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Les jésuites au Canada anglais

BIBLIOTHÈQUE DE THÉOLOGIE

Jean-Marc Biron : le prochain Supérieur Provincial

Le supérieur général de la Compagnie a nommé le père Jean-Marc Biron, SJ comme prochain provincial des jésuites du Canada français et d’Haïti, charge qu’il assumera à compter de cet été. Jean-Marc est né à Trois-Rivières et y a été ordonné prêtre diocésain en 1967, après des études de théologie à Trois-Rivières et à l’université Laval. Il a ensuite exercé son ministère dans diverses paroisses, dont 11 années à la paroisse de l’Assomption de Shawinigan où il fut curé de 1977 à 1988. Un an après un stage de ressourcement spirituel au Centre Manrèse (1988-1989), il est entré au noviciat de la Compagnie de Jésus. Depuis, il a été entre autres directeur du Centre justice et foi (1994-1997; 2001-2007), maître des novices (1998-2007) et directeur du Centre de spiritualité Manrèse (depuis 2008). Pierre Bélanger l’a interviewé pour nous le faire connaître.

 

Jésuites Canadiens – Vous avez été prêtre diocésain avant de devenir jésuite. Parlez-nous du cheminement qui a permis ce passage.

Jean-Marc Biron – J’ai été prêtre diocésain pendant 23 ans pour le diocèse de Trois-Rivières, essentiellement en paroisse, un travail que j’aimais beaucoup. C’est à la suite de la retraite de trente jours en 1989 qu’il m’a semblé entendre un appel à une forme plus radicale de vie, c’est-à-dire, au fond, à quitter le c?ur de la communauté chrétienne pour faire un travail aux marges. J’ai senti que c’était peut-être une façon de suivre l’Évangile que d’accepter cet appel, un appel – qu’on retrouve dans les Exercices spirituels – qui est à la fois de l’être-avec (le « mecum »), mais le « magis » aussi, ce toujours-davantage. C’était comme un appel à un dépassement dans une situation où j’étais heureux pour aller vers l’inconnu… mais à la suite du Christ!

JC – Comment avez-vous vécu concrètement, comme jésuite, cet appel vers la marge ou les frontières?

JMB – Dans mon idéal, les frontières étaient géographiques. Je me voyais travailler dans un pays en voie de développement ou encore avec les plus démunis de notre société. Je cultivais cet appel idéal. Et en même temps, ce que j’ai découvert profondément c’était que mon appel personnel était d’aller là où on me demandait d’aller! La première frontière que j’ai eu à traverser fut celle du travail d’analyse sociale, puisque la mission me fut confiée d’être partie prenante de l’équipe du Centre justice et foi et d’en assumer la direction. J’avoue que c’était un inconnu pour moi; mon travail en paroisse ne m’y avait pas préparé. J’ai d’abord vécu ce déplacement comme un appel aux frontières. Le deuxième appel survint lorsque le provincial m’a demandé de prendre en charge le noviciat. Là encore, ce fut pour moi un déplacement, parce que je me disais : « Mais qui suis-je, moi, pour former des compagnons de Jésus? » Ça m’a pris un certain temps, même si j’avais déjà dit oui, pour dire profondément, à l’intérieur de moi, un « oui ». Le troisième appel aux frontières a été de venir au Centre de spiritualité Manrèse, même si je me sentais davantage dans mon élément. C’était aussi une frontière géographique; je n’avais jamais travaillé à Québec. Puis, partir d’un centre où l’on fait de l’analyse sociale pour venir dans un lieu où l’on forme à donner les Exercices spirituels, c’est aussi un déplacement. Et je dirais que le dernier déplacement, c’est de quitter le centre pour accepter ce que je comprends comme un gouvernement spirituel de mes compagnons du Canada-français et d’Haïti.

JC – Dans ce parcours aux différents appels, pourriez-vous identifier l’une ou l’autre joie particulière, et peut-être un défi auquel vous avez eu à faire face?

