Présentation du nouveau Supérieur Général des jésuites
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Première homélie du Père Général
Première rencontre avec des journalistes
Article du journal La Croix
Le père Adolpho Nicolás, S.J.
LE NOUVEAU SUPÉRIEUR GÉNÉRAL DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS
Le Père Adolfo Nicolás a été élu Supérieur Général de la Compagnie de Jésus, samedi, le 19 janvier, lors d'une cérémonie solennelle après quatre jours de prière et de consultations des 216 électeurs venus à Rome du monde entier.

Le père Nicolás, S.J., a 71 ans. Il est né à Madrid, en Espagne. Il a étudié la théolgie au Japon et a passé la plus grande partie de sa vie apostolique dans ce pays, en particulier comme professeur de théologie à l'université Sophia. Il a aussi été directeur de l'Institut de pastorale de l'Asie orientale, à Manille, puis Provincial du Japon et, plus récemment, le modérateur de l'Assistance jésuite de l'Asie orientale.
Brèves notes biographiques :
29 avril 1936 - naissance à Palencia, Espagne
15 septembre 1953 - entrée au noviciat de la Province de Tolède (Espagne)
1958-60 - licence en philosophie (Alcala, Madri)
1964-68 - Théologie à Tokyo, Japon 17 mars
1967 - ordonné prêtre à Tokyo, Japon
1968-71 - licence en théologie de l'Université Grégorienne, Rome
1971 - Professeur de théologie systématique à l'Université Sophia de Tokyo
1978-84 - Directeur de l'Institut de pastorale de Manille
1991-93 - Recteur du scolasticat de Tokyo
1993-99 - Provincial de la Province du Japon
2004-2007 - Modérateur de la Conférence des provinciaux jésuites de l'Asie Orientale et de l'Océanie Lors de la 34e Congrégation générale, il avait été élu secrétaire de la Congrégation; Pierre Bélanger était assistant secrétaire.
Langues - Espagnol, Japonais, Anglais, Français, Italien
PREMIÈRE RENCONTRE DU P. GÉNÉRAL AVEC LES JOURNALISTES
Rencontre du P. Adolfo Nicolás avec le pape Benoît XVI
Voici une brève présentation du nouveau Père Général par l'un des membres de la Congrégation, le responsable du secrétariat d'apostolat social de la Compagnie de Jésus, le P. Fernando Franco.
Le père Fernando Franco, S.J., responsable du Secrétariat social de la Compagnie de Jésus, à Rome, a présenté de la manière suivante le nouveau supérieur général des jésuites à ceux et celles qui, partout dans le monde, sont impliqués dans l'apostolat social.
Nous avons quitté la salle d'élection il y a quelques minutes. Je suis
heureux d'annoncer que nous avons un nouveau Supérieur Général de la
Compagnie de Jésus. C'est avec grande joie que les membres de la
Congrégation avancent vers le nouveau Général pour le saluer et l'embrasser.
Adolfo Nicalás est un homme qui vient d'Asie, un théologien du Japon, mais
qui est né à Palencia, en Espagne en 1936. Il représente une nouvelle
génération de missionnaires espagnols au Japon, après le P. Arrupe.
Il est entré dans la Compagnie de Jésus au noviciat d'Aranjuez, un petit
village non loin de Madrid, en 1953. Après avoir terminé ses études de
philosophie à Alcala, Madrid, il se rend au Japon en 1960, pour une
immersion dans la langue et la culture japonaise. En 1964 il commence ses études théologiques à l'Université Sophia de Tokyo, et est ordonné prêtre le
17 mars 1967 à Tokyo.
Après avoir obtenu un DEA de théologie à l'Université Grégorienne, Rome, il
retourne au Japon, pour y être professeur de théologie systématique à
l'Université de Sophia. De 1978 à 1984, il est directeur de l'Institut
Pastoral de Manille aux Philippines et, ensuite, Recteur de la maison des
jeunes jésuites asiatiques étudiant la théologie. De 1993 à 1999, il est
Provincial de la Province du Japon.
