Adieux à Pékin, pour trois ans de théologie
au Scolasticat jésuite de Shanghai (1948-1951)
Le père Paul Deslierres continue de nous proposer ses mémoires. Il nous a déjà parlé de sa vocation et des influences qu'il a subies et qui, avec le soutien de la Providence, l'ont mené à être « missionnaire en Chine ». Il a commencé à nous raconter l'épopée chinoise des jésuites du Canada français, en particulier de Pékin (Beijing) dans son dernier article – toujours disponible sur ce site.
Il nous présente aujourd'hui ses souvenir de trois autres années de son expérience chinoise.
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Le Père Auguste Gagnon, supérieur de la MISSION de Süchow, confiée aux Jésuites du Canada français depuis 1931, mais où déjà 17 Canadiens travaillaient avec les Jésuites du diocèse de Shanghai et 10 prêtres chinois dont trois natifs de Süchow, nous invite pour un mois de vacances, à visiter notre Mission – histoire de rencontrer quelques-uns de nos missionnaires de brousse ou ceux qui oeuvraient dans nos deux collèges de Süchow et de Tangshan. Nous pourrons visiter un bon nombre des 30 postes de la Mission et donc nous familiariser aussi avec «la vieille Chine».
Voici une liste de quelques pionniers que nous étions très heureux de connaître, avec leurs années passées en Chine : P. Edouard Côté (l920-l952); P.Auguste Gagnon (l920-l923, l928-l953),supérieur de la Mission, qui nous accompagna lors du voyage vers la Chine, de New York à Pékin, en novembre l946; P. Georges Marin (l920-l9490), qui fut notre supérieur à l'Ecole de Langue mandarine qu'il avait fondée à Pékin, après avoir été le premier administrateur apostolique de Süchow (l931 –l939), puis Visiteur de toutes les Missions jésuites de Chine. Mgr Philippe Côté (l929-l953) lui succède et devient le premier évêque de Süchow en l935, puis, après l'expulsion, devient évêque de Quemoy et Matsu, Iles du détroit de Taiwan. Autres missionnaires rencontrés : PP : Maurice Bégin, Maurice Belhumeur, Gabriel Brossard, Joseph Caron, Joseph Courchesne, Aurélien Demers, Donat Gariépy, Pierre Laramée, Léonard Lévesque, Émile Muller, Rosario Renaud ( l'historien de Süchow), Cornelius Pineau; quelques Frères Coadjuteurs : Aza Souligny, J.-P. St-Jean, Léon Fontaine, Joseph Bergeron, J.B. Bédard, Lionel Tremblay, et quelques Frères hongrois : Hérold, Ashbold; sans oublier quelques Pères et Frères chinois, dont le Père Jos Ma, ordonné prêtre en 1951. Mentionnons aussi que plusieurs Sœurs de l'Immaculée-Conception ont travaillé au Süchow.
Ajoutons que la plupart des Jésuites rencontrés ont ensuite connu l'occupation japonaise, l'internement de concentration à Shanghai, l'emprisonnement et les procès populaires des rouges, et l'expulsion. La plupart ont repris leur vie missionnaire à Taiwan (Formose), où ils ont commencé l'évangélisation des chinois avec des méthodes aussi efficaces que nouvelles. D'autres ont été envoyés en d'autres pays d'Asie, comme au Vietnam, en Thailande, aux Philippines ou en Indonésie. La plupart sont déjà décédés.
Après cette belle vacance au Süchow, nous reprenons notre étude du mandarin , à Pékin, malgré les guérillas des alentours. Voyant cela, notre provincial jésuite du Québec, venu visiter ses missionnaires, décide le 11 septembre 1948 de faire partir ses scolastiques pour Shanghai, plus sécuritaire. Les plus jeunes retourneront poursuivre leurs études au pays, tandis que ceux qui sont déjà prêts pour la théologie resteront au Scolasticat international de Zikawei, pour y être ordonnés prêtres à Shanghai, à la fin de leur troisième année. Le 13 novembre 1948, nous prenons un des derniers avions pour Shanghai, où nous arrivons le même jour, en la fête de saint Stanislas Kostka.
Trois ans de théologie à Zi Ka Wei (1948-1951)
L'année académique ayant débuté en septembre, la Faculté de théologie nous accueille à condition que nous soyons disposés à accepter de nombreux cours supplémentaires durant les congés et les périodes de vacances. Le Père Provincial promet pour nous. Il avait vu juste. Süchow tombait aux mains des rouges le premier décembre, Pékin le premier janvier 1949. Et avec Shanghai, c'était toute la Chine qui passait aux mains des communistes, le 24 mai 1949.
Avec environ 80 scolastiques de douze nations et bon nombre des scolastiques chinois des douze diocèses confiés à la Compagnie de Jésus, nous formons une belle communauté internationale d'étudiants sérieux et heureux d'approfondir notre foi, sous la direction compétente et dévouée de professeurs, également de diverses nationalités. En théologie fondamentale et dogmatique, les Pères Drexel, autrichien, et Coathalem, français; en Écriture sainte, le Père Arconada, espagnol qui nous enseignera aussi l'hébreu. Un autre espagnol, le Père Escanciano, professeur réputé, nous enseignera la théologie morale. Le droit canonique nous est expliqué par un jeune docteur chinois, le Père Joseph Wang. L'histoire de l'Église nous est magistralement présentée par un américain, le Père Rouleau. Ce Scolasticat est situé dans un quartier où sont groupés plusieurs instituts : petit et grand séminaire, École d'Arts et Métiers, Collège Saint-Ignace, Monastère du Carmel, Maisons de formation des Sœurs Auxiliatrices, des Présentandines (institution de vierges répandue partout en Chine et qui ont grandement éduqué et soutenu la foi des chrétiens). Le nom du quartier ZI KA WEI rappelle le premier converti et apôtre, associé du jésuite MATTHIEU RICCI (1552-1610), qui porta jusqu'à la cour de Pékin le message du Christ en même temps que la science occidentale : astronomie, physique, horlogerie, qui ont favorisé les débuts de l'évangélisation de la Chine au XVIe siècle.