JMB – Pour les joies, il y a d’abord cette joie fondamentale d’accepter d’être envoyé là ou on me demandait d’aller; c’est une grande joie spirituelle. Il y a aussi le travail de collaboration, tant au Centre justice et foi qu’à Manrèse. Je dois avouer que ce travail d’équipe avec des laïcs et d’autres jésuites est quelque chose qui me fait vivre profondément. Pour ce qui est des défis, je dirais que le principal défi en est un qui me maintient dans l’humilité : c’est celui d’avoir été placé à des postes où j’avais l’impression de ne pas avoir de formation suffisante. Le défi est alors d’accepter, dans l’humilité, des postes dans lesquels j’avais l’impression de me sentir dépassé, mais de les vivre quand même avec cette pauvreté… et en comptant beaucoup sur la grâce!

JC – Vous allez prendre la direction de la province jésuite du Canada-français et d’Haïti; comment voyez-vous ce rôle dans le contexte actuel?

JMB – Je suis actuellement comblé par la grâce de l’innocence! C’est-à-dire que j’avance un peu les yeux fermés, en sachant très bien que les défis sont grands, mais en me disant que je ne les porterai pas sur mes épaules avant le 31 juillet prochain. Ceci dit, je parlerai d’abord d’Haïti. Dans le contexte actuel du tremblement de terre qui a dévasté Port-au-Prince et une partie du pays, je me sens vraiment démuni en pensant qu’il faudra que je sois un soutien pour les jésuites qui travaillent en Haïti à la reconstruction du pays. Je suis très fier de ce que les jésuites haïtiens ont fait jusqu’à maintenant, du leadership qu’ils ont montré tant au plan social qu’ecclésial, non seulement dans l’accueil des sinistrés, mais également dans cette vision à plus long terme pour reconstruire Haïti. Et je pense qu’il y aura dans les prochaines années beaucoup d’énergie à mettre dans le soutien aux jésuites d’Haïti. Pour ce qui est de la partie du Canada-français, je ne parlerai pas du défi du vieillissement et du peu de ressources, parce que depuis quelques années, nous avons pris conscience que la mission était portée non seulement par les jésuites, mais également par des laïcs ou religieux/religieuses collaborateurs. Je dirais que le défi est de maintenir le feu de la mission chez nos collaborateurs comme chez les jésuites pour nous situer comme des gens qui ont toujours à partager la vie.

JC – Comment voyez-vous le contexte ecclésial d’ici et d’ailleurs et la place de la Compagnie?

JMB – Nous traversons actuellement une situation très douloureuse dans l’Église. Par ailleurs, je me sens plein d’espérance, non pas avec cette pensée que les choses peuvent revenir comme avant, mais plutôt avec l’espérance que l’Église dans le monde va trouver sa place comme une institution minoritaire. Elle sera appelée à être, selon la parole de Jésus, « sel de la terre et lumière du monde », mais en étant minoritaire, et non pas majoritaire ou dominatrice. Je dois dire que le travail que j’ai fait dans le passé en paroisse m’a permis de me situer non seulement au c?ur de l’Église, mais aussi au c?ur de la société. Je crois, comme ignatien et comme jésuite, que Dieu est à l’?uvre dans le monde, et dans le monde tel qu’il est actuellement. Il me semble que si la Compagnie de Jésus peut jouer son rôle prophétique d’être éveilleur de cette présence de Dieu dans le monde, dans la société actuelle, il y a des choses assez extraordinaires qui peuvent se passer.

JC – En terminant, pouvez-vous souligner une conviction qui vous habite et qui vous aidera à organiser vos priorités?

JMB – J’ai une conviction spirituelle, c’est que le rôle du supérieur provincial est d’abord d’aimer les personnes au service desquelles il est, à la manière de Jésus, et d’être serviteur à la manière de Jésus. Puis une conviction apostolique; c’est de voir que malgré toutes les fragilités de notre province jésuite, si on met ensemble nos forces, il y a quelque chose de merveilleux qui peut se passer. J’ai également la conviction que si l’on continue sur le chemin déjà commencé d’une collaboration entre jésuites, laïcs, religieux/ses autour d’enjeux communs, on va réussir à remplir une partie de la mission du Christ qui est d’établir le Royaume en ce monde.