Après ce passage au " pouvoir ", il travaille pendant trois ans auprès
d'immigrants pauvres dans une paroisse de Tokyo. Son travail est difficile,
mais il apporte de l'aide à des milliers d'immigrants philippins et
asiatiques et est directement confronté à leur souffrance. Dans un sens, son
amour des pauvres et des opprimés pourrait aujourd'hui s'avérer, après tant
d'années, son plus important ministère.
En 2004, il se voit nouveau confier des fonctions administratives et est
nommé responsable de toute la Région d'Asie de l'Est qui s'étend depuis le
Myanmar au Timor Oriental et à la nouvelle Province de Chine. C'est au cours
de ces années qu'il est amené à soutenir l'impressionnante croissance de la
présence jésuite au Vietnam et dans d'autres pays.
On pourra dire qu'après la célébration du centenaire du P. Arrupe, la
Compagnie a élu un Général qui lui ressemble beaucoup. Comme si la Compagnie
voulait réaffirmer, une fois encore, son caractère missionnaire et son
attachement à tous les peuples et culture.
Félicitations P. Adolfo !
P. Fernando Franco, s.j.,
secrétariat de l'Apostolat social
Congrégation Générale 35 |
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S.J.Bureau de Presse, Rome, Italie, Tel. +39-06-68977.289, infosj@sjcuria.org
Rome, le 21 janvier 2008, n. 6 (pièce jointe)
HOMÉLIE DU PÈRE GÉNÉRAL, ÉGLISE DU GESÙ
DIMANCHE 20 JANVIER 2008
MESSE DE REMERCIEMENTS
Par-dessus tout, je voudrais dire qu'il ne s'agit pas d'un message au monde entier. Il s'agit plutôt d'une simple homélie; une réflexion, dans la prière, des lectures de ce jour pour nous, jésuites, ici présents en cet après-midi.
La première lecture, du prophète Isaïe, nous donne, à nous chrétiens, une brève description de notre mission dans le monde. Le prophète Isaïe nous dit que nous avons tous été appelés à servir, et que nous sommes ici pour cela précisément : servir. C'est un message clair, concernant notre mission en tant que jésuites, chrétiens, peuple de Dieu. Dieu fait de nous des serviteurs, et ce faisant, Dieu y trouve son plaisir. Dans la version espagnole de cette première lecture, nous lisons que Dieu est fier du serviteur, alors que la version italienne nous dit que Dieu « est satisfait ». Je crois que la version italienne est plus proche du sens biblique. Plus nous devenons serviteurs, et plus Dieu y trouve son plaisir. Je pense que nous devons conserver cette image lorsque nous retournerons chez nous aujourd'hui.
Les journaux et les magazines de ces derniers jours ont repris un bon nombre de clichés, notamment autour du Pape noir, du Pape blanc, du pouvoir, des rencontres, des discussions. Tout cela est si superficiel, artificiel ! Ce ne sont que les miettes pour ceux qui ont faim de jeux politiciens, pas pour nous.
Le prophète Isaïe dit que le service plaît à Dieu. Servir, c'est tout ce qui compte : servir l'Église, le monde, les hommes et les femmes autour de nous, et l'Évangile. Saint Ignace a aussi écrit, de manière plus concise, sur notre vie : en tout aimer et servir. Et notre Saint Père, le Pape Benoît XVI, nous a rappelé que Dieu est amour ; il nous ramène à l'essentiel de l'Évangile.
