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Les jésuites au Canada anglais

BIBLIOTHÈQUE DE THÉOLOGIE

Dans ce dossier, nous vous offrons les échos du travail de la Cellule de réflexion et d'action mise sur pied par le P. Kawas François avec des acteurs de la société civile et des délégués d'institutions et de congrégations religieuses. Cette cellule veut permettre de passer de la phase d'aide d'urgence à celle de la reconstruction.

2 juin

Haïti/Conjoncture politique : La Cellule de Réflexion et d'Action Nationale (CRAN) tire la sonnette d'alarme et prend position

La Cellule de Réflexion et d'Action Nationale (CRAN) des Jésuites et de la Société Civile suit avec préoccupation les évènements de la vie sociopolitique haïtienne:

  • la dégradation accélérée des conditions de vie de la population, notamment dans l'enfer des abris provisoires
  • l'inadéquation du plan gouvernemental de reconstruction avec les besoins réels de la population
  • l'absence totale de communication et de coordination au sein du Gouvernement
  • l'insouciance scandaleuse des dirigeants et autres acteurs politiques qui sont en train d'enfoncer le pays dans la misère et le chaos, renforcant ainsi la dépendance économique et politique
  • les manifestations à répétition sans cohérence interne 
  • le vote, dans des conditions douteuses, d'une Loi d'urgence de plus en plus décriée 
  • un Conseil Électoral Provisoire (CEP) contesté et n'inspirant pas la confiance nécessaire à des élections crédibles;
  • l'ingérence de plus en plus choquante de la Communauté internationale dans les affaires internes du pays.

À ce carrefour difficile et décisif que traverse actuellement le pays, la CRAN tire la sonnette d'alarme sur l'urgence pour tous les secteurs de mettre les intérêts collectifs au-dessus des intérêts personnels et partisans.

Les enjeux actuels du processus de reconstruction nous commandent de nous unir en vue de poser, dans le dialogue et la sérénité, les vrais problèmes du pays et de dégager un consensus sur les choix socio-économiques et politiques à faire pour le sauvetage national.

Dans cette perspective, la CRAN dénonce :

  • la Loi du 15 avril 2010 sur l'État d'urgence, en raison de son caractère anticonstitutionnel et attentatoire aux libertés publiques et aux droits fondamentaux ;
  • la violation de la lettre de la Constitution du pays, en créant la possibilité de prolonger le mandat présidentiel au-delà du 7 février 2011.

La CRAN invite :

  1. Le Président de la République
    à rechercher activement le dialogue avec tous les secteurs politiques et les organisations de la société civile en vue de parvenir à un accord politique visant à créer un nouveau Conseil Électoral Provisoire (CEP) qui puisse inspirer de la confiance, élément fondamental pour la légitimité et la crédibilité des prochaines élections.
  2. Le G ouvernement haïtien 
    à informer la nation de sa politique économique et sociale, notamment le plan d'urgence en faveur de la population sinistrée.
  3. Les acteurs politiques:
    à faire preuve de sens de responsabilité face aux menaces qui pèsent sur la nation toute entière;
    à exercer leurs droits dans le respect des règles démocratiques consacrées par la Constitution de 1987.
  4. Les organisations et groupes de la société civile haïtienne :
    à s'unir pour exiger des dirigeants d'assurer le leadership dans la gestion de la reconstruction.
  5. La Communauté internationale :
    à être réellement solidaire du peuple haïtien, de respecter sa dignité et son droit à l'autodétermination.

Pour la Cellule de Réflexion et d'Action Nationale (CRAN) :

Amary Joseph NOEL
Coordonnateur Général de la Confédération des Haïtiens pour la Réconciliation (CHAR) et membre de la CRAN
Rév. P. Wismith LAZARD, SJ
Directeur National du Service Jésuite aux Réfugiés et Migrants (SJRM) – Haïti et membre de la CRAN

Rév. P. Kawas FRANÇOIS, SJ
Coordonnateur de la CRAN

 

28 mars

Prise de position de la « Cellule de Réflexion et d'Action  nationale »
des Jésuites et de la société civile

De l'analyse objective et approfondie du document Plan d'Action pour le Relèvement et le Développement national (Les Grands Chantiers pour l'Avenir) du gouvernement haïtien, réalisée par la Cellule de Réflexion et d'Action nationale (CRAN), il ressort ce qui suit :

1o) L'introduction du document semble cadrer tant avec les exigences du moment, qu'avec les cris des populations, secteurs et groupes organisés du pays qui exigent que les choix d'orientation pour la refondation de la nation et la reconstruction soit le fruit d'un effort inclusif et une dynamique de participation où « chacun est appelé à jouer sa partition », un plan qui « n'est pas uniquement celui  de l'État, du Gouvernement et du Parlement, mais celui de tous les secteurs de la société. »

2o) Certaines affirmations de la première partie du document qui sera présenté le 31 mars à New York à la rencontre des bailleurs de fonds risquent de cacher les grandes faiblesses qui rendent le document inapproprié et irrecevable :

a) La construction d'une Haïti démocratique, respectueuse des droits de l'homme, inclusive (p.2)

b) Le respect du leadership exercé par les Haïtiens et les Haïtiennes (p.3)

c) La volonté de faire différemment et .mieux. Car les solutions et façons de faire du passé ne sont plus appropriées à la situation présente » (p.5)

Malheureusement, le corps du document est en totale rupture avec ces prémisses et promesses :

1o) Le document n'est guère le résultat d'un processus de consultation de tous les secteurs. Nombre de parlementaires le récusent ! La rencontre du 19 mars impliquant la Société Civile à Caribe Convention Center, à Port-au-Prince n'a été qu'une démarche politicienne du gouvernement en marge de toute presse, sanci souci réel de collecte d'informations auprès de la Société Civile. Ce secteur a effectivement rejeté le document dans les divers ateliers et en plénière

2o) Le document ne reflète aucune volonté ni même une velléité de changement réel. Il ne pose pas les problèmes de fond et ne nous offre qu'un replâtrage maladroit du vieux système politique décrié et effondré. Les approches fixées composent une mosaïque d'activités sans liens stratégiques où le ciment « humain » brille par son absence.

Dans cette perspective, Haïti n'est qu'un puzzle dont les morceaux disparates ne pourront pas s'accoupler dans une dynamique de construction alternative.

3o) Le Comite Intérimaire de Reconstruction efface tout leadership haïtien en acceptant une trop grande présence de la Communauté internationale

À ce carrefour historique où se jouent la survie et le futur de la nation, le Peuple haïtien invite le Président, le Premier Ministre, le gouvernement et les bailleurs internationaux à prendre la mesure de ce momentum historique et à écouter les cris des multiples institutions nationales d'Haïti. Nous demandons instamment :

1o) Une large consultation de tous les secteurs pour permettre à la société haïtienne de participer effectivement au processus de refondation de la nation et aux options stratégiques pour la reconstruction du pays. Ce devra être aussi un outil méthodologique facilitant l'implication des Haïtiens et des Haïtiennes dans une dynamique de solidarité et une mystique de progrès et de développement

2) Que les problèmes de fond soient posés et que des solutions concrètes soient trouvées pour un nouveau départ et un reformatage de la gestion des questions politiques et sociétaires du pays

3) Que la refondation de la nation et la reconstruction du pays soient le fruit d'une nouvelle vision à la fois ample et adaptée aux nouveaux défis posés par le séisme du 12 janvier 2010

4) La création d'une structure nationale autonome de reconstruction formée de gens crédibles des Pouvoirs politiques haïtiens, de la Société Civile et d'un noyau réduit d'internationaux

5o) La prise en compte des couches les plus vulnérables de la population dans le processus de reconstruction du pays : paysans, sans abris, handicapés, orphelins, veuves, enfants, vieillards.

Le Peuple haïtien qui a tellement souffert n'est pas disposé à rater ce nouveau rendez-vous capable de changer définitivement son présent et son avenir !

Pour la Cellule de Réflexion et d'Action nationale (CRAN):

Rév. Père Kawas FRANÇOIS, Coordonnateur de la Cellule de Réflexion et d'Action nationale (CRAN)

Amary Joseph NOEL, Coordonnateur General de la Confédération des Haïtiens pour la Réconciliation (CHAR) et membre de la Cellule de Réflexion et d'Action nationale (CRAN).

Rév. Père Wismith LAZARD, Directeur du Service Jésuite aux Réfugiés et Migrants (SJRM) et membre de la Cellule de Réflexion et d'Action nationale (CRAN)

 

Position des Mouvements sociaux haïtiens
sur le processus de "reconstruction" d'Haïti
18/3/10

Les organisations et mouvements sociaux haïtiens dénoncent le processus adopté pour la formulation du *Plan de Reconstruction d'Haïti*, document de base ayant servi aux  discussions de la Conférence des bailleurs qui s'est achevée le 17 mars à Santo Domingo, vu que ce processus s'est caractérisé par une exclusion quasi totale des acteurs sociaux haïtiens et une participation faible et non coordonnée des représentants de l'État haïtien.

La voie tracée pour la reconstruction d'Haïti à travers le PDNA ( Évaluation postdésastre) ne peut satisfaire les attentes du peuple haïtien étant donné que ce processus n'est pas conçu pour stimuler le développement, sinon pour une restauration, alors que le contexte en Haïti, désormais, exige une réorientation complète du modèle de développement.

Il est regrettable que ce document produit par un groupe de 300 fonctionnaires internationaux et nationaux soit présenté en premier lieu aux bailleurs sans qu'un large processus de consultation des acteurs sociaux haïtiens n'ait été conduit au préalable.

Nous considérons que la réunion prévue le 19 mars avec quelques organisations de la société civile à Port-au-Prince ne saurait remplacer les véritables mécanismes de participation des différentes composantes de la société haïtienne dans la définition d'un avenir commun.

La situation de crise générée par le tremblement de terre nous place devant le défi d'entamer un processus alternatif destiné à définir un nouveau projet de Nation qui englobe de bonnes stratégies pour dépasser l'exclusion, la dépendance politique et économique ainsi que la pauvreté.

Pour que cette nouvelle orientation puisse se matérialiser et nous conduire vers une nouvelle ère de prospérité, il faut divorcer avec les paradigmes choisis jusqu'à présent et développer un processus inclusif de mobilisation des acteurs sociaux nationaux. Pour atteindre cet objectif, il faut engager les ruptures suivantes : 

1- Rupture avec l'exclusion. Rompre avec cette dynamique demeure une condition essentielle pour une véritable intégration basée sur la justice sociale et tournée vers le renforcement de la cohésion nationale. Cela implique la participation et la mobilisation des forces sociales traditionnellement exclues, notamment les femmes, les paysans/nes, les jeunes, les artisans; etc. Cela implique également le refus des structures officielles actuelles d'oppression et l'invention d'un nouvel État, dont la praxis s'oriente vers le bien-être de la population, la transparence, l'institutionnalisation, la justice sociale, le respect de la diversité et des droits humains.

