EXAMEN ÉCOLOGIQUE (par Joseph Carver, S.J.)
Le but de l'examen écologique consiste à discerner comment Dieu nous invite à une plus grande sensibilité intérieure, à une conversion et à un engagement concret. Les cinq mouvements de l'examen écologique sont parallèles à ceux de l'examen traditionnel.
Nous commençons par une action de grâce et une expression de gratitude pour l'alliance que Dieu nous offre dans le don qu'Il fait de lui-même à travers toute la création.
Deuxièmement, nous demandons spécifiquement que nos yeux soient ouverts par l'Esprit sur la manière dont nous pouvons prendre soin de la création.
Troisièmement, nous révisons les défis et les joies que nous avons expérimentés en en prenant soin, demandant à Dieu : « Comment est-ce que je me suis approché de Dieu à travers sa création aujourd'hui? » Comment avons-nous été invités à répondre à l'action de Dieu dans la création? Y a-t-il une partie de notre relation avec la création qui doit changer?
Quatrièmement, vouloir une conscience claire et vraie de notre péché – que ce soit dans un sentiment de supériorité ou d'incapacité à répondre aux besoins de la création.
Finalement, l'espérance : nous plaçons notre espoir dans l'avenir, demandant une plus grande sensibilité afin d'avoir confiance en la présence de Dieu dans toute la création.
Démarche :
- Toute la création reflète la beauté et les bénédictions qui sont à l'image de Dieu. Où en ai-je pris le plus conscience aujourd'hui?
- De quelles façons ai-je fait, aujourd'hui, un effort conscient pour prendre soin de la création divine?
- Quels défis ou quelles joies ai-je expérimentés lorsque je me suis rappelé(e) le soin que j'ai pris de la création?
- Comment puis-je panser les blessures de ma relation avec la création, dans mon sentiment innommé de supériorité?
- Alors que j'imagine ce que sera demain, je demande la grâce de voir le Christ Incarné dans les liens dynamiques reliant l'ensemble de la création.
Conclure avec la prière de Jésus : Je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée pour qu'ils soient un comme nous sommes un, moi en eux comme toi en moi, pour qu'ils parviennent à l'unité parfaite et qu'ainsi le monde puisse connaître que c'est toi qui m'as envoyé et que tu les as aimés comme tu m'as aimé (Jean 17, 22-23).

Au Québec, le débat fait rage : l'industrie des gaz de schiste, avec le soutien du gouvernement, veut aller de l'avant dans l'exploitation de cette ressource énergétique alors que de nombreux citoyens et groupes de la société civile s'y opposent. Jean Bellefeuille, de la Conférence religieuse canadienne, nous propose ici une réflexion théologique sur ce sujet.

DIEU OU MAMMON ?
LA CRÉATION OU L'ARGENT ?
Mise en situation
Après s'être vanté face à l'Alberta d'être la province du Canada la plus « propre » en terme de gaz à effet de serre ( GES ), voici que le Québec découvre qu'il a un potentiel gazier immense capable de générer une richesse économique qui se chiffrerait en milliards. Du coup le discours gouvernemental comme celui du milieu des affaires fait volte face pour trouver les vertus de l'exploitation gazière en oubliant l'urgence de développer la filière de l'énergie propre par l'éolien, la géothermie, l'énergie solaire, etc.
Les arguments du lobby du gaz sont attrayants :
- On pourrait remplacer le gaz qui vient de l'Ouest par le nôtre qui est plus propre et ne nécessite pas les énergies pour le transporter.
- On peut créer des centaines d'emplois et faire vivre les entreprises des villages où le gaz sera exploité.
- Avec les revenus du gaz qu'on pourrait exporter, on peut financer la santé et l'éducation ;
Mais les objections des écologistes et des citoyens avertis nous mettent en garde :
- Le recyclage des énormes quantités d'eau nécessaires au creusage d'un puits n'est pas au point et ce sont les citoyens et non les compagnies qui devront payer pour que les usines de traitement des eaux usées soient utilisées.
- Les risques de fuite de gaz et des dérivés toxiques (benzène, etc.) vers les nappes phréatiques lors de la fracturation ne sont pas négligeables.
- Les bassins de récupération des produits toxiques utilisés pour la fracturation sont autant de sites de déchets toxiques dont la volatilité de certains polluent l'air et entraînent des maladies au vivant.
- Les redevances dont pourrait jouir l'État pour développer la filière de l'énergie propre ne sont pas au rendez-vous.
Réflexion théologique
Nul serviteur ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l'un et aimera l'autre; ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon
(Luc 16-13)
Mammon, dans la bible, ne désigne pas globalement toutes formes de richesses mais seulement les richesses injustes, produites et acquises abusivement, centrées sur la satisfaction des besoins de l'immédiateté terrestre - sans considération d'aucun Impératif Divin.
Or, l'impératif divin ici c'est que les humains doivent être les gardiens de la Création et non ceux qui la pillent sans considérations des écosystèmes et de l'avenir des générations dont nous sommes responsables. Aujourd'hui, nous ne concevons plus Dieu comme celui qui a mis les humains sur la terre pour la dominer et l'exploiter. Nous concevons désormais la divinité comme la source de la vie, qui promeut des relations de partage entre tous les êtres créés, tant les hommes, les femmes et les enfants que les animaux, les végétaux, les minéraux .1
Dans le cas des gaz de schistes, servir Mammon c'est ne penser qu'à la richesse économique que peut rapporter cette exploitation gazière, sans tenir suffisamment compte des dommages que cette exploitation peut causer à l'air, à l'eau, au sol et aux vivants.
Or, si les humains peuvent apprendre à vivre sans l'énergie fossile et si les gouvernements peuvent se décider à investir dans l'énergie propre, les écosystèmes pour leur part ne pourront pas se remettre facilement des catastrophes qui sont et seront causées par le réchauffement climatique dû au x GES générés par notre consommation à courte vue.
Ce n'est pas parce que des milliards de dollars suscitent notre convoitise que nous devons cesser de veiller à l'intégrité de la Création, à commencer par le vivant dont nous sommes et dont la survie est déjà menacé dans plusieurs parties du monde comme en font foi les trop nombreux reportages sur les inondations, les famines, les sécheresses, les fontes, etc.
Comme l'écrivait justement Jean-François Bissonnette,2 « La vie sur terre n'est pas un buffet de ressources abondantes et inépuisables. La nature est en fait un ensemble de systèmes à l'équilibre délicat, dont notre propre survie dépend, et qui nous impose de facto la limite au-delà de laquelle cet équilibre est rompu. Si la « demande » nous impose ses décrets, c'est bien parce qu'on l'a crée, et qu'on n'a de cesse de la stimuler, en creusant le trou béant de notre désir de marchandises. »
Dieu ou Mammon ?
La Vie ou les marchandises ?
Jean Bellefeuille
CRC Septembre 2010
1 Anne Primaves, From Apocalypse to Genesis. Ecology, Feminism and Christianity. Minneapolis : Fortress Press, 1991, p. 206
2 Le Devoir, 16 septembre 2010, « Ceci n'est pas un buffet »