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BIBLIOTHÈQUE DE THÉOLOGIE

 

À l'occasion de l'ouverture des
ARCHIVES DES JÉSUITES AU CANADA

 

Le 22 septembre dernier, les deux Provinces jésuites du Canada, la Province du Canada français et d'Haïti et la Province des jésuites au Canada anglais, ont ouvert conjointement un nouveau Centre d'archives, à Montréal, à la Maison Bellarmin, 25, rue Jarry Ouest.

On peut trouver des détails sur ce centre et sur ses services sur :
www.jesuites.org/archives

Voici tout de même des photos de cet évènement important, un texte de présentation, l'allocution du supérieur provincial des jésuites du Canada français, Daniel LeBlond, S.J., et l'allocution prononcée par le conférencier invité, M. Normand Charbonneau, Directeur des archives privées, judiciaires et civiles à Bibliothèque et Archives nationales du Québec.


 

Les « trésors » des jésuites plus accessibles.

Le passé au service du présent et de l'avenir!

Les jésuites du Canada français et d'Haïti et les jésuites au Canada anglais unissent leurs documents d'archives dans des nouveaux locaux pour mieux servir historiens, chercheurs et autres personnes intéressées à la présence jésuite au Canada depuis le 17 e siècle.

Ce centre n'est donc pas un « entrepôt de vieux souvenirs » mais, dans une politique d'ouverture au monde, un service à la société dans laquelle les jésuites vivent et travaillent. Le passé et son histoire se veulent ici au service du présent et de l'avenir.

 


 

Allocution du supérieur provincial,
le P. Daniel LeBlond, S.J.

Les jésuites sont arrivés en Nouvelle-France d'abord par l'Acadie, en 1611, sans pouvoir s'y établir vraiment, puis à Québec en 1625, d'où ils rayonneront sur presque toute l'Amérique du Nord durant 175 ans. En raison des aléas de l'histoire, le dernier jésuite de la Nouvelle-France mourra à Québec en 1800. Ce n'est qu'en 1842 que les jésuites pourront à nouveau prendre pied au Canada. Ils seront présents sur une bonne partie du Canada en gardant une attention particulière aux amérindiens du nord Ontario et aux mohawks de Kahnawake et d'Akwesasne (ou Saint-Régis), à la frontière des Etats-Unis.

Les jésuites ont fait beaucoup de choses en ce pays. Faut-il rappeler qu'ils ont été des missionnaires, des penseurs, des éducateurs, des explorateurs, des ethnologues, des cartographes, des historiens, des écrivains, des artistes, des communicateurs, des journalistes, des éveilleurs sociaux, en étant convaincus que c'était par leur polyvalence qu'ils pouvaient le mieux être serviteurs de l'Évangile. Ils ont mis sur pied beaucoup d'ouvres et d'organismes. Ils ont lancé des journaux et des périodiques. Ils ont laissé beaucoup de documents personnels parce qu'ils savaient que le témoignage écrit a souvent plus de poids que des paroles profondes ou même des gestes de générosité, car les unes et les autres sont vite oubliés. Les jésuites ont livré des témoignages écrits aussi parce qu' ils ont voulu s'inscrire dans la manière de faire de la Compagnie de Jésus, qui existe depuis sa fondation en 1540.

C'est de leur fondateur lui-même, Ignace de Loyola, qu'ils ont appris cette manière de faire. Celui-ci, en effet, qui avait été formé aux méthodes administratives de la cour de Charles-Quint, tenait à savoir ce qui se vivait dans toutes les régions du monde où ses compagnons s'étaient établis. Il leur demandait, tout spécialement aux supérieurs, de lui fait parvenir régulièrement à Rome des rapports sur ce qu'ils vivaient et faisaient. Et il prenait la peine de répondre à toutes les lettres qu'il recevait grâce à un secrétariat bien organisé. C'est ainsi qu'il nous reste plus de 7000 lettres, écrites par saint Ignace ou par son proche collaborateur, Jean de Polanco. Les successeurs de saint Ignace se sont inscrits dans cette tradition. Et jusqu'à nos jours, je peux en témoigner moi-même comme provincial, les rapports et les informations continuent à circuler des provinces à la curie généralice, et inversement aussi.