Un peu plus loin, le prophète Isaïe nous décrit la force du serviteur. La seule force du serviteur, c'est Dieu. Nous n'avons pas d'autre source de force : ce n'est ni dans la force extérieure que l'on peut trouver en politique, dans les affaires, dans les médias, dans les études, dans les honneurs, ni dans la force intérieure de la recherche. En Dieu seul. Comme pour les pauvres. Il y a peu, je parlais à l'un d'entre vous concernant quelque chose qui m'est arrivé alors que je travaillais auprès des immigrés. C'est une expérience qui m'a profondément marqué. Il s'agit d'une Philippine qui a eu beaucoup de difficulté à s'adapter à la société japonaise, une femme qui a beaucoup souffert. Une autre Philippine est venue lui demander conseil, et lui dit : « J'ai beaucoup de problèmes avec mon mari, et je ne sais si je dois divorcer ou essayer de sauver mon mariage. » En d'autres mots, elle voulait un conseil sur un sujet plutôt banal. La première répondit : « Je ne sais quoi vous conseiller en ce moment. Cependant, venez avec moi à l'église, que nous puissions toutes les deux prier, car Dieu vient vraiment au secours du pauvre. » Cette déclaration m'a touché car elle est vraie. Le pauvre n'a que Dieu pour trouver sa force. Pour nous, Dieu est notre force. Le service désintéressé, inconditionnel, trouve la source de sa force en Dieu seul.
Le prophète Isaïe, dans la lecture d'aujourd'hui, parle ensuite de santé. Notre message est un message de santé, de salut. Un peu plus loin, il met l'accent sur ce qui m'a le plus frappé, notamment que notre Dieu, notre foi, notre message et notre santé sont si grands qu'ils ne peuvent être enfermés dans une boîte, dans un groupe ou une communauté, fût-elle une communauté religieuse. L'enjeu concerne la Bonne Nouvelle du salut pour toutes les nations. C'est un message universel parce que le message est d'une ampleur énorme, un message que l'on ne peut ramener à des dimensions plus modestes.
Aujourd'hui nous avons toutes les nations réunies ici. Tous et chacun sont représentés ici. Cependant, des nations continuent à surgir. Je me demande aujourd'hui qui sont ces « nations », ces communautés non géographiques, ces communautés humaines, qui réclament notre aide : les pauvres, les marginalisés, les exclus. Dans notre univers mondialisé, le nombre des exclus absolus augmente. Les exclus sont diminués, car notre société n'a de place que pour le grand, pas pour le petit. Tous ceux qui sont désavantagés, manipulés, tous ceux-là sont peut-être pour nous ces « nations » : Les nations ont besoin du message prophétique de Dieu.
Hier, après l'élection, une fois passé le premier choc, il y eut le moment de l'aide fraternelle. Vous m'avez tous salué avec beaucoup d'affection, manifestant votre soutien et votre aide. L'un d'entre vous m'a murmuré à l'oreille : « N'oubliez pas les pauvres ! » C'est peut-être là la salutation la plus importante, comme lorsque Paul s'adresse aux Églises affluentes de son temps, leur demandant leur aide pour les pauvres de Jérusalem. N'oubliez pas les pauvres : ce sont eux, nos « nations ». Ce sont les nations pour lesquelles le salut est encore un rêve, un souhait. Il est peut-être au milieu d'elles, mais elles ne le savent pas.
Et les autres ? Les autres sont nos collaborateurs, s'ils partagent notre perspective, s'ils ont le même cour que celui que le Christ nous a donné. Et s'ils ont un cour encore plus grand, et une vision encore plus vaste, alors, nous serons leurs collaborateurs. Ce qui compte, c'est la santé, le salut, la joie des pauvres. Ce qui compte, c'est le réel, l'espoir, le salut, la santé. Et nous voulons que ce salut et cette santé soient une explosion de salut pour tous partout. C'est de cela dont parle le prophète Isaïe : Le salut doit atteindre et toucher tout le monde. Un salut selon le cour, la volonté et l'Esprit de Dieu.
Nous allons continuer avec notre Congrégation générale. C'est peut-être de cela que nous aurons à discerner. En ce moment de notre histoire, où devons-nous focaliser notre attention, notre service, nos énergies ? En d'autres mots, quelle est la couleur, la tonalité, l'image du salut aujourd'hui pour ces nombreux peuples qui en ont besoin, ces nations humaines non géographiques qui réclament la santé ? Ils sont nombreux, ceux qui attendent un salut que nous avons encore à comprendre. Nous ouvrir à cette réalité, voilà le défi, l'appel du moment.
