rapatriés Haïtiens sur la Frontière haïtiano-dominicaine (Ouanaminthe). Quelques-uns sont aux études à l'étranger.
HISTOIRE récente -
la présence actuelle des jésuites en Haïti depuis leur retour
LA COMPAGNIE DE JÉSUS EN HAÏTI
1986 à 2008
par Bernard Bélair, S.J.
et Gilles Chaussé, S.J.
LA PÉRIODE DE 1986 A 1993
Le 7 février 1986, le dictateur Jean-Claude Duvalier et sa famille prenaient le chemin de l'exil. Dans les semaines qui suivirent ce départ, la Conférence épiscopale Haïtienne et le Nonce Apostolique intervinrent auprès du Conseil nationalonal de Gouvernement afin que le décret d'expulsion des Jésuites soit levé et que la Compagnie soit rétablie officiellement en Haïti en accord avec les termes de la convention signée le 21 novembre 1958 entre l'État haïtien et la Compagnie de Jésus. Le Conseil National de Gouvernement répondit rapidement à cette demande. Dès le mois de mars, un décret gouvernemental rétablissait la Compagnie et remettait en vigueur la convention de 1958.
En septembre 1987, le P. Jean-Guy Bilodeau fut le premier jésuite canadien à entrer officiellement en Haïti. Le P. Bilodeau était alors nommé directeur spirituel des séminaristes au Grand Séminaire de théologie de Turgeau (Port-au-Prince). Le 26 février 1988, le P. Bilodeau se vit confier la charge de supérieur des Jésuites en Haïti remplaçant le P. Fritz Wolff qui avait exercé cette fonction durant la période de semi-clandestinité de la Compagnie en Haïti. En effet, le Président Jean-Claude Duvalier avait toléré la présence de quelques jésuites haïtiens ouvrant au Grand-Séminaire, les Pères Fritz Wolff et Godefroy Midy , de même que le F. Mathurin Charlot qui travaillait avec les paysans de son village de Dulagon. En 1987, une petite communauté jésuite établit une résidence sise rue Faustin 1 er . Cette communauté comprenait un jeune prêtre jésuite haïtien nouvellement ordonné et deux régents, un Belge et un Haïtien. Ces trois jésuites enseignaient la philosophie au Séminaire de philosophie situé à Cazeau, en banlieue de Port-au-Prince. Cette expérience communautaire fut de courte durée puisque ses trois membres quittèrent la Compagnie durant les deux années qui suivirent. À la même époque, peu après la levée du décret d'expulsion, le P. Claude Souffrant, jésuite haïtien, rentrait au pays pour y enseigner la sociologie à la faculté d'ethnologie de l'Université d'État d'Haïti.
Dès son entrée en fonction comme nouveau supérieur, le 26 février 1988, le P. Bilodeau se mit en ouvre de chercher une maison en vue d'y établir une communauté jésuite. Mais, la situation politique ponctuée par quelques coups d'état et l'absence de renforts venant du Canada fit en sorte que le supérieur dut attendre l'année 1990 pour acheter une maison dont la construction n'était pas encore achevée, maison située au 95 route du Canapé-Vert à Port-au-Prince. En septembre 1991, deux jésuites canadiens, le P. Bernard Bélair et le F. Rémi Laforest rejoignirent le P. Bilodeau en Haïti. Le premier, en tant qu'accompagnateur spirituel au Grand-Séminaire et le second comme ministre de la communauté et responsable de l'achèvement de la construction de la maison acquise en 1990 et de son aménagement. Mais, le 30 septembre 1991, le coup d'état du Général Cédras et l'embargo décrété par la communauté internationale, à la suite de ce coup, les travaux d'aménagement de la maison furent considérablement retardés et la communauté put finalement s'installer dans la maison le premier octobre 1992. Pendant cette période d'attente, les jésuites résidèrent à notre ancienne Villa Manrèse tenue par les Clercs de Saint-Viateur. La communauté de cette résidence se composait de sept personnes, trois Canadiens et quatre Haïtiens dont deux candidats à la Compagnie et deux régents. La situation politique du pays invitait la Compagnie à la prudence mais chacun put exercer l'apostolat qui lui était confié. En janvier 1993, le P. Provincial Jean Bellefeuille, lors de sa visite, forma un comité de réflexion préparatoire en vue d'états généraux des jésuites d'Haïti prévus pour septembre 1993. Ce comité avait pour but de préparer des pistes de réflexions visant à la formulation d'un projet apostolique de la Compagnie en Haïti. Ce comité était formé des PP. Bernard Bélair, Jean-Marie Louis et Fritz Wolff.