Nos archives étaient déposées à Saint-Jérôme et à Toronto depuis de nombreuses années. Il y a deux ans, avec l'éventualité de la vente de notre propriété de Saint-Jérôme et de celle de la maison provinciale de Toronto, nous avons décidé, les deux provinciaux jésuites du Canada, d'unir nos efforts et d'aménager des espaces ici, dans la Maison Bellarmin, pour y accueillir les documents que nous gardions dans nos archives respectives.

Le but que nous poursuivons, dans cette mise en commun, est de rendre service aux chercheurs, aux historiens et historiennes, en vue de faire connaître à un public, le plus large possible, des documents qui peuvent intéresser notre société. Nous voulons offrir un service de qualité dans des conditions qui favoriseront la recherche historique et le travail intellectuel.

Au-delà des documents que nous rendons disponibles à la recherche et du lieu que nous ouvrons pour permettre l'enquête sur les sources, ce que nous voulons surtout faire connaître, c'est ce que nous sommes. Ce que nous sommes, c'est - en bonne partie en tout cas - ce que nous avons fait. Les jésuites qui nous ont précédés, ici et ailleurs, ont été des hommes de frontière. Explorateurs des vastes territoires le long du Mississipi et de l'ouest canadien, de la région du lac Saint-Jean au Québec et du Nord Ontario, auteurs de grammaires amérindiennes, initiateurs d'ouvres sociales, de revues, comme Relations, et de magazines comme Actualité..

Les archives font ouvre de dialogue : un dialogue entre le passé et le présent, qui est essentiel pour notre temps. Ici se trouve ce qui nous a été légué par ceux qui nous précédés; mais il y a plus qu'un savoir ou des savoirs dans ces textes et ces artéfacts. C'est une manière d'être, un goût de servir, qui nous sont transmis et que nos contemporains et contemporaines ont besoin de retrouver en se rappelant que nos devanciers ont été soutenus dans leurs engagements par des valeurs qui les inspiraient.

C'est ce que nous offrons à ceux et celles qui viendront consulter nos archives : la possibilité d'un dialogue. Et je pense que ce dialogue est important pour note temps, pour notre société, qui, à toute époques, a le devoir de créer du sens et de servir. En nous inspirant de ce qui a été fait avant nous, nous apprenons de ceux et celles qui nous ont précédé le chemin de la réalisation de nous-mêmes dans le service des autres. Ce dialogue vivant avec nos contemporains est essentiel pour nous jésuites car c'est que dans le dialogue avec les autres que nous actualisons ce que nous sommes, que nous restons vraiment « en service ».

Nous avons bien sûr d'autres lieux de dialogue. C'est là où nous sommes présents dans la société, nous travaillons avec d'autres, nos collaborateurs et collaboratrices, qui partagent les mêmes valeurs que nous: le Centre Justice et Foi, ici à la Maison Bellarmin, le Gesù-Centre de créativité, la Villa Saint-Martin et, à Québec, le Centre de spiritualité Manrèse, la Maison Dauphine pour les jeunes. Et il y a aussi bien d'autres lieux. Mais les archives ont une place spéciale parmi ces lieux car le dialogue s'établit avec des chercheurs au cour de multiples quêtes intellectuelles et c'est dans ces quêtes que la vie se révèle et que demain se construit.

Ce centre des Archives des jésuites au Canada est un projet commun aux deux Provinces jésuites du Canada. Depuis quelques années, des rapprochements significatifs ont eu lieu entre nous. Je remercie le prédécesseur du P. Jim Webb , le P. Jean-Marc Laporte , d'avoir beaucoup contribué à ces rapprochements fructueux. De fait, l'an dernier, nous avons lancé un projet ambitieux, l'ouverture d'un noviciat commun aux deux provinces jésuites, un espace bilingue et multiculturel pourrait-on dire, ici à Montréal.

En CONCLUSION,
je tiens à vous dire que je suis fier d'être jésuite ce soir. Ce n'est pas de l'orgueil! Malgré nos limites, nos fragilités et même nos erreurs, c'est la conscience de ce que nous avons fait, de ce que nous faisons encore et de ce que nous sommes. Je suis fier des différents engagements qui témoignent, au long des ans et même des siècles, de notre manière de servir. Je suis heureux des chemins que nous avons parcourus et que nous parcourrons encore pour découvrir les espaces de service pour aujourd'hui, pour les découvrir dans le dialogue et la collaboration avec vous et avec d'autres.