2. Rupture avec la dépendance économique. Construire un modèle économique qui stimule la production nationale en priorisant l'agriculture, l'élevage, et l'agro-industrie tournée d'abord vers la satisfaction de nos besoins alimentaires (céréales, tubercules, lait, fruits, poissons, viandes, etc.).

Ce nouveau modèle ne doit pas être dominé par la logique d'accumulation excessive de richesses ni par la spéculation, mais plutôt orienté vers le bien-être de la population, la valorisation de notre culture nationale et la récupération de nos ressources forestières. Ce modèle doit aussi réduire la dépendance aux combustibles fossiles en promouvant l'évolution vers l'utilisation des immenses réserves d'énergies renouvelables disponibles dans notre pays.

3- Rupture avec la centralisation excessive du pouvoir et des services publics . Le nouveau cadre de développement doit aider à mettre en place  un modèle de gouvernance basée sur la décentralisation des décisions, des services et des ressources ainsi que le renforcement des capacités des gouvernements locaux et des organisations de la société civile.

4. Rupture avec les rapports actuels de propriété de la terre. Instaurer un processus de réorganisation de l'espace physique dans les villes et villages. Cela implique la mise en ouvre d'une réforme agraire intégrale et d'une réforme urbaine qui permette de résoudre le problème de logements de plus d'un million de personnes déplacées après le séisme; en même temps développer des espaces publics et des biens sociaux, tels que des écoles et parcs publics et garder un contrôle de l'extension des villes, etc. Pour relever de tels défis, il est nécessaire de redéfinir le rôle de l'État et son fonctionnement.

Ce projet national dont nous rêvons pour le développement intégral d'Haïti doit inclure un nouveau système d'éducation publique qui facilite l'accès à une éducation de qualité pour tous les enfants, filles et garçons, sans distinction et sans discrimination, la valorisation de la langue créole parlée par l'ensemble de la population, une forte sensibilisation sur la protection de l'environnement et la prévention des risques liés aux catastrophes naturelles; la réorganisation du système de santé avec des hôpitaux établis dans les différents départements, la valorisation de la médecine traditionnelle et une attention particulière à la santé des femmes; un système d' État civil qui accorde les mêmes droits aux enfants, indépendamment de leurs conditions de naissance, un système de justice qui facilite l'accès à la justice pour tous et toutes et qui combat la corruption.

En ce qui a trait à la gouvernance, nous voulons un État qui conserve le contrôle de la gestion du pays, assume le leadership et la coordination de l'aide internationale, qui défend les intérêts de la nation aussi bien a l' intérieur du pays qu'a l'étranger(les migrants haïtiens a l'étranger).

Quant aux relations internationales, le pays doit développer de nouveaux rapports avec les pays amis, en renforçant sa capacité de défendre ses intérêts et l'amitié entre les États et les peuples. Il convient de formaliser les rapports avec la République dominicaine sous différents aspects, tels le commerce, les marchés binationaux, la migration.

Nous réclamons l'annulation de toutes les dettes d'Haïti. Que la tragédie du tremblement de terre ne devienne pas une opportunité d'endetter davantage le pays !

Pour construire ce nouveau modèle de développement, cela exige la participation et la mobilisation intense, constante et large de tous les secteurs de la nation, particulièrement des secteurs populaires qui ont un intérêt majeur dans la décentralisation et un meilleur accès des biens publics (santé, éducation, eau potable, assainissement, communication, énergie électrique et logement). Les secteurs exploités et exclus doivent être les principaux acteurs de ce processus.

Les Mouvements sociaux parties prenantes de cette Déclaration lancent un appel à la mobilisation  et s'engagent à réaliser bientôt une Assemblée du Peuple haïtien au cours de laquelle les défis seront abordés et les stratégies définies en vue de la construction alternative de notre pays.

Port-au-Prince, le 18 mars 2010

Pour authentification:
Colette Lespinasse
GARR

Liste non exhaustive d'organisations ayant pris part à des réunions où ces idées ont été discutées :

PAPDA, GARR, SOFA, FENATEC, CHANDEL, CIPJD, REBA, TKL, FOIE ET JOIE, Cellules de Réflexion et d'Action coordonnée par les Jésuites haïtiens, Confédération des Haïtiens pour la Réconciliation, Alterpresse, Enfofanm, Fondation Toya, AFASDA, Zanmi Timoun, MPP, CROSE, KSIL, KONAREPA, PADEP, MOREPLA.

Un appel est lancé à tous ceux et celles qui se retrouvent dans cette déclaration. Ils/elles sont invités-es à formaliser leur adhésion en prenant contact avec le GARR.

Courriel : comgarr@yahoo.fr
Tél. : 37 22 38 33 / 37 21 05 97

 

 

19 mars

Chers amis,

Je vous envoie comme promis le document final de la Cellule de Réflexion et d'Action Nationale (CRAN) initiée par les jésuites à la suite du tremblement de terre du 12 janvier, mais constituée en majorité de non-jésuites dont des religieux de l'Église catholique. C'est un espace ouvert, inclusif et non partisan. Ce document, nous le rappelons, n'est pas un document technique élaboré dans un bureau par des experts, mais le résultat d'un processus de réflexions, de  consultations, d'échanges entre un grand nombre d'associations de la société civile haïtienne, d'intellectuels, d'étudiants, de syndicalistes, de leaders communautaires, etc. Nous présentons un ensemble d'idées-forces, de grandes propositions qui nous paraissent essentielles dans tout effort de refondation d'Haïti aujourd'hui dans un esprit de concertation et de recherche de consensus.

Je vous invite à traduire le document dans plusieurs langues et à l'envoyer aux décideurs sociaux et politiques d'Hati et de la communauté internationale. Nous le présenterons ce matin à la rencontre convoquée par l'équipe mixte gouvernement haïtien-communauté internationale (PDNA) autour de la reconstruction du pays au Caribe Convention Center à Pétion-Ville. Le document a fait l'objet de plusieurs débats dans les médias au cours de cette semaine et sera communiqué aux décideurs durant cette fin de semaine.

Merci de votre solidarité dans cette lutte pour la refondation d'Haïti.

Kawas Francois, sj

GRANDS AXES STRATÉGIQUES ET ACTIONS À RÉALISER DANS LE PROCESSUS DE RECONSTRUCTION D'HAÏTI

Document final

Préambule

Tout de suite après le séisme du 12 janvier 2010, les Jésuites d'Haïti, sur demande expresse de leur Supérieur provincial, le Père Daniel Leblond, de nationalité canadienne, ont mis en place un dispositif d'urgence pour venir en aide aux populations sinistrées. Dans le combat contre l'adversité et le soutien aux sinistrés de la catastrophe, ils ont reçu le concours de la Société Civile de la République dominicaine et des Jésuites d'autres régions du monde : États-Unis d'Amérique du nord, Europe, Afrique, Asie, Amérique latine, etc.

Parallèlement aux actions de terrain visant l'apport d'une aide humanitaire substantielle aux sinistrés, une réflexion s'est, tout de suite, engagée sur l'impact et les conséquences matériels et immatériels du séisme sur les populations sinistrées et sur le pays en général : praxis de coopération internationale du moment par le biais de l'aide humanitaire d'urgence, souveraineté nationale, rôle de la Société Civile et de l'État Haïtiens dans le processus de reconstruction du pays.

  • La « Cellule de Réflexion et d'Action » des Jésuites et de la Société Civile est un produit du confluent « actions-réflexions »
  • Par la création de la « Cellule de Réflexion et d'Action » les Jésuites et les organisations de la Société civile veulent faire oeuvre pérenne et continuer d'accompagner le peuple haïtien, ses leaders et la communauté internationale dans les efforts à déployer à court, moyen et long terme pour la reconstruction d'Haïti.
  • L'objectif est double :

Accompagner la société civile haïtienne et amener les décideurs politiques, les responsables internationaux à agir dans le sens des intérêts réels de la population haïtienne dans le processus de reconstruction du pays.

Offrir aux populations et à la société civile nationales un espace inclusif, ouvert et non partisan de rencontre, d'échange et de réflexion en vue de participer de manière effective à la reconstruction du pays à travers la production et la mise en ouvre d'un nouveau projet de société pour Haïti.

  • Le texte que la « Cellule » met sous vos yeux, aujourd'hui, n'est nullement un document technique sur la reconstruction, mais une proposition d'orientations stratégiques, une « tentative » d'apporter une contribution à l'effort national de penser un projet de refondation de notre pays. Le geste est conforme à l'exigence cent fois relatée qu'un nouveau projet de société pour Haïti doit être élaboré par et pour les Haïtiens en réponse aux besoins réels du pays.
  • Il est clair que ce projet ne doit pas être imposé de l'extérieur; ni parachuté par les agences multilatérales et les gouvernements étrangers; au contraire, il doit jaillir de notre génie de peuple, de notre riche patrimoine historique, social et culturel, de nos formes multiples de résistance.

 

I.- État des lieux

1.1.- Haïti avant le 12 janvier 2010

Parler de l'Haïti d'avant le 12 janvier 2010 nous renvoie obligatoirement au lendemain du 7 février 1986 où le peuple haïtien en un virage sans précèdent dans son histoire, a opté pour la démocratie participative et un projet de société structuré dans une nouvelle Constitution axée sur la division des pouvoirs et la décentralisation : la Constitution de 1987.

Une analyse de la praxis politique des années qui ont suivi révèle en toute clarté que la démocratie haïtienne est demeurée un vou et une institution à construire. En effet, en dépit des provisions constitutionnelles pour la mise en place et le renforcement des collectivités territoriales, ce qui permettrait d`étendre les services de base à un plus fort pourcentage de la population, les lois d`application tardent à venir, reléguées au second plan des priorités d`hommes politiques obnubilés par la permanence au pouvoir de leurs acolytes. Par ailleurs, les tentatives ponctuelles tendant à sortir Haïti du pétrin n'ont eu pour conséquence que l'accentuation de la division, la multiplication de partis politiques minuscules , de grands blocages d'origine institutionnelle, politique et économique. Les différents leaders, groupes ou regroupements propulsés au timon des affaires de l'État haïtien n'ont su ni réaliser la rupture d'avec une crise bicentenaire ni mettre la société haïtienne à produire.

Il en est résulte une situation de pauvreté extrême avec un revenu moyen de US $ 1.00 dollar par tête par jour. Haïti figure parmi les plus pauvres de l'Hémisphère occidental en rapport avec l'indice de développement des Nations Unies. C'est également le pays le plus inégalitaire en matière de distribution de revenus; car selon les études économiques les plus récentes, dix (10) pour cent des personnes les plus riches reçoivent cinquante (50) pour cent du revenu national. Des pratiques d'exclusion sociale marquée privent la majeure partie de la population d'emplois rémunérateurs, des services sociaux de santé, d'éducation et de protection sociale.

