Inauguration des célébrations
des fêtes du 400e anniversaire
de la première arrivée des jésuites au Canada
22 mai 2011
Port-Royal, Nouvelle-Écosse

C'est le 22 mai 1611, il y a exactement 400 ans, que les deux premiers jésuites, venant de France, on mis les pieds sur le territoire de ce qui deviendra la Canada. Ils sont arrivés à Port-Royal – un lieu historique mis en valeur par Parc Canada qui avait accepté de recevoir les jésuites et leurs proches à l'occasion de ce 400 e anniversaire.
On trouvera ci-dessous l'allocution que le P. Jean-Marc Biron, Provincial des jésuites du Canada français et d'Haïti, a prononcée à cette occasion. Mais d'abord, un article-reportage d'un témoin « objectif », le jésuite africain René Désiré Loua, qui a eu l'occasion de participer à cet évènement.
Enfin, pour le plaisir de ceux et celles qui n'ont pu être présents, nous avons ajouté quelques photos de la cérémonie officielle et de la messe qui a été ensuite célébrée à l'église Saint-Louis de Annapolis Royal, le village proche de Port-Royal.
Une belle journée commémorative…

Le 22 mai 1611, deux prêtres jésuites français, Pierre Biard et Ennemond Massé, accostèrent à Port-Royal, dans le but d'annoncer l'Évangile aux peuples de cette région. Pour marquer cette première arrivée sur le sol canadien, les deux Provinces jésuites du Canada ont organisé des célébrations commémoratives de mai 2011 à mai 2012. Le lancement de ces festivités a eu lieu le 22 mai dernier à Port-Royal (Nouvelle-Ecosse), sous la responsabilité de la Province du Canada anglais. Les jésuites de la Province du Canada français y étaient bien représentés par les pères Jean-Marc Biron, Provincial, Bernard Carrière, Pierre Béranger, Louis Cyr , Marc Rizzetto, Roch Lapalme et Gabriel Côté, les frères Camille Paulin et Bernard Hudon , ainsi que Yvon Bellavance, scolastique. Adam Lalonde, novice, était également présent, dans le cadre de son expériment de pèlerinage. S'ajoutaient deux jésuites de la Province d'Afrique de l'Ouest : le P. Fidèle Dollo (de la République Centrafricaine ) et moi-même (de la Guinée-Conakry ) .
Trois grands moments ont marqué l'événement. Le premier consistait en une visite du site historique de Port- Royal et en une exposition nous faisant découvrir les conditions de vie auxquelles nos deux premiers pères ont dû s'adapter en se faisant proches des autochtones pour la cause de la mission.
Le deuxième moment était consacré à la cérémonie d'ouverture de cette année anniversaire. Après les mots de bienvenue prononcés par le P. Jean-Marc Laporte, supérieur des jésuites à Halifax, ce fut la prière d'ouverture présidée par M gr Brian Dunn, archevêque d'Antigonish. Suivirent les allocutions respectives des deux Provinciaux (les pères Jim Webb et Jean-Marc Biron) ainsi que celles de M me Linda Frank, de Parcs Canada, de M. Ronald Robichaud, président de la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse, Grand Keptin Andrew Denny , du Conseil des Grands chefs de la Nouvelle-Ecosse , de l'honorable Mayann E. Francis, lieutenante-gouverneure de la Nouvelle-Écosse. Enfin, la présentation de l'exposition a été faite par M me Céline Widmer, directrice des Archives des jésuites au Canada. Dans leurs discours, les orateurs ont tour à tour souligné l'important rôle joué par les deux premiers missionnaires auprès des peuples autochtones et des Acadiens. Cette deuxième partie fut conclue par une prière traditionnelle autochtone.
Le troisième moment fort de l'évènement fut la célébration eucharistique – bilingue, comme d'ailleurs toutes les cérémonies du jour. Elle a rassemblé les participants à l'église paroissiale Saint-Louis d'Annapolis et était présidée par M gr Mancini – accompagné de nombreux concélébrants.
Ces célébrations ont été une occasion de faire mémoire de la mission commencée par les premiers jésuites en Amérique du Nord, mission que continue d'accomplir la Compagnie de Jésus dans ce vaste pays qu'est le Canada. Comme le soulignait le P. Jean-Marc Biron dans son discours d'ouverture : « Si des obstacles ont caractérisé la première mission jésuite en Amérique du Nord, dans la région de Port-Royal, cela n'a pas découragé la Compagnie de Jésus de trouver sa place en terre canadienne au cours des siècles, en continuité avec l'esprit qui animait les pères Biard et Massé. Cet esprit vit encore à travers les engagements des jésuites avec leurs collaborateurs dans différents domaines. »
Rendez-vous l'année prochaine, à Québec, pour la clôture de ce 400e anniversaire.