 


 

Le père Provincial

Un appel à vivre le service
auprès de mes compagnons jésuites 

Au moment où j'écris ces lignes, je ne suis pas encore en fonction mais je prépare mon déménagement qui aura lieu dans quelques jours. Ce déménagement fait partie d'une longue série de déplacements qui ont jalonné ma vie, depuis vingt ans, alors que je suis entré dans la Compagnie de Jésus.

Cette mobilité qui caractérise ma vie façonne toute expérience spirituelle et nous permet de nous mettre constamment en route, du moins intérieurement. Comme Ignace, nous nous situons comme des pèlerins qui suivent un chemin d'incertitude, chemin qui, nous l'espérons, nous rapproche sans cesse de Dieu.

Cette symbolique du déplacement et de l'incertitude de la route est pour moi une métaphore de ce que je vis présentement, à quelques semaines de la mission qui m'attend. On me demande parfois si, quand je suis entré dans la Compagnie il y a vingt ans, après un parcours de plus de vingt ans comme prêtre diocésain, je prévoyais alors le chemin que j'aurais à parcourir. D'étape en étape, dans ma vie de jésuite, j'ai toujours été conduit sur des chemins que je ne connaissais pas. Un très beau texte d'Isaïe (42, 16) constitue pour moi, depuis un bon nombre d'années, une Parole qui m'accompagne au quotidien. « Alors, je conduirai les aveugles sur un chemin qui leur est inconnu ; je les mènerai pas des sentiers qu'ils ignorent. Je changerai pour eux les ténèbres en lumière et la pierraille en droites allées. Je l'ai dit et je le ferai».

Aucune certitude sinon celle de la main que Dieu nous tend pour nous conduire, pas à pas. Comme nous le disons dans la prière de Jésus : « donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour ». La seule confiance que nous pouvons avoir c'est que nous sera donnée cette bouchée quotidienne, c'est que nous serons guidés pour faire ce premier pas, puis le suivant, au jour le jour.

Voilà donc les dispositions intérieures qui m'habitent au moment où j'entre en fonction comme provincial des jésuites du Canada français et d'Haïti. Je vis cela dans la confiance, bien que je me sente bien fragile pour porter cette responsabilité mais je sens bien que Dieu me conduit et que je pourrai compter sur le soutien de chaque jésuite et de chaque collaboratrice et collaborateurs dans la mission.

Je débuterai mon mandat par un séjour en Haïti et ce déplacement revêt pour moi une grande signification. À travers la souffrance du peuple d'Haïti, des petites touches d'espoir commencent à percer. Les premiers vœux de Levelt Michaud et de Lucien Toussaint que je recevrai nous disent, à travers cette entrée dans un corps apostolique, l'engagement de nos confrères jésuites haïtiens et leur solidarité avec le peuple et l'Église d'Haïti. Les deux courts séjours que j'ai faits par le passé en Haïti m'ont toujours dynamisé. Même à travers la complexité des problèmes, multipliés par le tremblement de terre, le dynamisme de cette « petite Compagnie » me donne espoir et courage. Ce séjour me permettra de mieux cerner la situation et, je l'espère, de communiquer à nos compagnons haïtiens mon soutien et mon affection.

Au retour d'Haïti, le 22 août, j'aurai aussi la joie de recevoir les vœux d'Ivon Bellavance et, le 28, de présider la fête des jubilaires qui se déroulera à la Résidence Jean-de -Brébeuf à Richelieu. C'est donc avec espoir et avec une joie intérieure qui m'a été donnée de recevoir que j'envisage d'entrer en fonction dans un esprit de service et de disponibilité.

Jean-Marc Biron, SJ