Cette situation inégalitaire s'accentue au niveau de la répartition géographique des services fournis. En effet, la concentration à Port-au-Prince des principales infrastructures administratives, économiques et sociales, en a fait une mégalopole incapable de fournir à la population les services indispensables d'électricité, d'eau potable, de ramassage des ordures ménagères. L'exode rural devient incontrôlable, les villes de province qui devaient servir de relais à la migration vers Port-au-Prince, ne sont pas en mesure de jouer leur rôle, faute d`infrastructures.

Des objectifs mondiaux pour le millénaire du Développement sont fixés (OMD), un document intitulé (DSNCRP) élaboré pour le gouvernement avec l'assistance technique et financière du PNUD et de la Banque Mondiale. Cependant, le financement attendu pour la mise en ouvre de ces instruments était bien en deçà des déclarations d'intention des agences externes au cours de réunions internationales à grand renfort médiatique. Il s'ensuit qu'en janvier 2010, la plupart des programmes et projets du DSNCRP tardent encore à voir le jour. Il faut également mentionner comme l'une des causes, si ce n`est pas la principale, l'effet dévastateur des trois cyclones de 2008 qui ont conduit les instances concernées à reporter momentanément, certaines priorités définies dans les instruments susmentionnés.

Il convient, aussi, de signaler la création par la Présidence d'une commission dont le mandat était de réaliser des consultations sur l'éventualité d'une révision constitutionnelle, et l'impossibilité de tenir les élections législatives à temps pour renouveler la chambre des députés et le tiers du Sénat. Le processus visant l'amendement de la Constitution de 1987 enclenché avant le séisme se trouve bloqué. Par ailleurs, au 10 mai 2010, le Sénat sera rendu inopérant par le fait de la non-existence de la chambre des députés. Pour voter les lois, il faut les deux chambres!

1.2.- Haïti après le 12 janvier 2010

1.2.1.- Évaluation des dégâts

    • Des centaines de milliers de morts et de sans-abris
    • Destruction de Léogane, de Gressier, de Port-au-Prince, du Palais national et du Centre Gouvernemental, des dégâts considérables à Jacmel, Grand Goave ,
    • Destruction des principaux symboles politiques, sociaux et spirituels du pays : Palais national, Palais de Justice, Palais Législatif, les Ministères, l'Administration générale des Contributions, de cathédrales, d'églises et d'écoles
    • Désarticulation totale des principales institutions du pays
    • Affaissement quasi total de l'autorité de l'État.
    • Grandes vagues migratoires de la capitale vers les campagnes et les villes de province qui confrontent déjà de graves problèmes économiques et sociaux
    • Aggravation de la situation alarmante décrite plus haut et un pays au bord d'une catastrophe humanitaire et d'une crise sociopolitique sans précédent

1.2 2.- Afflux de l'aide humanitaire.

  • Non coordination de l'aide internationale et Insatisfaction de la population.
  • Impression que la communauté internationale ouvre dans l'indéfinition et la cacophonie la plus totale
  • Interventions réalisées en fonction des intérêts stratégiques de chaque intervenant sans tenir compte des besoins et préoccupations des représentants naturels du peuple haïtien et des sinistrés.
  • Forums internationaux à tenir en dehors du pays avec le leadership des gouvernements occidentaux et des agences multilatérales, sans participation effective des principaux acteurs de la société haïtienne

 

Vision

Un nouveau projet de société pour Haïti devrait s'articuler autour d'axes qui prennent en compte la nouvelle vision voulue par l'ensemble de la société haïtienne (institutions majeures, structures étatiques, société civile, populations organisées, secteurs sociaux, économiques et religieux) et les exigences de développement, de sauvegarde du patrimoine national : Environnement, économie, justice, culture, etc.

Une telle vision doit prendre en compte

1o) La défense de l'intégrité du territoire, de la vie de tous les citoyens et des êtres qui y vivent

2o) La protection et le respect de l'environnement

3o) La participation de toutes les catégories sociales dans la vie politique et économique dans une dymanique d'équité de genres et de justice.pour tous

4o) Une société d'équité marquée par l'entente citoyenne, le respect des plus faibles, l'éducation des enfants et l'implication de tous les citoyens dans une dynamique de production et d'efforts pour le développement national.

5o) Une société forte démocratiquement grâce a la séparation des pouvoirs, l'alternance politique, le respect des droits et des devoirs.

 

Orientations stratégiques

En complément de la vision décrite, des orientations stratégiques permettent de visualiser le cadre de réalisation des actions à prendre pour la refondation de la nation et la reconstruction du pays. Elles sont d'ordre économique, institutionnel, politique et culturel

3.1 Aspect économique

-Politique de production orientée vers l'amélioration des conditions de vie, l'autosuffisance alimentaire et l'exportation

- Politique de plein emploi (travaux à haute intensité de main d'ouvre dans le secteur environnemental (aménagement de bassins versants, reboisement, curage des canaux, assainissement, etc.) et dans le secteur de l'agriculture -élevage.

-Agriculture et agro-industrie : profiter des avantages comparatifs d'Haïti que sont la variété de climats, la main-d'ouvre disponible sur toute l'étendue du territoire

  • Sous-traitance
  • Tourisme

-Gestion de l'aide internationale et des cotisations des Haïtiens vivant à l'étranger

  • Politique de crédit
    Coopérativisme

3.2 Aspect institutionnel

  • Justice et forces publiques (sécurité publique dans le concept moderne)
  • Santé publique : mettre les soins de santé a la portée de tous les citoyens
  • Éducation : rechercher la scolarité universelle et la gratuite de l'enseignement fondamental
  • Décentralisation voire fédéralisme
  • Renforcer les infrastructures comme base de développement et d'intégration sociale
  • Développer le civisme et une culture de tolérance

3.3 Aspect politique :

  • Constitution de système politique. Convoquer un grand débat national et répondre aux grandes questions : par exemple : Quel système politique pour Haïti? Président et Premier ministre? Bicaméral, monocaméral ?etc.
  • État de droit et démocratie (créer des conditions pour la tenue de bonnes élections)
  • Contrôle et monitorage des actions et décisions étatiques
  • Continuité dans la gestion des affaires de l'État

3.4 Aspect culturel

  • Promotion et rentabilisation de la Culture haïtienne tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays.

 

IV- Actions

4.1.- À très court terme :

- Appeler toutes les compétences haïtiennes disponibles en Haïti et à l'étranger pour qu'elles apportent leur quote-part au combat national pour la survie de leur pays.

- Coordonner, harmoniser et orienter les actions stratégiques tendant à résorber la crise sur toute l'étendue du territoire.

- Résoudre les problèmes des abris provisoires : coordination de l'aide humanitaire internationale, logement des familles, soins de santé

- Donner une large participation aux cadres techniques et professionnels haïtiens dans les taches de constructions d'abris et autres habitats.

- Lancer un vaste plan de construction de logements sociaux pour déménager les gens des bidonvilles de la région métropolitaine de Port-au-Prince et des villes dévastées

- Organiser la Société Civile en vue de la porter a s'associer aux efforts tendant à donner le branle a un vaste mouvement national et citoyen visant a poursuivre la lutte contre l'adversité, à réfléchir et faire des propositions quant au nouveau projet de société requis pour Haïti.

- Porter la communauté internationale à reconnaître et respecter les efforts des organisations haïtiennes qui réfléchissent sur les options à prendre pour le relèvement de la nation et la reconstruction du pays au lieu de tenter de se substituer à elles.

- Créer dans un premier temps au niveau des départements les plus vulnérables des centres départementaux d'équipements pour des interventions d'urgence en cas de catastrophe

- Rendre opérationnelles sur une base citoyenne les cellules communales de gestion de risques et désastres par la mise en place de brigades de secouristes équipées en vue d'intervention rapide en cas de nouvelles catastrophes

- Concevoir et exécuter une campagne nationale de motivation et d'information sur les comportements à adopter à l'occasion des cyclones et des tremblements de terre

- Lancer un programme de remise sur pied des infrastructures d'éducation détruites (primaire, secondaire, universitaire). Appui aux principales institutions éducatives privées.

- Réouverture effective des classes dans les départements les plus affectés

- Prise en charge immédiate de l'école haïtienne : viatiques aux professeurs décapitalisés et éprouvés, scolarité des élèves pour le reste de l'année, dotation des écoles en « unités préfabriquées (« portable schools »). Les bâtiments mêmes classés « verts » par les experts ne seront pas immédiatement utilisables. Parents et élèves abhorrent le béton!

- Donner le branle à un processus tendant à l'organisation d'un grand débat inclusif, seule option méthodologique appropriée pour la participation de l' « Haïti en dehors» (Haïtiens vivant à l'étranger, paysannerie, populations marginalisées, etc.) dans les questions nationales

- Mise en place d'associations de sinistrés pour permettre surtout à ceux qui ont perdu des biens considérables (biens meubles et immeubles) de relancer leur vie économique

4.2 Actions à court terme :

- Réaliser un débat inclusif comme recours méthodologique pour doter le pays d'un nouveau projet de société élaboré dans la concertation ,l'entente citoyenne et la participation des représentants de toutes les couches de la société nationale haïtienne

- En accord avec les conclusions du débat inclusif, mettre en place des infrastructures administratives déconcentrées dans le pays, telles les Archives nationales, l'Immigration, l'Office National d'Identification, renforcer les structures sectorielles déconcentrées.

- Actualiser le schéma d'Aménagement du Territoire et les potentialités régionales.

- Subdiviser le pays en Régions en fonction de certaines affinités territoriales et des exigences de développement.

-- Remettre sur pied les principaux symboles de l'autorité de l'État : Palais national, Palais de justice, tribunaux, police nationale, DGI, etc. dans le cadre d'un nouveau projet de refondation du pays

-Publier la charte des Collectivités territoriales avec les lois d'application sur le fonctionnement des collectivités territoriales de sections communales, de communes et de conseil départemental.

-Remettre le secteur agricole à produire, avec la pleine conscience du fait que la dynamique d'aide ne peut être qu'éphémère. Rôle central à accorder aux paysans et à leurs organisations.

-Promouvoir un leadership soucieux de la refondation de l'État dans une dynamique qui rassemble les forces vives de la nation et porte les populations organisées a s'imposer en interlocuteurs des intervenants internationaux, notamment, l'inclusion de sinistrés ou de leurs représentants légitimes dans les clusters et forums qui envisagent le lendemain et le devenir du pays.

-Rouvrir les ports au commerce extérieur du Cap-Haïtien, de Port de Paix, de Fort Liberté, des Gonaives, de Saint Marc, de Petit-Goâve, de Miragoane, de Jérémie, des Cayes et de Jacmel.

