Décès du père Raymond Parent, SJ
Collaborateur de Kuangchi Program Service et de Kuangchi Cultural Group
Taipei, Taïwan
Le père Raymond Parent est décédé à Taipei le 3 février dernier, à l'âge de 78 ans. Il avait dédié sa vie aux communications sociales, d'abord en étant parmi les fondateurs de la maison de production jésuite célèbre à Taïwan, Kuangchi Program Service , puis en dirigeant les travaux du Kuangchi Cultural Group, une maison d'édition qui proposait, de diverses manières, les valeurs chrétiennes et humaines aux Chinois de Taïwan et d'ailleurs.
Le samedi, 20 février, les membres de sa famille comme des jésuites et d'autres amis se sont réunis à l'église Notre-Dame-des-Neiges, à Montréal, pour lui rendre un dernier hommage et s'unir dans la prière à ce jésuite éminent. Voici l'homélie proposée à cette occasion par le P. Pierre Bélanger, SJ, du Bureau des Missions jésuites. Le P. Louis-Joseph Goulet, directeur des Missions jésuites , concélébrait à cette Eucharistie, en même temps que plusieurs autres prêtres dont le P. Benoît Lacroix, OP, ami de la famille Parent.
« Quitte ton pays et la maison de ton père pour le pays que je t'indiquerai. »
L'histoire de la vocation d'Abraham est le premier passage de la Bible qui est venu à l'esprit de monsieur Jacques Parent, frère de notre ami Raymond, quand je lui ai demandé de me faire une suggestion de texte biblique pour la célébration qui nous réunit. Et quel bon choix!
Toujours selon son frère aîné, Raymond, quand il est entré chez les jésuites, n'avait pas en tête de faire du service paroissial ou de devenir professeur dans un collège; il pensait déjà à être missionnaire et c'est la CHINE qui l'attirait tout spécialement.
C'était d'ailleurs le cas de bien des jésuites de sa génération qui entendaient parler des « exploits » des missionnaires de Sûchow, un diocèse qui avait été confié aux jésuites du Canada français. En 1951, quand Raymond est entré au noviciat du Sault-aux-Récollets, ces missionnaires étaient expulsés de leur territoire par l'avancée des forces de Mao Zedung qui rejetaient toutes les influences étrangères et ce qu'elles représentaient.
Les jésuites expulsés, tout comme leurs jeunes confrères à Montréal, pensaient qu'il s'agirait là d'une brève parenthèse dans l'histoire missionnaire des jésuites du Canada français et cela ne les empêchait pas de vouloir continuer à servir le peuple chinois en lui apportant les lumières de l'évangile.
Les espoirs de Raymond ont été bientôt exaucés et c'est vers l'Orient qu'il est parti, à la suite de François Xavier, à la suite plus encore peut-être de Mateo Ricci, deux jésuites qui avaient dédié leur vie au service des peuples d'Asie.
En 1962, Raymond était ordonné prêtre à Taipei, la ville où il passera la majorité de sa vie, comme prêtre et comme professionnel des médias, éminemment respecté, admiré, aimé.
Ainsi donc, Raymond avait-il entendu un appel semblable à celui de son ancêtre dans la foi, Abraham. Il avait compris que c'est loin de sa famille qu'il pourrait mieux servir et faire profiter ceux et celles que le Seigneur mettrait sur son chemin de ce qui l'animait profondément, l'Évangile de Jésus Christ, les enseignements de Jésus Christ, la force de vie de Jésus Christ.
Il y avait pas mal d'inconnu dans cet engagement au service de la mission chinoise. Les défis étaient grands en choisissant le chemin des communications et plus spécialement celui de la télévision pour entrer dans la culture chinoise. Les renoncements ont été nombreux au cours des ans pour répondre à cette vocation, exigeante mais pleine de sens, qu'il avait identifiée.
Rien de ces difficultés ne l'a arrêté. Comme Abraham, il a su quitter la sécurité d'une famille bien établie pour répondre à l'appel du Seigneur. Comme Abraham, il est parti au loin, sans trop savoir ce qui l'attendait mais en faisant confiance. Comme Abraham, il n'est pas parti seul, mais il l'a fait avec des membres de la famille spirituelle qu'il avait rejointe, celle des jésuites. Comme Abraham, il a bâti des autels - au sens figuré - là où la vie le menait pour qu'il puisse sans cesse invoquer son Dieu, lui demander conseil, lui rendre grâce pour sa présence dans sa vie.
