TROISIÈME PAYS DE MISSION DU PÈRE PAUL DESLIERRES, S.J.
976-2002 :Les Philippines, état et archipel du sud-est de l'Asie
1. Bref résumé de son histoire
Du VIIIe au XIIIe siècle : vagues successives de
Proto-Indonésiens et de Malais.
Fin du XIVe siècle : l'Islam s'implante dans la grande île du sud : Mindanao. Avec Luzon, ce sont les deux plus grandes îles d'un archipel qui en compte, dit-on, 7 107.
En 1521, Magellan découvre ce pays, qui passe alors sous la souveraineté espagnole. Manila en devient la capitale en 1571. La culture espagnole y pénètre partout : langue, évangélisation catholique.
En 1896, éclate une insurrection nationaliste. L'écrivain José Rizal est fusillé, mais devient le plus grand héros national. E. Aguinaldo appelle à l'aide les Etats-Unis, qui entrent en guerre contre l'Espagne, et se fait céder l'Archipel; mais une guérilla antiaméricaine s'y oppose.
En 1901, Aguinaldo, qui en avait pris la direction, se soumet. En 1915, le Philippines Autonomy Act institue un système bicaméral à l'américaine.
En 1935, Manuel Quezon devient président du Commonwealth des Philippines.
En 1941-42, le Japon occupe l'Archipel. En 1945, les Etats-Unis reconquièrent le pays. L'indépendance de la République est proclamée. La guérilla des Huks ( résistance paysanne à direction communiste) s'étend à plusieurs provinces. Les Etats-Unis obtiennent de conserver 23 bases militaires.
1948-1957 : Ramon Magsaysay écrase la rébellion, puis devient président du pays en 1953. Il préside la conférence de Manille qui donne naissance à l'O.T.A.S. E. Magsaysay est regretté de tous et considéré comme un grand héros national, alors qu'il meurt dans un accident d'avion.
En 1965, le nationaliste Ferdinand Marcos est élu à la présidence, en partie grâce au charme de son épouse Imelda, fort habile à exploiter sa popularité, en dépit de ses extravagances. D'abord très populaire, Marcos, après 1969, doit faire face au mécontentement de la classe paysanne et au progrès du parti communiste d'obédience chinoise. En 1972, Marcos proclame la loi martiale qui favorise plusieurs abus et injustices. Elle est levée en 1981, mais les guérillas communistes et celles des Moros musulmans s'intensifient.
En 1986, Corina Aquino, chef de l'opposition après l'assassinat de son mari Benigno Aquino (1983), remporte l'élection à la présidence grâce à la mobilisation des catholiques, à l'appel du cardinal Sin, en protestation contre les injustices de Marcos.
En 1986, Marcos et son épouse croient pouvoir rejeter l'élection très majoritaire et appuyée par tout le peuple. Ils sont forcés de s'exiler à Guam.
En 1987, une nouvelle Constitution est approuvée par referendum. Cory Aquino devra faire face à plusieurs coups d'état militaires. Le président Estrada, ami des Marcos, voit son élection annulée par le peuple et est même emprisonné pour ses nombreuses corruptions. La nouvelle présidente, Gratia Arroyo, rencontre beaucoup d'opposition et bien des groupes se questionnent sur ses décisions, qualifiées de corruption. D'où : instabilité politique.
2. Quelques informations de base sur les Philippines
Géographie – Les Philipppines couvrent un territoire de 84 millions de km2, s'étendant sur 1, 840 kms du nord au sud. Sa population compte plus de 70 millions d'habitants : agriculteurs et pêcheurs surtout, avec plus de 115 groupes culturels et 70 dialectes, surtout d'origine malaisienne ou polynésienne. Il faut ajouter un million de chinois adonnés au commerce avec succès.
Les gens qui parlent encore l'espagnol ont beaucoup diminué, à par un groupe métissé.. L'anglais a grandement augmenté. L'éducation s'est beaucoup développée : on y trouve un des plus hauts degrés d'alphabétisation en Asie : 88%. L'influence américaine y est grande : on le voit par la TV et la radio!