-Lancer un vaste programme de création d'emplois à haute intensité de main-d'ouvre dans les zones sinistrées et eu peu partout dans le pays

-Poursuivre l'implantation des infrastructures de base dans les Grandes Régions, à savoir, Routes, télécommunication, Électricité, Port, Aéroport.

-Créer une structure autonome pour la planification et la gestion de la Reconstruction du pays.

4.3 - A moyen et long terme :

- Élaborer, au moyen de la méthodologie de la recherche action-participation, des plans et programmes régionaux et départementaux qui tiennent compte des spécificités de chaque région et département et des nouvelles stratégies de développement adoptées pour le pays.

-Implanter dans d'autres régions ou dans les départements, de vrais campus universitaires offrant aux étudiants de ces régions des variétés de carrières répondant aux potentialités régionales et aux standards mondiaux d'éducation au niveau supérieur

-Implanter des parcs industriels en dehors de Port-au-Prince.

-Ouvrir le pays à l`investissement privé en accordant plus de facilités aux investisseurs nationaux et aux étrangers désireux de s'implanter dans les régions en dehors de Port-au-Prince

-Favoriser le regroupement des collectivités territoriales en vue de fournir à leur population des services incombant à la commune et que cette dernière ne serait pas en mesure de fournir seule étant donné la limitation de ressources financières générées.

-Adapter le système fiscal haïtien en fonction des nouvelles exigences de la décentralisation administrative

 

V.- MESURES D'ACCOMPAGNEMENT URGENTES POUR RENDRE POSSIBLE LA RECONSTRUCTION

5.1.- Pour gérer la refondation du pays, mettre en place immédiatement UNE COMMISSION AUTONOME NATIONALE POUR LA RECONSTRUCTION formée de représentants crédibles de l'État et de la société civile haïtienne et appuyée en majorité par d'excellents experts haïtiens de l'intérieur du pays et de la diaspora haïtienne

5.2.- En vue d'arriver à la stabilité politique requise pour la reconstruction, faire démarrer le PROCESSUS DE CONCERTATION, D'ACTION ET DE MOBILISATION POUR LA TENUE D'ELECTIONS CREDIBLES DANS LE PAYS.

5.3.- Pour bien asseoir la refondation de la nation que la mise en ouvre d'un nouveau plan d'action pourra amener, il importe de PARTIR DE NOUVEAUX PARADIGMES : PARTICIPATION, COMPÉTENCE, VALORISATION DES RESSOURCES LOCALES, UTILISATION INTELLIGENTE DE LA COOPÉRATION FINANCIERE ET TECHNIQUE INTERNATIONALE , d'une NOUVELLE MYSTIQUE nourrie des valeurs inhérentes à notre identité de peuple, de notre riche patrimoine historique et culturel.

5.4.- Il est important de REFAIRE LE PELERINAGE DE L'ARCAHAIE du 18 mai 1803 afin de RASSEMBLER LE PEUPLE HAITIEN AUTOUR D'UN IDEAL COMMUN , celui de contribuer par la solidarité à l'amélioration des conditions de vie du peuple haïtien dans toutes ses composantes. La récupération de ces valeurs perdues suppose une action à long terme qui doit commencer à l'école par la RÉINTRODUCTION DANS LE CURRICULUM SCOLAIRE DE L'ENSEIGNEMENT DE L'INSTRUCTION CIVIQUE afin de raviver le sentiment d'appartenance à cette nation haïtienne conquise de haute lutte en 1804.

5.5.- Il est urgent de créer chez l'enfant haïtien de CETTE CULTURE DU RISQUE qui lui fournira les comportements à adopter face aux catastrophes naturelles susceptibles de frapper Haïti.

5.6.- Compte tenu de la place prépondérante de la religion dans la société haïtienne, il convient de donner à certaines valeurs religieuses une place importante dans le processus de refondation de la nation: LA SOLIDARITÉ ET LE PARTAGE, LE RESPECT DU BIEN COMMUN ET SPÉCIALEMENT DE L'ENVIRONNEMENT, LE RESPECT DE LA VIE ET DE LA PERSONNE HUMAINE, LA SUBSIDIARITÉ, LA DESTINATION UNIVERSELLE DES BIENS, etc.

Pour la « Cellule de Réflexion et d'Action » :

1) R.P Kawas FRANÇOIS SJ,
Délégué du Provincial des Jésuites du Canada français et d'Haïti,
Coordonnateur de la « Cellule de Réflexion et d'Action »

2) Professeur Amary Joseph NOEL,
Coordonnateur général de la Confédération des Haïtiens pour la Réconciliation (CHAR)

Ceux qui adhèrent aux principales idées de ce document peuvent apposer leur signature. Il sera envoyé aux principaux décideurs, à la presse nationale et internationale, etc..

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9 mars 2010

Bonsoir, cher-e-s ami-e-s,

Par ce courrier, la "Cellule de Réflexion et d'Action des Jésuites et de la Société Civile d'Haïti" a le plaisir de vous faire parvenir les principaux éléments de sa proposition sur les orientations stratégiques pour l'élaboration d'un plan de reconstruction d'Haïti.

Tout en vous souhaitant bonne lecture, elle en profite pour vous inviter à "apposer au texte vos touches de critiques par des ajouts ou des retraits" et à le signer, si vous adhérez aux principales idées du document.

Vous pouvez nous faire part de vos suggestions, commentaires et réflexions (en français, en créole, en espagnol et en anglais) en répondant directement à ce mail ou en visitant le blog de la Cellule que voici: " haitireflexionscitoyennes.blogspot.com ".

Merci d'avance de votre participation!

Section "Communication et logistique" de la Cellule de Réflexion et d'Action des Jésuites et de la Société Civile d'Haïti

......

Extraits du texte "Orientations stratégiques pour l'élaboration d'un plan de reconstruction d'Haïti"  

Le texte que la « Cellule » met sous vos yeux, aujourd'hui, n'est nullement un document technique sur la reconstruction, mais une proposition d'orientations stratégiques, une « tentative » d'apporter une contribution à l'effort national de penser un projet de refondation de notre pays. Le geste est conforme à l'exigence cent fois relatée qu'un nouveau projet de société pour Haïti doit être élaboré par et pour les Haïtiens en réponse aux besoins réels du pays.

  • Consciente que la société civile est complexe et traversée par des courants divers, opposés et des intérêts divergents, la «Cellule de Réflexion et d'Action» réaffirme sa foi en la possibilité de créer un consensus national autour des grandes questions et des valeurs essentielles qui fondent notre existence comme peuple et dont dépend notre survie individuelle et collective.
  • Il est clair que ce projet ne doit pas être imposé de l'extérieur; ni parachuté par les agences multilatérales et les gouvernements étrangers; au contraire, il doit jaillir de notre génie de peuple, de notre riche patrimoine historique, social et culturel, de nos formes multiples de résistance.
  • La démarche de la « Cellule de Réflexion et d'Action », aujourd'hui, invite l'ensemble des organisations de la Société Civile haïtienne et tous ceux qui se sentent concernés à se l'approprier après y avoir apposé leur touches de critiques par des ajouts ou des retraits.

 

I.- État des lieux

1.1.- Haïti avant le 12 janvier 2010

Situation de pauvreté extrême avec un revenu moyen de US $ 1.00 dollar par tête par jour, Haïti figure parmi les plus pauvres de l'Hémisphère occidental en rapport avec l'indice de développement des Nations Unies. C'est également le pays le plus inégalitaire en matière de distribution de revenus; car selon les études économiques les plus récentes, dix (10) pour cent des personnes les plus riches reçoivent cinquante (50) pour cent du revenu national. Il en résulte une exclusion sociale marquée qui prive la majeure partie de la population d'emplois rémunérateurs, des services sociaux de santé, d'éducation et de protection sociale.

Cette situation inégalitaire s'accentue au niveau de la répartition géographique des services fournis. En effet, la concentration à Port-au-Prince des principales infrastructures administratives, économiques et sociales, en a fait une mégalopole incapable de fournir à la population les services indispensables d'électricité, d'eau potable, de ramassage des ordures ménagères. L'exode rural devient incontrôlable, les villes de province qui devaient servir de relais à la migration vers Port-au-Prince, ne sont pas en mesure de jouer leur rôle, faute d`infrastructures.

Et en dépit des provisions constitutionnelles pour la mise en place et le renforcement des collectivités territoriales, ce qui permettrait d`étendre les services de base à un plus fort pourcentage de la population, les lois d'application tardent à venir, reléguées au second plan des priorités d'hommes politiques obnubilés par la permanence au pouvoir de leurs acolytes.

Des objectifs mondiaux pour le millénaire du Développement sont fixés (OMD) dans un document intitulé "Document de Stratégie Nationale pour la Croissance et la Réduction de la  Pauvreté" (DSNCRP) élaboré pour le Gouvernement avec l'assistance technique et financière du PNUD et de la Banque Mondiale. Cependant, le financement attendu pour la mise en ouvre de ces instruments était bien en deçà des déclarations d'intention des agences externes au cours de réunions internationales à grand renfort médiatique. Il s'ensuit qu'en janvier 2010, la plupart des programmes et projets du DSNCRP tardent encore à voir le jour. Il faut également mentionner comme l'une des causes, si ce n`est pas la principale, l'effet dévastateur des trois cyclones de 2008 qui ont conduit les instances concernées à reporter momentanément, certaines priorités définies dans les instruments susmentionnés.

 

1.2.- Haïti après le 12 Janvier 2010

1.2.1.- Évaluation des dégâts

  • Des centaines de milliers de morts et de sans abris
  • Destruction de Léogane, de Gressier, de Port-au-Prince, du Palais National et du Centre Gouvernemental, des dégâts considérables à Jacmel, Grand Goave, Petit-Goâve...
  • Destruction des principaux symboles politiques, sociaux et spirituels du pays : Palais National, Palais de Justice, Palais Législatif, les Ministères, l'Administration Générale des Contributions, de cathédrales, d'églises et d'écoles
  • Désarticulation totale des principales institutions du pays
  • Affaissement quasi total de l'autorité de l'État.
  • Grandes vagues migratoires de la capitale vers les campagnes et les villes de province qui sont déjà confrontées à de graves problèmes économiques et sociaux
  • Aggravation de la situation alarmante décrite plus haut et un pays au bord d'une catastrophe humanitaire et d'une crise sociopolitique sans précédent.

1.2 2.- Afflux de l'aide humanitaire

  • Non coordination de l'aide internationale et Insatisfaction de la population.
  • Impression que la communauté internationale ouvre dans l'indéfinition et la cacophonie la plus totale.
  • Interventions réalisées en fonction des intérêts stratégiques de chaque intervenant sans tenir compte des besoins et préoccupations des représentants naturels du peuple haïtien et des sinistrés.
  • Forums internationaux à tenir en dehors du pays avec le leadership des gouvernements occidentaux et des agences multilatérales, sans participation effective des principaux acteurs de la société haïtienne.

