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Les jésuites au Canada anglais

BIBLIOTHÈQUE DE THÉOLOGIE

Après le 12 janvier 2010
Réflexions et engagement des jésuites

 

 

Déclaration des jésuites d'Haïti,
de leurs collaborateurs (trices) et de leurs amis (es)
à l'occasion de la clôture des journées de prière et de réflexion
pour la commémoration du tremblement de terre du 12 janvier 2010.

 

 

À nos frères et sours Haïtiens et Haïtiennes qui vivent à l'intérieur du pays et à l'étranger,

À nos frères et sours du monde entier, spécialement à ceux qui se sont solidarisés et qui se solidarisent encore avec nous à l'occasion de ce drame,

Aux Responsables politiques (Président de la République, Candidats à la Présidence, Ministres, Secrétaires d'État, Directeurs généraux, Parlementaires, Maires et à tous les autres responsables de l'État),

Aux responsables des Représentations diplomatiques, des Institutions multilatérales, bilatérales, des ONG internationales.

Aux Responsables religieux de toutes les confessions.

À ceux qui détiennent le pouvoir économique dans notre pays et dans le monde,

À nos frères et sours, responsables et membres des organisations qui luttent pour une nouvelle Haïti et pour un monde plus juste.

Nous, les jésuites d'Haïti, nos collaborateurs et amis, nous nous sommes réunis depuis le dimanche 9 janvier au Centre jésuite Pedro Arrupe, à Tabarrre 10, pour prier, communier avec tous ceux qui nous ont laissés et avec ceux qui d'une manière ou d'une autre souffrent encore plus directement des conséquences du drame du 12 janvier 2010. Nous avons également réfléchi sur l'impact et les conséquences du séisme sur notre pays, sur les défis qui se présentent à nous aujourd'hui, sur notre responsabilité individuelle et collective dans la refondation de notre nation etc.

Cet événement a frappé Haïti en plein cour. Nous connaissons déjà les dommages :

Plus de 300 000 Haïtiennes et Haïtiens ont perdu leur vie;

Plus de deux millions de blessés, d'amputés, de déplacés;

1.5 millions de personnes vivent dans des abris de fortune et des tentes dans des conditions inhumaines;

La destruction d'une grande partie des infrastructures religieuses, politiques, économiques, sociales (éducation, santé) de la capitale et des départements de l'Ouest et du sud-est; avec des retombées sur l'ensemble du pays;

Toute la nation en sort traumatisée.

Les conséquences sont énormes pour notre pays :

La paralysie d'une économie déjà moribonde;

L'effondrement des structures déjà inopérantes de l'État;

Le dysfonctionnement de nos institutions économiques, sociales, religieuses;

L'augmentation des flux migratoires vers les pays voisins;

Le chômage et le désespoir surtout chez nos jeunes;

La montée de la pauvreté, spécialement chez les classes populaires et la classe moyenne.

Nos maux séculaires, l'exclusion sociale, la misère, l'ignorance, se sont aggravés.

Ce drame n'est nullement une malédiction de Dieu, ni le châtiment du Très-Haut pour les péchés individuels et collectifs des Haïtiens et Haïtiennes. Car notre Dieu, le Dieu des chrétiens, est essentiellement le Dieu de la Vie, le Dieu Libérateur, plein de Tendresse et de Miséricorde. Le Dieu qui respecte la liberté des hommes et des femmes qu'Il a créés. Ce drame est certes en partie la conséquence de la situation biogéographique de notre pays; mais il est surtout le résultat de l'irresponsabilité et de la négligence séculaires des responsables de l'État, de l'égoïsme de nos élites, du manque de conscience citoyenne de nous tous.

Certes il nous faut pleurer nos morts, communier avec eux, nous solidariser avec ceux qui souffrent, nous donner la main dans le malheur! Mais il nous faut surtout en tant que peuple saisir cette opportunité pour grandir, chercher les voies qui nous mènent à la construction d'une terre haïtienne nouvelle, aux dimensions des luttes de nos ancêtres, de nos espoirs et de nos rêves aujourd'hui.

Le tremblement de terre du 12 janvier 2010 ne doit pas et ne peut pas sonner le glas de notre nation, au contraire c'est l'opportunité qui nous est offerte pour construire enfin un avenir meilleur. Pour cela, en ce jour où nous commémorons ce drame, nous invitons solennellement :

Nos frères et sours Haïtiens et Haïtiennes qui vivent à l'intérieur du pays et à l'étranger à renforcer leur conscience citoyenne et à inventer des mécanismes efficaces en vue de construire une nouvelle Haïti.

Nos frères et sours du monde entier, à continuer la mobilisation pour aider Haïti, dans le respect et au moyen d'une solidarité sincère, à sortir de l'impasse et à créer une nation libre, prospère, vivant enfin dans la dignité.

Les responsables politiques (Président de la République, Candidats à la Présidence, Ministres, Secrétaires d'État, Directeurs généraux, Parlementaires, Maires et tous les autres responsables de l'État) à mettre de côté les intérêts personnels pour défendre enfin les intérêts supérieurs de notre pays, à créer un État fort, souverain, au service de la Nation, garant du développement socio-économique, de l'inclusion de tous les fils et de toutes les filles de cette terre.

Les responsables des représentations diplomatiques, des Institutions multilatérales, bilatérales, des ONG internationales à dépasser les mécanismes classiques de la coopération internationale qui n'ont généré que sous-développement et plus de pauvreté, pour développer enfin, dans la justice, le respect et la dignité, une coopération sincère et féconde, qui aide réellement Haïti.