Hôpitaux et institutions de haut savoir sont renommés. Outre L'Université Saint-Thomas de Manila, qui œuvre depuis 450 ans, les Jésuites ont plusieurs universités : Ateneo de Manila, Cayagan de Oro, de Davao, de Naga, de Zamboanga, sans compter d'autres universités dirigées par les Bénédictins, les S.V.D, ou d'autres centres privés.
Climat – Pays tropical, avec une moyenne de 32 degrés C. De mars à juin, chaud et sec (36 C); de juillet à octobre, pluies et typhons, dévastateurs surtout sur la côte est; de novembre à février, plus frais, agréable et sec (23 C). En région montagneuse, la température peut descendre à 15 degrés. La mer contient une infinité de coraux et de poissons de couleurs.
Assez nombreux sont les volcans encore actifs : le Taal, à Tagaytay, région non loin de Manila; le Mayon, beau cône à tête fumante; et surtout le Pinatubo, au nord de Manila, province de sud Zambales, avec son pic de 1745 pieds, resté fameux pour sa puissante explosion, il y a quelques années. A 4h. de l'après-midi, Manille était sombre comme la nuit, à cause de la poussière de cendre crachée par le volcan. J'ai pu m'approcher du volcan quelques semaines plus tard par des chemins comblés de boue épaisse. Une église était ensevelie jusqu'aux fenêtres du clocher. Des automobiles gisaient sous la boue. Dans les champs, on pouvait apercevoir la cime des arbres. Plusieurs maisons ne laissaient voir que le haut des toits. Je ne me souviens pas du nombre des victimes. Chose certaine, les dégâts ont été considérables.
Produits – Du sous-sol : cuivre, cobalt, nickel, argent, fer, or. Agriculture : riz, maïs, coconut, ananas, bananes, pamplemousses, goyaves, mangues, canne à sucre, etc. Industries développées pour textiles et articles ménagers. Forêts de bois précieux, comme l'acajou, le tek, qu'une exploitation abusive n'a guère eu soin de replanter.
Monnaie courante – Le peso, divisé en 100 centavos, dont la valeur actuelle, assez stable, est de 50 pesos au dollar USA. Le peso est protégé par la banque centrale des Philippines. Plusieurs banques, comme la plus répandue, la Metro Bank, peuvent échanger avec la plupart des monnaies étrangères.
Communications et transports - On compte plus de 10 journaux quotidiens : la moitié sont en anglais; les autres, en dialectes locaux . Le téléphone est facile d'accès dans les lieux publics, même pour des appels à longue distance. La télévision est fort répandue, tout comme la radio. Le pays est divisé en 15 régions, 75 provinces et 70 villes. Les autobus se multiplient partout, mais le moyen de transport le plus répandu, le plus pratique et le plus économique, en ville comme en campagne , ce sont les Jeeps, qui ont des routes déterminées, s'arrêtent ou partent n'importe où : d'où la popularité de ce moyen de transport, même s'il encombre passablement les rues des grandes villes. Ces Jeeps, hypercolorés, sèment la joie partout. A Manila, ville très étendue, il y a un équivalent du métro, mais surélevé et rapide, le LRT, Light Rail Transit. Des ports achalandés, à Manila, Cebu, Iloilo et Davao favorisent le commerce international et fluvial. Celui de Manila Bay, d'une étendue de 1,240 km2, est l'un des plus connus de l'Asie.
Les villes abondent en bicyclettes et en petites motos : c'est un art difficile de circuler si près les uns des autres! Plusieurs de ces véhicules servent de taxi à prix réduit, en y ajoutant une troisième roue et un panier. Le système des trains, comme celui des autobus, est assez développé. Il est facile de se nourrir sur les trottoirs où l'on trouve abondance de vendeurs de viandes et légumes, comme aussi de fruits délicieux, comme la mangue, le goyave, pamplemousse, le mangoustan, le jaquier, la noix de coco, avec eau naturellement stérilisée, et tant d'autres!