Je vous remercie d'être ici ce soir et de partager avec nous la joie que nous éprouvons de cette belle réalisation!


 

Allocution de M. Normand Charbonneau, conférencier invité.

INAUGURATION OFFICIELLE DU NOUVEAU CENTRE DES
ARCHIVES DES JÉSUITES AU CANADA

 

Montréal - Maison Bellarmin - 22 septembre 2009
Allocution de Normand Charbonneau

C'est avec fierté et plaisir que je participe à cette soirée soulignant l'inauguration du nouveau centre d'archives de la Compagnie de Jésus au Canada. Il s'agit d'un honneur pour moi, devant les membres de la Compagnie de Jésus, devant vous, invités de marque, et devant des collègues et des amis que je vois trop peu, et que j'en profite pour saluer.

Trois bonnes raisons justifient notre présence en ces lieux. L'inauguration de ce nouveau centre d'archives d'abord, l'intégration des archives des jésuites au Canada ensuite, et, fin a lement, peut-être surtout, l'intention de la Compagnie de Jésus d'ouvrir plus encore ses archives à la communauté des chercheurs et d'affirmer leur place dans le patrimoine collectif. L'occasion est donc à la célébration.

L'arrivée sur le territoire montréalais de ce centre d'archives est une bonne nouvelle en cette période où notre société est frappée par la morosité et où les décisions menant à favoriser la constitution et la garde du patrimoine sont trop souvent sujettes à des remises en question. Il est donc d'autant plus agréable, dans un tel contexte, de se retrouver ici aujourd'hui pour souligner la présence de ce nouveau lieu de conservation et de diffusion du patrimoine documentaire et muséal de la Compagnie de Jésus.

Ce contexte n'a pas eu raison de la détermination de la Compagnie de Jésus de poursuivre son projet de restructuration de ses archives. Je tiens donc à souligner l'esprit visionnaire qui anime ses dirigeants. En effet, dès mes premiers contacts avec eux - puisqu'à Bibliothèque et Archives nationales du Québec on m'avait demandé d'accompagner la Compagnie de Jésus dans son projet -, j'ai compris que je ne pourrais résister à l'enthousiasme contagieux de ces hommes qui, par la force de leur foi et par leur détermination, s'y sont engagés. L'importance du défi à relever ne semblait pas ébranler leur volonté de poursuivre et d'achever la mission qu'ils s'étaient donnée. Avaient-ils conscience de l'ampleur des difficu l tés à surmonter? Probablement, mais ils ont toujours fait preuve de stoïcisme et affronté les difficultés avec calme et aplomb.

Ils sont jésuites, tout de même...

Projet conjoint des Provinces du Canada français et du Canada anglais de la Compagnie de Jésus, ce nouveau centre d'archives est le fruit de l'implication d'un grand nombre de personnes, jésuites et laïques. Souhaité par les archivistes et par les chercheurs, ce projet a grandement profité de la vision d'ouverture vers la communauté développée par le supérieur de la province du Canada français et d'Haïti de la Compagnie de Jésus, monsieur Daniel LeBlond. Celui-ci, en effet, dès nos premières rencontres, n'avait de cesse d'associer le projet d'aménagement de ce centre d'archives à un rapprochement avec la population, rapprochement géographique certes dans le cas des archives du Canada français qui quittaient Saint-Jérôme pour Montréal, mais rapprochement spirituel aussi, peut-être, puisque ces archives sont l'incarnation des individus qui les ont créées ou rassemblées ainsi qu'un témoignage unique et précieux du milieu qui les a vues naître.

La Province du Canada anglais de la Compagnie de Jésus est intimement associée au développement de ce projet puisque ce lieu rassemble toutes les archives des jésuites au Canada, soit les collections des deux Provinces de la Compagnie au Canada. Le père LeBlond a reçu l'appui de ses collègues qui se sont succédé au titre de supérieur de la Province du Canada anglais, soit les pères Jean-Marc Laporte et Jim Webb, dont l'apport au projet est marqué par une rupture, les archives de la Province du Canada anglais rassemblées à Toronto étant transférées à Montréal. Permettre cette déterritorialisation est un geste courageux qui modifiera nécessairement l'intime relation entre les membres de la Compagnie de Jésus au Canada anglais et leurs archives de même que les habitudes des chercheurs qui ne tro u veront plus leurs chers trésors dans le contexte qui leur était familier.