 

II- Orientations stratégiques

2.1.- A court terme

a) Remettre sur pied les principaux symboles de l'autorité de l'État : Palais national, Palais de justice, tribunaux, polices nationale, DGI, etc. dans le cadre d'un nouveau projet de refondation du pays

b) Résoudre les problèmes des abris provisoires : coordination de l'aide humanitaire internationale, logement des familles, soins de santé

c) Donner une large participation aux cadres techniques et professionnels haïtiens dans les tâches de constructions d'abris et autres habitats.

d) Remettre le secteur agricole à produire, avec la pleine conscience du fait que la dynamique d'aide ne peut être qu'éphémère. Rôle central à accorder aux paysans et à leurs organisations.

e) Lancer un vaste plan de construction de logements sociaux pour relocaliser les gens des bidonvilles de la région métropolitaine de Port-au-Prince et des villes dévastées

f) Promouvoir un leadership soucieux de la refondation de l'État dans une dynamique qui rassemble les forces vives de la nation et porte les populations organisées a s'imposer en interlocuteurs des intervenants internationaux, notamment, l'inclusion de sinistrés ou de leurs représentants légitimes dans les clusters et forums qui envisagent le lendemain et le devenir du pays

g) Coordonner, harmoniser et orienter les actions stratégiques tendant à résorber la crise sur toute l'étendue du territoire

h) Rouvrir les ports au commerce extérieur du Cap-Haïtien, de Port-de-Paix, de Fort-Liberté, des Gonaives, de Saint-Marc, de Petit-Goâve, de Miragoane, de Jérémie, des Cayes et de Jacmel

i) Appeler toutes les compétences haïtiennes disponibles en Haïti et à l'étranger pour qu'elles apportent leur quote-part au combat national pour la survie de leur pays

j) Organiser la Société Civile en vue de la porter à s'associer aux efforts tendant à donner le branle à un vaste mouvement national et citoyen visant à poursuivre la lutte contre l'adversité, à réfléchir et faire des propositions quant au nouveau projet de société requis pour Haïti

k) Porter la communauté internationale à reconnaître et respecter les efforts des organisations haïtiennes qui réfléchissent sur les options à prendre pour le relèvement de la nation et la reconstruction du pays au lieu de tenter de se substituer à elles

l) Rendre opérationnelles sur une base citoyenne les cellules communales de gestion de risques et désastres par la mise en place de brigades de secouristes équipées en vue d'intervention rapide en cas de nouvelles catastrophes

m) Concevoir et exécuter une campagne nationale de motivation et d'information sur les comportements à adopter à l'occasion des cyclones et des tremblements de terre

n) Créer dans un premier temps au niveau des départements les plus vulnérables des centres départementaux d'équipements pour des interventions d'urgence en cas de catastrophe

o) Lancer un vaste programme de création d'emplois à haute intensité de main-d'ouvre dans les zones sinistrées et un peu partout dans le pays

p) Lancer un programme de remise sur pied des infrastructures d'éducation détruites (primaire, secondaire, universitaire). Appui aux principales institutions éducatives privées

q) Réouverture effective des classes dans les départements les plus affectés

r) Prise en charge immédiate de l'école haïtienne : viatique aux professeurs décapitalisés et éprouvés, scolarité des élèves pour le reste de l'année, dotation des écoles en « unités préfabriquées" (portable schools). Les bâtiments mêmes classés « verts » par les experts ne seront pas immédiatement utilisables. Parents et élèves abhorrent le béton!

s) Poursuivre l'implantation des infrastructures de base dans les Grandes Régions, à savoir, Routes, télécommunication, Électricité, Port, Aéroport

t) Créer une structure autonome pour la planification et la gestion de la Reconstruction du pays

u) Donner le branle à un processus tendant à l'organisation d'un grand débat inclusif, seule option méthodologique appropriée pour la participation de l' « Haïti en dehors » (haïtiens vivant à l'étranger, paysannerie, populations marginalisées etc.) dans les questions nationales

v) Mise en place d'associations de sinistrés pour permettre surtout à ceux qui ont perdu des biens considérables (biens meubles et immeubles) de relancer leur vie économique

 

2.2.- A moyen et long terme :

a) Publier la charte des Collectivités Territoriales avec les lois d'application sur le fonctionnement des collectivités territoriales de sections communales, de communes et de conseil départemental.

b) Actualiser le schéma d'Aménagement du Territoire et les potentialités régionales.

c) Subdiviser le pays en Régions en fonction de certaines affinités territoriales et des exigences de développement.

d) En accord avec les conclusions du débat inclusif, mettre en place des infrastructures administratives déconcentrées dans le pays, telles les Archives Nationales, l'Immigration, l'Office National d'Identification, renforcer les structures sectorielles déconcentrées.

e) Élaborer, au moyen de la méthodologie de la recherche action-participation, des plans et programmes régionaux et départementaux qui tiennent compte des spécificités de chaque région et département et des nouvelles stratégies de développement adoptées pour le pays.

f) Implanter dans d'autres régions ou dans les départements, de vrais campus universitaires offrant aux étudiants de ces régions des variétés de carrières répondant aux potentialités régionales et aux standards mondiaux d'éducation au niveau supérieur

g) Implanter des parcs industriels en dehors de Port-au-Prince.

h) Ouvrir le pays à l`investissement privé en accordant plus de facilités aux investisseurs nationaux et aux étrangers désireux de s'implanter dans les régions en dehors de Port-au-Prince.

i) Favoriser le regroupement des collectivités territoriales en vue de fournir à leur population des services incombant à la commune et que cette dernière ne serait pas en mesure de fournir seule étant donné la limitation de ressources financières générées.

j) Adapter le système fiscal haïtien en fonction des nouvelles exigences de la décentralisation administrative

III.- MESURES D'ACCCOMPAGNEMENT URGENTES POUR RENDRE POSSIBLE LA RECONSTRUCTION

3.1.- Pour gérer la refondation du pays, mettre en place immédiatement UNE COMMISSION AUTONOME NATIONALE POUR LA RECONSTRUCTION formée de représentants crédibles de l'État et de la société civile haïtienne et appuyée en majorité par d'excellents experts haïtiens de l'intérieur du pays et de la diaspora haïtienne.

3.2.-En vue d'arriver à la stabilité politique requise pour la reconstruction, faire démarrer le PROCESSUS DE CONCERTATION, D'ACTION ET DE MOBILISATION POUR LA TENUE D'ELECTIONS CREDIBLES DANS LE PAYS.

3.3.- Pour bien asseoir la refondation d'Haïti que la mise en ouvre d'un nouveau plan d'action pourra amener, il importe de PARTIR DE NOUVEAUX PARADIGMES : PARTICIPATION, COMPÉTENCE, VALORISATION DES RESSOURCES LOCALES, UTILISATION INTELLIGENTE DE LA COOPÉRATION FINANCIERE ET TECHNIQUE INTERNATIONALES, d'une NOUVELLE MYSTIQUE nourrie des valeurs inhérentes à notre identité de peuple, de notre riche patrimoine historique et culturel.

3.4.- Il est important de REFAIRE LE PELERINAGE DE L'ARCAHAIE du 18 mai 1803 afin de RASSEMBLER LE PEUPLE HAITIEN AUTOUR D'UN IDEAL COMMUN, celui de contribuer par la solidarité à l'amélioration des conditions de vie du peuple haïtien dans toutes ses composantes. La récupération de ces valeurs perdues suppose une action à long terme qui doit commencer à l'école par la RÉINTRODUCTION DANS LE CURRICULUM SCOLAIRE DE L'ENSEIGNEMENT DE L'INSTRUCTION CIVIQUE afin de raviver le sentiment d'appartenance à cette nation haïtienne conquise de haute lutte en 1804.

3.5.- Il est urgent de créer chez l'enfant haïtien CETTE CULTURE DU RISQUE qui lui fournira les comportements à adopter face aux catastrophes naturelles susceptibles de frapper Haïti.

3.6.- Compte tenu de la place prépondérante de la religion dans la société haïtienne, il convient de donner à certaines valeurs religieuses une place importante dans le processus de refondation de la nation: LA SOLIDARITÉ ET LE PARTAGE, LE RESPECT DU BIEN COMMUN ET SPÉCIALEMENT DE L'ENVIRONNEMENT, LE RESPECT DE LA VIE ET DE LA PERSONNE HUMAINE, LA SUBSIDIARITÉ, LA DESTINATION UNIVERSELLE DES BIENS, etc.

Ceux qui adhèrent aux principales idées de ce document peuvent apposer leur signature. Il sera envoyé aux principaux décideurs, à la presse nationale et internationale, etc.

 

23 février 2010

 

Rapport No 4

La «  Réflexion et d'Action » des Jésuites constate et invite
Le dimanche 21 février 2010 à Tabarre, Noviciat des Jésuites 

Le tremblement de terre du 12 janvier 2010 est la catastrophe la plus grave que Haïti ait connu pendant son existence comme nation : destruction de Léogane, de Gressier, de Port-au-Prince, du Palais National et du Centre gouvernemental, des dégâts considérables à Jacmel, Grand-Gôave et à Petit-Goâve, des milliers de morts et de sans abris, la désarticulation totale des institutions majeures du pays, des menaces d'épidémie et de crise sociopolitique sans précèdent.

Le monde entier est accouru au chevet d'Haïti ! Tout semble augurer que, cette fois-ci, les prémisses sont posées pour que le pays soit reconstruit et, à la faveur de choix judicieux, introduit sur la voie du développement.

En concertation avec des organisations de la Société Civile, la «  Cellule de Réflexion et d'Action » , une initiative à la fois inclusive et non partisane initiée et coordonnée par les Religieux Jésuites, constate qu'un travail important de réflexion sur la question nationale en général et le drame du 12 janvier en particulier se réalise dans de nombreuses institutions, tant à l'intérieur et qu'à l'extérieur du pays :

La «  Cellule de Réflexion et d'Action   » tire la sonnette d'alarme pour que ces efforts soient pris en compte et signale aux décideurs que les opportunités du moment risquent d'être hypothéquées si une méthodologie appropriée n'est pas au rendez-vous.

Dès les premiers instants du drame, les Haïtiens de toutes classes sociales ont fait preuve d'une solidarité, d'une opiniâtreté, d'une combativité et d'un héroïsme extraordinaires ! C'est avec les mains vides et en plein émoi qu'ils ont commencé à sauver des vies !

Le Gouvernement et les forces en armes présentes dans le pays, également endeuillés, ont été pris au dépourvu et n'ont commencé à réagir véritablement que trois jours après la catastrophe.

