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Les jésuites au Canada anglais

BIBLIOTHÈQUE DE THÉOLOGIE

Dans le cadre des 10e Journées sociales du Québec, deux personnalités de notre Province, engagées dans le champ de la justice social, ont été particulièrement mises en lumière.

 

Prix des Journées sociales du Québec 2011
décerné à Élisabeth Garant,
directrice du Centre justice et foi et de la revue Relations
 

Du 3 au 5 juin dernier, se sont tenues, à Valleyfield, les Journées sociales du Québec. Dans le cadre de ce rassemblement, un prix est toujours décerné à une personnalité qui a contribué, par son engagement et son leadership, à la cause de la justice dans la société et dans l'Église. Cette année, le Prix des Journées sociales du Québec honore madame Élisabeth Garant.

Après avoir été coopérante en Haïti – pays et peuple pour lesquels elle gardera un fort attachement – madame Garant a été, de 1984 à 1988, animatrice nationale de Jeunesse du monde, un organisme d'éducation qui a contribué à ouvrir tant de jeunes aux enjeux de la solidarité internationale. En 1988, dans le cadre d'un projet avec une équipe de la Société des Pères des missions étrangères, elle s'installe au Japon pour 6 ans où elle participe à la fondation d'un comité de solidarité avec les travailleuses et travailleurs étrangers dans les villes de Kawasaki et de Yokohama. Elle s'investit également dans l'accompagnement des jeunes mères et dans la création d'une maison pour femmes victimes de violence. Ces années au Japon la plongent dans une profonde expérience d'ouverture à la différence culturelle et religieuse, racine de sa passion pour le dialogue interreligieux, la solidarité avec les personnes migrantes et l'ouverture au pluralisme.

De retour au Québec au milieu des années 1990, Élisabeth Garant s'engage au Centre justice et foi, organisme sous la responsabilité des Jésuites, où elle prend la charge du secteur Vivre ensemble qui est consacré aux enjeux de l'immigration, de la protection des réfugiés et de la diversité religieuse et culturelle dans notre société. Elle y développe une expertise reconnue et recherchée autant dans l'Église que dans le monde séculier. Elle devient également responsable du Service pour les réfugiés et les migrants de la Province jésuite du Canada français et, à ce titre, œuvre au sein du réseau international des Jésuites. Au fil des années, elle participe activement à différentes instances de l'Église et de la société civile, dont le Comité des rapports interculturels et interreligieux de l'Assemblée des évêques catholiques du Québec, la Commission des affaires sociales de la Conférence des évêques catholiques du Canada (où elle contribue, entre autres, à la rédaction d'une importante lettre de l'épiscopat sur l'accueil des immigrants et la protection des réfugiés), la Table de réflexion sur le fait religieux du ministère de l'Éducation du Québec, l a Ligue des droits et libertés du Québec, la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes du Québec, le Conseil canadien des réfugiés, etc.

Après une année sabbatique où elle complète une maîtrise en service social, Élisabeth Garant devient, en décembre 2007, directrice générale du Centre justice et foi et de la revue Relations – poste qu'elle occupe toujours. Elle fait ainsi l'histoire en tant que première et seule femme directrice d'un centre jésuite d'analyse sociale à travers le monde!

Travailleuse infatigable, fine analyste de la question sociale, passionnée des droits humains, de la cause des femmes et de la solidarité avec les plus vulnérables, Élisabeth Garant continue de contribuer à l'édification d'une société et d'une Église plus justes, plus accueillantes et plus solidaires.

Marco Veilleux
Comité des JSQ 2011
Valleyfield, 4 juin 2011

 


 

GUY PAIEMENT, FABRIQUANT D'ESPÉRANCE
Hommage dans le cadre des 10e Journées sociales du Québec

On a dit de lui qu'il était un prophète. Il l'était sans l'ombre d'un doute. Prophète aux deux pieds plantés dans le terreau québécois, mais tout entier attentif aux signes des temps.

Des signes qu'il savait saisir, interpréter, discerner. Pour aller à la fois plus loin et plus profondément.

