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Les jésuites au Canada anglais

BIBLIOTHÈQUE DE THÉOLOGIE

La Parole à la portée de tous

Une nouvelle orientation

Deux enquêtes des sociétés bibliques, en Grande Bretagne et au Canada, ont conclu que la vaste majorité des répondants possédaient une Bible, mais seulement une minorité la lisaient. En somme, la Bible sert trop souvent de décoration dans les bibliothèques personnelles.

À la lueur de ces deux enquêtes et d'autres semblables, les sociétés bibliques ont modifié la norme de leurs éditions de la Bible. Depuis le 16e siècle, les protestants, en réaction contre la hiérarchie catholique qui "prétendait énoncer ce qu'il fallait croire", prônaient la lecture personnelle de la seule Parole de Dieu à la lumière de l'Esprit Saint. Les commentaires ou les notes équivalaient à une médiation humaine, qui masquait l'écoute directe de la Révélation divine.

Aussi les sociétés bibliques, dirigées exclusivement par des protestants, mentionnaient au début de toutes leurs éditions qu'elles présentaient le texte biblique "sans notes ou commentaires." Non seulement ces notes ou commentaires auraient été une médiation obscurcissant la communion directe à la Parole de Dieu, mais elles auraient reflété les points de vue doctrinaux d'une église protestante ou autre, empêchant ainsi les sociétés bibliques d'être au service de toutes les églises.

Devant l'évidence que la Bible était devenu un livre scellé pour un grand nombre, les sociétés bibliques ont accepté de publier des bibles avec des notes et même avec des commentaires, tout en maintenant leur avertissement séculaire, mais avec une modification importante: "sans notes ou commentaires doctrinaux ." Les notes et les commentaires doivent se conformer aux normes objectives d'une exégèse rigoureuse pour mettre en relief le sens des textes bibliques, sans ajouter de réflexions spirituelles et, encore moins, des applications moralisantes.

Une présentation américaine de la Bible, avec des notes et commentaires abondants parut dans les années 1990ss, Life Application Bible (publié par Tyndale and Zondervan). Un directeur de la Société biblique canadienne proposa d'adapter cette édition au public francophone. Cette édition ne provenait pas d'une société biblique, mais il était possible d'obtenir les droits de traduction et d'adaptation. Les personnes consultées toutefois rejetèrent ce projet, car la perspective générale de cette édition biblique était trop fondamentaliste et moralisante.

Un essai semblable, avec des notes exégétiques et pastorales, par deux prêtres français, Bernard et Louis Hurault, parut en 1994 sous le titre La Bible des Communautés Chrétiennes. Cette parution obtint un large succès, mais des rivalités d'éditeurs et quelques notes jugées antisémites provoquèrent l'arrêt de sa diffusion.

Vers une nouvelle Bible

Ces deux projets avortés inspirèrent une nouvelle tentative, tant du côté français que du côté canadien. Mgr Jean-Charles Thomas, alors évêque de Versailles, s'inspirant de la Bible des Communautés Chrétienne, proposa à la Société biblique française d'associer des protestants, des évangéliques et des catholiques pour rédiger une édition commentée de la Bible qui serait à la portée de tous. La Société biblique canadienne accepta de se joindre à celle de France dans la poursuite de ce projet. La contribution de chaque société serait de 50% à tous les niveaux: rédacteurs, réviseurs, apport financier,. Les commentaires ajustés au texte biblique devraient être continus, synthétiques, dans une langue simple et claire, sans discussions techniques.

Les livres bibliques furent répartis à parts égales entre l'équipe canadienne et celle de France. À un premier niveau, un exégète et un spécialiste en pastorale rédigeraient ensemble le commentaire de chaque livre biblique. Par la suite un trio, comprenant un évangélique, un protestant et un catholique, réviserait l'un des six corpus bibliques: Pentateuque, Livres historiques, prophétiques, didactiques et poétiques, pour l'Ancien Testament; les Évangiles et les Actes, les lettres apostoliques et l'Apocalypse, pour le Nouveau. Enfin, au dernier niveau, le groupe de France et celui du Canada partageraient entre eux la moitié des textes pour l'ultime révision, éditoriale.

Quatre-vingts biblistes, de diverses tendances collaborèrent à la préparation de cette édition de la Bible. Ils devaient laisser de côté toute interprétation propre à leur allégeance ecclésiale pour dégager uniquement le sens voulu par l'auteur biblique, inspiré par l'Esprit. La Bible Expliquée se garderait de dicter une doctrine ou une morale, pour laisser la parole à ce texte millénaire. C'est comme si un éclairage sous chaque passage de la Bible mettait en lumière les articulations essentielles pour son intelligence. Chaque lecteur pourrait ainsi réfléchir librement à sa découverte de l'essentiel.

Dans une perspective oecuménique

Nous connaissons tous le pénible héritage que les guerres de religion ont légué aux chrétiens, surtout en France, créant un fossé entre protestants et catholiques. Les contacts entre les catholiques et la Société biblique française, presque exclusivement protestante ou évangélique, étaient plutôt rares. Aussi la collaboration de tous les chrétiens pour réaliser la Bible Expliquée fut un événement ocuménique des plus heureux.

La coopération d'un si grand nombre d'auteurs était certes avantageuse, car elle permettait de nous retrouver unis autour de la Parole et de faciliter la diffusion de cette édition chez tous les chrétiens, de quelque tendance qu'ils soient. Mais, par contre, une collaboration aussi étendue comportait deux écueils. Tout d'abord chacun ne travaillait pas avec le même élan et la même vitesse; aussi les retards dans les échéances prévues furent nombreux. Un rédacteur au premier niveau, par exemple, a remis son commentaire un mois après la révision éditoriale, la deuxième, la dernière, et, malheureusement son texte ne convenait pas à l'orientation générale qui avait été prévue! Pour l'ensemble de cette publication, nous avons dû attendre sept années pour qu'elle corresponde à l'objectif que les deux équipes du Canada et de France s'était fixé.

Au moment de recevoir cette publication dans sa toilette finale, tous les collaborateurs étaient anxieux. Mais la réaction du public, en France comme au Canada, a encouragé tous ceux qui avaient coopéré à la mise au point de cet ouvrage. On a pu apprécier la présentation conviviale en deux couleurs, qui facilite la lecture simultanée du texte biblique et du commentaire correspondant. Le choix judicieux des caractères rend agréable cette lecture, tout en limitant ce livre à des proportions convenables. Enfin la générosité de mécènes, en particulier des deux sociétés bibliques, a permis d'abaisser le prix de vente à un niveau étonnant: la Bible Expliquée se vend officiellement en librairie $29.95, alors qu'en France elle se vend le même prix (soit l'édition protestante, sans les livres deutérocanoniques, soit l'édition catholique), mais en euros, soit environ 50% plus cher qu'au Canada!

Les qualités de cette présentation de la Bible contribueront à assurer son succès. Au moment du lancement en France, le mardi, 16 novembre dernier, on nous a dit que 17,000 exemplaires avaient déjà été vendus sur un tirage de 35,000. Pour le Canada, nous n'avons pas encore de résultats, car les premiers exemplaires nous sont parvenus seulement au début de novembre, alors que la Société biblique française a pu commencer sa distribution dès la mi-septembre. Considérant notre retard par suite du transport maritime, il n'était pas opportun de faire un lancement de cette Bible avant les Fêtes. Ce lancement, d'un genre spécial d'ailleurs, aura lieu dans le hall du Gesù, le 7 février prochain.

Jean-Louis d'Aragon, s.j.