Daniel LeBlond a vu dans ces « grands dérangements » l'opportunité d'étoffer un peu plus les apostolats de la Compagnie de Jésus. L'ouvre des Jésuites est éminemment spirituelle; toutes leurs actions, sociales, culturelles, dans l'éducation ou même en politique sont portées par leur foi. Les Archives des jésuites au Canada sont empreintes de cette spiritualité; les recherches qu'on pourra y faire sont certainement de portée culturelle, mais leurs résultats seront autant d'exemples de ces apostolats, permettant ainsi un croisement entre le spirituel et le culturel.

Regrettons ensemble que la démarche visionnaire lancée par Daniel LeBlond appuyé par Jean-Marc Laporte et Jim Webb, ne soit pas plus répandue dans nos sociétés où l'on compte plus que l'on rêve.

Permettez-moi d'insister sur la grâce manifestée par le père Jacques Monet, responsable des archives du Canada anglais, qui plus que tous vivra le changement, et de souligner la collaboration de monsieur Jean Poirier, archiviste, qui est, un peu par ma faute, sorti de sa r e traite pour accompagner la Compagnie de Jésus à titre de consultant.

Transformer le sous-sol de la Maison Bellarmin en lieu de conservation et de diffusion du patrimoine documentaire et muséal était un défi. Je ne rappellerai pas aux intervenants les contraintes architecturales et d'ingénierie auxquelles ils ont été confrontés tout au long de ce chantier puisque je ne veux pas insister sur ces mauvais souvenirs, mais sur le résultat. Vous pourrez tous constater le souci du détail dont le traitement architectural du projet a fait l'objet. Mais au-delà de l'esthétique des lieux, l'aménagement d'un centre d'archives exige la prise en considération de critères de construction et d'aménagement très stricts. La conse r vation et la diffusion des archives nécessitent la mise en place de moyens de protection et de prévention particuliers. Mentionnons seulement les contraintes liées à la sécurité, à la climatisation et à l'éclairage. En effet, les archives sont des biens précieux et souvent fr a giles. Les magasins destinés à les conserver doivent donc être conçus comme des salles sécuritaires et non comme de simples locaux d'entreposage. La bibliothèque patrimoniale et les objets conservés en ces lieux ne nécessitent pas moins d'attention. Cette attention doit se manifester lors de l'aménagement, mais aussi lors de la préparation de ces trésors en vue de leur déménagement en ce lieu.

En effet, plus de deux années ont été nécessaires à la préparation des collections en vue de leur déménagement. De nombreuses personnes ont été impliquées, de près ou de loin, dans cet ambitieux projet. Le personnel de la Compagnie de Jésus, pour sa part, répertorie et d é crit tous les fonds et collections d'archives, le contenu de la bibliothèque ainsi que les ouvres d'art à l'intérieur de catalogues informatisés, facilitant ainsi le traitement, le repérage, la mise en valeur et la recherche.

Au niveau de la préservation, le personnel a dû protéger tous les documents et objets fragiles ou précieux, afin qu'ils ne soient pas altérés lors du déménagement. Pensons notamment aux photographies sur plaques de verre, aux reliquaires, aux manuscrits et livres anciens, ainsi qu'aux peintures, sculptures et pièces d'orfèvrerie, qui ont nécessité un traitement particulier.

Le centre d'archives appuie aussi l'administration courante et l'animation de la Province du Canada français et d'Haïti ainsi que celles de la Province des Jésuites au Canada anglais. C'est pourquoi il est responsable de la gestion efficace des documents actifs, semi-actifs et de valeur permanente de ces deux Provinces.

Ce que nous inaugurons aujourd'hui est un lieu de conservation et de diffusion des patrimoines documentaire et muséal. En ce sens, la Compagnie de Jésus reproduit, à son échelle et dans son contexte, les modèles développés par Bibliothèque et Archives nationales du Québec et par Bibliothèque et Archives Canada.