Sa vocation, Raymond l'a exercée dans un champ exigeant : celui des communications sociales, des médias. Il comprenait combien les médias contemporains avaient un impact sur la vie et la manière de penser des gens, en particulier des jeunes générations.
J'ai eu l'occasion de partager un travail de formation de communicateurs chrétiens à Lyon, dans le cadre d'une institution animée par un Oblat, pour faire ressortir le caractère évocateur et fort des symboles dans le langage médiatique. Une des intuitions les plus fortes qui inspiraient Raymond, c'était que les histoires ont la capacité de toucher les gens au cour, que les histoires bien racontées peuvent aider un large public à réfléchir et à voir plus clair dans la vie.

Pour nous, chrétiens, le premier maître, le conteur par excellence, c'est Jésus. Oui, Jésus, tout au long de sa prédication en Palestine, a raconté des histoires. On les appelle souvent des paraboles. C'est pour ça que j'ai choisi quelques versets de l'évangile de saint Luc qui nous proposent deux paraboles. Jésus ne racontait pas des histoires interminables; il proposait de courtes histoires, liées à la vie des gens, à l'expérience quotidienne - comme beaucoup des émissions auxquelles Raymond a contribué à Kuangchi Program Service.
« On reconnaît l'arbre à son fruit ». Voilà une première image que nous propose l'évangile d'aujourd'hui et qui nous permet de souligner combien a on pu reconnaître la présence et l'action de Dieu dans tout le « bon fruit » que Raymond a produit au cours des ans. On me disait que Dominique, qui s'exprimera tout à l'heure, a été frappée lors des funérailles de Raymond à Taipei, de voir combien des gens de toutes générations - et des jeunes en particulier - ont témoigné de l'importance qu'avait eue Raymond pour eux, de tout le « bon fruit » qu'il avait porté.
Comment cela a-t-il été possible? La réponse est dans la 2 e parabole que saint Luc nous propose : Raymond avait écouté la Parole de Dieu et il a su la mettre en pratique.
En ce sens, il a fondé sa vie sur le ROC et non pas sur le sable. Sur le roc de sa relation à Dieu qui lui a permis, EN TOUTE DISCRÉTION, comme nous le savons bien, de manifester la présence de Dieu auprès de toutes les personnes qu'il côtoyait. Oui, c'est son engagement religieux, c'est la force de Jésus - dont il profitait grâce à l'environnement que lui procurait la Compagnie de Jésus - qui lui ont permis d'être, avec beaucoup d'humilité, sans se mettre lui-même en valeur, le géant qu'il a été aussi bien dans ses activités professionnelles que dans sa manière d'être prêtre en milieu chinois.
Cela m'amène à évoquer brièvement un autre grand jésuite, un autre géant de la mission chinoise, le P. Mateo Ricci, dont nous célébrons cette année le 400 e anniversaire de la mort. Le P. Ricci était lui aussi un homme de la discrétion, un homme du respect de la civilisation chinoise à laquelle il avait été envoyé, missionné. Il avait identifié les courants culturels de son époque en terre chinoise et il avait apporté avec le doigté qui convenait les valeurs de l'évangile dans ce qu'elles ont d'universel.
C'est ce même esprit qui animait notre ami Raymond. Comme Ricci avant lui, Raymond était devenu Chinois parmi les Chinois - au point de présenter même une certaine allure physique orientale aux dires de mes parents quand je leur présentais des photos de Raymond!
Comme Ricci avant lui, il avait le sens de l'inculturation et avait tout à fait assimilé les orientations des Congrégations récentes de la Compagnie de Jésus d'ouverture au monde, de service des petits et des sans voix, de dialogue culturel pour trouver dans le monde où il vivait des traces d'une présence de Dieu qui éclaire la vie et le monde. Quelle maison solidement construite il nous laisse en exemple!
Surprise peut-être, pour moi comme pour certains d'entre vous, c'est avec un texte récent du pape Benoît XVI sur Mateo Ricci que je propose de conclure ces quelques réflexions. Le portrait de Ricci fait par le pape nous renvoie facilement à Raymond Parent; qui sait si, dans quatre siècles, on ne parlera pas de lui comme d'un exemple éminent du missionnaire en monde chinois au 20 e siècle?!
J'invite Suzanne Bienvenu, nièce du P. Parent, à venir nous faire cette lecture.