Et nous nous tournons vers l'Évangile. C'est ainsi que nous pouvons être de vrais disciples de l'Agneau de Dieu, Celui qui prend nos péchés et nous conduit à un monde nouveau. Et Lui, l'Agneau de Dieu, s'est révélé Serviteur, celui qui accomplit les prophéties d'Isaïe, le message des Prophètes. Son identité en tant que Serviteur en sera le signe, l'empreinte de notre propre mission, de l'appel auquel nous essayons de répondre ces jours-ci.
Prions ensemble pour cette manière de sentir la Mission de l'Église, afin que cela profite aux « nations » et non pas à nous-mêmes. À ces « nations » qui sont encore au loin, non pas géographiquement mais humainement, de manière existentielle. Que la joie et l'espérance qui viennent de l'Évangile soient une réalité avec laquelle nous pouvons ouvrer graduellement, avec beaucoup d'amour et de service désintéressé.
Première rencontre du père Général avec la presse
Rencontre avec la presse
Dans la Salle Nadal
Le 25 janvier 2008
Tout d'abord, je v eux vous remercier pour l'intérêt que vous avez manifesté envers la Compagnie de Jésus durant cette Congrégation générale et pour le regard positif que vous avez posé sur moi.
Je comprends les difficultés que vous rencontrez à trouver des renseignements sur moi : je suis peu connu. Des journalistes espagnols ont cherché des trésors là où il n'y en avait pas: ils ont interrogé des gens, cherchant de petits drames, demandant si j'étais vraiment le troisième de trois garçons – de fait je suis le troisième de quatre! On a vérifié si j'avais étudié à l'institut Balmes – c'est vrai, mais pendant un an seulement quand j'avais 10 ans et j'avais coulé deux ou trois matières…
J'espère que dans l'avenir, ça ne sera pas si difficile de trouver de l'information puisque, je pense, on pourra laisser de côté ces détails moins importants et vous informer sur le plus essentiel : ce que nous faisons dans le monde d'aujourd'hui, dans l'Église, à ce moment de l'histoire.
Ces derniers jours, j'ai lu dans la presse des choses utiles mais d'autres qui ne le sont pas vraiment. Parmi les moins valables, par exemple, il y a cette recherche de conflit entre les jésuites et le Saint Père, entre les jésuites et le Vatican. Je ne pense pas que ça soit fondé. La Compagnie de Jésus a toujours été en communion avec le Saint Père et nous sommes heureux qu'il en soit ainsi. Entre des époux, il y a toujours des difficultés; ceux qui sont mariés parmi vous ne peuvent pas me dire le contraire. Quand des gens s'aiment, ils peuvent se blesser. Quand, à l'intérieur de la relation, on cherche à travailler ensemble, des difficultés peuvent survenir et c'est normal. Les gens mariés savent de quoi je parle. La Compagnie de Jésus veut travailler avec le Saint Siège et obéir au Saint Père. Ça a toujours été notre façon de voir entre nous. Ça a toujours été ainsi, ça n'a pas changé et je ne crois pas que ça va changer.
Des articles de presse ont dit qu'il y avait une distance théologique entre moi et Benoît XVI, une distance qui pourrait fonder un certain sensationnalisme. Quand j'étais étudiant, j'ai étudié les ouvrages du professeur Ratzinger; à Tokyo, nous utilisions ses livres parce qu'il est un grand professeur. Ses ouvrages étaient intéressants; ils étaient créatifs et inspirants, ce que nous apprécions à l'époque. Je parle des années 1964 à 1968, quand j'étudiais à Tokyo et que les travaux de Ratzinger étaient au programme. Plus tard, quand je suis venu à Rome, c'était la même chose. Le nom de Ratzinger était synonyme de « grand professeur ». Et en Allemagne, même s'il n'a pas enseigné à Frankfort, tout le monde lisait ses ouvrages.