LOUA Nyankoye René Désiré, SJ
loua_rene@yahoo.com
Merci à Marc Rizzetto, SJ,
photographe
Allocution du P. Jean-Marc Biron Port-Royal
– le 22 mai 2011
« Le 26 octobre 1604, le P. Pierre Coton, écrivant au Général de la Compagnie de Jésus, le P. Claude Aquaviva, lui demandait, dans un post-scriptum, au nom du roi Henri IV, deux missionnaires à envoyer avec les pêcheurs qui allaient chaque année à Terre-Neuve. Cette lettre est le premier témoin d'un projet de mission française en Amérique du Nord. »
Ces propos sont tirés d'un article du P. Lucien Campeau, qui porte sur La première mission des Jésuites en Nouvelle-France , et dans lequel l'auteur décrit les difficultés qu'on rencontrées les PP. Biard et Massé avant de pouvoir quitter le sol de la France. Le P. Pierre Biard, qui enseignait la théologie à Lyon, avait été désigné pour le Canada dès l'été 1608, alors que le P. Enemond Massé, qui demeurait à Paris à ce moment-là, ne fut choisi comme compagnon du premier qu'en septembre 1610. Tous les deux, cependant, se connaissaient, ils avaient vécu ensemble à Lyon et ils avaient exprimé à leur supérieur provincial le désir d'être envoyé en mission.
Les deux missionnaires quittèrent le sol de France le 21 janvier 1611 et ils arrivèrent à l'entrée de Port-Royal cinq mois plus tard. Les difficultés qu'ils rencontrèrent avec leurs compatriotes français et le conquérant anglais durant le peu de temps qu'ils passèrent en Amérique nous donnent aujourd'hui l'occasion de rendre hommage à leur courage et à l'intensité du désir qui les habitait de convertir à la foi chrétienne les amérindiens avec lesquels ils avaient pu avoir un bon contact. Lorsqu'ils foulèrent à nouveau le sol français en avril 1613, ils ne revinrent pas déçus de leur expérience ou résignés à ne plus recommencer l'aventure missionnaire. Le père Enemond Massé n'hésitera pas à revenir au Canada en 1625 avec une petite équipe pour fonder la mission de Sillery. On le surnommera plus tard « le père utile », en raison des nombreux services qu'il était toujours disposé à rendre aux missionnaires itinérants, lors de leur passage à Québec. Nous aurons sans doute l'occasion, dans un an, sur le site de la mission de Sillery où il est enterré, de parler à nouveau de son engagement missionnaire.
Nous sommes réunis aujourd'hui sur un site historique et cela convient parfaitement de rappeler une page d'histoire importante de l'aventure missionnaire jésuite en Amérique du Nord, la première page en fait. Mais l'attention que nous avons à l'histoire n'est pas d'abord affaire de nostalgie ou de beaux souvenirs. L'étude de l'histoire a un sens parce qu'elle nous aide à comprendre le présent et à orienter l'avenir. Qu'est-ce que l'arrivée et le séjour des premiers jésuites en terre d'Amérique du Nord peuvent nous enseigner, maintenant?
Ces évènements nous confirment que la Compagnie de Jésus, au début du 17 e siècle comme aujourd'hui encore, a toujours voulu se faire présente, disponible, en service, « aux frontières ». C'est une expression qui a été mise en lumière par la récente Congrégation ou réunion générale des jésuites, à Rome, et qui manifeste que la Compagnie de Jésus accepte de dédier des hommes à des missions difficiles. Ces missions s'exercent en territoires souvent peu explorés– il peut s'agir de territoires géographiques comme ce fut le cas ici à Port-Royal, mais aussi de territoires socioreligieux ou théologiques comme celui de la promotion de la rencontre entre foi et justice, ou encore celui du dialogue interreligieux.
La présence jésuite et l'engagement jésuite auprès de ceux et celles qui sont souvent marginalisés, le désir des jésuites d'apporter une qualité de vie à la fois humaine et spirituelle aux gens vers lesquels ils sont envoyés, l'exercice du discernement que les jésuites promeuvent dans les situations complexes, tout cela a contribué au cours des siècles à donner forme et dynamisme à leurs missions. Dans bien des contextes, ces manières d'agir et d'être leur ont aussi apporté soucis et même persécutions. Ce fut le cas ici, au 17 e siècle, dans les relations avec les autorités territoriales, et c'est encore le cas aujourd'hui quand ils sont soupçonnés d'ingérence dans les affaires terrestres. Mais c'est le prix à payer pour demeurer pertinents, le prix à payer pour que le message de l'évangile qui les anime, puisse être entendu.
Si des obstacles ont caractérisé la première mission jésuite en Amérique du Nord, ici dans la région de Port-Royal, cela n'a pas découragé la Compagnie de Jésus de trouver sa place en terre canadienne au cours des siècles, en continuité avec l'esprit qui animait les PP. Biard et Massé. Les « frontières » sont aujourd'hui différentes de celles du passé, mais l'esprit d'aventure, de don se soi et d'espérance qui a caractérisé l'envoi aux frontières des premiers missionnaires jésuites en notre pays, cet esprit vit encore au cœur des engagements que les jésuites, avec leurs collaborateurs et collaboratrices, portent au nom de leur foi en Jésus Christ et en vue de l'établissement d'un monde plus juste.
Reportage-Photo
Les lieux, la cérémonie, l'exposition, l'Eucharistie
