LA PÉRIODE DE 1993 A 1998
Au début de septembre 1993, tous les jésuites travaillant en Haïti, de même que les scolastiques haïtiens qui étudiaient au Mexique se réunirent avec le P. Provincial, Jean Bellefeuille pour une session de trois jours de discernement, en vue de mettre sur pied un projet apostolique pour Haïti. À la fin de cette session émergea le plan apostolique suivant :
1- La fondation d'un centre multidisciplinaire : le Centre Pedro-Arrupe. Ce centre comprendra trois sections : a) Groupe d'Appui au Développement Rural, b) Spiritualité et Théologie, c) Sociologie.
2- D'ici dix ans, étudier la possibilité de fonder une université jésuite en Haïti.
Dés 1993, la section de Développement Rural établit ses bureaux à Delmas, constitua une équipe composée de laïcs et de jésuites dont un agronome. L'équipe se mit à l'oeuvre rapidement et aida des groupes paysans à préparer et à présenter de petits projets de développement qui furent ensuite financés par l'organisme allemand Misereor. Depuis 1993, de nombreux petits projets furent réalisés, des sessions de formations ainsi que le suivi des projets font aussi parti des buts de cette section du Centre Pedro-Arrupe.
La section Spiritualité et Théologie débuta ses activités en octobre 1995 dans des locaux loués à la Villa Manrèse. L'aménagement des bureaux, mobiliers, ordinateurs, photocopieuse furent entièrement défrayés grâce à un don de la Conférence Épiscopale des États-Unis d'Amérique. Cette section offre trois sessions intensives par année sur les sujets suivants : Exercices Spirituels de Saint Ignace faits dans la vie courante, l'Écriture sainte, la Christologie, l'Ecclésiologie, Service de la foi et promotion de la justice dans le contexte haïtien, la prière selon la méthode de De Mello, la spiritualité de Jean de la Croix, etc. La section offre aussi des récollections mensuelles, des retraites individuelles ou collectives et des cours sur le Credo et les Sacrements destinés aux candidats et candidates à la vie religieuse. Cette section publie une revue, le Bulletin de Liaison, qui paraît quatre fois par année.
La section Sociologie a commencé ses activités en octobre 1996 dans des bureaux loués à Delmas, en banlieue de Port-au-Prince. Il s'agit pour le moment d'un centre de documentation et de recherches sur la réalité socio-économico-politique haïtienne. Une session a été donnée en 1997 par le P. Hérold Toussaint sur la réalité politique haïtienne.
LA PÉRIODE DE 1999 À 2008
La période de 1999 à 2008 marque un deuxième départ pour le territoire jésuite d'Haïti qui voit ses effectifs s'accroître et le nombre de ses maisons passer de une à trois. L'essor est donné par le nouveau supérieur territorial, Gilles Chaussé, qui prend la relève de son confrère, Jean-Guy Bilodeau, en poste depuis le rétablissement en 1986 de la Compagnie de Jésus en Haïti. Peu après, en septembre 1999, une seconde résidence est ouverte à Port-au-Prince, après celle de Canapé-Vert, pour loger la communauté grandissante, notamment les jeunes jésuites en formation parvenus à l'étape de la régence et de l'engagement apostolique. L'année suivante, du 10 au 13 février 2000, le supérieur général des jésuites, le P. Peter-Hans Kolvenbach, vient pour la première fois visiter la communauté jésuite. Quelques mois plus tard, du 21 au 25 décembre 2000, tous les jésuites haïtiens, même ceux aux études à l'extérieur du pays, au nombre d'une trentaine, sont convoqués à Port-au-Prince pour finaliser le plan apostolique de la Compagnie en Haïti. Du 21 au 25 décembre 2000, les 34 participants discutent des grandes orientations de la Compagnie sur le territoire haïtien. Les priorités suivantes sont alors retenues : prise en charge d'une paroisse comme lieu de rapprochement avec les pauvres ; mise sur pied d'une université regroupant les centres déjà existants ; création d'un centre de philosophie pour les jeunes jésuites en formation. La décision est également prise de fonder et de construire à Port-au-Prince un noviciat pour les candidats qui devaient jusqu'alors se rendre à Panama ou au Mexique. Le noviciat débute en septembre 2001, à Dulagon, dans l'Artibonite, au Centre du pays, avec 3 novices, sous la direction d'un jésuite haïtien, le P. Miller Lamothe, en attendant la construction du noviciat à Port-au-Prince qui sera inauguré le 21 avril 2002.