Les responsables religieux de toutes les confessions, à travailler ensemble, au-delà de leurs différences, au service de l'homme haïtien; à aider cet homme à se mettre debout, à vivre dans la liberté et la dignité, selon la volonté de notre Dieu. « La gloire de Dieu, c'est l'homme vivant » disait saint Irénée.

Tous ceux qui détiennent le pouvoir économique dans notre pays et dans le monde, à prendre conscience de leur grande responsabilité dans le développement d'Haïti, à chercher à apporter une contribution sincère, réelle et significative dans la recherche de solutions appropriées aux graves problèmes socio-économique de ce pays.

A nos frères et sours, responsables et membres des organisations qui luttent pour une nouvelle Haïti et pour un monde plus juste, à continuer la lutte, à travailler ensemble, main dans la main, pour construire une société civile haïtienne forte, seule garante de la démocratie et du progrès dans notre pays.

Que vive Haïti! Que renaisse enfin notre pays!

 

 

 

La Cellule de Réflexion et d'Action Nationale des Jésuites et de la Société civile (CRAN) prend position face à la Conjoncture actuelle

 

La conjoncture que vit le pays d'Haïti actuellement est d'une très grande gravité :

•  Les acteurs politiques nationaux et internationaux semblent plus préoccupés par les luttes de pouvoir que par une recherche sincère et patriotique de solutions aux graves problèmes que confronte la société haïtienne

•  Le pays reste profondément divisé sur la transition politique et les enjeux électoraux : départ ou non du Président de la République le 7 février 2011, annulation ou non des élections du 28 novembre 2010, nécessité ou non d'un second tour des élections, la crédibilité du Conseil Électoral Provisoire (CEP) etc.

•  L'ingérence intolérable de la Communauté Internationale dans les affaires internes d'Haïti.

•  L'impossibilité pour les principaux acteurs politiques d'engager un vrai dialogue et de véritables négociations autour des intérêts supérieurs de la Nation

•  La montée de l'impunité, de la violence sociale et politique avec parfois pour cible l'institution policière; résultat du dysfonctionnement des institutions étatiques, notamment du système judiciaire.

Face à cette situation difficile, la Cellule de Réflexion et d'Action Nationale des Jésuites et de la Société civile (CRAN) se sent profondément préoccupée. Elle ne dispose pas de solutions miracles, susceptibles de faire l'unanimité ou de satisfaire toutes les parties. Toutefois, fidèle à ses options, elle lance un appel patriotique à tous les citoyens et à toutes les citoyennes d'Haïti, notamment aux principaux acteurs de la crise actuelle : le Gouvernement au pouvoir (Président de la République et hauts responsables de l'État), les candidats à la présidence et aux élections sénatoriales et législatives, aux partis politiques, aux membres du Conseil Électorale Provisoire (CEP) etc. La CRAN tient à rappeler à tous et à toutes, les grands principes démocratiques, les valeurs fondamentales, humaines et éthiques, qui doivent guider les comportements au sein de cette crise que vit notre pays :

•  L'amour profond et sincère pour son peuple, spécialement pour les secteurs sociaux les plus vulnérables.

•  La volonté réelle de chercher des solutions rapides et efficaces aux nombreux problèmes urgents de la population tels que : la vie infrahumaine sous les tentes, l'épidémie de choléra, le rapatriement massif de nos compatriotes par les gouvernements des États-Unis d'Amérique du Nord et de la République Dominicaine, l'urgence de reconstruire un pays dévasté par les catastrophes naturelles, l'extrême pauvreté et l'irresponsabilité des élites dirigeantes etc. Ces problèmes sont souvent oubliés au profit des luttes stériles et interminables pour le pouvoir

•  Le sens du dialogue, de la négociation et de l'écoute qui est preuve de patriotisme et de maturité politique et sans lequel le vivre-ensemble n'est pas possible; c'est la loi de la jungle. Il est temps de mettre de côté tout nationalisme théorique et folklorique au bénéfice d'un engagement citoyen authentique.

•  L'honnêteté, la magnanimité, le respect de l'autre et l'humilité comme vertus indispensables à la réalisation d'un dialogue vrai et constructif

•  Le droit et le devoir pour tous et pour toutes de participer à la chose publique, de promouvoir le bien commun au moyen d'une participation citoyenne effective à des élections véritablement honnêtes et transparentes

•  La non-violence active comme stratégie de lutte politique, à la place des formes violentes de lutte telles que le «Père Lebrun», le «déchoukaj», l'usage d'armes à feu etc. Ces procédés n'engendrent que de la violence et engoncent davantage notre pays dans la misère et la désolation.

•  La souveraineté nationale, l'autodétermination d'un peuple sont des principes sacrés qui ne s'accommodent guère de l'ingérence étrangère qui humilie et avilit.

Puisse Haïti, notre pays à tous et à toutes, être un jour à la hauteur des prouesses des Pères de la Nation et s'engager définitivement sur la voie de la liberté, de la dignité et du progrès.

 

Pour la Cellule de Réflexion et d'Action Nationale (CRAN) : Février 2011

R. P. Kawas François, jésuite
Coordonateur de la CRAN
R. P. Wismith Lazard, jésuite
Directeur National du Service Jésuite aux Réfugiés et Migrants

Professeur Amary Joseph Noël,
Coordonnateur de la Confédération des Haïtiens pour la Réconciliation (CHAR)