Les transports par air, avec la PAL ( Philippines Air Line), sont fort développés : elle se dit même la première Compagnie aérienne du sud-est.
Le premier avion prit son envol en mars 1941 pour la ville de villégiature située dans les montagnes, Baguio, à 212 km de Manille, avec à bord cinq passagers! Le 14 février 1946, première traversée du Pacifique, vers Oakland, pour aider au transport des troupes américaines. En 1947, premier service pour l'Europe. Aujourd'hui, un imposant réseau dessert toutes les villes du pays, comme aussi une cinquantaine de villes du monde. Les services de la PAL sont reconnus comme excellents. Ses installations techniques rendent de précieux services, dans les domaines de la restauration et de la réparation d'urgence. Les touristes sont toujours les bienvenus aux Philippines et gardent un merveilleux souvenir des paysages et de l'hospitalité du peuple. Plus de 5000 y atterrissent chaque jour. Les salles de cinéma sont nombreuses, peu coûteuses, et on y peut voir à peu près tous les films du monde. Les activités culturelles sont omniprésentes.
Talents artistiques - Je me dois de signaler ce trait de nombreux Philippins. En musique, les instruments traditionnels sont très nombreux : instruments à corde ou à percussion, autant que fanfares (en chaque paroisse ou école) et orchestres symphoniques. L'Orchestre symphonique ou l'Orchestre de Chambre de Manila produisent des concerts d'une qualité qui ne le cède en rien à celle des ensembles d'Europe et d'Amérique. J'étais heureux d'y assister, car M. Sergio Esmille, le maestro, était un de mes bons amis. Quand j'étais à Manille, je ne manquais aucune pièce de théâtre présentée par la plus fameuse troupe professionnelle : The Repertoy Philippines, fondée et dirigée durant plus de trente ans par une dramaturge de grande réputation. Les performances y étaient aussi prestigieuses que dans les meilleurs théâtres de New York, Paris, Toronto, Montréal. Je me rappelle aussi les magnifiques églises construites au temps de la colonisation espagnole. Bien des peintres et sculpteurs, venus d'Espagne, ont formé d'excellents artisans. Enfin, les Philippins aiment beaucoup les festivals. Chaque région a le sien, où accourent les foules. Pas étonnant qu'ils aiment aussi les processions, les neuvaines, une liturgie vivante et colorée.
Concluons par un mot sur la religiosité des Philippins - Plus de 85% sont catholiques et pratiquent. Chaque dimanche, les églises sont pleines d'un peuple qui aime chanter sa foi et sa confiance au Seigneur La dévotion la plus répandue est celle du Santo Nino, ou de l'Enfant Jésus de Prague, dont Magellan avait apporté une statue. On célèbre aussi avec un éclat particulier la passion et la résurrection du Seigneur. On y représente, toujours à la messe de Pâques, la rencontre du Ressuscité avec sa Mère. On trouve partout, dans les provinces, de belles églises aux nombreuses sculptures et peintures de grande dimension et d'inspiration baroque, telle qu'elle dominait à l'époque de la conquête espagnole. Persistent encore quelques traditions, non encouragées par l'Église, telles que les crucifixions durant les jours saints. Après la conquête américaine, le pays fut ouvert à tous les cultes et à toutes les dénominations chrétiennes, et même à toutes les sectes, sans parler des variétés du bouddhisme, de l'hindouisme et de l'Islam.
Une dernière caractéristique : c'est un peuple joyeux, car sa foi et sa confiance en Dieu lui assurent qu'ils sont aimés et qu'ils doivent aimer leurs semblables. Je souligne aussi le respect de la famille et la fidélité conjugale. Un constat : une famille très pauvre, est une famille qui n'a pas une guitare pour jouer, danser et chanter!