L'inauguration du noviciat coïncidait avec celle du Centre de spiritualité dans l'une des trois ailes du nouveau bâtiment. Le Centre était situé jusqu'alors à la Villa Manrèse, dirigée depuis le départ des jésuites en 1964 par les clercs de Saint-Viateur. La Compagnie en Haïti comptait désormais quatre centres d'activité : le Centre de spiritualité ; le Centre de réflexion et de recherche interdisciplinaire (CRI) ; le Projet d'animation rurale et agricole (PARA) ; le Groupe d'aide au développement rural en Haïti (GADRU) plus une école pour enseignants, l'École Saint-Ignace .
Aux maisons existantes, s'ajoute en juillet 2005 à Ouanaminthe, au Nord-Est d'Haïti, une autre résidence, rattachée au Service jésuite des réfugiés et migrants (SJRM), pour venir en aide aux migrants haïtiens, chassés de la République Dominicaine. Il s'agit du mouvement Solidarite Fwontalye qui existait depuis près de trois ans, alors que de jeunes jésuites haïtiens travaillaient auprès des migrants à partir de Dajab ó n, une ville frontière en République Dominicaine.
En 2006, un autre projet était réalisé : Fe y Alegria (Foi et Joie), projet consistant à créer un réseau d'écoles élémentaires, secondaires et professionnelles dans les campagnes. Dirigé par un jésuite haïtien, Séphariste Dérino, ce mouvement est rattaché à Fe y Alegria, fondé au Vénézuéla il y a près de 50 ans, et répandu dans plusieurs pays d'Amérique latine. Dans le même temps, le P. Claude Souffrant ajoutait à son Centre pour enseignants une école secondaire pour la population défavorisée de Croix-des-Bouquets.
En juillet 2007, le Provincial des jésuites nommait 2 délégués en Haïti, en remplacement du P. Chaussé, revenu au pays pour raisons de santé : le P. Miller Lamothe, délégué du provincial pour la vie communautaire et la formation, et le P. Kawas François, délégué du provincial pour les ouvres apostoliques et leur financement. Avec la nomination de ces deux jésuites haïtiens, le territoire d'Haïti a franchi un pas important vers son autonomie.
En guise de conclusion, nous pouvons dire que la Compagnie en Haïti a accompli beaucoup en peu de temps, dans des circonstances parfois difficiles, et avec un personnel réduit.
