Mon ordination comme prêtre dans l'Église :
un pas qui alimente des rêves

La plus récente ordination dans la Province jésuite du Canada français et d'Haïti s'est déroulée en Haïti, comme bien souvent ces dernières années. Le diacre qui recevait l'ordination sacerdotale était Lissaint Antoine; il venait de terminer ses études de théologie faites à Ottawa et à Québec. Lissaint retourne donc dans son pays où il collaborera de diverses manières au travail du Service jésuite des réfugiés – Haïti. Il se donnera aussi à son peuple à travers son service sacerdotal.
Le site internet des jésuites d'ici présente un reportage sur la célébration et la fête de l'ordination sacerdotale de Lissaint Antoine ( www.jesuites.org/lissaint_antoine_pretre.htm ) sous la plume de notre correspondant en Haïti, Emmanuel Saint-Hilaire, S.J. Pour vous, nous avons plutôt demandé à Lissaint lui-même de s'exprimer sur son expérience, sur la manière dont il voit sa vie de jeune prêtre, dont il voit son avenir comme prêtre haïtien.
Le 20 novembre 2010, j'ai été ordonné prêtre dans la Compagnie de Jésus et pour l'Église, et le lendemain, 21 novembre, j'avais présidé ma première messe à la Cathédrale Saint-Jacques et Saint-Philippe de la ville de Jacmel. Plus de deux mois après ces deux événements qui, certainement, marquent un tournant décisif dans ma vie comme chrétien et comme jésuite, quel témoignage puis-je rendre?
D'abord, je dirai que j'ai vécu avec beaucoup d'intensité non seulement ces deux jours, celui de l'ordination et celui de la « première messe », mais aussi les jours précédents et surtout les semaines qui ont suivi : tout cela a été pour moi une période d'action de grâce. Oui, j'ai vécu tous ces jours en état d'action de grâce à Dieu qui a suscité en moi le désir d'être serviteur de la mission de son fils Jésus Christ. Je les ai vécus aussi dans des sentiments de sincère gratitude envers tous ceux et celles qui m'ont soutenu par leurs prières et leurs conseils durant mes quatorze années de formation. En ce sens, j'ai eu le goût de faire mienne l'exhortation, faite par l'apôtre Paul aux chrétiens de Colosse, de rendre sans cesse grâce à Dieu le Père qui nous a rendu capables d'avoir part, dans la lumière, à l'héritage du peuple saint (un texte lu à la deuxième lecture de ma première messe). C'est pourquoi durant les quatre semaines qui suivent mon ordination, j'ai répondu avec joie à toutes les invitations que différents groupes et diverses communautés m'avaient faites pour aller célébrer avec eux. Que ce soit avec la communauté chrétienne qui se réunit à la chapelle Notre-Dame de la Porte du Ciel de Delmas 19 (Port-au-Prince), les fidèles qui vivent sous les tentes au camp de Henfrasa (Delmas 33), la paroisse de Saint-Jean-Baptiste à la Vallée-de-Jacmel (où habite une partie de ma famille) et les fidèles de la chapelle Saint-Clément à Brésilienne, mon village natal, en toutes ces occasions j'ai expérimenté ce même désir de rendre grâce à Dieu.

En deuxième lieu, je peux affirmer que je vis mon ordination comme un pas qui alimente des rêves. Oui, des rêves pour mon Église et pour l'exercice du ministère presbytéral! Si rêver, c'est laisser nos désirs et nos espoirs prendre place dans notre manière de voir la réalité, avoir des rêves pour l'Église, c'est oser regarder plus loin, aller au-delà de la situation actuelle de l'Église en Haïti et dans le monde. Comme jeune prêtre, cela implique pour moi un engagement à travailler pour qu'une autre façon de faire, d'être et de vivre en Église puisse émerger. Comme je l'avais fait le jour de ma première messe, j'aimerais partager avec vous, l'un de mes rêves pour l'Église et pour l'exercice du ministère pastoral.

Ce rêve pour l'Église, c'est de la voir plus attentive à vivre davantage ce qu'elle enseigne . Autrement dit, j'aimerais sentir que, comme Église, nous intégrons réellement dans notre manière d'agir cette formule que l'évêque prononce en remettant l'évangéliaire aux nouveaux ordonnés : « Sois attentif à croire à la Parole que tu liras, à enseigner ce que tu as cru, et à vivre ce que tu auras enseigné ». Il est vrai qu'il s'agit là, comme me l'avait souligné un responsable de formation, d'un idéal vers lequel on tend. Cependant, je crois que c'est aussi un appel à la cohérence. Il ne s'agit pas seulement de rechercher la cohérence entre notre enseignement et notre manière de vivre, mais aussi entre le message évangélique et l'interprétation que nous en faisons. En d'autres termes, comme Église, nous avons besoin de pasteurs cohérents, soucieux de rendre témoignage de leur foi dans le quotidien de leur vie et aussi capables de réactualiser leur réflexion théologique. Cela dit, nos pratiques et nos lois ecclésiales doivent être en accord avec les lois de l'amour miséricordieux du Père qui nous est révélé en son Christ Jésus.
Évidemment, ce rêve, comme tout autre, est en partie une « vision de l'esprit ». Nous tendons souvent à croire que si l'Église était comme nous l'imaginons, il serait plus facile pour nous de vivre la radicalité de la foi évangélique. Or, dans l'Évangile, les paroles que Jésus utilise pour exprimer ses propres rêves pour la construction du Royaume de son Père sont remplies d'images provocantes et même choquantes pour ses disciples. Ce sont des images fortes qui nous interrogent nous aussi, chrétiens et chrétiennes de notre époque. Cependant, aujourd'hui encore, ce sont ces mêmes paroles et ces mêmes images qui viennent nous déranger dans nos conceptions les plus achevées de l'Église. Elles agissent comme des aiguillons qui nous poussent à vouloir ouvrir les fenêtres au souffle de l'Esprit. Ainsi, grâce à ces paroles vivifiantes de Jésus, en tant qu'Église qui chemine vers la plénitude du règne de Dieu, nous pouvons sentir encore ce souffle dynamisant qui peut renouveler nos énergies.
Oui, c'est dans cet esprit que je désire que Dieu m'accorde sa grâce pour exercer mon ministère sacerdotal dans l'Église.
Lissaint Antoine, S.J.
lisantoine@hotmail.com
Le 20 novembre dernier, à Port-au-Prince,
le jésuite Lissaint Antoine a été ordonné prêtre
par Mgr Gontrand Décoste, S.J.