Alors cette distance dont on a parlé est plutôt dans l'imagination des gens. Il est plutôt question d'une conversation continue, car la théologie est toujours espace de dialogue. Ce qui est le plus important est la recherché de la vérité, de la vérité inspirée par la Parole de Dieu, dans la vie de l'Église, dans la vie des chrétiens et chrétiennes. Dans ce dialogue, on peut trouver des différences de points de vue, mais elles font toujours partie d'une recherche mutuelle pour la vérité.
Certains journalistes disent que je suis comme Arrupe, ou comme Kolvenbach, ou moitié moitié, jusqu'à cinquante pour cent d'un ou de l'autre; je ne serais pas surpris si quelqu'un disait que je suis 10% Elvis Presley. Et tout ça est faux! Je ne suis pas le P. Arrupe. J'aime le P. Arrupe, je l'admire, il m'a influencé, je l'ai même eu comme supérieur durant quatre ans au Japon et, de fait, je l'avais connu antérieurement durant mes études, alors qu'il nous avait parlé de la bombe atomique à Hiroshima… mais je ne suis pas Arrupe. Alors, qui suis-je? Si vous me le demandez, je vous dirai que j'ai été créé pour être celui que je suis; je suis en évolution, in fieri, jusqu'à ce que je devienne vraiment celui que Dieu veut que je sois, comme c'est le cas de chacun de nous. Cela s'applique aussi aux relations avec le Saint Père ou à ce qui sortira de cette Congrégation générale. Tout dépendra de l'habilité que j'aurai de répondre ou non à la réalité d'aujourd'hui et à ceux et celles qui m'entourent, de répondre à ce que la Congrégation va me demander. C'est donc toujours une question ouverte.
Un aspect qui a de l'intérêt pour la presse, c'est ma relation avec l'Asie. Nous avons mis sur le mur à votre gauche une carte faite le mois dernier à Manille, là où j'ai travaillé au cours des dernières années. C'est une région qui va du Japon à la Chine, qui inclut l'Australie et la Micronésie dans le Pacifique. J'ai vécu la plus grande partie de ma vie en Asie, où je suis arrivé quand j'avais 24 ans, après mes études de philosophie à Alcalá. Et l'Asie a été tout un défi, un véritable défi de bien des manières.
Mes premières années au Japon n'ont pas été faciles, pas tant à cause du poisson cru – la diète japonaise est bonne – pas à cause de la langue qui n'était pas si difficile, même pour écrire les caractères japonais. Ce sont là des choses externes. Les difficultés étaient plus profondes. Le monde n'était pas comme je l'avais imaginé quand j'étais en Espagne, et ma manière de voir les choses n'était pas commune, même pour ce qui est de la foi. Des choses communément comprises d'une certaine manière en Espagne ne l'étaient pas là-bas. Le contact avec un monde si complètement différent remettait en question ce que j'avais pris pour acquis. C'est une expérience normale, mais c'était difficile.
C'est dans ce contexte que j'ai dû étudier la théologie; et ce fut très intéressant. La tâche était de reformuler la foi elle-même non seulement dans le contexte de Vatican II mais dans le contexte de l'Asie, du Japon, là où le bouddhisme et le shintoïsme ont une profonde influence. Je crois que l'Asie m'a changé, j'ose espérer que ce fut pour le mieux – les Japonais doivent juger de cela. L'Asie m'a changé et m'a aidé à comprendre les autres, à accepter ce qui est différent, à chercher à comprendre pourquoi des choses sont différentes, en quoi sont fondées les différences et comment je puis apprendre des différences.