LA FORMATION JÉSUITE
Chaque année, le responsable des candidatures, le P. Godefroy Midy, reçoit de nombreuses demandes d'admission à la Compagnie. A cet effet, le P. Midy a mis sur pied un processus de sélection et une période de candidature d'une année. Un jeune devient candidat à la Compagnie ou stagiaire lorsqu'il répond aux exigences suivantes : avoir réussi les deux baccalauréats (rhétorique et philosophie), avoir subi avec succès l'examen médical et les tests psychologiques et avoir fait une retraite de discernement dirigée par le P. Midy. Une fois admis, les stagiaires vivent en communauté à la maison de Canapé-Vert ou dans une maison adjacente. Le programme de candidature est le même pour tous les stagiaires qui s'adonnent notamment à l'enseignement auprès d'élèves défavorisés. Tous ont un accompagnateur spirituel et participent à des récollections bi-mensuelles. De plus, des cours sur le Crédo et les sacrement leur sont offerts. Tous doivent aussi apprendre l'espagnol. A la fin de la candidature, les stagiaires sont soumis aux examens canoniques ; une fois acceptés dans la Compagnie, ils sont admis au Noviciat situé à Port-au-Prince. L'étape de la philosophie se fait en République Dominicaine ou en Colombie. La régence d'une durée de deux ans se fait généralement en Haïti, soit dans l'enseignement, soit dans des activités à caractère social. Pour ce qui est de la théologie, cette période de formation se fait à Québec sur une période de trois ans. Quant aux études spéciales après la théologie, elles ont lieu soit au Canada (Montréal, Québec, Toronto), soit aux États-Unis (Boston), soit en France (Paris), soit en Belgique (Louvain). Le territoire d'Haïti compte en 2008 plus d'une quarantaine de jésuites, tous haïtiens sauf trois, dont cinq stagiaires, sept novices, et 20 scolastiques aux études à l'extérieur d'Haïti.
Aujourd'hui en Haïti :
Le supérieur provincial d'Haïti est le P. Daniel LeBlond, S.J., Provincial de la Province du Canada français et d'Haïti. Il est assisté sur place par deux délégués, les PP. Miller Lamothe et Kawas François. Voici une courte entrevue avec ces deux délégués, au moment où ils entreprenaient leur travail :
Entrevue
Les délégués du Provincial en Haïti
Dans le dernier numéro de COMPAGNONS , le père Provincial présentait ses deux délégués en Haïti : Kawas François et Miller Lamothe. Peu après leur nomination, nous les avons rencontrés.
Quel est votre rôle comme délégués?
Kawas François : Ma tâche est claire : je collabore avec le provincial pour tout ce qui a trait aux ouvres apostoliques de la compagnie en Haïti, notamment le fonctionnement, la définition des tâches, et leur exécution, recevoir les budgets, voir à l'administration financière de ces ouvres, les évaluer assez régulièrement. C'est aussi un travail d'animation : encourager les directeurs d'ouvres, réfléchir avec eux sur les priorités, en fonction des besoins de la société haïtienne. C'est pour moi un travail exaltant qui demande beaucoup de présence, aux ouvres pour que la Compagnie remplisse efficacement sa mission dans le pays; c'est un défi.
Miller Lamothe : Je demeure responsable du noviciat mais j'aurai aussi, maintenant, à rencontrer tous les membres de nos communautés en Haïti : à Port-au-Prince c'est le noviciat, la communauté Karl-Lévêque à Delmas, la communauté de Canapé-Vert; s'ajoutent la communauté de Ouanaminthe et le P. Claude Souffrant, à Croix-des-Bouquets. En plus ce cela, il faut aussi penser aux jeunes qui sont en formation, spécialement ceux qui sont en République dominicaine et en Colombie. Ce sont des scolastiques qui en sont à leurs premières étapes d'études après le noviciat, soit au juvénat ou en philosophie. Mon rôle c'est celui de veiller à la vie des communautés, à la promotion du bien commun des jésuites vivant et oeuvrant en Haïti et, surtout, favoriser la collaboration de tous les jésuites sur l'ensemble du territoire et l'harmonie entre eux. J'aurai une attention particulière pour les jeunes en formation. Je vois la tâche du délégué aussi comme celle d'établir une bonne communication entre les jésuites qui vivent en Haïti et les confrères haïtiens qui sont en formation à l'extérieur.
KF : De mon côté, les ouvres prioritaires à appuyer sont tout d'abord Solidarité frontalière , notre service jésuite aux réfugiés et aux migrants, à Ouanaminthe, qui a beaucoup de projets en développement, projet agricole, centre d'accueil, animation des jeunes, constructions. Il faut que tout ça soit bien administré, qu'un diagnostique de la réalité de la zone soit établi pour que l'ouvre réponse bien aux besoins. Autre priorité : Foi et Joie , nouvelle ouvre de la Compagnie en Haïti par laquelle la Compagnie propose au pays un nouveau modèle d'éducation, une éducation liée à la problématique du développement. On apprend aux jeunes à lire et à compter bien sûr, mais on leur offre une éducation tournée vers la société : ce sont des écoles plongées dans le développement communautaire, vers les services à la population. Pour moi, c'est une ouvre exaltante! Et puis il y a d'autres oeuvres comme celle du F. Mathurin dans l'Artibonite et, le centre de spiritualité, GADRU pour le développement rural, même si c'est une ouvre avec un statut spécial puisque la Compagnie n'en a pas la responsabilité comme telle. Je souligne enfin que le CRI, le centre de recherche que je dirigeais, n'existe plus comme tel même si je continuerai à faire certaines recherches et publications, sans doute plus dirigées vers les besoins de la Compagnie.