Certains secteurs évoquent même une absence totale de leadership du pouvoir central d'État dans la gestion du drame.

Ils mettent en évidence :

  • La non coordination de l'aide internationale.
  • La mauvaise organisation des abris provisoires.
  • La distribution anarchique de l'aide.
  • Le manque de communication sur les efforts déployés pour la réouverture des écoles dans les départements les plus affectés.
  • La non diffusion d'information sur ce qui se fait, ce qui se passe, les projets en cours et futurs.
  • L'impression que la Communauté internationale ouvre dans l'indéfinition et la cacophonie la plus totale.

L'État haïtien n'a pas su ou n'a pas encore pu, en ces temps de misère profonde et de désarroi du peuple haïtien, coordonner les actions des intervenants d'horizons divers. Par voie de conséquence, l'Haïti en ruines s'est convertie en terrain de luttes géopolitiques et idéologiques.

Notamment, les réflexions et décisions en vue de la reconstruction du pays, se réalisent dans des « clusters » d'étrangers s'exprimant en anglais avec une très faible participation de nationaux haïtiens.

Dans cette perspective, la «  Cellule de Réflexion et d'Action  » invite :

A- Le Gouvernement à :
1o) Assumer le leadership qui lui revient de droit ;

2o) Promouvoir un leadership soucieux de la refondation de l'État dans une dynamique qui rassemble les forces vives de la nation et porte les populations organisées à s'imposer en interlocuteurs des intervenants internationaux. La structure au pouvoir ne peut nullement faire face seule aux nouveaux défis posés par le drame du 12 janvier.

3o) Coordonner, harmoniser et orienter les actions stratégiques tendant à résorber la crise sur toute l'étendue du territoire.

4o) Appeler toutes les Compétences haïtiennes disponibles en Haïti et à l'étranger pour qu'elles apportent leur quote-part au combat national pour la survie de leur pays.

B- La Communauté internationale à :
1o) Reconnaître et respecter les efforts des organisations haïtiennes qui réfléchissent sur les options à prendre pour le relèvement de la nation et la reconstruction du pays au lieu de tenter de se substituer à elles.

C- La Société Civile à :
1o) S'organiser et à donner le branle à un large mouvement national en vue de continuer de lutter contre l'adversité, de réfléchir et faire des propositions quant au nouveau projet de société requis pour Haïti.

A cet effet, la «  Cellule  de Réflexion et d'Action  » offre aux populations et à la Société Civile nationales un espace de rencontre, d'échange et de réflexion en vue de la production d'un nouveau projet de société pour Haïti.

Contact :
1) Téléphones : 509-35-56-66-99, 36-58-66-08, 38-14-64-18
2) e-mail  : htreflexionscitoyennes@yahoo.fr3 )
http://haitireflexionscitoyennes.blogspot.com

Pour la Coordination de la « Cellule de Réflexion et d'Action » :

1o) Rév. Kawas FRANÇOIS, sj
Délégué du Provincial des Jésuites du Canada français et d'Haiti

2o) Professeur Amary Joseph NOËL,
Coordonnateur Général de la Confédération des Haïtiens pour la Réconciliation (CHAR)

 

Le 12 février

Rapport No 3

Le rôle de la société civile haïtienne dans la reconstruction du pays aujourd'hui

Le thème central qui a guidé les réflexions au cours de la séance de travail le 7 février dernier est bien le suivant:« Le rôle de la société civile haïtienne dans la reconstruction du pays aujourd'hui ». Pour bien comprendre le rôle que la société civile haïtienne est appelée à jouer aujourd'hui dans la reconstruction d'Haïti, nous avons jugé bon de partir d'une définition simple du concept de «société civile». Cette démarche méthodologique vise à faciliter les échanges, à se centrer sur le thème principal et empêcher ainsi les participants de se perdre dans des débats théoriques interminables; vu qu'un grand nombre de politologues, sociologues et philosophes ont déjà réfléchi sur ce thème et laissé une production théorique considérable.

I.- Autour du concept de «société civile»

La société civile c'est quoi? La société civile représente, à l'intérieur d'une formation sociale donnée, l'ensemble des entités, individuelles et collectives qui, en dehors de la sphère spécifiquement politique (État et partis) et sans aucune prétention de prendre et d'exercer le pouvoir, tentent de faire valoir leur vision du monde, leurs intérêts etc., de proposer ou d'apporter des solutions à des problèmes spécifiques. Ces problèmes peuvent concerner un groupe particulier, une région ou l'ensemble d'une collectivité. La société civile se pose ainsi en principale interlocutrice de l'État dans la lutte pour le respect du droit, la défense des intérêts individuels et collectifs. Dans cette perspective, elle a un rôle-clé dans le fonctionnement des démocraties modernes, la sauvegarde et le renforcement du bien commun, dans la construction nationale. Elle est aussi le principal rempart contre l'arbitraire des gouvernants. Il est nécessaire de souligner également que la société civile est loin d'être une totalité homogène, harmonieuse et sans conflits; elle est traversée par des courants idéologiques divers, par des luttes d'intérêts entre groupes ou individus, par de multiples contradictions. Plus les citoyens sont formés et conscients de leurs droits et devoirs, plus la société civile est organisée, mieux elle peut jouer son rôle de contrôle de l'État, influencer les décisions politiques, participer de façon responsable à l'élaboration et la mise en ouvres des politiques publiques.

Des principales composantes de la société civile haïtienne aujourd'hui. Il est nécessaire d'identifier les différentes composantes de la société civile haïtienne aujourd'hui, la situation réelle de chacune d'elles et préciser le rôle qu'elles peuvent jouer individuelle et collectivement dans le processus de reconstruction du pays. Ce qui est impossible dans le cadre de cette réflexion. Nous nous limiterons à les énumérer et à émettre des considérations seulement sur quelques-unes d'entre elles qui nous paraissent incontournables. Les principales entités collectives qui forment la société civile haïtienne se présentent aujourd'hui comme suit : les associations communautaires rurales et urbaines, les syndicats, les groupements religieux, socioprofessionnels, les organisations de charité, les organisations non gouvernementales, les groupes de défense des droits des femmes, les associations patronales, les organismes de défense des droits humains en général etc.

II.- Société civile haïtienne et reconstruction nationale aujourd'hui

Quel doit être le rôle de chacune de ces principales composantes de la société civile haïtienne dans un projet de reconstruction de la nation aujourd'hui? La principale cause de l'échec des plans antérieurs réside dans le fait qu'ils ont été toujours élaborés en vase clos, dans les bureaux des experts, en dehors de toute participation effective des principaux concernés. Nous devons partir aujourd'hui d'une approche participative. Compte tenu des contradictions inhérentes à la vie sociale, tel que nous venons de le mentionner, il est difficile d'élaborer et de mettre en ouvre un projet de société qui concilie les intérêts de tous. Il s'agit, dans le cadre de notre réflexion, d'envisager les grandes lignes d'un projet susceptible de créer un large consensus entre les principaux acteurs, d'aboutir à un équilibre social qui garantisse à la fois le bien-être collectif et les intérêts légitimes de chacun. Ce projet doit s'inspirer de notre patrimoine historique et culturel, des principes fondateurs de la nationalité haïtienne cristallisés notamment dans la Charte Fondamentale du pays, en l'occurrence la Constitution de 1987 de la République d'Haïti.

Chacune des entités citées ci-devant a une contribution spécifique à apporter. Les associations communautaires ont un rôle-clé à jouer. Il faut certes distinguer les véritables associations communautaires, des «Organisations Populaires» et des «base» qui sont des organisations souvent criminelles et au service exclusif de secteurs politiques déterminés; des «association-bidon» qui émergent de toute part pour défendre des intérêts individuels mesquins de leaders opportunistes, sans aucune insertion réelle dans la société. Les associations communautaires haïtiennes, en grande majorité, sont fragiles; elles sont très peu structurées et exposées continuellement à la manipulation, à cause de la situation de grande pauvreté de leurs leaders et de leurs membres; elles ont très peu de capacité à s'insérer dans des réseaux locaux, régionaux et nationaux etc. Mais leur force vient surtout de leur proximité avec la population. Très actives dans les milieux suburbain et rural, elles représentent les principaux mécanismes de survie pour une grande partie de la population pauvre; elles expriment ses aspirations, sa culture, ses multiples formes de résistance sociale, économique, politique etc. Depuis 1986, ces associations ont joué un rôle très important sur la cène sociale et politique. Aucune véritable reconstruction du pays ne peut se faire sans leur participation effective. Elles sont même garantes de la réussite de tout vrai projet de société en Haïti aujourd'hui. Jusqu'à présent elles sont absentes dans les différentes interventions d'urgence et certainement exclues des les processus de prise de décisions tant au niveau du gouvernement haïtien que dans les organisations internationales et les organisations non gouvernementales haïtiennes et étrangères.

Les organisations patronales haïtiennes suscitent suspicion et interrogations chez de nombreux secteurs de la société haïtienne. On se pose des questions sur le rôle des différentes fractions de la bourgeoisie haïtienne dans le drame du peuple haïtien, avant même le séisme du 12 janvier. On n'est pas certain qu'il existe, chez un grand nombre d'entre elles, une réelle volonté de s'engager dans un mouvement de refondation nationale et de changer ainsi le statu quo dont elles sont les principaux bénéficiaires. Certaines se sont opposées à la présence en Haïti d'investisseurs étrangers. Ce qui menacerait de mettre fin à leurs monopoles. Elles n'ont pas pu mettre en place des entreprises modernes, préférant la contrebande, la corruption des fonctionnaires et les connivences politiques etc. Elles ont été peu enclines à créer des ouvres sociales significatives qui pourraient pourtant améliorer leur image sociale et bénéficier des secteurs importants d'une population aux prises avec les pires problèmes sociaux. Par contre, ils restent des acteurs incontournables dans tout effort national de reconstruction du pays. Il est urgent de les convaincre qu'une modernisation de l'économie et de la société haïtienne en général ne nuirait nullement à leurs intérêts et qu'au contraire ils en sortiraient les principaux gagnants. Il est indispensable qu'ils jouent un rôle positif dans ce processus de reconstruction, de participer à l'effort collectif en faisant montre de plus d'ouverture à la modernité et à l'investissement étranger, en créant davantage d'entreprises modernes et d'ouvres sociales etc.

Quant aux syndicats, l e rachitisme des secteurs secondaire et tertiaire en Haïti, avec un nombre très réduit d'industries modernes et confinées presque exclusivement dans l'aire métropolitaine de Port-au-Prince, explique le très faible développement du mouvement syndical en Haïti. Nos syndicats restent très peu structurés et ne répondent pas toujours aux normes modernes. Par ailleurs, ils sont très manipulables politiquement. Leur image est ternie par les pratiques de clientélisme, de corruption et de connivence politique. Il est nécessaire de les restructurer, car ils sont appelés à jouer un rôle important dans la défense des droits des travailleurs et dans la nouvelle Haïti que nous voulons construire.