Source de consolation et d'espérance
Au terme d'une cérémonie joyeuse, sous les douces résonnances des instruments, Lissaint Antoine, ce fils de La Brésilienne (nom d'une section de la commune de Bainet, dans le département du Sud-est d'Haïti), né le 27 mai 1973, a été ordonné prêtre par son Excellence Monseigneur Gontrand Décoste. En recevant ce sacrement, le nouveau prêtre de la Compagnie de Jésus a enfin intégré l'ordre du presbytérat, après un long parcours qui l'a conduit respectivement du noviciat à Panama, aux études de philosophie au Nicaragua et au Guatemala, à la régence à Ouanaminthe (Haïti) puis à la théologie à Québec et à Ottawa.
La cérémonie était simple mais empreinte d'émotion pour l'ensemble des participants, et plus particulièrement pour Lissaint dont Dieu salua l'entrée dans le sacerdoce ministériel. Tout au long de l'homélie, en écoutant l'évêque qui racontait l'une ou l'autre anecdote qui semblait amuser tout le monde, la famille de l'ordinand le surveillait du coin de l'œil avec un sourire à peine visible. Sans nul doute, sa maman qui n'y était pas présente, en ce moment, était assise sur sa galerie à La Brésilienne en train de penser à son fils qui a passé plus de la moitié de sa vie hors de sa famille et de sa ville natale.
Au cours de son homélie, l'évêque de Jérémie s'est arrêté principalement sur le texte « Mis avec le Fils » (une expression qu'utilisa saint Ignace, dans son Récit du Pèlerin ,n o 96), devise choisie par le jeune prêtre. Mgr Gontrand retiendra que le seul critère qui détermine ce qu'est un bon prêtre, après l'événement du 12 janvier, c'est que le prêtre doit être un homme de foi et d'espérance, un envoyé, qui est mis avec le Fils pour annoncer l'Evangile à ce peuple meurtri.
Toujours dans le cours de son homélie, Mgr Gontrand Décoste a invité le nouvel ordonné à vivre le dur devoir de vivre en Haïti avec beaucoup d'espérance et de l'accueillir avec joie : « Lissaint, étant mis avec le Christ-Serviteur, aujourd'hui, tu deviens l'un de ces hommes que Dieu envoie au milieu du peuple haïtien pour le servir avec joie ». Ainsi, inspiré par cette figure du Christ-Serviteur, le jeune prêtre jésuite va donner le témoignage de l'Évangile apporté aux hommes.
La célébration terminée, le nouvel ordonné n'a pas manqué d'exprimer toute sa joie. Tout ému, il remercia Dieu, sa famille, les jésuites et tous les invités ; et leur demanda de prier pour lui et pour l' Église.
Après cette journée d'allégresse , le lendemain du 20 novembre, le jeune prêtre accompagné du P. Jean Marc Biron, Provincial des jésuites du Canada Français et d'Haïti, de Miller Lamothe, délégué du Provincial pour la formation, et de quelques autres jésuites, a célébré sa première messe à la Cathédrale Saint-Philippe et Saint-Jacques de Jacmel. Cette journée fut pour nous un moment de grandes retrouvailles dans ce département hospitalier. Ce fut l'occasion pour nous, jésuites, de partager avec des gens qui ne savaient pas grand chose de la Compagnie de Jésus. Nous avons mangé ensemble et pu parler de notre spiritualité, de notre vie jésuite et de l'Eglise ; nous avons pu le faire sans se centrer sur les problèmes socio-politiques du pays qui sont trop souvent pour nous sujets de désolation. En somme, la célébration d'ordination et la première messe de Lissaint ont été vraiment sources de consolation et d'espérance pour plus d'un.
Depuis son ordination, Lissaint Antoine collabore au Service jésuite des réfugiés.
Emmanuel. Saint Hilaire, S.J.
Voici quelques photos de cette célébration, source de joie non seulement pour les jésuites, mais pour toute l'Église d'Haïti. Lissaint se met au service de son peuple à un moment difficile de son histoire. Il le fait avec la grâce de Dieu et le soutien de ses proches comme de tous les jésuites de sa Province.