Communautés – Centre Vimont
Comme contribution à ce numéro de COMPAGNONS, le Centre Vimont a laissé la plume à un jubilaire unique, le P. Jean-Marie Rocheleau, 93 ans, toujours en forme à tous points de vue…
75 ans de vie religieuse : qu'est-ce à dire?

C'est en 1935 qu'à 17 ans j'entrais au noviciat au Sault-au-Récollet. Nous étions alors 35 novices en 1 ère année, dont je suis le seul survivant. Nos anciens de 2 e année étaient aussi nombreux. On était encore au temps de la crise économique, mais sûrement pas encore de la crise des vocations. Nous étions tous sous la direction d'un guide très expérimenté, le P. Guido Leclaire J'ai suivi le cours régulier de la formation jusqu'à la prêtrise en 1948 et les derniers voeux en 1951. Suivirent quelques années d'expériences pastorales qui me conduisirent en 1955 au Gesù alors que le ministère des confessions y était encore florissant avant la révolution tranquille.

C'est au Gesù qu'en 1946 le P. Rolland Boyle avait fondé Radio-Sacré-Coeur. Il avait aménagé son studio d'enregistrement au 3 e étage de la tour nord. Le programme de radio de 15 minutes comprenait une causerie spirituelle de 7 à 8 minutes suivis d'un chant exécuté par une chorale. Chaque émission était enregistrée et multipliée par notre technicien-expert, le P. Gaston Bilodeau, de façon à ce que le même programme passe partout le même jour.
En 1954 le Père Vincent Colozza devint directeur du programme et m'invita à participer aux émissions. Quand sa santé flancha, je fus appelé à le remplacer. J'eus le bonheur d'assister avec lui à l'expansion de l'œuvre : une diffusion sur 42 stations de radio, de l'Ouest canadien aux Maritimes. On invitait de nos pères du Québec ou de l'étranger à enregistrer des causeries spirituelles. En 1956 paraissait l'encyclique de Pie XII sur le Sacré-Cœur. Pour présenter ce document magistral on demanda au cardinal Léger de donner à la radio la neuvaine au Sacré-Cœur. Il accepta de bonne grâce, tout en confiant à un théologien chevronné de Valleyfield, le P. Gilles Langevin, de préparer un texte pour chaque jour de la neuvaine. Puis le cardinal présenta les causeries avec son brio accoutumé. Mais l'arrivée de la télé exerçait une concurrence de plus en plus forte au point qu'à la fin de 1966 on décida de cesser les émissions. Radio Sacré-Cœur avait duré 20 années.
En janvier 1967, je quittais le Gesù pour le Centre Vimont. Là sera mon pied à terre dans l'intervalle des retraites aux communautés religieuses. En janvier 1969, j'étais appelé à donner une retraite de 30 jours. Je ne savais pas encore que ce serait mon principal ministère. J'en donnerai jusqu'à trois par année jusqu'au 70 e , à la Villa Saint-Martin en 2008. Après chacune des retraites, je revenais à mon havre de paix, le Centre Vimont. Ce qui m'a permis de durer 42 ans dans ce ministère.
Le Centre Vimont vient de recevoir sa mission : être ni plus ni moins l'hôtellerie de la Province. La résidence du Collège Brébeuf hébergeait dans les bonnes années une quarantaine de jésuites. Plusieurs parmi nous y ont fait une ou plusieurs années d'enseignement. Maintenant voici qu'arrivent ici des étudiants jésuites de différents pays : d'Europe, d'Afrique, d'Haïti. Et des professeurs en année sabbatique comme le Père Christof Theobald qui, il y a 2 ans, a écrit chez nous son volume magistral sur l'accueil fait au Concile Vatican Il. L'an dernier, un jésuite suisse venait y refaire sa santé. Le Centre Vimont serait-il un peu comme notre villa de repos? On apprécie le climat très calme de la maison et l'environnement paysager assez exceptionnel qui favorisent aussi bien le travail que le repos. L'intérieur est vaste et silencieux tandis qu'à l'extérieur on se croirait à la campagne tellement on est protégé du bruit des rues car la résidence est entourée d'arbres et même d'un vaste boisé.
Bienvenue au Centre Vimont, donc, le Béthanie des jésuites canadiens!
Jean-Marie Rocheleau, S.J.