III.- Vers la proposition des grandes lignes d'un projet de société.

Selon des informations fiables dont nous disposons, le gouvernement haïtien est invité à présenter un projet de reconstruction du pays d'ici le mois d'avril. Il est urgent pour notre cellule d'action et de réflexion d'agir vite. Il nous faudra présenter, dans les meilleurs délais, les grandes lignes d'un projet de reconstruction et faire de l'incidence politique pour que les principales instances de décision -Gouvernement haïtien, l'ONU et les organisations internationales, les gouvernements occidentaux (le G8)- en tiennent compte. Une petite commission de 5 membres a été choisie pour élaborer cette proposition. Le document de la commission sera enrichi au cours de notre séance de travail hebdomadaire, le dimanche 14 février prochain. Ce document enrichi et approuvé sera envoyé aux principales instances citées plus haut et présenté aux médias au cours d'une conférence-débat qui aura lieu le dimanche 21 février sur la cour des Sours Missionnaires du Christ-Roi à Tabarre 10.

À très bientôt!

 

Le 3 février

Compte-rendu de la deuxième rencontre, le dimanche 31 janvier 2010.

Réflexions des jésuites d'Haïti et des représentants de la société civile haïtienne sur la nouvelle situation créée par le séisme du 12 janvier 2010

Rapport No 2

Notre réflexion au cours de la rencontre du 31 janvier sur la cour du noviciat sj de Tabarre s'est faite autour des thèmes suivants: La nécessaire collaboration avec d'autres entités de la société civile dans cet effort de réflexion, la question de la souveraineté nationale, l'élaboration d'un projet de société dans le cadre de la reconstruction du pays, la stratégie à adopter pour mobiliser la société civile haïtienne et influencer les décideurs.

 

I.- Travailler en synergie avec les autres entités de la société civile

Un grand nombre d'organisation de la société civile, de partis et d'organisations politiques tant en Haïti que dans la diaspora haïtienne réalisent un travail important de réflexion sur la situation actuelle et font des propositions pour la reconstruction du pays. Il est urgent pour notre cellule d'action et de réflexion de faire l'inventaire de ces différentes entités, de travailler en synergie avec elles et ainsi s'enrichir mutuellement. La création du blog : Réflexion citoyenne : Jésuites et société civile en Haïti , se situe dans cette perspective. Notre démarche est essentiellement citoyenne et n'a aucun caractère partisan. Parmi ces entités de la société civile nous citons : la Confédération des Haïtiens pour la Réconciliation (CHAR), le Centre Nationale de Recherche et de Formation (CENAREF), des groupes d'universitaires haïtiens, d'intellectuels et de professionnels Haïtiens-Québécois, d'ingénieurs civils Haïtiens, le secteur syndical, la Fondation pour le Développement intégral : Haïti, Amérique Latine, la Plate-forme Haïtienne de Défense des Droits humains, le Programme Alternatif de Justice (PAJ), l'Institut Culturel Karl Lévêque (ICKL), Plaidoyer pour un Développement Alternatif (PAPDA), le parti «Respè» de Charles Henri Baker etc.

II.- Coopération internationale, souveraineté nationale et mondialisation

Le séisme du 12 janvier dernier a converti Haïti, pour le meilleur ou pour le pire, en un point de mire pour la communauté mondiale. De grandes rencontres internationales réunissent autour de la situation d'Haïti des États d'une part, des agences multilatérales dont celles des Nations-Unies, des organisations non gouvernementales d'autre part. À Montréal, les pays créanciers se sont rencontrés pour parler de reconstruction et des fonds à prêter à Haïti ; à New-York, Agences des Nations et organisations non gouvernementales se sont retrouvé autour d'une table pour se partager les tâches dans la gestion de l'aide humanitaire sur le terrain. L'absence de l'État haïtien est de plus en lus visible malgré le cri du Premier Ministre Jean Max Bellerive à Montréal, réclamant haut et fort le droit légitime pour le gouvernement haïtien d'assurer le leadership du processus de reconstruction du pays.

La tension est visible entre Américains et Français par exemple autour du contrôle de l'Aéroport International Toussaint Louverture de Port-au-Prince, entre Américains et Vénézuéliens, entre Américains et Cubains autour des espaces à occuper dans la gestion de l'aide humanitaire. Haïti s'est donc converti en un terrain de luttes géopolitiques et idéologiques d'une part entre les puissances occidentales, d'autre part entre les États-Unis d'Amérique et les États de la zone ALBA tels que le Vénézuela, Cuba etc. Ces tensions s'expriment sur le terrain dans les difficultés réelles de coopération entre des équipes de secouristes ou de médecins à l'intérieur des centres de soins médicaux ou dans des opérations de sauvetage sur le toit d'un édifice effondré à Port-au-Prince. Par ailleurs on observe, dans certains coins du département du sud-est, à La Montagne plus précisément, des équipes de militaires américains engagées dans des opérations de recherche dans des grottes ou dans d'autres endroits. Ce qui n'a pas grand-chose à voir avec l'aide humanitaire qui est supposée être l'unique motif de leur présence dans le pays.

Dans un pareil contexte, comment parler de souveraineté nationale? L'État haïtien est-il encore un acteur capable de fixer les règles du jeu pour les différents acteurs qui interviennent dans le pays aujourd'hui ? Certains affirment que, dans le contexte actuel de la mondialisation, il est vain de parler comme avant de souveraineté nationale. On va vers une plus grande coopération entre les États. Ils citent en exemple le cas de l'Union Européenne. Il faut mettre de côté une vision de la souveraineté nationale qui s'apparente à celle du Front National de Jean-Marie Le Pen en France. D'autres affirment par ailleurs que le nationalisme en Haïti a été toujours une idéologie bourgeoise, un discours confiné dans les classes aisées de la société. Un discours creux puis que ceux qui parlent de nationalisme sont toujours prêts à chercher la nationalité étrangère et à envoyer leur épouse acoucher à l'étranger. Les couches populaires pauvres se montrent toujours méfiantes vis-à-vis des élites qui les ont exploitées et qui ont pillé le Trésor Public tout le long de l'histoire nationale. Elles n'éprouvent, selon eux, aucune difficulté à accepter une occupation étrangère pour vu que cette dernière leur garantisse le minimum vital. L'idéologie nationaliste n'est qu'une arme politique utilisée par les fractions des classes possédantes dans leurs luttes pour le contrôle du pouvoir.

Finalement la mondialisation ne supprime pas les rapports de domination entre le nord et le sud ; elle n'efface pas non plus le rôle central de régulation et de gestion que doit jouer l'État au sein d'une communauté nationale donnée. Par ailleurs on reconnait que la faillite totale de l'État haïtien, son divorce d'avec la société, lui enlèvent toute possibilité réelle de remplir son rôle de régulation et de gestion. Il existe un réel problème de leadership et de gouvernance dans le pays. L'État haïtien s'est effondré littéralement. Par ailleurs, certains reconnaissent que cet État a toujours été un État faible, mais que de leur côté, les acteurs internationaux, depuis les années 1960, avec l'importance que commençait à prendre la question de l'aide externe, n'ont jamais voulu coordonner leurs interventions dans le pays avec le gouvernement haïtien. Ils ont chacun leur agenda et leurs intérêts. Ils expriment un certain pessimisme quant à la volonté des États occidentaux d'aider Haïti. Aucun pays ne s'est développé avec la coopération externe. Ce sont les Haïtiens eux-mêmes qui doivent travailler au développement de leur pays, élaborer un projet de nation. Par ailleurs, on doit être intelligent et tirer partie des antagonismes qui existent dans les relations entre les puissances étrangères. L'action d'Hugo Chavez en Haïti dans le domaine de l'énergie par exemple est motivée en grande partie par les luttes d'influence qui l'opposent aux États-Unis d'Amérique.

La situation actuelle du pays nous invite á être pragmatiques et à ne pas nous enliser dans des débats stériles. Le tremblement de terre met à nu les problèmes du pays, les limites de notre culture, de nos leaders et de la formation des jeunes.

III) Projet de société, reconstruction ou refondation de la nation

La situation actuelle nous offre l'opportunité unique de penser un projet de société pour Haïti, un projet de refondation nationale ; et ce projet doit être conçu et mis en ouvre par les Haïtiens eux-mêmes. Nous ne pouvons pas partir de néant ; Il importe de tenir compte de ce que nous avons déjà : nos professionnels qui sont sur place et les nombreux autres qui sont à l'étranger, nos diverses formes de résistance culturelle, les modes d'organisations du peuple dans les domaines social, économique etc. Il est important aussi de partir des nombreuses études très sérieuses qui ont été déjà réalisées dans divers champs par des experts haïtiens et étrangers et qui gisent dans les tiroirs de nos Ministères. Certaines ne méritent qu'à être actualisées.

Ce projet doit viser une réforme en profondeur des structures étatiques qui comprendra le renforcement de la gouvernance politique tant au niveau central que local, l'aménagement du territoire, la réhabilitation du tissu social, notamment de la famille, la décentralisation des services publics, la promotion de l'investissement productif national et étranger, une transformation des mentalités, la réconciliation de l'État avec l'Enseignement supérieur et la recherche. Les gouvernants haïtiens n'ont jamais pris en compte, dans l'élaboration et la mise en ouvre des politiques publiques, des résultats des travaux de recherche et se sont enlisé dans la routine et l'incompétence. La reconquête de notre souveraineté nationale doit donc passer par le renforcement de l'État. Dans la perspective de cette refondation, il est nécessaire d'engager un dialogue constructif entre les trois acteurs incontournables : L'État, la société civile et l'internationale. Cette refondation qui devra s'inspirer de notre riche patrimoine historique et culturel, implique également l'émergence d'une nouvelle culture politique basée sur le respect du bien commun, la transparence dans la gestion de la chose publique, la participation citoyenne, le respect du droit et de l'État. Cette culture politique nouvelle émergera surtout de l'école à tous les niveaux : primaire, secondaire, professionnel, universitaire. D'où l'urgence d'une réforme sérieuse de notre système éducatif. Il nous faut inventer une nouvelle éducation qui forme à la créativité, à la participation et au sens de la responsabilité.

L'Université a joué un rôle central dans le développent socio-économique d'un grand nombre de pays, notamment chez nos voisins de la République Dominicaine. La refondation du pays doit se faire aussi avec l'Université. Dans cette perspective, Il est nécessaire de repenser l'Enseignement supérieur ; de mettre en place une grande université moderne pour Haïti, adaptée aux besoins de la société, capable d'accueillir les nombreux jeunes sortis de l'enseignement secondaire, de former des cadres compétents dans tous les domaines et d'apporter ainsi une contribution réelle et efficace au développement du pays. La formation de nos jeunes à l'étranger entraîne une fuite de cerveaux et de capitaux extrêmement préjudiciable au développement d'Haïti.