Les archives des Provinces de la Compagnie de Jésus au Canada témoignent des activités de tous les jésuites qui ont travaillé au pays et à l'étranger depuis leur arrivée en 1611. Elles gardent la mémoire de leur foi courageuse, de leur spiritualité ainsi que de leurs institutions et maisons, de leurs ouvres et de leurs missions. Il n'est pas nécessaire ici d'approfondir l'histoire de la Compagnie de Jésus; soulignons seulement que ces trésors témoignent de cette histoire si riche qui participe intimement à la constitution de notre société. Les collections des jésuites sont celles des incarnations de la Compagnie au Canada; celles des mi s sions amérindiennes ou de l'Ouest; celles des pères jésuites (Félix Martin, Dominique du Ranquet, Joseph Richard, Bernard Lonergan); celles des collèges dont ils avaient la charge (Loyola, Sainte-Marie, Immaculée-Conception, Sudbury, Guelph, Jean-de-Brébeuf, Garnier, Regis College); celles des missions (Suchow à Taïwan, Haïti, Kahnawake, Sault-Sainte-Marie, île Manitouline); celle des fonds privés (Jacques Viger, Léon Gérin), celle des mouvements ou des ouvres qu'ils ont animés ou soutenus (le Centre canadien d'étude et de coopération internationale, la revue Relations , l'Union catholique des cultivateurs, les Messagers du S a cré-Cour); celles de leurs résidences ou maisons de formation...

Des exemples concrets de ces trésors sont la carte de l'île Manitouline du père Point dessinée en 1850, des documents autographes d'Isaac Jogues, des conférences spirituelles du père Barthélémy Vimont datant de 1646, le dictionnaire iroquois-français du père Bruyas créé en 1708, et combien d'autres...

Les Archives des jésuites au Canada, c'est aussi une bibliothèque patrimoniale qui regroupe des collections acquises par la Compagnie (le fonds Léon Gérin en est un exemple) ou con s tituées par des jésuites (le fonds du père Lucien Campeau) qui ont déjà été dispersées dans ses différentes maisons ou institutions. La bibliothèque s'est constituée en cherchant à d o cumenter l'histoire de la Compagnie de Jésus, au Canada en particulier, mais aussi l'histoire religieuse du Canada dans son ensemble. Les chercheurs y trouveront des documents dont s'enorgueilliraient des bibliothèques nationales. Signalons les différentes éditions originales des Relations des Jésuites en Nouvelle-France ; les traités de navigation sur le fleuve Saint-Laurent au xvii e siècle; les ouvres de Champlain, celles de Rochemonteix de Charlevoix, des Épîtres Spirituels des xvi e , xvii e et xviii e siècles, les Lettres édifiantes et de nombreux autres documents concernant la Compagnie de Jésus au Canada.

Ce coffre aux trésors renferme aussi des collections d'objets : des peintures de Plamondon, de Théophile Hamel et d'autres; des sculptures; de l'orfèvrerie; des reliquaires; des vêtements liturgiques ou sacerdotaux. Ces objets sont souvent d'une valeur patrimoniale indéniable.

Les Archives des jésuites au Canada feront revivre le passé. Elles entendent encourager la recherche libre et la collaboration de savants, de professionnels et d'étudiants dans la préparation de colloques, d'expositions et de publications qui jetteront une nouvelle lumière sur les valeurs culturelles et spirituelles du patrimoine de la Compagnie de Jésus. Ce centre d'archives se présente comme une institution gardienne de tout un pan de la mémoire religieuse du Canada. L'importance de la présence jésuite tout au long de l'histoire de la découverte, de la colonisation et de l'évangélisation du Canada est manifeste dans l'ensemble des collections des archives et de la bibliothèque. Sans oublier le rôle des Jésuites dans les domaines de l'éducation, de l'apostolat social, de l'apostolat de la presse, de l'apostolat spir i tuel, des missions, etc.

Le centre d'archives, par des travaux d'évaluation et d'inventaires et des projets de mise en valeur, souhaite permettre à de nombreux chercheurs de procéder à des interprétations de l'histoire qui, toutes ensemble, représentent une voix médiatrice de notre passé, nous permettant ainsi de faire un lien plus objectif entre le passé religieux et notre identité d'aujourd'hui.

En ce lieu sont regroupés une grande partie des trésors de la Compagnie de Jésus. Les chercheurs y trouveront sous un même toit, c'est là l'objectif principal de cette intégration tout comme des modèles développés par Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada, toutes les ressources permettant l'étude de l'action des j é suites au Canada. J'imagine facilement que l'ouverture que nous célébrons aujourd'hui sera suivie d'une ouverture virtuelle qui, grâce à Internet et à la numérisation, élargira encore plus le bassin des utilisateurs.

