|

Mais où sont donc les mots d'autrefois ?
Si bleus, si rouges, si verts et lumineux ?
Où sont ces mots qui traversent les cours,
les bercent et les amènent au loin,
dans les déserts, les montagnes et les mers ?
Croirait-on qu'ils sont au creux de votre vie,
en pleine marée de tous vos tremblements,
cherchant à naître et à faire naître ?
de toutes vos peines si noires et vos joies de roses et lilas ?
les mots sont partout en vous, dans tous vos clignements d'yeux,
de cour et de main. . .
Rien ne leur échappe de la vie qui cherche et qui trouve,
et qui perd et retrouve . . .
J'ai dans mes veines un sang de mots qui circule sans arrêt,
cherchant et trouvant ce qu'il faut dire,
ce qu'il faut taire et comment animer ce regard
de vos yeux troubles et malheureux ?
J'aurai à cueillir une gerbe de mots pour vous les offrir
comme un don de mon cour en déroute,
errant toujours plus loin sur les rives de tous les océans !
Oh ! marées importunes, que ne me laissez-vous dormir et reposer,
enfin libéré de tous ces mots affolés,
ces bribes de mots, ces restes de mots !
J'aimerais pouvoir serrer tous les mots dans mes bras,
les embrasser simplement,
tout en riant et pleurant,
les prenant un par un, les nommant, les épelant. . .
puis les déposant en toute paix et fraîcheur.
Nous n'aurons toujours à dire que les mots qui nous habitent
comme fourmis au terrier, insectes de la vie,
papillons volages et oiseaux fous,
coquelicots dépeignés,
fleurs d'eau calmes et pacifiées. . .
Un rien fait trembler les mots tout près des lèvres,
tout pleins de cour et de tête,
tout offerts qu'ils sont à la vie, comme à l'amour. . .
Rien ne les empêche de respirer sous bois
et d'aller chercher en vous le moindre son de votre cour,
le moindre plissement d'yeux, chacune de vos rides,
celles présentes, comme celles qui cherchent à naître,
pleines du vertige de la vie qui vous habite
et vous laisse peu à peu chancelant et douleureux,
amusé et épuisé !
Ah! Marée des mots, montante et descendante,
dégageant et recouvrant glaise et sable,
roc et sel, d'où vous vient cette liberté ?
Jamais les mers de mots n'iront plus loin
que toutes les vagues des cours délabrés,
aveugles et voyants, pleurant et riant.
Jamais si loin que tout ce qui veut naître,
fleurir et se promener en toute amitié.
Les mots ne vivent que par vous,
allumés par l'amour, la joie, délivrance et volupté !
Que de mots aux sons inconnus grouillent encore
en moi en mal de respirer !
Et en vous ?
Louis Hébert, s.j.
Autres textes par Louis Hébert:
|