Pour nous joindre
siteglc@jesuites.org

Participez à notre LISTE d'ENVOIS pour être informés des nouveautés et des activités. Inscrivez votre adresse de courriel et cliquez le bouton inscription.

Votre adresse E-Mail :

Les jésuites au Canada anglais

BIBLIOTHÈQUE DE THÉOLOGIE

[ an English version follows ]

Se réconcilier avec la création :
un enjeu spirituel et social

L'écologie est devenue l'une des priorités apostoliques universelles de la Compagnie de Jésus. Comme l'affirme la 35 e Congrégation générale (CG35) : « Nous nous tournons vers […] la terre, de plus en plus dégradée et pillée. Animés d'une passion pour la justice écologique, nous retrouverons à nouveau l'Esprit de Dieu cherchant à libérer une création souffrante, qui nous demande de l'espace pour vivre et respirer » (décret 2, n o 24).

Dans cette optique, et à l'occasion du Carême qui s'amorce aujourd'hui, je voudrais rappeler aux jésuites et aux collaboratrices et collaborateurs de notre Province combien la réconciliation avec la création est un impératif spirituel et social de notre temps. Cet impératif doit nous interpeller et nous mobiliser à tous les niveaux de notre vie et de notre mission commune. Cela passera par une conversion spirituelle, un processus de conscientisation, des discernements personnels et collectifs, le tout nous conduisant progressivement vers une authentique « solidarité écologique ». Voilà les quelques perspectives que je voudrais brièvement soulever dans cette lettre, tout en suggérant des pistes concrètes pour nous mettre en marche.

 

Une conversion spirituelle

Prendre soin de l'environnement et se préoccuper du sort des écosystèmes requièrent une réelle conversion du cœur. Si l'écologie n'est pas une dimension constitutive de notre spiritualité ou de notre regard sur le monde, elle risque de demeurer en marge de nos engagements apostoliques – ou pire encore d'apparaître comme un « embêtement » dans la réalisation de ceux-ci.

C'est pourquoi, inspirés par saint Ignace qui nous invite à « trouver Dieu en toute chose », nous sommes d'abord conviés à accueillir la beauté et la bonté de l'eau, de la terre, de l'air, des plantes, des aliments, des paysages, etc. Tous ces éléments de la nature sont autant de « signes » à travers lesquels se manifestent la grâce et la présence de Dieu, de même que notre coappartenance à cette planète sur laquelle nous vivons. Apprendre à « sentir et goûter cela intérieurement » est le premier pas d'une nécessaire « conversion ». C'est aussi le fondement d'un sens de la responsabilité et de la créativité qui nous permettra de trouver des solutions de rechange à nos pratiques organisationnelles et à nos modes de vie qui contribuent à la crise écologique contemporaine.

 

S'informer et participer à la conscientisation

Chaque jésuite, et en particulier les jésuites en formation, de même que les collaborateurs et collaboratrices laïcs de la Province , sont également invités à développer une réelle connaissance des problématiques environnementales actuelles – et ce, sur le plan local, national et international. Pour ce faire, des outils d'information et des lieux de conscientisation existent et nous sont accessibles.

Pensons, entre autres, aux nombreux livres de l'abbé André Beauchamp, spécialiste québécois des questions écologiques et de la spiritualité de l'environnement1. Pensons également à la revue Relations qui soulève régulièrement dans ces pages des enjeux environnementaux2. Pensons aussi à la Ferme Berthe-Rousseau (une œuvre soutenue par notre Province) qui favorise, chez ses résidants et ses visiteurs, le développement d'un rapport respectueux et régénérateur avec la nature. Pensons enfin au Projet d'appui au reboisement et au développement agricole en Haïti (dont l'initiative revient au frère Mathurin Charlot, S.J.) qui est source d'espoir pour ce pays.

Selon la CG 35 : « Dans nos prédications, nos enseignements et nos retraites, nous devrions inviter tous les gens à valoriser plus profondément notre alliance avec la création, comme une réalité fondamentale pour l'établissement de justes relations avec Dieu et les uns avec les autres. Nous devrions les inviter à agir en conséquence dans leur responsabilité politique, leur emploi, leur vie de famille et leur style de vie personnel » (décret 3, n o 36). À cet égard, je souligne que le Centre de spiritualité Manrèse met présentement en place un processus visant à mieux intégrer l'enjeu écologique à la démarche des Exercices spirituels3.

Toujours dans cette perspective de conscientisation, j'invite les jésuites et les collaboratrices et collaborateurs laïcs de la Province qui le pourront à participer aux prochaines Journées sociales du Québec. Sous le thème «  Le cri de la Terre et le cri des pauvres – La crise écologique : un enjeu de justice sociale  », ce rassemblement se tiendra du 3 au 5 juin prochain à Valleyfield4.