Et puis, j'ai appris à sourire devant les difficultés, devant les imperfections humaines, devant la réalité humaine. En Espagne, j'étais quelque peu intolérant; je cherchais l'ordre, les ordres aussi, parce que je voyais la religion comme une fidélité à des pratiques religieuses. Au Japon, j'ai appris que le vrai sens religieux est plus profond, qu'on doit aller au cœur des choses, à ce qui est au plus profond de notre humanité, que nous parlions de Dieu, de nous-mêmes ou de la vie humaine. C'est là une manière d'entrer dans un univers différent. J'ai donc appris à travers tout ça que je pouvais sourire devant les difficultés, ce qui, en Espagne, m'aurait rendu bien inquiet. La vie humaine est ainsi : les imperfections font partie de la nature et c'est nécessaire de les accepter dès le tout début.
Les Japonais ont la réputation de travailler 24 heures par jour; oui sans doute, mais ils le font lentement, lentement; ils ne travaillent pas comme des Américains, des Français et encore moins comme les Espagnols qui ne travaillent peut-être qu'une heure, mais très intensément. C'est un rythme différent, et cela ne s'applique pas qu'au travail mais à la manière de comprendre les gens, sans s'imposer à eux. Ça les scandalise quand on est trop stricts, intolérants ou incapables d'accepter la diversité; c'est source de scandale pour eux.
C'était vraiment un défi pour nous qui arrivions là-bas avec la naïveté de ceux qui étaient nés et avaient été éduqués dans un pays comme l'Espagne. À cause de cela, je crois que l'Asie peut grandement enrichir l'Église universelle. Malheureusement, nous, les jésuites, sommes peu nombreux en Asie et nous n'avons pas beaucoup écrit à propos de tout ça. Le Japon peut contribuer beaucoup avec sa culture et sa manière de faire face aux problèmes en profondeur. Si nous nous arrêtons au bouddhisme, on peut voir qu'il se présente sous diverses formes en Asie; de l'Inde au Sri Lanka, le bouddhisme se présente avec une tradition du sud. Mais le nord en a une autre, le Mahayana, qui s'était ouvert à une variété de situations et qui est arrivé au Japon où il a trouvé moyen d'entrer profondément dans la culture, de sorte que le Zen a pu acquérir une citoyenneté japonaise. Les questionnements étaient profonds; tout était source de questionnement. De ce monde-là, on peut tous apprendre, tout en conservant notre sérénité face à ce que l'autre nous apporte.
Et puis il y a la Chine. La Chine est un monde, avec une variété de cultures et une diversité de langues, plus de 27 groupes ethniques dans le sud de la Chine seulement, où on parle chinois avec un mélange d'arabe. Puis il y a la Corée, le Vietnam avec leurs propres diversités. Et les Philippines, parfois appelées l'Italie de l'Asie,parce qu'on y trouve le même sens de l'humour et même goût de la vie, une compréhension de la loi qui est peut-être plus large que dans d'autres pays. On dit par exemple que les règles de circulation ne sont pas des lois mais des recommandations… Cette manière de comprendre la vie est bonne aussi pour le reste de l'Asie, elle apporte un humanisme asiatique profond.
L'Indonésie fait partie de la même tradition. Je devrais aussi parler de l'Australie, avec son caractère occidental, qui s'est donné comme mission d'être un pont entre l'Asie et l'Occident. J'ai trouvé beaucoup d'aide et de collaboration en Australie pour les programmes de développement. Et nous avons aussi de nouvelles missions, au Myanmar, au Timor oriental et au Cambodge, nouvelles parce que pour un temps ces terres nous étaient fermées. Les jésuites avaient été expulsés du Cambodge et du Myanmar par les gouvernements militaires. Au Timor, depuis l'indépendance, de petits groupes changent bien des choses : nous avons là maintenant de nouvelles vocations, mais tout est à refaire. Tous ces pays nous apportent de nouveaux défis, de nouvelles tâches.