IV.- Stratégie de communication, mobilisation de la société civile et les décideurs

La création du blog intitulé : réflexion citoyenne : jésuites et société civile en Haïti , a pour finalité non seulement d'assurer la plus grande diffusion possible de nos réflexions, mais de donner à tous tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays, la possibilité de participer à notre effort de penser et d'ouvrer à la refondation de notre nation. Ce blog sera relié à d'autres en vue de faciliter une plus grande diffusion et une meilleure participation. Ces réflexions seront diffusées également en plusieurs langues, dans les médias nationaux et internationaux, dans la capitale comme dans les villes de province. Elles devront être envoyées aussi à des réseaux jésuites et autres susceptibles de nous aider à faire de l'incidence politique. Nous les communiquerons aux partis et organisations politiques, aux agences nationales et internationales, aux responsables d'ongs et d'autres organisations de la société civile. La finalité de cette stratégie de communication consiste à mobiliser la société civile haïtienne toute entière, les citoyens comme les groupes organisés, et à influencer les décideurs tant nationaux qu'internationaux pour que la reconstruction du pays se fasse au bénéfice des Haïtiens.

Notre prochaine séance de travail abordera le thème suivant : le rôle de la société civile haïtienne dans la reconstruction du pays

 

 

Le 26 janvier 2010

Compte-rendu de la première rencontre, le dimanche 24 janvier 2010.

Réflexion et questionnement sur le présent et l'avenir 
À la suggestion du Délégué du Provincial en Haïti pour les oeuvres et le financement, Kawas François, SJ, une cellule d'action et de réflexion a été créée.
Voici le rapport de la première rencontre de ce groupe.
On y perçoit nettement l'intérêt de nos amis et confrères haïtiens pour une prise en charge de leur avenir.

Réflexions des Jésuites d'Haïti et des représentants de la société civile haïtienne sur la nouvelle situation créée par le Séisme du 12 janvier 2010

Rapport No 1

Après le terrible cataclysme du 12 janvier 2010, les Jésuites d'Haïti collaborent avec leurs confrères jésuites et des acteurs de la société civile de la République Dominicaine pour venir en aide à la population haïtienne. Un comité d'urgence a été mis en place et un centre d'urgence a été créé, avec pour mission d'alimenter plus de 7 cellules de distribution d'aide alimentaire et de services de santé à la population dans différents quartiers de la capitale et à Léogâne . Le comité d'urgence se réunit chaque matin, animé par le P. Kawas François, jésuite. En marge de cette intervention, les jésuites ont décidé de créer une cellule d'action et de réflexion sur l'impact du cataclysme sur la société haïtienne, sur l'aide internationale publique et privée, la souveraineté nationale et sur la reconstruction du pays. La présence massive des militaires étrangers notamment ceux des États-Unis d'Amérique du Nord sur le sol national laisse perplexe les Haïtiens.

La première réunion s'est tenue au Noviciat des Jésuites à Tabarrre 10, rue A. Francois No 4, le dimanche 24 janvier. Étaient présents des intellectuels, des prêtres, des leaders d'organisations de la société civile, des entrepreneurs etc. Les échanges tournaient autour des points suivants:

  • L'impact (physique, social, politique, économique etc.) de cette catastrophe et ses conséquences sur la société haïtienne?
  • Réflexion sur l'aide internationale publique et privée à Haïti et la problématique de la souveraineté nationale avec la présence de nombreux militaires étrangers dans le pays, notamment la présence de plus 20000 militaires Nord-Américains.
  • La reconstruction d'Haïti après la catastrophe du 12 janvier ?

 

I.- De l'impact et des conséquences du cataclysme sur la société

L'impact et les conséquences du cataclysme du 12 janvier sur la société haïtienne sont incommensurables. Nous sommes encore loin du temps des bilans. Toutes nos institutions déjà faibles : l'État (le Palais National et les Casernes Dessalines, la Direction Générale des Impôts, le Palais des Ministères, la Police Nationale, l'Institution judiciaire, le système pénitentiaire etc.), les mairies, les églises notamment l'Église catholique, les infrastructures de santé et d'éducation, les banques, le commerce, l'industrie etc. ont subi un coup sans précédent. C'est pratiquement l'effondrement de l'État et de l'économie du pays. Moralement et psychologiquement, la population a subi un profond traumatisme. Il faudra beaucoup de temps pour s'en remettre. Les prisonniers -certains très dangereux- sont dans la rue. Nous publierons bientôt une évaluation chiffrée des dégâts causés par le séisme.

Cette catastrophe met à nu les faiblesses d'Haïti. Aucune prise en change de la part des Pouvoirs Publics. L'État déjà faible s'est littéralement effondré; aucun service public ne s'est manifesté à Port-au-Prince et dans les autres zones sinistrées durant les premiers jours qui ont suivi le séisme. La centralisation des services publics dans la capitale a précipité cet effondrement de l'État. Par contre la population a fait montre d'une solidarité sans pareil : secours aux blessés, partage de la nourriture, de l'eau, mise en place de nombreux comités de quartier etc. Ce phénomène contredit l'idée que l'Haïtien est fondamentalement individualiste. Sans cette solidarité spontanée mais efficace, on ne voit pas comment la population survivrait. Pendant les trois premiers jours, l'absence de l'État était totale et la population livrée à elle-même. Par ailleurs, de nouveaux problèmes sociaux s'annoncent à côté de ceux qui existent déjà : la montée de la pauvreté, l'augmentation du nombre des handicapés et d'orphelins.

II. De l'aide multinationale publique et privée à Haïti

On observe une mobilisation sans pareille tant du côté des États, des acteurs internationaux et régionaux que de la société civile. Des artistes des grands pays occidentaux se mobilisent. Un courant de compassion et de solidarité charrie des individus et des entités collectives dans tous les pays du monde. Du jamais vu dans l'histoire de l'aide humanitaire. Par contre, on se pose de sérieuses questions sur la gestion de cette aide en Haïti. Qui va la gérer? Les ong's? Les agences internationales? L'État haïtien n'en a pas les moyens. Sa gestion des catastrophes naturelles antérieures s'est révélée désastreuse. La capacité de gestion de l'administration publique haïtienne est quasi nulle. Cette aide massive va-t-elle contribuer à l'enrichissement d'une petite élite de fonctionnaires et de technocrates corrompus, haïtiens et étrangers, comme par le passé? Va-t-elle arriver au pays par les canaux de la coopération bilatérale et multilatérale classique? Cette coopération s'est révélée toujours inefficace et n'a jamais pu lancer le pays sur la voie du développement. Par ailleurs nous connaissons les mécanismes cyniques de cette coopération. Dans un contexte pareil, la perplexité et le pessimisme s'imposent.

Sous le couvert de cette aide, de nombreux militaires de pays étrangers arrivent en Haïti. Plus de 20000 soldats américains seront déployés en Haïti. Cette situation ne va-t-elle pas ouvrir la voie à une occupation du territoire national? N'est-on pas en droit de se demander si Haïti n'est pas en train de se convertir en un enjeu de luttes géopolitiques et idéologiques entre les puissances occidentales : les États-Unis d'Amérique du Nord, la France, l'Union Européenne, le Venezuela, le Brésil? Quel est l'enjeu réel de toutes ces forces-armées sur le territoire haïtien?

 

III. De la reconstruction d'Haïti

La question de la reconstruction d'Haïti est aujourd'hui urgente et incontournable. Et cette reconstruction ne peut se faire en absence des acteurs internationaux. Mais qui seront les protagonistes de cette reconstruction? L'effondrement total de l'État haïtien et son incapacité subséquente à assurer par lui-même la reconstruction du pays, impliquent le fait que ce sont les acteurs internationaux qui risquent de prendre en charge cette reconstruction. Cette dernière ne risque-t-elle pas de se faire sans et contre les Haïtiens? Nous savons que les relations entre les États ne sont pas de type humanitaire mais des rapports de force autour d'intérêts et d'enjeux économiques, géopolitiques bien concrets.

Si les États-Unis d'Amérique et les autres acteurs internationaux étaient les protagonistes d'un nouveau «Plan Marshall» pour Haïti, quel sera la contribution de la société civile et de l'État haïtiens? Quels sont les mécanismes positifs qui existent déjà dans la société haïtienne et ceux à mettre en place pour rendre possible cette reconstruction d'Haïti? Comment renforcer les institutions de l'État, celles de la société civile, les partis politiques, pour les rendre aptes à prendre en main cette reconstruction? Depuis quelques années, la société civile haïtienne (les médias, les associations paysannes et suburbaines, les ong's, les organismes de défense des droits humains, les organisations religieuses, l'université etc.) s'est renforcée et s'est montrée bien présente sur la scène politique; mais comment la sensibiliser davantage aujourd'hui pour l'amener à apporter une meilleure contribution à la reconstruction des institutions nationales? Nous sommes convaincus que la reconstruction du pays est d'abord et avant tout une question nationale. Il n'est pas l'affaire du gouvernement seulement. Les principaux acteurs doivent être les Haïtiens eux-mêmes; tous les Haïtiens sans distinction. La société civile haïtienne, dans toutes ses composantes, doit se mobiliser pour aider à l'élaboration d'un projet de société pour Haïti. Ce projet est indispensable pour canaliser l'aide externe et faire que cette dernière soit profitable pour le pays.

Le 12 janvier 2010 est désormais une date historique pour Haïti et pour le monde. Il existera à jamais un avant et un après 12 janvier. Il convient donc que la société civile haïtienne notamment les groupes socioprofessionnels agissent vite et efficacement pour aider à élaborer ce projet de société, un plan de relance de l'économie du pays, pour exiger des responsables de l'État une intervention qui soit véritablement au bénéfice de la Nation entière, en dehors de tout populisme; ce travers politique qui a causé tant de torts au pays au cours de ces dernières années.

 

Quelques décisions de la cellule de réflexion

Quelles suites donner à cette première matinée de réflexion? Quelles sont les stratégies à adopter pour passer de la parole à l'action? Les participants ont formulé les propositions suivantes :

  • Dresser une cartographie des zones frappées par le séisme
  • Créer une interconnexion entre les différents groupes et organisations de la société civile qui réfléchissent aujourd'hui en Haïti sur la nouvelle situation créée par le tremblement de terre du 12 janvier
  • Voir comment aider à intégrer la diaspora haïtienne dans le processus de reconstruction du pays
  • Établir une base de données chiffrée sur les victimes, les dégâts en général causés par le tremblement de terre dans tous les domaines
  • Organiser une fois par semaine cette réunion de réflexion