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Les jésuites au Canada anglais

BIBLIOTHÈQUE DE THÉOLOGIE

Relations interprovinciales – JCSIM

Au Texas :
des jésuites à la frontière

Fin mars, Marco Veilleux, délégué du Provincial pour l'apostolat social, et Pierre Bélanger, S.J., représentant du Bureau des missions pour l'Apostolat international, se sont rendus à El Paso, au Texas, pour la réunion bi-annuelle de JCSIM. Marco nous parle de ce comité et de l'accueil que Pierre et lui y ont reçu.

El Paso avait été choisi à cause de sa proximité avec la ville frontalière, malheureusement célèbre, de Ciudad Juarez. C'est la ville qui a eu plus haut taux d'homicide au monde depuis environ deux ans. Marco Veilleux nous donne ici quelques échos de cette rencontre éminemment intéressante; Pierre Bélanger a pris les photos.

Du 22 au 25 mars dernier, à El Paso (Texas), j'ai participé – en compagnie de Pierre Bélanger, S.J. – à la réunion du JCSIM (Jesuit Commission on Social and International Ministries), une instance de la Conférence jésuite des États-Unis. Nous sommes invités chaque année à ces rencontres à titre d'observateurs. Deux personnes représentaient également la Province du Canada anglais : Peter Bisson, S.J., et Jenny Cafiso. C'est l'occasion d'échanger avec nos confrères et consœurs étasuniens qui œuvrent dans le champ de l'apostolat social et international. Il y a là un signe important de communion dans une mission jésuite commune qui dépasse les frontières. Mary Baudouin qui, cette année, organisait la réunion, occupe un poste semblable au mien : elle travaille un jour et demi par semaine à l'Institut de recherche sociale de sa Province (associé à l'Université Loyola de la Nouvelle-Orléans ) et, le reste de son temps, elle est déléguée à l'apostolat social pour la Province de Nouvelle-Orléans.

Une journée complète de notre réunion s'est tenue à la paroisse des jésuites, fondée 1893 au cœur d'El Paso (ville située juste en face de Cuidad Juarez, au Mexique). C'est là que vit une communauté d'une dizaine de jésuites. La paroisse est hispanophone. Elle est située à quelques pâtés de maison de la frontière. Beaucoup de mexicains sans-papier ou en situation précaire la fréquentent. Ils y trouvent un lieu d'appartenance et d'accueil inconditionnel. En plus de la vie sacramentelle et liturgique, on y trouve une foule de service : dépannage alimentaire, éducation aux droits, soutien aux démarches de régularisation, enseignement de l'anglais langue seconde, bureau de placement, animation spirituelle et sociale des jeunes et des familles, « advocacy », etc. Par exemple, la paroisse s'est engagée dans la défense des « pauvres » de ce quartier défavorisé lorsque la ville d'El Paso a voulu lancer un projet de « revitalisation » qui allait générer des impacts très négatifs sur ces populations fragiles.

C'est à la paroisse que nous avons pu entendre le délégué à l'apostolat social de la Province du Mexique, Sergio Cobo, S.J., qui était invité pour l'occasion et nous a fait un excellente présentation de la situation politique de son pays : force des cartels de la drogue, corruption (qui atteint même des franges de l'Église mexicaine) et échec de la politique de lutte au trafic de la drogue du gouvernement Calderón.

Dans l'après-midi, nous avons visité la Villa Maria , un refuge pour femmes en difficulté, fondé par la paroisse, qui est tenu par les Sœurs de Loretto. Par la suite, avec un guide, nous avons fait une visite de quelques points stratégiques de la frontière. Ce fut une confrontation troublante et émouvante avec cette terrible réalité, symbole d'un monde divisé entre les « riches » et les « pauvres ». Symbole aussi d'un système économique et politique qui a ouvert les frontières pour les capitaux et les marchandises avec les accords de libre échange, alors qu'au même moment, la frontière a commencé à se refermer pour les personnes.

Les États-Unis sont le principal marché de consommation de drogues au monde, d'une part, et le principal exportateur d'armes, d'autre part. Les cartels du Mexique exportent la drogue et achètent des armes pour assurer leur régime de terreur dans la société mexicaine. Et les Mexicains des classes populaires, pris en otages par cette situation de violence et la dégradation socioéconomique qui en découle, cherchent à s'enfuir aux États-Unis ou, du moins, à y travailler pour améliorer leur sort. La société américaine a besoin de cette main d'œuvre « bon marché », mais refuse de lui reconnaître des droits. La frontière entre El Paso et Juarez devient le symbole de ce système d'exploitation profondément « désolant » qui génère aussi une véritable « industrie de la répression » frontalière. À tous les 200 ou 300 mètres le long de la clôture qui sépare les deux pays, on rencontre un 4 x 4 de la « Border Patrol », le corps policier qui comprend le plus d'agents aux États-Unis.

Malgré tout, cette rencontre a été une occasion de profonde « consolation » en termes d'ouverture à une vision plus large de l'engagement pour la justice dans la Compagnie universelle mais, surtout, en termes de rencontre d'authentiques témoins d'une Église « à la frontière ».

Marco Veilleux
Délégué à l'apostolat social
mveilleux@jesuites.org