 

Pistes de discernement et d'action

C'est aussi à travers une profonde révision de nos modes de vie individuels et collectifs que nous pourront relever le défi écologique qui se présente à nous aujourd'hui. C'est pourquoi, j'invite chaque communauté jésuite et chaque œuvre apostolique de la Province à poursuivre – et, si cela n'est pas déjà fait, à amorcer – un véritable questionnement et une sérieuse évaluation de ses pratiques et de ses options en matière environnementale5. Ce questionnement et cette évaluation commencent par un discernement sur des choses aussi élémentaires et concrètes que :

  1. Valoriser toujours davantage le recyclage, le compostage et l'usage de produits faits de matières recyclées (par exemple pour le papier d'imprimante et de photocopieur).
  2. Opter pour des ampoules fluocompactes, éteindre l'éclairage dont nous n'avons pas besoin et débrancher les appareils électriques inutilisés.
  3. Choisir autant que possible des produits ménagers et domestiques « verts » et biodégradables (papier à mains, détersif à lessive, produits d'entretien, etc.).
  4. Opter autant que possible pour des denrées alimentaires produites localement.
  5. Bannir la consommation d'eau embouteillée ainsi que l'usage de vaisselle et d'ustensiles jetables – et particulièrement les verres en styromousse.
  6. Choisir, lors du renouvellement d'appareils électroménagers et électroniques, des produits éco-énergétiques (appareils homologués « Energy Star », imprimantes offrant l'option recto verso, lessiveuses à faible consommation d'eau, etc.).
  7. Utiliser autant que possible les transports en commun, favoriser le covoiturage et, lorsque vient le temps de louer ou d'acheter une voiture, considérer l'option des véhicules hybrides.
  8. Promouvoir tout ce qui contribue à des modes de vie plus simples et au développement durable d'une part, et chercher à mettre fin à toute forme de gaspillage et de surconsommation d'autre part – ce qui est certainement une façon contemporaine, pour des religieux, d'incarner le vœux de pauvreté.

 

Développer une solidarité écologique

Les points d'attention qui précèdent ne sont que quelques exemples et suggestions – parmi tant d'autres possibles – pouvant contribuer à la conversion spirituelle et anthropologique que notre Province, en communion avec l'ensemble de la Compagnie universelle, se doit d'amorcer et d'approfondir. Il va sans dire que ce discernement concret implique des choix concertés qui peuvent avoir des impacts budgétaires et exiger la transformation de nos habitudes, voire même le dépassement d'une certaine inertie dans notre « confort ». À cet égard, rappelons-nous que la CG 35 a lancé « une ample invitation aux jésuites et à ceux qui partagent notre mission à faire preuve d'une solidarité écologique toujours plus efficace dans notre vie spirituelle, communautaire et apostolique. Cette invitation nous pousse à aller au-delà de nos hésitations et de notre indifférence pour assumer notre responsabilité à l'égard de notre demeure, la terre » (décret 3, n o 31).

Je souhaite donc que ce Carême 2011 soit l'occasion, pour chacun et chacune d'entre nous, et pour notre Province en tant que corps apostolique, de se mobiliser davantage en développant une conscience plus vive que « le soin que nous prenons de l'environnement affecte la qualité de nos relations avec Dieu, avec les autres et avec la création elle-même. Il touche le cœur de notre foi en Dieu et de notre amour pour Dieu “de qui nous venons et vers qui nous allons”. Notre souci de l'environnement peut s'inspirer de ce qu'Ignace enseigne sur le bon usage de toutes créatures et sur la présence active de Dieu en elles » (CG35, décret 3, n o 32).

 

Jean-Marc Biron, S.J.
Provincial
9 mars 2011 (mercredi des Cendres)

 

1 Voir ses plus récents livres sur ces thèmes : Environnement et Église , Fides, 2008, de même que L'eau et la terre me parlent d'ailleurs – Une spiritualité de l'environnement , Novalis, 2009.

2 Voir, entre autres, le numéro de juin prochain sur un « Québec vert » (à paraître), celui de décembre 2009 intitulé « Lumière sur l'Arctique » et celui de décembre 2007 intitulé «  La Terre aux abois ».

3 Un séminaire tenu l'automne dernier avec nos confrères de la Province du Canada anglais, Peter Bisson, S.J. et Jim Profit, S.J., représente un jalon important de ce processus.

4 Pour plus de renseignements, voir : <www.diocesevalleyfield.org> ou contacter le délégué à l'apostolat social de notre Province qui est membre du comité organisateur de cet événement.

5 Parmi les efforts ayant déjà été faits, il faut souligner les bilans environnementaux réalisés au Gesù, à la Villa Saint-Martin et à la Maison Bellarmin par des étudiants du Collège Rosemont et sous la supervision du frère Bernard Hudon, S.J.

6 Un site Internet comme celui du programme œcuménique Église verte , par exemple, offre de nombreuses autres propositions et ressources en ce sens : < http://www.egliseverte.org >.

 


 

[Translation from the original in French]

Reconciliation with Creation:
a Spiritual and Social Issue

Care for the environment has become one of the apostolic priorities of the Society of Jesus worldwide. The 35 th General Congregation (GC35) states that “ We turn also to the ‘frontier' of the earth, increasingly degraded and plundered. Here, with passion for environmental justice, we shall meet once again the Spirit of God seeking to liberate a suffering creation, which demands of us space to live and breathe” (Decree 2, 24).