Bien; à propos de l'avenir je ne peux pas dire grand' chose. La raison est bien simple, c'est que je viens tout juste de commencer. Durant les réunions de la Congrégation, quand quelqu'un parle du père Général, je pense encore qu'on se réfère au P. Kolvenbach… je n'ai pas encore conscience que c'est de moi qu'il s'agit. Mon attitude actuelle est d'écouter, d'écouter et d'obéir. Comme vous le savez, la Congrégation générale a autorité sur le P. Général. Durant la Congrégation, je suis soumis à elle. Si la Congrégation me dit ce qui doit être fait, dans quelle direction aller, je dois obéir, c'est ma mission. Alors, ce qui est important pour moi maintenant est de savoir ce que la Congrégation générale désire, de même que de trouver comment répondre aux défis que le Saint Père nous a fait connaître, ce sur quoi nous réfléchissons sérieusement, afin de pouvoir donner une réponse qui puisse aider l'Église, pas nous-mêmes d'abord. Je souhaite rencontrer le Saint Père bientôt pour un premier entretien. Et puis, quand les délégués de la Congrégation seront partis, je commencerai à travailler, je chercherai comment concrètement répondre aux attentes.
J'espère pouvoir alors avoir une nouvelle rencontre avec vous et répondre à vos questions. Pour le moment, je n'ai pas de réponses; je ne pourrais répondre que « ça dépendra, de ci, de ça… » Dans le dialogue que nous entretiendrons, j'espère suivre les principes de Ghandi qui a dit que quand nous parlons, il faut d'abord que ce qu'on dise soit vrai, parce que si ça n'est pas vrai, ça n'a pas d'intérêt. En second lieu, ça doit être charitable. Et enfin, ça doit produire quelque chose de bon pour les autres. Ainsi je pense que des nouvelles, même si elles sont vraies mais qu'elles n'apportent rien de bon et créent plutôt des malentendus, ça n'est pas intéressant, que si des nouvelles n'aident pas les gens, elles sont sans valeur.
J'ai l'intention d'être transparent. J'ai appris l'importance de ça en Indonésie, d'un couple qui n'était pas chrétien. Dans un contexte où la peur des esprits mauvais était forte, ce couple a choisi la transparence comme base de sa spiritualité pour se défendre contre les menaces, de sorte que tout le mal qui passait ne laissait pas de trace dans leur vie et que tout le bien qui les touchait, ils pouvaient le passer aux autres. Je pense que c'est une manière de voir symbolique que nous devons garder en tête. La transparence est une attitude qui vise la responsabilité pour le bien des autres, pas pour nous-mêmes. Ainsi, ça n'est pas si important ce que les gens pensent de moi; ce qui est important, c'est le bien pour les autres qui peut venir de moi.
Je suis donc heureux de vous avoir rencontrés et je vous remercie pour le ton positif que j'ai perçu jusqu'à maintenant. Je comprends les difficultés que vous rencontrez dans votre travail et je souhaite que dans l'avenir nous puissions vraiment travailler ensemble. Merci.
Article du journal La Croix (20 janvier 2008)
Cet article, qui provient d'une source extérieure à la Compagnie de Jésus, nous paraît bien présenter à la fois le nouveau préposé général des jésuites et la tâche qu'il a devant lui considérant la situation actuelle des jésuites dans le monde
L'Espagnol Adolfo Nicolas, nouveau préposé général des jésuites
La 35e congrégation générale de la Compagnie de Jésus réunie à Rome a élu samedi 19 janvier à sa tête l'Espagnol Adolfo Nicolas, 71 ans, en remplacement du Hollandais Peter-Hans Kolvenbach
Le jésuite Adolfo Nicolas, à Rome, samedi 19 janvier (Photo Don Doll, Jesuits Order Press Office/AP).
La Compagnie de Jésus regarde à l'Est. En choisissant pour 29e successeur de saint Ignace de Loyola le P. Adolfo Nicolas, un Espagnol qui a passé toute sa vie pastorale en Asie, les 217 délégués jésuites réunis depuis quinze jours en congrégation générale ont montré toute l'importance qu'ils attribuent à ce continent.