De la foi, il disait qu'elle devait avoir de la terre après les pieds. Autrement dit, ce n'est pas dans les sphères éthérées, aseptisées et inaccessibles que se trouve le Souffle, mais dans les ruelles, malodorantes parfois et souvent mal éclairées, où se fait la rencontre avec l'Autre.

Guy Paiement a vécu dans la Lumière. Il en a créé. Il en a distribué.

Sa foi dans l'humanité n'avait d'égale que sa confiance dans le Souffle.

Avec lui, l'ombre n'existait pas. La clarté l'habitait.

Dans le verbe, dans l'acte, dans la conviction.

A-t-il déjà douté? Peut-être. Comme nous tous en somme. Mais jamais le doute n'a-t-il chez lui constitué un obstacle pour continuer la route. Jamais le doute, s'il l'a expérimenté, ne l'a empêché de nourrir une foi sans faille dans l'avenir de l'humanité. Un avenir dont il était par ailleurs convaincu qu'il fallait s'en emparer à bras le corps pour qu'il soit à la hauteur des attentes.

Il faut donner des mains à l'espérance, disait-il. Autrement dit, il faut prendre le réel par les épaules et travailler à le transformer ainsi que nous intiment de le faire nos solidarités.

Les solidarités de Guy Paiement étaient toutes situées du même côté. Du côté des exclus, des démunis, des humiliés, des laissés pour compte, des petites gens, des résistants. Du côté des allumeurs de rêve aussi.

Il sentait les choses qui devaient, qui allaient advenir.

Il les découvrait là où personne ne les attendait. Il savait les nommer, les faire connaître, les partager. Il fut un extraordinaire prospecteur de sens.

Il fallait l'entendre discuter avec fougue de ce qu'il fallait faire, décrire les sentiers dans lesquels il fallait s'engager. Déteignaient alors sur l'assemblée des tisons échappés de son feu intérieur, un feu sacré qui l'habitait et lui conservait cette jeunesse de cœur et de pensée qui ne manquait pas d'en étonner plusieurs.

Dans un monde où ce sont trop souvent, pour notre malheur, les moineaux qui font recette, il était un aigle, dominant par l'intelligence, bien sûr, mais aussi – et surtout – par l'amour. L'amour dont saint Paul dit que sans lui, nous ne sommes rien que des cymbales qui résonnent creux. C'est ce qu'on a entendu à ses funérailles.

On ne pouvait imaginer Guy Paiement autrement que debout. Même si les derniers mois lui furent difficiles, pénibles même, il continuait de se tenir droit comme un chêne, le corps et la pensée unis dans cette même posture.

On ne pouvait imaginer davantage Guy Paiement les bras baissés.

Il revenait constamment à la résurrection, dont il rappelait le sens profond : se remettre debout. C'est-à-dire se relever. C'est-à-dire reprendre le combat. C'est-à-dire ne jamais abandonner. C'est-à-dire cultiver l'espérance et l'entretenir, la nourrir afin qu'elle ne meure point. Car sans espérance, il n'est pas d'horizon. Et sans ouverture sur l'horizon s'installent le repli, la réduction, l'abandon, la défaite. Il nous a quittés le jour de Pâques. Un signe. Un sens.

Dans l'un de ses derniers textes, il soulignait qu'il s'en trouvait plusieurs en attente d'un avenir autre. « Il y a là un chemin à explorer car cette attente suppose non seulement le deuil de ce que nous avons connu, mais surtout l'attention créatrice aux signes de l'Esprit qui s'épèlent un peu partout dans les consciences et les événements de notre monde  », a-t-il écrit dans les Actes de la commission Emmaüs.

Dans la bouche de Guy Paiement, on retrouve inlassablement les mêmes mots, qui représentent le voyage, l'aller vers un ailleurs : chemin, route, sentier, marche, trajectoire, exploration. Il y est tout entier.

En mouvement, jamais statique. En recherche, jamais satisfait.

À celles et à ceux qui ont eu le privilège de militer avec lui, il aura laissé la passion de l'écoute, le devoir d'indignation, le goût de l'action et l'espérance en partage.

Michel Rioux
Comité organisateur des JSQ 2011
Valleyfield, 5 juin 2011