During this lenten season, I would like to remind you, Jesuits and collaborators of our Province, that reconciliation with creation is a spiritual and social requirement for our times. This requirement calls upon us to mobilize our energies in all areas of our lives and in our common mission. This is a call to conversion that progressively leads towards an authentic “ecological solidarity”. In this letter, I will develop this idea and suggest some concrete avenues to translate this idea into actions.

 

A Spiritual Conversion

Caring for the environment and being concerned with the futur of our ecosystems indeed calls for a genuine change of the heart. It is obvious that if the environment is not a constitutive dimension of our spirituality or worldview, it will remain at the margins of our apostolic endeavours and it will be very difficult for us to implement change when environmental issues are at stake.

Inspired by St. Ignatius who invites us to “find God in all things”, we are called to appreciate the beauty and goodness of water, soil, air, plants, natural landscapes, etc. All these constitutive elements of nature are “signs” through which God's grace and presence, as well as our common belonging to this planet Earth, are manifested. Learning to “feel and taste” these “signs” is a first and important step towards “conversion”. This is also the foundational basis for our sense of responsibility and creativity that will allow us to find alternatives in our individual and communal lifestyles that have contributed up to now to the present environmental crisis.

 

Being well-informed and participating in Awareness Campaigns

All Jesuits, especially those in formation, as well as our lay collaborators are invited to become more knowledgeable about environmental issues on all local, national and international levels. Information and reflective tools already exist and are quite accessible to us. In Quebec , resources such as André Beauchamp's writings and several issues of our magazine Relations can be helpful. La Ferme Berthe-Rousseau (an affiliated work of our Province in Durham Sud, Québec) encouraging its residents and visitors to promote a respectful relationship between humans and nature, as well as the Support for reforestation and agricultural development (Brother Mathurin Charlot's initiative in Haïti) are a source of hope and inspiration as we reflect on this issue.

GC35 states that “In our preaching, teaching, and retreat direction, we should invite all people to appreciate more deeply our covenant with creation as central to right relationships with God and one another, and to act accordingly in terms of political responsibility, employment, family life, and personal lifestyle” (Decree 3, 36). As a response to this invitation Le Centre de spiritualité Manrèse in Québec city is implementing a program whose aim is to integrate the environmental issue within the context of the Spiritual Exercises. This initiative was re-enforced last fall when Peter Bisson SJ and Jim Profit SJ, colleagues from English Canada, participated in a reflection on the environment at the spirituality center.

To become more aware of the importance of the environmental issue in our lives, I invite you to participate in the Journées sociales du Québec which will reflect on the theme: “The cry of the Earth, the cry of the poor – the environmental crisis: a social justice issue”. This event will take place in Valleyfield at the beginning of June (for more information, contact Marco Veilleux, social delegate of our Province and member of the steering committee for this upcoming event).

 

Suggestions for Discernment and Action

It is through a profound revision of our individual and collective choices that we will be able to face today's environmental challenge. This is why I invite our Jesuit communities and our apostolic works to begin or to pursue a serious reflection and evaluation on our ways of proceeding and on our commitments regarding environmental issues. This evaluation may begin by examining very concrete behaviours in our daily lives:

  1. Recycle, compost and use products made with recycled materials (Ex. Materials used in photocopiers and printers).
  2. Use compact fluorescent bulbs, shut off the lights, unplug unused electrical appliances.
  3. Buy “green” or biodegradable household products.
  4. Buy local food products.
  5. Ban the use of bottled water, disposable tableware and Styrofoam cups.
  6. When buying new appliances or electronic equipment, choose “Energy Star” certified products.
  7. Whenever possible, use public transportation and encourage carpooling. When buying a car, consider hybrid models.
  8. Promote whatever contributes to a simpler lifestyle and to sustainable development; Avoid wastage and overconsumption – this is, for religious, one way to live the vow of poverty.

 

To Develop an Environmental Solidarity

The points mentioned above are only a few examples and suggestions (cf. for more www.greenchurch.ca ) that can contribute to the spiritual and anthropological conversion that our Province, in communion with the universal Society of Jesus, needs to initiate and deepen. It is clear that this call to discernment implies communal choices that will have an impact on our budgets, our habits, maybe even our “comfort”. GC35 sent a clear invitation to “ Jesuits and those who share our mission to show ever more effective ecological solidarity in our spiritual, communal, and apostolic lives. This invitation calls us to move beyond doubts and indifference to take responsibility for our home, the earth” (Decree 3, 31).

I therefore hope that Lent 2011 will be an opportunity for each one of us and for the apostolic body of our Province to become more aware that the “care of the environment affects the quality of our relationships with God, with other human beings, and with creation itself. It touches the core of our faith in and love for God, from whom we come and towards whom we are journeying. It might be said that St. Ignatius teaches us this care of the environment in the Principle and Foundation when speaking of the goodness of creation, as well as in the Contemplatio ad Amorem when describing the active presence of God within creation” (Decree 3, 32).

Jean-Marc Biron, S.J.
Provincial
On Ash Wednesday, March 9, 2011