C'est en Asie que la Compagnie compte aujourd'hui la moitié de ses vocations. Là aussi que les grandes questions pour l'avenir de l'Église – dialogue avec les grandes traditions religieuses, inculturation, pauvreté – se posent avec une acuité particulière.
Le choix du nouveau « pape noir », ratifié par Benoît XVI avant d'être rendu public samedi 19 janvier, est significatif : le P. Nicolas incarne cette figure du missionnaire telle que la Compagnie veut la promouvoir. 
Homme inclassable, ni "progressiste", ni "conservateur"
Européen parti faire sa théologie au Japon, à 28 ans, il y a été ordonné, et s'est ensuite totalement « inculturé » dans le pays. Son expérience internationale, au Japon donc, mais aussi aux Philippines (où il fut directeur de l'Institut pastoral de Manille), puis comme modérateur de la conférence de l'Asie du Sud-Ouest et Océanie, ses capacités linguistiques – il s'exprime couramment en anglais, espagnol, français, japonais, italien – lui confèrent un profil adapté pour gérer plus de 19 200 jésuites dans le monde…
Le prêtre espagnol faisait partie des favoris avant cette élection. Connu de tous, parce qu'il fut secrétaire de la précédente congrégation générale où ses talents de diplomate et de coordinateur furent appréciés, il présente aussi les attributs romains indispensables à ce poste particulièrement important de l'Église catholique : de 1968 à 1971, il a en effet suivi la théologie à l'Université grégorienne, dans une spécialité – la théologie systématique – considérée comme plutôt « classique ».
Tout ceci en fait un homme inclassable, ni « progressiste » ni « conservateur ». Très ouvert au dialogue avec le monde, il a une expérience de vie avec les plus pauvres, passe très bien auprès des jeunes, dit-on dans sa province, et connaît toutes les difficultés posées par le dialogue interreligieux au plan théologique en Asie. C'est aussi l'homme de gouvernement dont les jésuites ont aujourd'hui besoin, avec une expérience de provincial, mais aussi de gestionnaire d'université ou d'établissement de formation. 
"... autant d'admiration et aussi peu de disciples ?"
Dans son discours d'adieu, après que les délégués ont accepté sa démission lundi 14 janvier, le P. Kolvenbach a expliqué qu'il ne se sentait plus physiquement à même de donner un nouveau souffle à une congrégation « toujours plus fragile ». Cette tâche incombe désormais à son successeur.
L'âge du P. Nicolas – il aura 72 ans en avril prochain – constituera peut-être un handicap. En même temps, son expérience accumulée lui sera d'un grand secours au regard de l'ampleur de sa tâche : la congrégation fait face à une diminution préoccupante du nombre de vocations.
Comme le P. Nicolas le soulignait en décembre dans un entretien réalisé par la lettre d'informations des jésuites australiens, la Compagnie doit aujourd'hui reposer profondément la question de la vie religieuse, et du témoignage donné au plan personnel et communautaire dans le monde. « Comment pouvons-nous susciter autant d'admiration et aussi peu de disciples ? », s'interrogeait-il ainsi avec humour.
Autre défi, réaliser l'unité dans une congrégation tiraillée entre son centre traditionnellement européen et les provinces plus dynamiques de l'Asie et de l'Afrique. Enfin, le nouvel élu devra maintenir la confiance retrouvée avec Rome et le Vatican, qui reste fragile. En effet, dans la lettre qu'il a envoyée cette semaine au préposé général, le pape se félicite de « la contribution de valeur que la Compagnie apporte à l'action de l'Église en divers domaines et de différentes manières », mais demande à ces mêmes jésuites une « adhésion totale à la doctrine catholique ».
Autant de défis qui constitueront le noyau des réflexions auxquelles vont désormais s'atteler les 217 délégués jésuites réunis à Rome. Ces prochains jours, ceux-ci devraient tracer la « feuille de route » du nouveau préposé général.
Isabelle DE GAULMYN, à Rome