La Compagnie de Jésus reconnaît d'emblée l'importance de ses collections dont le contenu reflète les rôles assumés par les jésuites sur le territoire canadien depuis leur arrivée jusqu'à nos jours. Mais ces collections trouvent aussi leur place dans les plus grands ensembles que sont, d'une part, les collections de la Compagnie partout dans le monde et, d'autre part, le patrimoine documentaire et muséal des Canadas.

Le patrimoine religieux, c'est plus que le bâti, même si celui-ci attire d'abord l'attention. Mais le patrimoine documentaire et muséal ne présente pas d'évidence un intérêt économique. Force est de constater que peu de choses ont été faites pour le préserver. Cette situation n'est pas propre aux archives religieuses. Le patrimoine documentaire d'origine privée de plusieurs autres secteurs d'activité connaît une situation semblable. Qu'il s'agisse des a r chives des arts de la scène, des archives industrielles et commerciales, des archives des nations autochtones et des communautés culturelles, des archives maritimes ou agricoles et scientifiques, le constat est similaire : malgré les efforts de « sensibilisation » auprès des organismes privés gardiens de ce patrimoine documentaire, trop de documents susceptibles d'enrichir la mémoire collective risquent d'être irrémédiablement perdus.

En ce sens, la réalisation de ce projet par les jésuites fait partie des efforts des différentes communautés religieuses pour assurer la pérennité de leur patrimoine, qui est aussi celui de la société dans laquelle elles agissent. Ce patrimoine, c'est un peu le nôtre.

Sans entrer dans le sujet de la table ronde de demain soir, permettez-moi de souligner que les collections conservées en ce lieu, comme toutes les autres collections appartenant aux communautés, institutions et regroupements religieux, font partie intégrante des archives canadiennes. Elles sont le miroir religieux de la société civile et témoignent de l'interpénétration des préoccupations religieuses et laïques qui s'appuient sur les valeurs fondamentales de notre société, quelles que soient nos croyances. Les collections conservées au sein des Archives des jésuites au Canada témoignent prioritairement de l'action jésuite, mais elles témoignent aussi largement du milieu et de la société dans lesquels les membres de la Compagnie de Jésus ont agi.

Ces collections trouvent facilement leur pendant, l'autre face de l'action jésuite, dans les archives publiques et privées conservées dans nos institutions, à Bibliothèque et Archives nationales du Québec particulièrement. En effet, engagés dans leur milieu, les Jésuites ont interagi avec leurs contemporains de nombreuses manières, s'engageant dans des groupes sociaux dont les traces documentaires sont conservées chez nous, formant des générations d'hommes devenus des personnalités connues marquées pour toujours par l'enseignement jésuite et dont nous possédons les fonds. Ils ont été chercheurs, ils ont été animateurs, ils ont été engagés, parce que c'est ainsi que sont les Jésuites. Engagés.

En effet, après bientôt 400 ans de présence jésuite au Canada, nous avons conscience que ces hommes de savoir ont activement contribué à forger une société émergente et en perpétuel développement. L'influence de la pensée jésuite a été marquante et elle fait encore partie de nous aujourd'hui; elle est au cour même de notre évolution. L'histoire de la Compagnie de Jésus se mêle à celle de tout un peuple.

En ouvrant les portes de leur nouveau centre d'archives en plein cour de la cité, les jésuites démontrent une volonté de briser les frontières. Ayant toujours prôné d'aller à la rencontre des gens et n'ayant justement jamais eu peur de traverser les frontières et d'explorer des contrées inconnues, ils perpétuent aujourd'hui cette tradition par ce partage d'un héritage inestimable.

En terminant, permettez-moi une fois de plus d'afficher mon admiration devant la démarche dont une première étape se termine ce soir, celle de l'établissement des Archives des jésuites au Canada. L'heure est maintenant à l'ouverture d es portes de ces archives qui expr i ment ces apostolats spirituel et culturel les plaçant aujourd'hui au cour de la cité et, d e main peut-être, plus loin grâce à Internet. Cela, comme le diraient peut-être nos amis jésuites en citant leur devise, pour la plus grande gloire de Dieu.