Pour l'année en cours, quelles sont les priorités, à votre avis?
ML : Nous sommes en train de préparer une rencontre des jésuites du territoire, probablement pour l'été 2008. Je vais me concentrer sur cette préparation. Au cours de la rencontre nous aurons à regarder beaucoup de choses qui touchent la mission de la Compagnie en Haïti, son rôle. Nous parlerons de la manière de préparer le terrain pour accueillir les jeunes jésuite haïtiens qui sont en formation à l'extérieur pour qu'ils puissent bien s'intégrer dans la mission de la Compagnie en Haïti. Nous nous interrogerons sur les services que nous pouvons offrir à l'Église d'Haïti, au peuple haïtien. Je veux travailler à établir des bons liens entre nous tous; pour cela je vais écouter les points de vue, les inquiétudes, les idées, les projets, et puis voir comment nous allons faire route ensemble.
KF : Moi, je voudrai d'abord acquérir une connaissance assez profonde des ouvres, de la réalité dans laquelle elles s'insèrent; je continuerai aussi à coordonner le secteur social, mais avec une vue plus large. L'autre priorité, c'est la question du financement; nous avons amorcé une réflexion sur le financement des ouvres de la Compagnie en Haïti. À moyen terme, il est question de monter un bureau de financement pour la conception et l'élaboration des projets et aussi les liens avec les organismes de financement internationaux. C'est important pour la Province du Canada français, car le poids du territoire haïtien est assez lourd. Nos recherches de fonds n'étaient pas planifiées pour l'ensemble d'Haïti. Maintenant il faut coordonner ça, il faut rationaliser cette activité-là, au niveau administratif, de la comptabilité, des suivis, de l'évaluation. Tout ça pour que nous ayons aussi accès à l'aide bilatérale (de divers pays), un processus qui est très exigeant au niveau de la gestion.
La situation du pays s'est améliorée; est-ce que cela a des effets sur le travail de la Compagnie en Haïti?
ML : Au niveau de la sécurité, nous avons vu une amélioration : le grand changement c'est que maintenant nous pouvons sortir, nous aventurer un peu plus tard à l'extérieur. Ça nous permet de pouvoir répondre à certains engagements. Je pense donc qu'au moins nous pouvons consacrer davantage notre énergie pour le service. Mais il y a toujours une certaine incertitude et de grandes inquiétudes par rapport à la situation économique. Il n'y a pas de changements au niveau de vie des gens; le chômage est très élevé, les gens sont aux abois. Il y a des promesses qui ont été faites par la communauté internationale, mais ça n'arrive pas dans le pays. Il faut aussi une organisation de la part du gouvernement, comment bien gérer les ressources dont dispose le pays. Le président à lancé une campagne anti-corruption et c'est nécessaire si nous voulons avancer; il faut un changement de mentalité au niveau des citoyens du pays.
KF : On est dans un processus de stabilisation même si c'est un équilibre précaire. Les principales institutions politiques sont mises en place, on a un parlement qui fonctionne, les institutions représentatives fonctionnent, on arrive à maîtriser la question de la sécurité, le ministre de l'économie prévoit un taux de croissance acceptable pour 2007. Je pense que tout ça est extrêmement salutaire pour le travail de la Compagnie : ça crée un espace plus large de liberté et de sécurité pour pouvoir travailler et les organismes d'aide ont plus confiance. C'est certain donc que ça peut avoir des retombées positives sur l'action apostoliques de la Compagnie en Haïti.