Le fait d'étudier notre théologie en Chine a bien facilité notre inculturation et notre initiation pastorale de nouveaux missionnaires. Comme simples étudiants, nous n'étions vraiment pas inquiétés par les nouvelles autorités politiques, mais, avec le temps, les limitations grandissantes de nourriture et l'absence d'aide financière, plusieurs santés ont faibli. Malgré notre désir commun de rester en Chine pour y faire connaître le Christ, ce fut un dur coup pour nous, sept scolastiques étrangers, de recevoir l'ordre des supérieurs (mars 1951) de préparer nos bagages et de retourner dans nos pays pour y refaire nos forces, avec l'espoir d'y revenir pour vivre notre vie de missionnaire en ce pays auquel nous nous étions si généreusement donnés. Ce rêve devait s'avérer un rêve, car malgré les feuillets que des avions nationalistes faisaient pleuvoir du ciel, nous comprenions de plus en plus clairement que les rouges s'étaient établis pour rester et qu'aucun de nous ne pourrait revenir en Chine. Du reste, quelques jours plus tard, ce sera au tour de tous les scolastiques étrangers de quitter la Chine. Jours de grande tristesse que d'avoir à quitter nos confrères chinois et nos professeurs, en ce moment de grande insécurité. Après trois jours d'avis dans les journaux locaux, nous sommes autorisés à quitter le pays par train en direction de Canton et de Hong-Kong : trois jours de voyage, assis sur des banquettes de bois où il nous fallait écouter tout le jour les messages politiques du «gouvernement du peuple». A Canton, des enfants soldats fouillent nos bagages. Nous passons des nuits à l'Hôtel des Cinq Continents. A Hong-Kong, nos Pères irlandais nous accueillent chaleureusement et nous logent au Grand Séminaire d'Aberdeen durant quelques jours.
Nous nous embarquons bientôt sur le paquebot Philippine Bear pour San Francisco : voyage bien plus court et plus confortable que celui des 56 jours, sur le cargo Hai-Lee, lors de notre odyssée New York-Pékin. A Frisco, le procureur des Missions nous achète deux billets de cinéma pour assister à un film nouveau : The Soldier saint , un film espagnol sur saint Ignace. Bientôt, nous sommes sur le nouveau train de Santa-Fe, avec vista-dôme, où nous passons le meilleur de nos journées à admirer les paysages des Rocheuses et des plaines de l'Ouest. Le 17 mais, nous faisons notre entrée à Montréal. En quittant cette ville, le 20 novembre 1946, je ne pensais pas revoir mon pays et ma famille! Nous revoici maintenant de nouveau ensemble. A travers les événements, le Seigneur s'occupait de chacun de nous par sa merveilleuse Providence.
Février 1951 : autour de Mgr Ignace KIUNG, notre évêque de Shanghai.
P. Deslierres, R. Gagnon, Ch. Poliquin, Jos Ma, J. Amyot, A. Ricard
La photo a été prise à ZI KA WEI.
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Que sont devenus ces jeunes jésuites de Shanghai?
Amyot, Jacques : finit sa théologie à Baguio, Philippines, prit un doctorat à la Faculté d'anthropologie, à l'Université Nationale de Thailande, y enseigna plusieurs années jusqu'à son décès il y a quelques années.
Gagnon, Rosaire : revenu au pays avec moi, où nous avons été ordonnés prêtres à Montréal, le 29 juin 1951; acheva ses études et partit pour Taiwan, où il remplit une carrière missionnaire remarquable, comme supérieur, comme homme de confiance des évêques pour les œuvres sociales, comme conseiller spirituel et directeur de retraites, jusqu'à sa mort soudaine, à 74 ans, le 11 avril 1994.
Ma, Jos : n'a jamais quitté la Chine, a subi les persécutions du régime rouge, n'a jamais perdu sa bonté réconfortante jusqu'à sa mort survenue il y a quelques années.
Poliquin, Charles : finit ses études en Australie, puis fut un missionnaire très zélé et créatif dans diverses paroisses de Taiwan; fonda une Caisse populaire pour aider les paysans qui lui vouaient une grande vénération. Il mourut è 80 ans, en 2001.
Ricard, Albert : finit ses études en Australie, y fut ordonné prêtre en 1952; fut Assistant du Provincial aux Philippines, puis responsable d'une paroisse chinoise à Manila et supérieur de résidences. Joueur de clarinette et d'une belle voix de basse. Toujours à Manila, il s'en fut rejoindre le Seigneur à 85 ans.
Deslierres, Paul : ordonné prêtre à Montréal, le 29 juin 1951. Après un temps pour recouvrer la santé, je fus envoyé au VIETNAM, pour la fondation d'un Séminaire pontifical, en 1958, où je fus directeur spirituel jusqu'à l'expulsion par les Rouges de tous les missionnaires étrangers, en 1975; puis aux PHILIPPINES, en diverses paroisses chinoises et séminaires régionaux, durant 28 ans. De retour au Canada, en 2002, je continuerai à vous donner quelques informations sur le site Jésuite : www.jésuites.org.
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